Le dernier tango de Kess van Dongen, de François Bott. (Cherche Midi)

08.09.14

Permalink 08:15:04, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER  

Le dernier tango de Kess van Dongen, de François Bott. (Cherche Midi)

François Bott s’y connait pour faire parler les morts : de Fontenelle à Isidore Ducasse alias Lautréamont en passant par Barbosa, l’ex goal maudit du Brésil 1950 battu sur ses terres par l’Uruguay en finale de la Coupe du Monde.
Il leur écrit parfois : Lettres à Baudelaire, Chandler et quelques autres… (Albin Michel, Prix Léautaud 1986). Il fait parler les morts, non pas de manière gratuite mais de façon grandiose.
De fait, Bott aime tellement la littérature, l’art, qu’il est capable d’entrer en connexion avec les artistes du passé.
Bott brise sa solitude contemporaine pour dialoguer avec les artistes- des lettres, du sport ou de la peinture et même de la vie tout simplement- qui l’accompagnent depuis des décennies. Tout ce que je dis à l’air farfelu et pourtant Bott n’a pas besoin de faire tourner les tables pour établir un lien avec les grands du passé. Il connaît tant leurs œuvres qu’il parvient à nous restituer l’âme des disparus.
Ses écrits ont une force spirituelle qu’on ne rencontre pas ailleurs. Il publie des livres souvent minces, par politesse. Il nous prend peu de temps, et on le regrette parce que sa délicatesse est indispensable dans ce monde de brutes épaisses. La plume de Bott a l’élégance des gens qui écoutent au lieu de parler sans cesse.
Cette fois, François Bott s’est mis dans la peau du peintre Kess van Dongen, afin de nous permettre une plongée dans le XXe siècle à jamais évanoui. Grâce à Boot et à van Dongen, on se replonge dans le Paris des années 1910 puis dans le Monaco de la fin des années 1960. Van Dongen c’est le peintre des femmes : « Fasciné par leur mystère, je les aimais. » On a en tête, les visages avec l’épais rimmel. Cette couleur de vase sur les visages comme la mousse verte qui dévore Venise.
Vieux, il se rince l’œil sur les infirmières, les soldats de sa mort. Bott dit que van Dongen voulait moins coucher avec les femmes que les coucher sur la toile.
Dans le livre on croise Cravan et une poignée de collabos que van Dongen a fréquentés. « Tant pis si j’étais un salaud ». Par pure carriérisme, van Dongen s’est laissé happé par les nazis, le temps d’un voyage dans l’Allemagne hitlérienne. « C’était un drôle de tourisme » écrit Bott, plus van Dongen que le peintre lui-même. L’exercice de style est parfaitement réussi.
Bott est un écrivain qui ne déçoit jamais. On sort toujours meilleur au terme de ses livres. Il apprend et nous divertit. Le tout avec une élégance infinie. Dans mon abécédaire, je le place entre Jacques Anquetil et Cioran.

-Le dernier tango de Kess van Dongen, de François Bott. Cherche Midi, 132 p. , 13,50 €

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Zola-Lampard au bureau [Visiteur] Email
bello bello un prenom pseudo a la disparition de ma vue, je comm donc :
je decouvre , merci et bon week .

buen dia
PermalinkPermalien 08.09.14 @ 08:52

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