Le Prix MORLINO 2014 à François Cérésa pour "Mon ami, cet inconnu" (Pierre-Guillaume de Roux)

02.09.14

Permalink 08:56:14, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Le Prix MORLINO 2014 à François Cérésa pour "Mon ami, cet inconnu" (Pierre-Guillaume de Roux)

Bien avant la remise des prix habituels, le Prix Morlino est décerné par un jury d’un seul membre chapeauté par un président. Il va sans dire que votre serviteur occupe les deux postes. Cela évite les magouilles mais pas les vrais débats enflammés. Pour départager, le président dispose de deux voix. Cette année le prix a été décerné à l’unanimité. Pour recevoir le Prix Morlino, il faut écrire avec une clarté absolue qui n’a d’égale que la sincérité de l’auteur. La moindre phrase prétentieuse et la plus anodine manifestation de relâchement stylistique éliminent les candidats les mieux disposés à le recevoir. Les imposteurs sont priés de ne pas envoyer leur dernière publication au jury intolérant avec les carriéristes abscons. Le Prix Morlino ne sera décerné que du vivant du nom qu’il porte, à l’inverse de tous les autres. Particularité du Prix: il n’y a absolument rien à gagner.

La littérature sert à consoler.
La vraie littérature, pas la logorrhée superflue. François Cérésa est K.O. debout depuis quelques années. Sa liste d’amis est devenue une peau de chagrin qui s’est mise à rétrécir atrocement.
Il a perdu coup sur coup, Boudard, Nucéra, Giovanni, Loiseau, Druon… Sans parler de ses parents. La liste est longue, trop longue. Les amis pères sont partis. Cela fait mal. Et à présent, c’est au tour des amis frères de s’en aller. Et de mort violente, en plus. Comme Bernard, Nanard pour les intimes. Le dernier de la série noire n’a pas lancé un appel au secours : il s’est pendu !
Mon ami, cet inconnu, tel est le titre de cette oraison funèbre. Tout est dit.
On croit se connaître mais souvent on fait semblant de se connaître. On se croise, on passe du temps sans rien se dire de vraiment important. On sait depuis Truffaut qu’on ignore même la couleur des yeux de ceux qu’on aime.
Alors tout prend des proportions tragiques chez certains d’entre nous, surtout ceux qui n’acceptent pas la donnée principale : dès lors qu’on sort de la bidoche maternelle, on est seul du début à la fin, et c’est cela qui est bien.
Avoir un siamois ? Non merci ! Un jumeau ? Et pourquoi pas des triplés. Plus on est de fous plus on rit.
François Cérésa salue son ami et leur jeunesse dans le Paris des années 60-70. La fin des années glorieuses, celles où l’on fumait devant un flipper sans peur d’avoir le cancer.
Ils étaient «sept comme les mercenaires» et non pas douze comme les salopards.
Dans la France sans chômage, ils n’avaient pas peur de demain. Ils se la coulaient douce, passaient leur temps au cinoche ou dans des bars à écluser sec. J’insiste, Blondin nous a avertis : on boit ensemble mais on est saoul tout seul. François Cérésa a la passion des mots et du langage, deux béquilles magistrales. Nanard n’avait pas de tuteur de ce genre. Il se perdait dans les lits de hasard, Léo Ferré sans musique ni paroles. Il n’a jamais trouvé le mode d’emploi de sa personnalité, et s’il l’a trouvé, il ne lui plaisait pas.
« Il faut avoir des cases. La tête, le cœur, le cul. Une règle : jamais intervertir. Jamais secouer pour bien mélanger. L’amour n’est pas de l’Orangina. Toi, tu secouais trop. » Voilà un exemple du style de Cérésa. C’est du Drieu rewrité par Morand. Si Cérésa avait été acteur, il aurait été Maurice Ronet. Cinéaste ? Sam Peckinpah, histoire de sulfater la moitié de l’humanité, peut-être plus, c’est-à-dire les imposteurs. Chanteur ? Jacques Brel, auteur du mythique Jef. Nanard n’aurait pas dû se suicider. Quand on a un ami du calibre de François Cérésa, on va le voir au lieu de se foutre en l’air.

Le palmarès du Prix Morlino créé en 2011

2011
-La gardienne du château de sable
de Christian Estèbe
Finitude, 202 p., 16,50 €

2012
-Un sujet français
d’Ali Magoudi
Albin Michel
406 p., 22 €

2013
-Comment vivre ? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse
de Sarah Bakewell
Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat
Albin Michel
490 p., 23, 50 €

2014
-Mon ami, cet inconnu
de François Cérésa
Pierre-Guillaume de Roux
174 p., 19, 50 €

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: commeletempspasse [Visiteur] Email
Où se réunit le jury ???
PermalinkPermalien 02.09.14 @ 17:35
Commentaire de: morlino [Membre]
Ni récompense, ni lieu, ni remise.
J'ai rajouté le palmarès depuis 2011.
PermalinkPermalien 02.09.14 @ 17:52

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