Petit manuel musical du football, Pierre-Etienne Minonzio (Le mot et le reste)

10.06.14

Permalink 10:45:46, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Petit manuel musical du football, Pierre-Etienne Minonzio (Le mot et le reste)

Chico Buarque incarne bien la passion du football et de la littérature. Musicien et écrivain, il vit souvent à Paris. C’est à coup sûr le plus français des Brésiliens comme Georges Moustaki était le plus Brésilien des Français. Littérature, musique et football, tout est un histoire de style et de rythme. Chico Buarque parle très bien français.

Ce livre indispensable nous vient de Marseille. On se demande pourquoi il a fallu tout ce temps pour voir en une anthologie des musiques liées au football. On sait qu’en France, c’est du niveau zèro. On a entendu lors de la finale de la Coupe de France Assurancetourix nous casser les oreilles avec un chant breton. Il ne sufffit pas d’avoir de beaux yeux pour bien chanter. Quand ce n’est pas le folklore c’est We are the champions de Queen, c’est dire que la France ne cesse pas de singer les Anglais. Et jadis on a eu droit à Monty pour donner du courage aux Verts. Même l’immense Marius Trésor a donné dans le 45 tours. Pauvres oreilles ! Toute cette bimbeloterie musicale n’a été possible que parce que des producteurs ont fait fructifier la notoriété des joueurs souvent sur leur propre dos de champions. Les Corons de Pierre Bachelet à Lens, c’est déjà beaucoup mieux car cela décrit bien la région. Nissa la Bella à Nice a aussi du sens pour les Niçois et non pas pour les ignares qui pensent que le Nissart est un dialecte alors qu’il s’agit d’une authentique langue avec sa grammaire et son vocabulaire
Le livre est bien sûr gorgé de chants anglais, ce qui est bien logique. On doit à l’Angleterre les Beatles et tant de groupes mythiques. Liverpool a capté son You’ll Never Walk Alone (Tu ne marcheras jamais seul) dans une comédie musicale de Gerry and the Pacemakers qui date de 1963. C’est le plus beau chant de fans du monde. A Anfield on chante juste, on n’hurle pas « Oh ! hisse, enculé ! » Désormais les chanteurs sont moins connus que les footballeurs alors que dans les années 50-60 c’était le contraire. En France, on a vu des chanteurs s’essayer à la musique, sans grand talent (Bats, Djorkaeff, E. Petit…) Le chant de l’épopée française de 1998 fut I Will Survive créé par Hermes House Band. Près de nous, il y a eu des tentatives plus heureuses avec Mickey 3 D des fondus de l’ASSE qui ont écrit un hymne à Johnny Rep, et Julien Doré qui célèbre à sa façon Platini alors que l’étoile du football ne joue plus depuis bientôt trente ans. Il y aussi le fiévreux Cali qui a déclara sa flamme dans Cantona. Le King de MU a lui-même écrit pour l’album de sa femme, la comédienne Rachida Brakni.
L’anthologie de Pierre-Etienne Minonzio, par ordre alphabétique, nous rafraichit la mémoire : qui se souvient que l’immense Cruyff a poussé la chansonnette avec Oups, oups, oups, soit Oie, oie, oie. Avant lui Franz Beckenbauer chanta Gute Freunde kann niemand trennen (Personne ne peut séparer les bons amis), sauf quand ils écoutent une chanson qui nous casse les oreilles et le reste. L’auteur du livre nous assure que Kevin Keegan avait, lui, autant de talent au micro que sur le terrain. On le croit sur paroles car il possède à merveille son sujet. Le livre nous dévoile enfin pour qui vibrer Les Beatles, tous nés à Liverpool. Lennon en pinçait pour les Reds quand McCartney n’a d’yeux que pour Everton. Par snobisme- mais oui- ils disaient ne pas aimer le football. Dans les années 1960, le football n’avait pas la force médiatique d’aujourd’hui. En 1960, seuls les connaisseurs aimaient le ballon. De nos jours, tout le monde en parle et même des ministres incompétents dans leur domaine et en sport je ne vous dis pas !
L’ouvrage aurait pu se contenter de n’évoquer que les joueurs majeurs mais il y a des entrées sur Anelka et Beckham. Qui se souviendra de leur football dans trente ans ? Niveau chanteur c’est le même topo. On ne peut pas mettre au même niveau le filet de voix de Benjamin Biolay avec toute l’âme du Brésil présente dans le gosier de Chico Buarque. D’un autre côté ces deux noms qui se suivent dans l’ouvrage montrent le fossé qui existe entre un pays qui n’a gagné qu’une Coupe du Monde – en plus sur son sol- et la nation phase du football qui en a cinq à son palmarès. En France on se sert du footall. Au Brésil, on sert le football.
Dans le livre, deux joueurs se distinguent du mot : George Best, grand amateur des Rolling Stones, a permis aux footballeurs d’enfin avoir droit a être intelligents et plein d’humour. Best eu le statut des stars du rock. Quant à Rocheteau, il a brisé à jamais l’image du football beaufoïde.
A la fois mélomane et lecteur, Rocheteau a été la meilleure publicité possible du football.


-Petit manuel musical du football,
de Pierre-Etienne Minonzio. Le mot et le reste, 272 p., 20 €

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