Dialogue, de Jorge Luis Borges et Victoria Ocampo (Bartillat)

21.05.14

Permalink 09:59:50, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, GRANDE DAME  

Dialogue, de Jorge Luis Borges et Victoria Ocampo (Bartillat)

La voix de Jorges Luis Borges est inoubliable. Dans son œuvre, il aimait la thématique du double, comme Maupassant qui, lui, était malade, souffrant d’autoscopie, c’est-à-dire croire avoir rendez-vous avec soi-même. Il aimait la France car il estimait que les lecteurs français avaient amélioré son œuvre. Borges avait même l’élégance d’être humble. La France depuis Roger Caillois a établi un lien indestructible avec l’Amsud, en particulier l’Argentine.

Voici un livre destiné aux amoureux des Belles Lettres comme on disait jadis.
On peut se féliciter qu’il existe encore un éditeur pour éditer un livre aussi beau dans sa fabrication. Sur un magnifique papier ivoire, on trouve l’entretien à deux voix entre Borges et Victoria Ocampo, la fondatrice de la mythique revue SUR dont le premier numéro fut disponible dès 1931.
Avant de lire Borges, je l’ai entendu à la radio. Il parlait un français impeccable, en recherchant son souffle. Moi de l’autre côté du poste, j’avais le mien coupé. Tout ce qu’il disait était d’une beauté inouie. Beauté auditive et beauté visuelle tant il avait la capacité à faire surgir des images. Je l’entends encore parler de la Voile lactée. Je ne suis vu soudainement dans le ciel, genre Peter Pan. Quelle force dans l’évocation !
Sa voix était comme celle d’un homme qui se raccrochait au rebord de sa tombe pour ne pas être enseveli. Il en redemandait, n’avait pas fini de tout aimer, de tout dire. Quasiment, aveugle il ne voyait pas presque plus, sauf des ombres, lui qui suivait tant de fantômes, à commencer par son double.
Je ne le connaissais pourtant je reconnaissais un ami.
Borges disait que même dans le plus mauvais livre, il y avait souvent une belle phrase et qu’il fallait donc le lire pour la trouver.
Le dialogue entre Borges et son ami et admiratrice permet à l’écrivain d’évoquer sa famille, ses parents et ses grands-parents. On les découvre sur plusieurs photos qui accompagnent la lecture du livre. Des photos en noir et blanc qui, sauvées de l’oubli, restituent bien toute la fragilité de l’existence. Que reste-t-il ? On le sait des photos, et aussi parfois des livres quand il y a un écrivain dans la famille. Le dialogue est surtout centré sur Borges mais celui-ci n’est pas un adepte du soliloque exaspérant. Il est toujours prêt à partager ce qu’il sait ou ignore. Borges est l’un des rares écrivains à entremêler avec infiniment de naturel la poésie et la réflexion, la culture et la grâce du réel. On nous dit que les deux amis ont parfois eu des tensions. On a du mal à les imaginer tant Borges et Ocampo sont complices.

-Dialogue, de Jorge Luis Borges et Victoria Ocampo, préface de Maria Kodama. Introduction d’Odile Felgine. Traduit de l’espagnol (Argentine) par André Gabastou. Bartillat, 160 p., 20 €

Commentaires, Pingbacks:

Cet article n'a pas de Commentaires/Pingbacks pour le moment...

Laisser un commentaire:

Votre adresse email ne sera pas affichée sur ce site.
Votre URL sera affichée.

Balises XHTML autorisées: <p, ul, ol, li, dl, dt, dd, address, blockquote, ins, del, span, bdo, br, em, strong, dfn, code, samp, kdb, var, cite, abbr, acronym, q, sub, sup, tt, i, b, big, small>
(Les retours à la ligne deviennent des <br />)
(Sauver le nom, l'email et l'url dans des cookies.)
(Autoriser les utilisateurs à vous contacter par un formulaire de message (votre adresse email ne sera PAS révellée.))

Septembre 2020
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30        

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software