Conseil d'ami: Philadelphia, à voir et revoir

13.05.14

Conseil d'ami: Philadelphia, à voir et revoir

Philadelphia
de Jonathan Demme
Scénario: Ron Nyswaner
Avec :
Tom Hanks
Denzel Washington
Roberta Maxwell
Buzz Kilman
Karen Finley
Antonio Banderas

Arte a rediffusé deux fois, coup sur coup,"Philadelphia” de Jonathan Demme avec Tom Hanks et Denzel Washington. Un film de 1993 que je n’avais jamais vu.
Je viens de réaliser pourquoi … En 1993, je suis devenu père. Une actualité trop forte pour m’intéresser au cinéma.
De quoi s’agit-il ?
Andrew Beckett, brillant jeune avocat, est renvoyé de son cabinet parce que ses associés apprennent qu’il atteint du sida. L’Histoire se déroule juste après le début des années 1980.
Andrew choisit de riposter et attaque le cabinet pour licenciement abusif.
Andrew Beckett (Tom Hanks) est aidé dans son combat par son confrère noir Joe Miller joué par Denzel Washington dont le personnage au début se méfie des homosexuels. C’est l’époque où l’on croit qu’il suffit de respirer le même air pour être contaminé.
L’astuce du scénario est d’avoir choisi de développer une amitié et non pas un amour.
Le duo d’amis est magnifique. On oublie vite qui est gay, qui ne l’est pas, qui est noir, qui est blanc. Nous sommes dans la grâce absolue.
L’amant du héros a un rôle secondaire.
Denzel Washington joue aussi bien que Tom Hanks. Il fallait récompenser les deux acteurs, au lieu de distinguer seulement Hanks.
Nous nous retrouvons en face d’une fraternité au-delà de l’amour physique comme dans L’Epouvantail, Macadam Cowboy, voire Le Discours d’un roi.
L’amitié est le thème central de ce film qui étrangement n’existe pas encore en Blu-ray.
La bande son est très importante. La musique est signée par Howard Shore avec l’apport de Bruce Springsteen (Streets of Philadelphia), Neil Young (Philadelphia), Umberto Giordano & André Chénier (La mamma morta chantée par la Callas), Peter Gabriel (Lovetown)…
Lors de la séquence avec la voix de La Callas nous avons droit à des effets très Hitchcock avec un zeste de Ken Russell, pour les images style psychédélique avec la teinte rouge. Joe Miller partage en fait la sensibilité de Beckett(un nom sans doute pas pris au hasard: En attendant Godot a toujours signifié En attendant la mort…) La même sensibilité et non pas la même orientation sexuelle comme on dit à présent. Cette interprétation de La Callas, je l’écoute très souvent. D’où mon intérêt croissant pour ce film qui est d’une finesse sans limite.
En opposition,l’avocate des associés est aussi immonde que l’infirmière dans Vol au-dessus d’un nid de coucous.
Ce film fait comprendre que nous pouvons tous mourir du Sida.
Dans mon entourage j’ai vu mourir plusieurs personnes de cette maladie.
Les années 1980 furent une hécatombe: j’ai perdu au moins dix proches. Rien que des jeunes, tous avaient moins de quarante ans.
Une de mes amies a disparu. Un soir j’ai vu son nom dans la rubrique nécrologique d’un journal.
Rétrospectivement, j’ai compris qu’un jour, elle a demandé à me voir pour voir si j’étais contaminé: me l’avait-elle donné ou bien est-ce moi qui lui avait inoculé le poison amoureux ? Oui, j’ai compris à sa mort qu’elle devait enquêter. Par pudeur, elle a choisi ensuite, le silence. Je suis allé à ses obsèques. J’ai vu passer le cercueil de la jeune femme que j’avais tenu dans mes bras.
Donc Philadelphia a réveillé tout ça chez moi.
Je pourrais en dire plus mais je ne veux pas dévoiler l’ascendance de cette jeune fille. Une gloire française.
Je suis un miraculé du Sida, de la moto et de la drogue, les trois guerres de ma génération.
Aujourd’hui, tout recommence car je suis père de famille.
Regardez Philadelphia et vous en sortirez meilleur.
Je ne suis pas un professeur de morale ni un policier.
Un père doit aussi être l’ami de ses enfants sinon ils ne vous confient rien du tout.
Les deux héros du film jouent beaucoup avec les yeux. Double interprétation magistrale. Il ne faut pas couper en deux leur performance commune, ciment indestructible de cette œuvre d’art.

PS/ Philadelphia provient d’une histoire vraie: celle de Geoffrey Bowers. Il est mort six ans avant la sortie du film.

[Post dédié à Charles Ficat]

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