Rimbaldo, de Serge Filippini (La Table Ronde)

06.05.14

Permalink 00:21:42, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Rimbaldo, de Serge Filippini (La Table Ronde)

Jean-Jacques Lefrère et Jacques Desse ont publié un superbe tiré à part [Histoires littéraires (Paris)/ Du Lérot, éditeur (Tusso)], en 2010, sur la photographie de groupe avec Rimbaud (Un coin de table à Aden). Quatre ans plus tard, Serge Filippini publie Rimbaldo, un récit qui gravite autour de cette image albuminée découverte par Alban Caussé et Jacques Desse, en 2008.
Le romancier a identifié les cinq hommes, la femme qui pose avec Rimbaud. De gauche à droite : Georges Révoil, Maurice Riès, Henri Lucereau, Edouard Bidault, Jules Suel et Emilie Bidault. Le cliché date de 1860. Tout ceci est vrai. La photographie a été prise sur le perron de l’Hôtel de l’Univers à Eden. Rimbaud séjourna en Arabie une dizaine d’années et logeait régulièrement dans cet hôtel dont le propriétaire Jules Suel est sur la photo avec costumes à carreaux. C’est lui qui voulut s’immortalisa au milieu de ses amis et clients pour faire de la réclame à son établissement. Sur l’image, Rimbaud est assis, à droite. Il a l’air absent, fantomatique. A l’époque, il fait du commerce d’arme. Le narrateur de la fiction fait dire à Jules Suel à propos de Rimbaud : « Vous avez devant vous le plus grand misanthrope de toute l’Arabie ». Une remarque plus vraie que nature. Au départ, Rimbaud ne voulait pas être sur la photo, toujours d’après les faux souvenirs du narrateur qui pourrait bien avoir raison sur presque tout ce qu’il dit.
Serge Filippini est dans le bon feeling, le bon tempo. Rimbaud n’occupe pas tout le récit mais on recherche sans cesse sa présence. On l’image avec sa ceinture qui contenait sa fortune dans la doublure. Je ne souviens d’avoir lu une confidence de Pascal Pia racontant que Camus fut déçu d’apprendre que Rimbaud avait de l’or. Pia rétorqua méchamment : « Et vous vous l’avez en banque ! » Cette rêverie éveillée est à conseiller aux lecteurs enflammés de Rimbaud qui auront l’impression de passer du temps avec l’auteur d’un Bateau ivre. Ils y trouveront leur héros que tous les personnages présents sur la photo ne portent pas dans leur cœur. Tous ne s’imaginaient pas qu’ils deviendraient immortels grâce à ce Rimbaud qu’ils n’ont pas su apprécier à sa juste valeur, à savoir celle d’un phare de la littérature mondiale.

-Rimbaldo
de Serge Filippini. La Table Ronde, 147 p., 16 €.

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