Mort d'Alain Resnais (1922-2014), le maître du cinéma intelligent

02.03.14

Mort d'Alain Resnais (1922-2014), le maître du cinéma intelligent

On est passé d’Alain Resnais aux révisionnistes débiles et dangereux. Révoltant !

Comme un symbole, Alain Resnais est mort le lendemain de la lamentable soirée des Césars 2014. Une cérémonie où les gensdecinémas se sont auto congratulés, comme jamais, au mépris des téléspectateurs. Le cinéma c’est de l’art et non pas une réunion de “professionnels de la profession” qui ne pensent qu’à leur carrière. Au cours de cette soirée, un histrion s’est même permis de critiquer Alain Delon, l’un des plus grands acteurs de l’Histoire du cinéma.
En même temps, la mort d’Alain Resnais intervient après la “fête” du cinéma. J’y vois là aussi le symbole de sa légendaire discrétion.
Et il quitte ce monde quand les chars soviétiques croient que nous sommes encore en 1956.
Le cinéma, l’art,- le sport- sont là pour s’opposer à la guerre, cette fabrique de mort sur commande.
Pour ma part, il y a le cinéma avant et après Resnais.
En 1967, me semble-t-il, jai vu Muriel, ou le Temps d’un retour (1963). J’avais 15 ans. A un moment, Alain Resnais filme en gros plan le combiné d’un téléphone. A cet instant-là, j’ai compris qu’avec une seule image d’un combiné de téléphone on pouvait exprimer la solitude.
Alain Resnais n’était pas un cinéaste hermétique comme certains de ces confrères qui se pressent le citron sans parvenir à nous faire partager leur vision du monde. Pour s’en démarquer, il aimait dire que le cinéma était un art qui sollicitait beaucoup l’usage des mains.
“La forme c’est le fond qui remonte à la surface” a dit Victor Hugo. La caméra de Resnais illustre cet esthétisme.
Faire des effets visuels gratuits ne sert à rien.
Resnais n’était pas obsédé par l’architecture des lignes. Lui, c’est l’âme des personnages qu’il mettait au cœur de son cinéma.
D’une vaste culture générale (Littérature, peinture, théâtre- passionné par le Cartel[Dullin, Jouvet…], cinéma, BD, sciences…), il savait être inventif, rester neuf.
A partir de Providence (1977) une nouvelle génération l’a découvert.
Au début des années 1980, Mon oncle d’Amérique et La vie est un roman sont deux films phares parmi ses films phares.
Il savait réinventer la narration. Son amour de la littérature l’a amené à collaborer avec des écrivains de grands calibres.
Son travail avec Henri Laborit fut grandiose.
Son montage avec ses souvenirs du cinéma de papa a souligné la force de la mémoire collective.
En 1997 : On connaît la chanson a prouvé qu’il ne se prenait pas au sérieux mais son film plein de fraîcheur a en fait une profondeur éclatante.
Quarante ans plus tôt Nuit et Brouillard (1956) il a montré sur grand écran les horreurs orchestrés par les nazis. En 1959, Hiroshima mon amour a souligné les ravages de la bombe atomique. En 1963, Muriel, ou le Temps d’un retour a pour toile de fond la guerre d’Algérie.
Chacun de l’un de ses films avait un rythme bien particulier exactement comme les livres de Georges Perec.
Alain Resnais ne refaisait jamais le même film.
Homme de grande rigueur, il n’oubliait pas le conseil de Jean Renoir: “Quand on tourne, il faut s’amuser aussi".
Comme tous les cinéastes et hommes de théâtre importants, Resnais avait créé une troupe. Les acteurs étaient des couleurs pour ce peintre de l’écran.
Alain Resnais a eu la grande satisfaction de créer jusqu’au terme de sa vie.
Il venait de terminer son ultime film: Aimer, boire et chanter. Tout un programme, l’humour à la boutonnière.
L’artiste a passé sa vie à explorer son cerveau. C’était l’ambition que les surréalistes voulaient communiquer à la population entière.
Il appartient aux créateurs qui ont déroulé toute leur création, comme Chaplin, alors que Jean Vigo, François Truffaut et Jean Eustache ont été fauchés avant de mettre un point final à leur œuvre.
Sa famille le destinait à la pharmacie mais lui pensa à un moment donné à devenir libraire-éditeur à la manière de José Corti chez qui il allait acheter des livres. Finalement, il se lança dans le cinéma pour “rendre la vie supportable". Il choisit de se placer derrière la caméra car l’acteur Alain Resnais ne parvenait pas à contrôler ses sentiments.
Le cinéma vient de perdre l’un des ses grands maîtres. On perçoit très bien qu’une exceptionnelle présence vient de disparaître.
On aimait le voir avec son imperméable, son costume, ses lunettes noires et ses baskets blanches. L’éternel jeune homme nous a quittés à 91 ans.
Comme Robert Bresson et Jacques Tati, Alain Resnais faisait du cinématographe.
Que reste-t-il de nos amours ? Jacques Rivette, Jean-Luc Godard, Roman Polanski, Ettore Scola, Marco Bellocchio, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Win Wenders, Woody Allen, Werner Herzog…
Les derniers jours de sa vie, Alain Resnais travaillait sur son prochain film: Arrivée, départ.
“Pour me produire, il faut aimer le risque” disait-il.
Il a illustré le mot d’Orson Welles: “Me reposer ? Pas avant d’être mort".
Alain Resnais par sa poésie maintenait le monde à bonne température.
Avant de mourir, il nous a offert un film qu’on pourra voir à partir du 26 mars 2014. La grande classe jusqu’au bout.
Aimer, boire et chanter. Mieux que liberté, égalité, fraternité.

Ses grands courts-métrages:
1947 : Van Gogh
1950 : Guernica
1953 : Les statues meurent aussi
1956 : Nuit et Brouillard
1956 : Toute la mémoire du monde

Sa filmographie:
1959 : Hiroshima mon amour
1961 : L’Année dernière à Marienbad
1963 : Muriel, ou le Temps d’un retour
1966 : La guerre est finie
1968 : Je t’aime, je t’aime
1973 : L’An 01, de Jacques Doillon (tournage de la séquence américaine)
1974 : Stavisky
1977 : Providence
1980 : Mon oncle d’Amérique
1983 : La vie est un roman
1984 : L’Amour à mort
1986 : Mélo
1989 : I Want to Go Home (Je veux rentrer à la maison)
1993 : Smoking / No Smoking
1997 : On connaît la chanson
2003 : Pas sur la bouche
2006 : Cœurs
2009 : Les Herbes folles
2012 : Vous n’avez encore rien
2014 : Aimer, boire et chanter

[Post dédié à commeletempspasse]

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: cyril [Visiteur] Email
C'est pas parce que delon a été un jour un grand acteur que toute critique contre lui n'est pas permise...

Je te rejoins quand meme sur tout le reste du poste..
PermalinkPermalien 03.03.14 @ 13:08
Commentaire de: commeletempspasse [Visiteur] Email
Mr Morlino ,

Merci de cet article pertinent !!
PermalinkPermalien 04.03.14 @ 11:04
Commentaire de: morlino [Membre]
Le mieux c'est de le nommer quand on critique quelqu'un d'absent.
PermalinkPermalien 04.03.14 @ 16:42

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