Archives pour: Octobre 2013, 08

08.10.13

Mort du grand créateur Patrice Chéreau (1944-2013)

Un soir, Michel Piccoli me ramena de Nanterre à Paris en voiture. Grâce à Bulle Ogier, je venais de la prendre en photo avec une bouteille de “Mort Subite” (Bière) que j’avais apporté et qu’il ne connaissait pas. Sur la route du retour, on nous a klaxonné à un feu rouge. Arrivé à notre auteur, Patrice Chéreau, seul au volant, baissa sa glace pour saluer son ami. On eût James Dean dans La fureur de vivre.
Michel Piccoli m’a alors dit: “Où va-t-il ce grand homme ?”
Je me souviens de lui avoir dit: “C’est notre Pasolini…”

J’ai vu ensemble Patrice Chéreau, Jean Genet et Maria Casarès, à Nanterre, en 1983. Magnifique moment qui ne méritait pas une photo mais plutôt un tableau.
Quand Chéreau dirigeait le Théâtre de Nanterre c’était une grande époque de création, tout comme la période Vitez à Ivry, à Chaillot.
Chéreau était un artiste total: metteur en scène, acteur, pédagogue, comme Jouvet, Dullin, Vilar et Vitez.
Théâtre, cinéma, opéra.
Quand, il parlait, travaillait, et même marchait, j’ai toujours vu des flammes autour de lui, tant il était incandescent. Comme le bout rouge des cigarillos qu’il grillait souvent de manière fébrile.
Regard brillant et perçant, grande détermination dans la voix.
L’intensité de ses yeux effrayait ceux qui ont peur d’être vu tels qu’ils sont.
Lorsqu’il commençait à s’ennuyer dans une conversation, il regardait ses mains, signe d’impatience car sa pensée allait plus vite que celle de son interlocuteur. Dès le début de la phrase de son vis-à-vis, il en connaissait déjà la fin.
Ses mains noueuses, tortueuses comme issues d’un tableau de Bacon.
Ce n’était pas un intellectuel fumeux. Il était intelligent et sensible.
Il a dit que son père l’emmenait au Louvre pour lui montrer les mauvais tableaux ! Ce fut l’apprentissage afin de prendre conscience géométriquement qu’il y avait les bonnes et les mauvaises façons de voir et de dire ce qu’on a vu.
Il partageait ce qu’il savait et ne savait pas.
Il avait la science de l’espace et aimait les acteurs dont il tirait le meilleur quand ils savaient partager avec lui l’aventure qu’ils vivaient ensemble.
Ses mises en scène comportaient toutes le souffle de la vie et l’étau de la mort.
Il n’usait d’aucuns artifices faciles pour émouvoir la galerie.
Son exigence n’était pas pédante ou élitiste. Un esthétisme basé sur l’âme des personnages.
Dans Peter Gynt, le personnage éponyme se compare à un oignon. Plus il ôtait les épluchures plus il s’apercevait qu’il n’avait pas de noyau.
Patrice Chéreau c’était le contraire. Son noyau, c’était la grâce qu’il atteignait grâce à sa force de travail.
Je me suis souvent trouvé à quelques mètres de lui mais je n’ai jamais osé l’aborder.
J’en savais assez sur lui, à force de voir ce qu’il donnait par le biais de ses spectacles.
Je préférais le voir comme créateur sans casser la glace qui nous séparait (une glace sans tain). Je ne voulais pas briser la magie du théâtre.
Il est vrai que j’étais lié à Vitez.
Inconsciemment, c’était comme si je devais aimer à la fois Man United et Liverpool.
Toujours est-il que je voyais alors tous les spectacles de Vitez et de Chéreau.
Un temps très fort de la scène française.
A Nanterre, Chéreau a fait entendre Bernard-Marie Koltès car il estimait que découvrir un nouvel auteur justifier le métier de metteur en scène “souvent en porte-à-faux".
Tout comme Vitez, Patrice Chéreau était un grand créateur et absolument pas un simple promoteur de spectacles comme il y en a tant.

Le mises en scène de Patrice Chéreau que j’ai vues plusieurs fois lors de ma décennie consacrée au Théâtre, l’une des plus belles de ma vie (ensuite j’ai basculé, avec un sens évident de la futurologie, vers Old Trafford, le Théâtre des Rêves avec l’acteur Cantona dirigé par le metteur en scène Alex Ferguson):

1977 : La Dispute de Marivaux, Théâtre de la Porte-Saint-Martin, 3e version
1977 : Loin d’Hagondange de Jean-Paul Wenzel, Théâtre de la Porte-Saint-Martin
1981 : Peer Gynt d’Henrik Ibsen, Théâtre de la Ville
1982-1990 Codirecteur du Théâtre des Amandiers Nanterre1983 : Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, création en France
1983 : Les Paravents de Jean Genet
1985 : La Fausse Suivante de Marivaux
1985 : Quartett d’Heiner Müller
1986 : Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès, création en France
1987 : Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès
1987 : Platonov d’Anton Tchekhov

Permalien 07:43:52, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, GRANDE DAME  

Simenon, Lapierre, Courtine, Mme Brécourt-Villars et Lapaque dinent à la Table Ronde

Simenon chez lui et en italien (la voix n’est pas celle de Simenon, il est doublé) Superbe interview où il parle de son plaisir d’écrire, le côté menuisier. Qui parle avec autant de passion de son métier ? En littérature, je n’en connais pas, à part lui.

Bon vivant, érudit, Sébastien Lapaque n’est pas passé à côté de Marcel Lapierre. Notre société aime célébrer les sportifs, les chanteurs, les acteurs, voire les animateurs de télé mais l’on consacre très peu d’ouvrages à fêter les vignerons hors du cadre des spécialistes. SL, presque SLC (Salut Les Copains), y remédie de la plus bel façon : par un vibrant exercice d’admiration.
Marcel Lapierre (1950-2010) est mort jeune : 60 ans. De nos jours, 60 piges c’est jeune. C’était un enchanteur de palais, de papilles avec son morgon « nature, non filtré, non sulfité». L’homme et sa production étaient si connus et appréciés que SL leur rendit hommage dans le quotidien brésilien O Estado de S Paulo. Guy Debord, le pourfendeur de la Société du Spectacle, avait écrit sur son ami : « Je ne connais aucune déception qui résiste à un morgon de Marcel Lapierre». Beau compliment mais ce n’est pas vrai car les chagrins surnagent toujours même dans un océan de bon vin. Lapierre refusait de trafiquer les vins comme tant de vinificateurs. Lapaque ne supporte pas qu’on ne salue pas la mémoire d’un homme de cet acabit. Merci pour son devoir de mémoire qui sonne juste et vrai.

-Chez Marcel Lapierre
De Sébastien Lapaque
La petite vermillon/ La Table Ronde, 167 p., 5 ,90 €

Dans sa préface, Sébastien Lapaque nous rappelle que la légende attribue 10 000 femmes à Georges Simenon. Sa seconde épouse a confié que l’écrivain voulait faire l’amour trois fois par jour. Comble du paradoxe, Simenon a rendu fidèle le commissaire Maigret, lié à une unique femme… très bonne cuisinière. Voici réunies tous les recettes de plats cuisinés aimés par Simenon-Maigret. L’ouvrage est signé Robert Courtine (1910-1998) qui signait ses chroniques gastronomiques sous le nom La Reynière. Beaucoup de plats remontent à l’enfance du romancier né de mère flamande et de père wallon. Moules frites, tarte au riz, œufs au lait, crème au citron, foie de porc piqué de lardons, soupe à l’oignon gratinée, soufflé des terre-neuvas, quiches tourangelles, mouclade des boucholeurs, rougets grillés, bouillabaisse, brandade de morue, lièvre à la royale, lapin farci, tête de veau en tortue, bœuf bourguignon, épaule de mouton farcie bonne femme, cèpes au four, gâteau moka… Chaque recette est accompagnée d’une boisson idoine, cidre ou Châteauneuf-du-Pape…Bon appétit. Service compris.

-Simenon et Maigret passent à table
De Courtine
Préface de Sébastien Lapaque
La petite vermillon/ La Table Ronde, 2,70 €, 8, 70 €

A lire aussi : Mots de table, mots de bouche, de Claudine Brécourt-Villars, la petite vermillon/ La Table Ronde, 437 p., 10, 20 €. Passionnant dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie. D’où vient le mot « couscous » ? Que signifie « une fricassée » ? A quand remonte le « pain perdu » ? Qui inventa la « potée » ? D’où vient le nom « tian » ? Livre indispensable pour tous les gastronomes, gourmets et gourmands pour savoir qui a fait quoi. Un dictionnaire trois étoiles.

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