Maurice Blanchot-Pierre Madaule, Correspondance 1953-2002 (Gallimard)

24.03.13

Permalink 01:14:05, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Maurice Blanchot-Pierre Madaule, Correspondance 1953-2002 (Gallimard)

Bien sûr les correspondances entre des écrivains ne concernent que les happy-few surtout à l’heure où les médias décrètent écrivains des gens qui n’ont pas écrit une seule ligne des bouquins qu’ils signent. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit d’une correspondance entre Maurice Blanchot et l’un des ses plus avisés lecteurs. Pendant presque un demi-siècle le dialogue épistolaire n’a jamais cessé avec des périodes plus ou moins intenses. Blanchot avait de l’estime pour celui qui lui consacra, en 1973, Une tâche sérieuse ? (Gallimard, 1973), essai né de la lecture au laser de L’arrêt de mort (1948), l’un des livres phares de Blanchot.
La publication de cette correspondance est bien sûr réservée à l’élite des lecteurs. Combien sont-ils 300 000 ? 30 000 ? 3 000 ? 300 ? 30 ? 3 ! Arrêtons. En publiant les correspondances, Antoine Gallimard, le petit-fils du fondateur, rend hommage à son grand-père Gaston. Cette fois, Pierre Madaule refuse qu’on l’appelle écrivain. Blanchot aimait ce lecteur qui ne fait même pas figurer sa bibliographie dans le volume.
Madaule sait que les trois-quarts des livres naissent de songe-creux. Autant alors ne pas agrandir le nombre. Dans L’arrêt de mort, Madaule a été sensible au fait qu’il y a une confusion entre l’auteur et le narrateur. Le début du récit et la fin du volume ont nourri toute sa vie. Heureux Blanchot d’avoir un tel lecteur !
Madaule ne fait pas la théorie de l’œuvre de Blanchot. De surcroît pour ne pas être troublé par la présence physique de Blanchot, Madaule n’avait vu Blanchot. Tout se passe par écrit et par la pensée bien sûr. La rencontre a eu lieu mais uniquement à travers la littérature, et les mots de la correspondance. Madaule nous prouve qu’on peut lire un seul livre pendant 60 ans sans jamais se lasser. Est-ce un comportement clinique ? Parfois, Madaule se demande s’il n’est pas possédé. Il possède une dizaine d’Arrêt de mort car à force de lire le même exemplaire, l’ouvrage se dégrade. Quand L’arrêt de mort reparaît dans “L’Imaginaire", Blanchot retire la fin du récit, deux alinéas, afin de plonger le lecteur encore un plus dans le vide. Un peu comme si on retire la grande croix au-dessus de l’autel dans une église.
Dans sa correspondance, Blanchot dit que Madaule est finalement le véritable auteur de L’arrêt de mort. La lecture de Madaule était «créatrice ». Madaule rétorque alors qu’il est un auteur sans lecteur… Dans ses lettres, Maurice Blanchot signe « Je vous dis mon amitié» ((1973), « dans l’amitié » (1975), « merci pour ce que vous m’avez donné « (1987) . Quand il est mort le 20 février 2003, il y avait près du fauteuil de Blanchot la dernière lettre de Pierre Madaule, datée 23 septembre 2002.

-Maurice Blanchot-Pierre Madaule
Correspondance (1953-2002)

Edition établie, présentée et annotée par Pierre Madaule
Gallimard, 166 p., 25

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