Mort de Maurice Herzog (1919-2012), l'un des héros de l'Annapurna

14.12.12

Mort de Maurice Herzog (1919-2012), l'un des héros de l'Annapurna

On peut dire ce que l’on veut mais Maurice Herzog fut le premier homme à gravir jusqu’au sommet de l’Annapurna. Certes tout n’a pas été un conte de fées mais qui peut me garantir que la victoire des footballeurs français en Coupe du Monde 1998 fut aussi belle qu’on la raconte sans cesse ? Ce 14 décembre 2012, on annonce sa mort. Je republie mon article sur le livre de sa fille qui est tout sauf un roman. C’est le récit qui a pour amorce le complexe d’Electre, soit le complexe dOedipe au féminin. Roman est de trop, c’est la version d’une fille sur son père. Je n’ai pas participé à la descente en flammmes du père comme certains médias. Il y a peu de temps, j’ai vu sur la télé du service public un grand sujet sur ce livre: une émission digne des journaux à scandales, seul Christian Brincourt a fait entendre une voix différente. On y a aussi aperçu Maurice Herzog, pour la dernière fois, au seuil de la mort. Il n’en revenait pas que sa fille- aussi belle qu’intelligente- ait pu signer un tel ouvrage. Malgrè tout ce que l’on peut dire sur Maurice Herzog, je lui conserve tout mon respect, ainsi qu’à ses compagnons de cordée.

Malgré tous ses efforts pour saccager l’image de son père, Félicité Herzog a écrit un livre d’amour sur le premier vainqueur de l’Annapurna devenu secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports du général de Gaulle. De l’amour contrarié mais de l’amour quand même. “Famille, je vous hais! “(André Gide) On connaît la chanson! Maurice Herzog, mon père, ce zéro… Le beau zéro, le grand zéro… L’alpiniste Maurice Herzog a-t-il été un père à la hauteur ? On n’en finirait pas de plaisanter sur le titre (Un héros) de l’ouvrage hostile à un monument mondial de l’alpinisme, chef d’expédition de l’illustre cordée qui a réussi là où cinquante-cinq autres tentatives échouèrent. Les enfants sont-ils les mieux placés pour juger leurs parents ? Cela reste à prouver. « Tuer » le père quand on a 44 ans et une très bonne situation sociale (tête pensante chez Areva), cela ne relève pas de l’exploit. Il y a deux façons de parler des siens : celle de Pascal Jardin (Le Nain jaune) qui a davantage écrit un grand livre qu’un portrait exact de son père, haut fonctionnaire de la France vichyste, ou celle d’Alexandre Jardin (Des gens très bien) petit-fils qui a dézingué son grand-père dans une démarche éditoriale plus proche de Voici que du Bloc-notes de François Mauriac. Pour espérer faire un succès de librairie, il faut qu’un parfum de scandale précède la mise en vente.
Un héros est donc la descente en flammes tardive d’un père par sa fille qui a choisi sa mère pour dédicataire. Elle aurait pu y ajouter son frère psychotique au point d’en mourir, à bout de force. Nous sommes dans l’autobiographie avec ici et là quelques arrangements avec la vérité jusqu’à parfois déraper vers le n’importe quoi. Page 39 : Félicité Herzog prétend que le cadavre de Jean Prévost a été «traîné jusqu’à la mort par une voiture de la Gestapo». Primo, un cadavre ne peut pas être trainé jusqu’à la mort… Secundo, d’où tient-elle cette information ? Peut-être de sa mère qui fut marié à Simon Nora (1921-2006), «résistant, juif et compagnon de route des communistes». Ce premier mari n’est autre que le père d’Olivier Nora, l’actuel patron des éditions Grasset. Comme le monde est petit.
Le débinage du père sert donc à rendre hommage à une mère (Marie-Pierre de Cossé-Brissac) qui a dû subir l’antisémitisme de ses parents (père pétainiste et mère collabo) avant d’épouser en secondes noces Maurice Herzog- dont elle divorça- qui attirait toute la lumière sur lui. La vengeance étant un plat qui se mange froid, il était temps, en 2012, d’abattre la statue du commandeur qui va fêter ses 93 ans. A l’ère de la littérature jetable, ce que dit Félicité Herzog est plus important que son style. Le fond domine la forme même dans la partie plus intime du récit- «le misérable petit tas de secrets»- là où l’on frôle l’inceste, par le biais d’un «viol du regard».
L’essentiel du livre, on le connaissait déjà depuis que Gaston Rébuffat, membre de l’expédition, s’était désolidarisé des récits de l’ascension de l’Annapurna signées par M. Herzog, starifié en couverture de Paris Match, brandissant le drapeau français au bout de son piolet. Le cliché fut pris par Louis Lachenal, grand oublié de l’exploit historique du 3 juin 1950 accompli ensemble. Lachenal ne tira aucun marron du feu tandis que celui qu’il accompagna par conscience professionnelle fut recouvert de gloire jusqu’à entrer dans le gouvernement gaulliste. Amorçant la controverse, Annapurna premier 8000 de M. Herzog s’arracha comme des petits pains. A la mort de Lachenal, dans une crevasse de la Vallée Blanche, au cours de hiver 1955, les notes du disparu (Les Carnets du vertige) furent mises en forme par Gérard Herzog, le frère de Maurice… Il a fallu attendre quarante ans pour enfin découvrir des manuscrits inédits de Lachenal- mis au grand jour par son fils Jean Claude- qui décrivent une autre version de l’ascension.
Lachenal rapporta que M. Herzog poussa l’expédition au-delà du raisonnable pendant que lui ne laissa pas tomber « l’illuminé» parce qu’un guide ne doit pas abandonner quelqu’un sous peine d’être accusé de non assistance à personne en danger. «Marchant vers le sommet, [M. Herzog] avait l’impression de remplir une mission. C’est pour lui et pour lui seul que je n’ai pas fait demi-tour. Cette marche au sommet n’était pas une affaire de prestige national. C’était une affaire de cordée. » C’est toute la différence entre un alpiniste en quête de prouesse et un professionnel de la montagne. A force de trop braver le danger, les deux hommes subirent l’amputation des pieds et des mains (Herzoz) et des orteils (Lachenal). Dans un autre domaine, celui de la conquête de la lune, on connaît surtout Neil Armstrong, le premier à alunir, au détriment de Buzz Aldrin qui l’a suivi pourtant de près. Lors de la Première Guerre Mondiale, on disait que « Parade » était de Cocteau sans préciser que les décors et la musique avaient pour auteurs Picasso et Satie. Félicité Herzog dresse le portait d’un dragueur assoiffé de conquêtes qui hésite entre DSK et Simenon. Cela méritait-il 302 pages ? On n’écrit pas comme on fait du ski à Gstaad. Une chose est certaine : M. Herzog a prouvé qu’il avait un mental d’acier. Celui qui manque d’habitude à tant d’athlètes français.

-Un héros
de Félicité Herzog
Grasset, 302 p., 18 €

[Post dédié à Maurice Baquet]

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