Borges, de loin, de Christian Garcin (Gallimard)

08.11.12

Permalink 10:25:34, Catégories: LITS ET RATURES, SPECIAL MARADONA, GRAND MONSIEUR  

Borges, de loin, de Christian Garcin (Gallimard)

Borges parlait parfaitement le français. Sa voix est inoubliable, en n’importe quelle langue. Même sans rien comprendre un mot de ce qu’il dit, on est sous le charme de sa façon de parler. Une vraie partition musicale, toute en douceur avec des élévations et des gouffres. Pour moi, Borges incarne l’écrivain dans sa plus grande expression: un mélange d’érudition et de simplicité. C’est vers quoi il faut tendre. Tout le reste n’est pas littérature !

L’ouvrage s’intitule Borges, de loin mais il pourrait s’appeler Borges, de près, tant Christian Garcin colle à son sujet. Au début du livre, le poète-biographe rend hommage à Franz Kafka qu’il place au-dessus de tout le monde au XXe siècle. Chacun ses goûts et celui-ci est excellent. Christian Garcin cite tout de suite après son père, membre éminent de son Panthéon portatif. De la page 12 à la page 14, on voit 10 petites photo de Kafka entre le timbre poste et le photomaton. Sacré visage que l’on ne peut pas oublier. Il aurait pu choisir aussi de faire un livre sur Proust et Faulkner. Finalement son choix se porte sur Borges, son labyrinthe préféré en forme de spirales sans fin.
L’ouvrage s’articule autour du duo Borges-Garcin (Christian). Un bouquet de magie littéraire. En effet sans jamais avoir rencontré physiquement un écrivain on peut vivre avec lui par la pensée mieux qu’avec quelqu’un que l’on voit tous les jours. « Le gouvernement argentine veut organiser un tournoi de football » pestait Borges très peu porté sur le ballon rond. L’écrivain n’a pas vibré une seconde quand les Argentins, conduits par Kempes, qui ont remporté la Coupe du Monde 1978. Il ne supportait pas de voir la vulgarité d’un politicien hurler en cas de buts argentins. Cette démagogie l’écœurait dans un pays qui écrasait toutes les contestations. Borges ne vit pas Maradona soulever le trophée mondial de 1986, au Mexique, le 14 juin. L’écrivain rendit l’âme- expression pas très jolie mais quand on meurt on n’est jamais à son meilleur niveau- le 29 juin…
Le principe de la collection « l’une et l’autre » permet bien l’effet de miroir de Borges-Garcin, le thème du double étant présent partout. Cela fait aussi songer à Maupassant qui souffrait d’autoscopie, maladie qui fait que l’on croit être assis à côté de soi, sur un banc public par exemple. Borges connaissait bien cette sensation qu’il maîtrisait de bout en bout. Cette balade en compagnie de Borges nous refait traverser les années 1980. Elles semblent si loin qu’il est bon d’y replonger pour un baptême de l’intelligence renouvelée.

-Borges, de loin
De Christian Garcin
Gallimard, 174 p., 20 €

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Zolalampardviablackberry [Visiteur] Email
Jaimais bien metamorphose de Kafka
Sinon connais pas
PermalinkPermalien 08.11.12 @ 18:53
Commentaire de: morlino [Membre]
Fictions; Le livre de sable...
PermalinkPermalien 09.11.12 @ 00:48
Commentaire de: Zola-Lampard [Visiteur] Email
d'où je suis
si on remonte pas loin
PermalinkPermalien 09.11.12 @ 19:20

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