Le Prix Morlino 2012 à "La gardienne du château de sable" de Christian Estèbe (Finitude)

01.09.12

Permalien 11:39:27, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Le Prix Morlino 2012 à "La gardienne du château de sable" de Christian Estèbe (Finitude)

Ici Christian Estèbe parle sur l’un des ses précédents livres. Pas besoin d’attendre l’avalanche de prix de l’automne. Je lance la saison ! Estèbe est comme Iniesta. On parle peu de lui mais son talent est évident. “Mon bruit contre les bruits” a conseillé Henri Michaux. Celui d’Estèbe est superbe.

Bien avant la remise des prix habituels, le Morlino 2011 a été attribué à Christian Estèbe. Le prix Morlino est décerné par un jury d’un seul membre chapeauté par un président. Il va sans dire que votre serviteur occupe les deux postes. Cela évite les magouilles mais pas les vrais débats enflammés. C’est plus pratique que de nommer des relations mondaines membres du jury afin de les faire voter dans le sens du président. Pour départager, le président dispose de deux voix. Cette année le prix a été décerné à l’unanimité comme l’an passé à Ali Magoudi (Un sujet français, Albin Michel) Pour recevoir le Prix Morlino, il faut écrire avec une clarté absolue qui n’a d’égale que la sincérité de l’auteur. La moindre phrase prétentieuse et la plus anodine manifestation de relâchement stylistique éliminent les candidats les mieux disposés à le recevoir. Les imposteurs sont priés de ne pas envoyer leur dernière publication au jury intolérant avec les carriéristes abscons.

Le laureat de 2011, premier Prix Morlino:
http://www.blogmorlino.com/index.php/2011/09/08/le_prix_morlino_2011_a_un_sujet_francais

Voici le post consacré au lauréat 2012:
Christian Estèbe a écrit un grand livre sur sa mère et comme tous les grands livres, ça fait mal. L’ouvrage est le vrai tombeau de sa maman avec tout le magma familial. Sa mère morte, on va farfouiller chez elle : « Un carnet, des photos, des papiers serrés avec un élastique, pas de quoi organiser une vente aux enchères chez Sotheby’s ». Il n’en faut pas plus pour se rendre compte que nous lisons un véritable écrivain. On le savait déjà pour l’avoir lu auparavant, notamment son Petit exercice d’admiration (Finitude, 2007) , vibrant hommage à Marc Bernard. Le narrateur nous confie la réponse que sa mère entendait lorsqu’elle demandait les circonstances de sa naissance à sa propre mère: « Ta gueule, sale bâtarde ». Bonjour l’ambiance…
« Né de père inconnu, elle prend le nom de sa mère. Celle-ci se marie avec un homme dont je ne sais rien, sinon qu’il a un fils qui bientôt partagera la même chambre que la bâtarde, avant de partager son lit. Les hivers sont froids à Saint-Flour ». Voilà ce que l’on apprend sur la mère du narrateur qui voit ses racines comme « un troupeau perdu, de brebis égarées au milieu des loups de l’inceste ». La mère du narrateur est frappée par sa mère… Et le père du narrateur ? « Il voulait seulement ma mère comme maîtresse (…) Le cul, c’est le cinéma des pauvres », disait-il. Je vous ai prévenu : Estèbe c’est un écrivain, un vrai. Condamné à la solitude. Quand il a offert l’un de ses livres, en 1997, à l’une des sœurs, elle lui a dit : « J’ai arraché la page de dédicace pour le vendre aux puces. Tu sais quoi ? il a fallu que je le fourgue à UN euro, un euro, putain ! Personne n’en voulait de ton bouquin ». Autre phrase déchirante : « Le jour est revenu. Un jour sans ma mère qui est morte ». Magnifique parce juste. L’évidence de la réalité plus personne ne sait la nommer, sauf auteur sincère qui sait aligner les mots.
Christian Estèbe, né le 11 juillet 1953 à Montpellier, est tant obsédé par la mort de sa mère qu’il écrit : « Je ne vais pas faire comme l’écrivain Caraco qui se suicida quelques jours après la mort de sa mère.»( pages 75-76). A la vérité, Caraco (1919-1971) s’est supprimé quelques heures après la mort de son père, comme il l’avait prévu de longues dates. Il tint parole et s’exécuta. Nino Ferrer, lui, aurait choisi de suivre de près le décès de sa mère. Représentant en libraire, bouquiniste sur les marchés, animateur de revues littéraires, bibliothécaire, Christian Estèbe fait parfois des haltes dans des églises : on ne sait jamais… Un jour, on lui dit que les cendres de sa mère sont à sa disposition. Ce qu’il ne faut pas attendre ! Christian Estèbe aime Georges Perros. Il est de la même famille d’esprit. La mère de Christian Estèbe voulait qu’il soit prêtre plutôt que commercial. « Je voulais être écrivain » lui expliqua-t-il. « Et alors ce n’est pas incompatible. Je faisais bien des ménages et la pute, moi ! » Bien envoyé. En fin de volume, on lit : « Achevé d’imprimer en juin deux mille douze par l’imprimerie Floch à Mayenne, quelques jours après la fête des mères ». Chez Finitude, on fait bien les choses, fussent les plus discrètes.

-La gardienne du château de sable
De Christian Estèbe
Finitude, 202 p., 16,50 €

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: christian Estebe [Visiteur] Email
Merci à Morlino pour ce prix qui me fait chaud au coeur
ESTEBE
PermalienPermalien 05.09.12 @ 12:30

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