En l’absence de classement final, de Tristan Garcia (Gallimard)

21.06.12

Permalink 09:34:58, Catégories: BLONDINEMENT A XV, GRAND MONSIEUR, CERDANEMENT  

En l’absence de classement final, de Tristan Garcia (Gallimard)

L’inoubliable Marcel Cerdan. Cerdan, Coppi, Garrincha, Anquetil, Clay, Best… Et dire que certains méprisent le sport. Pas Tristan Garcia qui livre un bel ensemble de nouvelles sur le sport.

Pour beaucoup de lecteurs, la littérature qui se déroule sur une toile de fond sportive n’a aucun intérêt. Ces incultes ne savent pas que le sport passionnait Camus, Kerouac et Jean Prévost, pour ne citer qu’eux. Emmanuel Berl avait ouvert les colonnes de Marianne (le vrai) aux sports alors qu’il n’y connaissait rien, c’est dire qu’il ne pratiquait pas l’ostracisme. Il ne suffit pas de parler de guerre pour avoir du génie comme certains le croient. Tristan Garcia est un écrivain, et non pas un auteur, il est bon de le rappeler. Le sport véhicule les grands sentiments de manière exacerbée. Sans sport, la vie serait une erreur, pourrait-on dire pour paraphraser Nietzsche qui lui parlait de musique.
Dans ses nouvelles, Garcia décrit un K.O. de manière on ne peut plus réaliste et donc juste : «C’est tout l’espace qui noircit d’un seul coup. L’oreille interne devient sourde, la rétine aveugle. La masse noyée du cerveau suit avec retard la rotation accélérée de la tête en arrière». Les qualités littéraires de Garcia sont ici bien mises en valeur. C’est de la chirurgie verbale. Une partition de mots. Le sport dopage est présent dans le livre. Je pense à cet entraîneur qui m’avait dit : « Parfois, je sais qui va gagner… Qu’importe ! L’important c’est le spectacle. Les gens qui vont voir des pièces de théâtre peuvent tous connaître la fin avant le lever de rideau… » La nouvelle la plus destroy est « Maigre ». On y voit les rapports d’un autre monde entre un gymnaste roumaine et son coach. Faut s’accrocher aux barres parallèles. Au début, on ne s’attend pas du tout à une pareille histoire qui est peut-être moins crue que la réalité des gymnases du temps des Ceausescu.
Tristan Garcia pose son chevalet littéraire dans l’univers du golf, de l’hippisme, du volley, rugby, le basket, le handball et de la natation… Tout ça me fait penser que lors d’un match de l’US Open junior 1983, une balle du jeune tennisman Stefan Edberg a pris la direction d’un arbitre de ligne qui en cherchant à l’éviter s’est fracturé le crâne en heurtant le sol. L’arbitre décéda 5 jours plus tard… Tristan Garcia ferait un très bon consultant. Hélas, les télévisions n’ont aucune imagination. Elles n’engagent que les ex sportifs qui sont dans la bulle médiatique des régents de la communication. La littérature leur fait peur.

-En l’absence de classement final
De Tristan Garcia
Gallimard, 206 p., 17, 90 €

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