17 Septembre 2011
La chambre à remonter le temps, de Benjamin Berton (Gallimard)
Published on Septembre 17th, 2011 @ 17:25:52, using 461 mots
Louis Aragon + Jean Ferrat = chef d’oeuvre
Benjamin Berton ?
Ce nom rappelle à la fois Benjamin Péret et André Breton.
Romancier auteur de six livres, dont l’un porte un titre très Jacques Séguéla (Alain Delon est une star au Japon, 2009), Benjamin Berton publie un nouveau roman sous la forme de l’introspection d’un couple. On n’est pas dans cette littérature très tendance signée par une «écrivaine» de magazine féminin qui croit tout savoir parce qu’elle n’a plus baisé pendant un moment. En fait, il y a des gens que l’on n’a pas envie de tenir dans ses bras. Pas besoin de chercher midi à 14 h. Benjamin Berton n’est pas du genre à consacrer un livre à un sujet aussi commercial que le refus de s’envoyer en l’air. Comme l’a dit Colette: “Quand on ne fait pas l’amour c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas…” Berton nous plonge dans le quotidien extraordinaire d’un couple, dès lors qu’on est intelligent et sensible, hors du narcissisme. Dès la première page, il nous fait sentir des odeurs, ce qui n’est jamais aisé dans un livre. « Je ne pense pas que j’aurais pu vivre avec une femme qui a mauvais haleine » écrit-il. Et il rajoute : « elle ne sent pas la rose, juste son odeur de chair habituelle, qui me rappelle la pâte à crêpes et le sucre vanillée ». Odor di femina, avait répondu Philippe Soupault à un question sur ses préférences. Un livre comme La chambre à remonter le temps ne se résume pas, il se lit tant son auteur à une vision du monde et du langage. Nous ne lisons pas Berton parce qu’il porte un grand chapeau. Berton ne sera pas inviter dans les émissions télés qui ne servent que l’intérêt de leur(s) présentateur(s). Le commun des lecteurs aiment regarder des faux artistes parce qu’ils s’imaginent que les invités ont une vie passionnante tandis que la leur est pleine d’ennui. S’ils savaient que ceux qui défilent dans leur salon ne sont que de sinistres arrivistes si loin de Pessoa ! Les imbéciles qui rêvent sur les descentes de voiture de Paris Hilton ne savant même plus la couleur des yeux de leur femme qui est mille fois plus belle que la catin médiatique. Il faut aimer sa femme même quand elle a ses règles et qu’elle tousse en pleine nuit, pas maquillée ni coiffée. Cela s’appelle l’amour. Et Berton le sait mieux que personne.
-La chambre à remonter le temps
Benjamin Berton
Gallimard, 376 p., 22 €