Thomas Bernhard n'acceptait les prix littéraires que pour en toucher le prix ...

15.07.10

Thomas Bernhard n'acceptait les prix littéraires que pour en toucher le prix ...

Thomas Bernhard est un écrivain qui tire la langue en permance à tous les pouvoirs(1). Son oeuvre est considérable. Sa piéce de théâtre “L’ignorant et le Fou” est injustement méconnu alors que c’est l’une de plus grandes du XXe siècle. A découvrir, son nouveau livre posthume. Un cadeau du ciel.

Thomas Bernhard (1931-1989).
Voilà tout ce qu’il reste.
Parfois on a des enfants. Bernhard n’en a pas voulu. Il ne voulait mettre personne en enfer sur terre.
De Bernhard, nous reste son oeuvre.
Un jour, il y a 25 ans, j’étais comme en prison mental. Tout me dégoûtait.
Et puis j’ai commencé à lire Bernhard qui était vivant.
Là je suis tombé en pays de connaissance.
Si lui tenait, je devais tenir aussi.
Quand il est mort, en page intérieure de Libération, j’ai lu: “THOMAS BERNHARD NE S’EST PAS SUICIDE".
Titre parfait. Je ne me souviens plus s’il était de Jean-Pierre Thibaudat. C’est possible.
Hervé Guibert avant de mourir a dit: “J’ai dans les mains, le dernier livre de Bernhard… Je suis déjà triste de savoir que bientôt je l’aurais fini. Aussi, je le lis à petite dose…” Guibert était en sursis mais il pensait surtout à la fin de “son” livre de Bernhard qu’il voulait prolonger.
Si vous ne connaissez pas Bernhard dites-vous que c’est un désespéré hilare.
Il a un humour qui maintient en vie, même si la lucidité est une souffrance.
Bernhard ne croyait en rien, excepté en l’art.
Je ne parle pas de l’amitié et de l’amour qui sont des grâces si l’on sait voir.
Le nouveau livre de Thomas Bernhard est donc un nouveau cadeau posthume qu’il fait à ses lecteurs.
Il s’agit d’une suite de textes sur les différents prix qu’il a reçus.
On a retrouvé la liasse de ses ultimes écrits, chez lui.
Mes prix littéraires se déguste comme un vieux Cognac tout en s’avalant comme du petit lait.
Tous les réfractaires doivent lire ce livre qui s’oppose à tous les pouvoirs et à toutes les récupérations possibles.
Avec un cynisme diabolique, Thomas Bernhard accepte les prix uniquement pour l’argent qu’ils rapportent.
Il ne tombe pas dans la gloriole: je suis le plus grand, le plus génial des écrivains.
Bien sûr, il savait qu’il avait du talent, ou plutôt, il savait qu’il mettait sa peau sur la table quand il écrivait alors que les auteurs dans leur globalité ne sont que des faiseurs de produits qui font leur pipi de chat de manière cyclique, disons tous les deux ans.
Les auteurs publient des Gendarmes 1, Gendarmes 2, Gendarmes 3…
Ils tirent le fil alors que lui, casse le fil.
Quand il reçoit le prix Grillparzer, il prend place parmi le public quand tout le monde s’impatiente de ne pas le voir arriver. On mesure ici le dérisoire de la situation. Tout ça n’est que comédie. Tout le monde se fout complétement de Bernhard et de son oeuvre. On ne lui remet le prix que parce qu’il est aprécié à l’étranger.
Pour le prix du Cercle culturel de la fédération de l’insdustrie allemande, il aura la surprise de découvrir ensuite que son nom a été oublié dans le liste des lauréats. Ce fut une délectation supplémentaire.
Au moment de l’attribution du prix de la ville de Brême, il songe à l’acquisition d’une maison dans laquelle “il pourrait s’enfermer". C’était l’époque de Gel (1962), écrit après cinq ans d’abstinence littéraire… En 1964, le prix Julius-Campe lui donne l’occasion de s’acheter une Triumph Herald, blanche, qu’il transforma en tas de tôle froissée au terme d’un accident.
En 1967, le prix d’Etat autrichien de littérature lui permet de rejoindre la liste des anciens lauréats, rien que des “trous du cul". Ce prix sanctionne les membres d’un franc-maçonnerie de l’édition. Comme toujours, Bernhard a en ligne de mire le pactocle du prix. Il n’a que mépris pour le jury. Lui se donne tant de mal à écrire qu’ils ne méritent même pas de le célébrer. Ce n’est pas de la mégalomanie. C’est la stricte réalité. Bernhard écrit avec son sang, ses larmes et sa sueur. Il n’use pas de la notoriété qu’il s’est fabriqué comme tous les autres, à 99%. Seul Peter Handke est dans sa catégorie. Il n’aime pas plus Handke, lui reprochant d’avoir une fille quand lui tient le coup tout seul. Ce n’est pas vrai! Bernhard est toujours avec sa tante. Cela en devient hyper amusant. Il finit par ressembler à Benny Hill et son vieil ami!
Le plus délectable c’est que Bernhard déteste écrire des discours de remerciements. Chaque fois cela tourne à l’ultime provocation ! Dès qu’il parle, il fait fuir les sommités politiques tant il cogne sur les édiles.
Écrivain et dramaturge d’exception, l’Autrichien misanthrope a vécu une relation d’attraction et de répulsion avec l’Autriche. Les 159 pages forment un pur bonheur littéraire. Si vous ne devez acheter qu’un livre cet été, achetez celui-ci. Un ami vous parlera à l’oreille. Cela fait chaud au coeur. Quand on lit Bernhard on n’est jamais seul.

-Mes prix littéraires, de Thomas Bernhard, traduit de l’Allemand par Daniel Mirsky, Gallimard, 162 p., 12,50 €

(1). J’utilise l’expression “tirer la langue” que j’emprunte au metteur en scène Emmanuel Daumas qui mit en scène L’Ignorant et le Fou en 2007 à l’Athénée, avec Dominique Valadié, Roland Bertin, Vincent Deslandres et Michel Fau.

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