Miles Davis(1926-1991) Un ami qui nous voulait du bien

23.10.09

Permalink 16:51:26, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Miles Davis(1926-1991) Un ami qui nous voulait du bien

« Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les plus belles ? »
Voilà un aphorisme de Miles Davis (1926-1991)que bien des footballeurs devraient méditer.
A commencer par Cristiano Ronaldo.
S’il gommait certaines séquences- tics de son enfance- il ferait taire les derniers spectiques et surtout il serait encore plus extraordinaire.
En ce moment, la France fête Miles Davis, par le biais de l’Expo We want Miles
Miles Davis aimait la France qui l’aimait.
C’est Boris Vian qui en a parlé la première fois, après guerre.
Miles sortait avec Juliette Gréco.
Il avait dit à la jeune chanteuse: “Un jour, j’aurais un chauffeur blanc…”
Et il l’a eu!
Pour contrer le racisme des Blancs, Miles était plus raciste qu’eux.
Eux, c’est la catégorie des gros cons.
Parce qu’avec un vrai être humain, il n’était pas raciste.
Miles n’était pas plus raciste que vous est moi.
Par provocation, il disait qu’il était “orange et bleu".
On a dit beaucoup de conneries à son sujet.
La plus grande: “Il méprise les gens car il joue de dos…”
Et lui de répondre: “Vous avez beaucoup vu de chef d’orchestre de face?”
Un jour à la télé, un gugusse des infos lui a demandé de jouer quelques notes.
Miles a répondu du tac au tac: ” Vous savez combien on me donne pour jouer ?”
Et il n’éclata pas de rire.
J’aimais sa façon hautaine de parler alors que je déteste les prétentieux.
Il n’était pas hautain. C’était un vrai prince.
Pas un prince de rang. Un prince divin.
Il avait la grâce.
Un talent foudroyant.
C’est l’un des créateurs qui me parlent le plus.
Sa trompette est une amie.
Dans l’expo on peut en voir plusieurs et se promener dans tout son univers mental.
Si on ne peut pas y aller, on peut acheter un très bel album de Textuel.*
Et aussi le livre son ami biographe ** qui nous avait déjà donné un super livre il y a vingt ans.
Son nouveau sarcophage opte pour le contraire de l’hagiographie. Il est sans pitié pour son Dieu. Et c’est très étonnant: plus il dépeint Miles tel un être odieux plus on aime Miles ! Cela nous change des commerçants du spectacle. Miles ne voulait qu’on l’aime que pour sa musique. De Wynton Marsalis, Miles a dit: “Je ne m’abaisserais pas à jouer cette musique…” Lisez ce livre de toute urgence. :p
Miles s’est toujours remis en question comme Picasso. Il a fait de la musique expérimental qui atteint le coeur dans le mile.
Ce n’est pas du bruit de laboratoire hermétique.
Pour donner autant, il faut être très généreux.
Sa musique est souvent mélancolique ou enthousiaste. Je perçois ce qu’il me dit tandis que Chet Baker ne me parle pas beaucoup, trop égocentrique.
J’ai vu dix fois Miles Davis sur scène.
Je m’en perdais pas une miette.
Il allait d’un musicien à l’autre. Quel accoucheur de talents! Quel dialoguiste !
Il a donné sa chance à plein de cracks alors inconnus.
Il ne disait pas un mot: ni bonjour, ni aurevoir. Quand il partait, il agitait sa trompette comme un mouchoir. Il ne revenait jamais nous resaluer après son départ. Aucun rappel. Le signe des très grands. Une fois parti, il était parti. Ce qui fait que l’on se retrouvait seul face à soi-même. C’est la grande leçon de sa musique. Nous sommes tous seuls, mais ensemble !
Lors de son avant-dernier concert, il a écrit en gros sur un carton le nom des musiciens et il le brandissait pour que l’on se souvienne de leur nom respectif
Miles Davis, Maradona, Garrincha, Brancusi, Coppi, Cerdan, Albert Camus, Orson Welles, Kurosawa, Lance Armstrong…
Voilà des grands personnages de ma vie.
Miles Davis est quelqu’un de ma famille pourtant je ne lui ai jamais parlé.
Je lui reproche qu’une chose: s’être trop défoncé!
Et je fais quoi moi maintenant ? Après tout ce qu’il m’a dit, il s’est cassé…
Lui et Hendrik n’auraient jamais dû nous quitter.
Nous on est là mais ils sont partis.
Reste leur musique.
On a la chance d’avoir leur véritable interprétation.
Hélas, on doit se farcir celles de ceux qui jouent Mozart !
Mozart par Mozart on ne l’aura jamais.
Voilà pourquoi la peinture est grande. On n’a besoin de personne pour regarder Rembrandt.

We Want Miles.
Du mardi au samedi de 12h à 18h/ Le dimanche de 10h à 18h/ Nocturne le vendredi jusqu’à 22h.
A la Cité de la Musique, à la Villette, Porte de Pantin.
211, avenue Jean Jaurès
75019 Paris
France
Localiser sur la carte.
Tél : 01 40 03 75 75
Site : www.villette.com

* We want Miles sous la direction de Vincet Bessières. Collectif.
244 p, 250 reproductions. 39 euros. Editions TEXTUEL.

** Miles Davis, par Quincy Troupe, Castor/Music, 202 p., 14 euros.

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