Charles Dantzig, le pire et le meilleur.

10.03.09

Permalink 18:42:30, Catégories: LITS ET RATURES  

Charles Dantzig, le pire et le meilleur.

Editeur chez Grasset, Charles Dantzig bénéfie d’une grande clémence de la part des journalistes qui n’ont pas lu le livre. Ils s’en saisissent, bon qu’à feuilleter: ” Quelle érudition! Une bonne idée de faire des listes, il y a un effet zapping. Je pourrais faire la même chose si j’avais le temps et puis cela nous change des romans…”
La presse le fête depuis ses deux derniers livres. Le lecteur ne compte pas. Il s’agit de la littérature élitiste.
J’ai tardé à ouvrir son nouveau livre: rien n’est plus aga?ant que de subir la quinzaine Dantzig.
Le sommet étant sans doute le duo Dantzig-Picouly sur France 2. L’éditeur-auteur Grasset avec l’auteur-animateur Grasset c’est le sommet du Tout-Paris littéraire. La république des lettres tendance Otis. Picouly nous la joue toujours: “Ah! mon enfance, si vous aviez vu ma pauvre dame. J’ai crevé la dalle… ” Les Rastignac se reconnaissent entre eux. Ils ont tous le poin?on de la racaille moderne.
Le pave de Dantzig Encyclopédie capricieuse du tout et du rien fait mal aux pieds quand il vous tombe des mains: presque 800 pages.
Pour un éditeur, il est trop aimable avec lui-même. Il ne sait pas utiliser la gomme, ni la poubelle. Dans son cas, on ne parle plus de ciseaux.
Dans son interminable suite de listes, il raconte la scène de l’enterrement de Fran?ois Mitterrand avec l’épisode du vent qui arrache le drapeau fran?ais du cercueil… Au lieu de laisser la scène ouverte, il la termine par cette phrase: “Il n’y a aucune signification à en tirer". Voilà le genre de phrases qu’il faut enlever d’urgence à la relecture car elle n’apporte rien.
Quand on publie un livre qui ne nécessite aucune structure romanesque, il faut être parfait. Jamais Georges Perros, par exemple, n’aurait laissé un tel surlignement. Perros, il est vrai, jouaut sa vie face à la page blanche. Dantzig, lui, remplit les pages d’un concept. Il n’y a pas de mise en danger.
Dans un passage consacré à la Camarde, il refait la même faute, ne parlons pas d’erreur:
- ” … La mort est toujours une surprise, même quand il s’agit de quelqu’un de malade depuis des mois. La mort n’est pas naturelle.” Que vient faire là-dedans: “La mort n’est pas naturelle.” Ce besoin de mettre les points sur les i est un tic d’écriture.
- Plus loin, il conclut: “La mort des autres est la n?tre". Là encore c’est de trop. On doit ressentir ce qu’il dit sans le voir écrit.
Lorsque je tombe sur ce genre de maladresse, je n’ai plus envie de perdre davantage mon temps.
Je suis tombé sur la liste des “personnes qui, avec noblesse, n’ont jamais parlé". Ici “avec noblesse” n’a pas sa place non plus. Dantzig est un éditeur à qui je ne confierais pas de manuscrits !
Il cite donc The Sarapo qui n’a pas parlé de Piaf. Il faut dire que le dernier compagnon de la chanteuse étant mort, il ne peut plus accomplir grand chose.
Après cette liste, il insiste encore pour nous rappeler que ces gens auraient pu parler dans la presse, ainsi de suite. Comme si on n’avait pas compris.
De surcro?t, il ne cite pas Madame Pingeot qui elle pourrait toucher un important à-valoir si elle publiait un livre sur Fran?ois Mitterrand…
Dantzig choisit la forme brève mais comme il n’a pas confiance dans ce qu’il écrit, il surjoue.
Il fait penser aux comédiens qui déclament leur texte face public.
Le livre de Dantzig qui est un long corridor de faiblesse stylistique.
Bien s?r, tout n’est pas à jeter mais un homme de culture et d’esprit du calibre de Dantzig doit avoir avec ses livres la même exigence qu’il demande aux autres.
Son Dictionnaire égo?ste de la littérature fran?aise- tout le monde peut et devrait écrire le sien- a beaucoup plus de tenue et on peut se le procurer sans risque de déception. Ici, la prose n’heurte plus les yeux ni l’oreille. On est d’accord ou pas. On apprend beaucoup de choses. C’est un vrai livre d’humeur. A 11 euros, l’édition de poche est un véritable cadeau. Ce que n’est pas son nouvel ouvrage indigeste.
Je plains les amis de Dantzig: “Enfin seul! Je respire. Je m’ouvre au monde. Un seul être près de vous, et c’est un écran devant ce monde. La solitude n’est pas l’isolement.” (Remarquez encore cette sentence inutile…) Autant se promener dans la ville réclame d’être solitaire si l’on veut avoir le regard périphérique avec gros plans autant quand on est avec quelqu’un il faut s’effacer pour être réceptif.
J’ai déjà suivi Dantzig, rue du Dragon. Il était seul. Il marchait perdu dans ses pensées, fermé à double tour au bruit et aux gens de la ville. Absence totale de poésie du vécu. On voit bien quelqu’un quand il ne vous voit pas. Sorti des livres, rien. J’espère me tromper.

Dictionnaire égo?ste de la littérature fran?aise, Ch. Dantzig, Le livre de poche, 1150 p., 11 ?

Encyclopédie capricieuse du tout et du rien, Ch. Dantzig, Grasset, 793 p., 24,90 ?

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