Mort de Papa Barrou, héros de Nice-Real Madrid (3-2) en C1 1960 avec Vic Nurenberg. En hommage voici le match dans son intégralité.

30.06.15 | par morlino | Catégories: LE GYM E BASTA, LA MAISON BLANCHE, GRAND MONSIEUR

Nice est la première équipe française à battre le Real Madrid, en C1. Voici l’intégralité du match avec des commentaires de Raymond Marcillac et Justo Fontaine. A Nice tout le monde dit avoir vu ce match comme s’il y avait 400 000 places au Ray. Internet est une vraie machine à remonter le temps. Les disparus sont là sur l’écran, vivants. Dans la force de l’âge.

1/4 de finale aller de la C1 1959-1960
Nice, Stade du Ray
4 Février 1960
OGC Nice - Real Madrid 3-2
Buts pour Nice : Vic Nurenberg (52ème, 68ème s.p., 84ème)
Buts pour le Real : Chus Herrera (15ème), Héctor Rial (26ème)
Arbitre : M. Da Costa (Portugal)
Affluence : 21 422 spectateurs

OGC Nice : Georges Lamia - Alphonse Martinez, Pancho Gonzales, André Chorda - Alain Cornu, François Milazzo - Hector De Bourgoing, Jean-Pierre Alba, Jacques Foix, Victor Nurenberg, Keita Oumar Barrou.
Entraîneur: Jean Luciano.

Real Madrid : Rogelio Dominguez - Alonso Marquitos, José Emilio Santamaría, Miché - José Maria Vidal, Juan Santisteban - Chus Herrera, Héctor Rial, Enrique Mateos, Ferenc Puskás, Francisco Gento.
Entraîneur: Manuel Fleitas Solich.

Match retour
mercredi 2 mars 1960
Santiago Bernabéu
85 000 spectateur
Real Madrid 4-0 nice

Papa Barrou vient de mourir à 81 ans.
Il appartient au Nice que j’ai découvert pour la première fois au Ray.
Grand et solide, il était un puissant attaquant, très correct.
Oui, son bel esprit m’a toujours frappé. Un colosse au regard si doux.
Il jouait très bien sans ballon.
Papa Barrou a remporté le championnat de France en 1958-1959 avec l’OGCNICE avec qui il disputa quatre matchs de la Coupe des clubs champions européens 1959-1960, notamment la fameuse mais insuffisante victoire face au Real Madrid CF (3-2).
Si on l’appelait Papa ce n’est pas pour rien. Voilà un surnom qui en disait long sur lui.
Attentif aux autres, protecteur avec les jeunes, affectueux, voilà d’énormes qualités qui ne sont plus mises en avant dans le football actuel où l’on ne parle plus de la transmission, soit la plus belle chose au monde.
Papa transmettait beaucoup aux Aiglons, le ballon et de grandes valeurs.
Quand il a raccroché les crampons, il venait à tous les matchs de Nice au Ray.
Je le revois dans la foule… on le voyait de loin car il était grand. Il venait souvent avec Lucien Muller et Lucien Leduc(1918-2004). C’était beau à voir. Trois grands joueurs. Les deux Lucien(s) étaient aussi des coachs très réputés: Leduc a fait des merveilles à Monaco, et Muller(1934) a beaucoup entraîné en Espagne, au Barça où il joua, entre autres.
Contre le Real Madrid, à Nice, Papa Barrou a fait un très grand match, oeuvrant beaucoup pour permettre à Vic Nurenberg, auteur d’un triplé, de bien s’exprimer.
La première fois que j’ai vu Kopa, pour le tirage d’un tour de la Coupe de France, sur France 2, où je représentais le Gym, le Ballon d’Or m’a demandé:
-Tiens, on va voir si vous êtes un vrai Niçois… Quel est votre joueur qui a fait un triplé contre le Real ?
-Vic Nurenberg !
Alors Kopa, dit aux gens dans la cabine de maquillage: “C’est un vrai Niçois, c’est sûr!”
Ensuite nous avons parlé de Nurenberg et de Papa…
A l’époque du 1/4 de C1, Kopa venait de quitter Madrid pour revenir à Reims:
-Je n’ai perdu qu’un match en trois saisons avec le Real, ce fut lors du derby contre l’Atletico…
Papa Barrou reste dans le cœur et l’esprit des supporters de Nice qui l’ont vu jouer.
Une très belle présence. Une façon de bouger, vif et puissant.
Il avait vous l’avez compris une dimension humaine extraordinaire.
Aujourd’hui, on entend souvent parler de la couleur de peau.
Papa Barrou était si intelligent, si humaniste que pas une seule fois il n’a revendiqué quoi que ce soit.
Il a toujours mis en avant ses qualités d’homme.
Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire de Barrou: qui est le Noir ? C’était Papa Barrou, c’est tout.
Papa Barrou a dépassé le stade de la couleur: nous n’étions plus blanc, il n’était pas noir.
Grâce à lui, il n’y avait plus que des hommes. Le sang est toujours rouge. Et le sien, le notre était rouge et noir !
Black, Blanc, Beur, en 1998 ? Cela fait longtemps que Diagne, Ben Barek et Papa avaient ouvert la voix.
Les enfants de Barrou peuvent fiers de leur Papa. Qui était aussi un peu le nôtre.
Si sur terre, il n’y avait que des Papa Barrou cela serait le paradis.

Keita Omar Barrou, ou Keita Oumar Barrou, surnommé Papa Barrou
Malien
Né le 8 avril 1934 à Bamako
Mort le 25 juin 2015
Formation Jeanne d’Arc de Bamako
Parcours:
1956-1963 OGC Nice 178 matchs (57 buts)
1963-1964 Le Havre AC 21
1964-1965 AS Cannes 30 (20)
1965-1967 Ajaccio 32 (21)
1967-1968 Cannes 4 (1)

Palmarès:
Champion de France 1959 avec l’OGC Nice
Champion de France de D2 1967 avec l’AC Ajaccio

L'ami de Miles Davis, Marcus Miller à Enghein-les-Bains

28.06.15 | par morlino | Catégories: GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT

Marcus Miller est un maître de la guitare basse. A la première note on sait que c’est lui, comme quand on écoute Hendrix ou Django Reinhardt. Miles Davis l’adorait.

Dimanche 28 juin 2015, à 18h00
BARRIERE ENGHIEN JAZZ FESTIVAL
MARCUS MILLER “AFRODEEZIA”
CONCERT GRATUIT SUR LE LAC D’ENGHIEN LES BAINS

Voir et entendre Marcus Miller c’est aussi retrouver Miles Davis.
Marcus Miller est le dépositaire de la musique de Miles Davis comme Johan Cruyff l’était du jeu de Rinus Michels.
Le bassiste de jazz rock nous parle avec sa guitare comme Miles Davis le faisait avec sa trompette.
Parfois Miles Davis quittait la scène, à la fin du concert, agitant sa guitare tel un mouchoir.
Miles Davis partait sans jamais faire de rappel.
La grande classe jusqu’au bout.

Journal d'un lycéen sous l'occupation, de J.-M. Dequeker-Fergon (Gallimard-Jeunesse)

25.06.15 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, De GAULLE ET MITTERRAND SONT MORTS, GRAND MONSIEUR

Gallimard a une belle collection pour la jeunesse, comme on dit. Des livres surprises tant ils contiennent de documents en fac-similé. On peut bien-sûr se les procurer à n’importe quel âge.
Il y a déjà Le journal d’un Poilu, L’énigme Momie, Le Mystère des Dinosaures et Mission spéciale pour agent secret.
Voici le dernier en date: Journal d’un lycéen sous l’occupation.
Jean-Michel Dequeker-Fergon signe-là un album qui tient à la fois de Patrick Modiano et d’un musée portatif sur la Seconde Guerre Mondiale.
Le professeur agrégé d’Histoire raconte la vie de Victor Rivière à la première personne.
On croit que tout est vrai tant c’est vrai !
L’adolescent de 15 ans note le rythme familial quand les nazis se croyaient chez eux en France bien aidé par les collaborateurs qu’on devraient appeler traîtres. Pendant cinq ans il confie tout ce qui se passe autour de lui. On revit les événements à travers sa sensibilité, ses remarques, son regard, ses doutes, ses craintes, ses espoirs.
Le jeune homme né en 1925 a la douleur de voir son père arrêté en 1943 par la Gestapo. L’année suivante, il apprend le décès de son paternel. Plus on lit, moins on croit qu’il s’agit d’une fiction.
Dans la pochette du livre, on trouve le Journal du lycéen écrit à la plume sergent-major, présenté dans la partie gauche du livre.
La partie droite comporte les documents:
L’Appel du 18 juin de Charles de Gaulle.
L’Affiche Rouge.
Tract de la Résistance.
Convocation au STO.
Véritable et fausse Carte d’Identité.
Tickets de rationnement.
L’ensemble contribue à faire de cet album un magnifique ouvrage présenté sous une couleur vert passé qui rappelle à la fois la couverture de vieux cahiers et le papier-peint des hôtels à une étoile.
On n’est pas nostalgique de ce passé atroce, on fait juste un voyage à l’intérieur pour voir comment c’était.
Ce livre est une sorte de ticket pour la machine à remonter le temps. Un temps qu’on ne veut surtout pas voir revenir. Nos parents et grands-parents ont eu une vie beaucoup plus difficile que la nôtre. C’est important de ne pas l’oublier. Et ce livre est là nous le rappeler.

-Journal d’un lycéen sous l’occupation, de Jean-Michel Dequeker-Fergon. Gallimard-jeunesse.

La revue de stress du 24 juin 2015: François Cluzet parle de "dix-sept coups mortels"

Il n’y a qu’un Jim Morrison, qu’un Dylan, qu’un Rimbaud. Pauvre public qui confond vrai talent avec simple ersatz commercial. Il faut toujours privilégier l’original au duplicata. Les créateurs non authentiques ne devraient pas créer, ils brouillent le goût du public.

Aujourd’hui, une confidence domine toutes les autres. Je relaye l’information.
François Cluzet dans Le Parisien(1) du mercredi 24 juin 2015:

-"Je ne plaisante pas avec les mecs qui tapent les femmes, qui sont dans le déni, même quand on apprend à l’autopsie qu’il y a eu dix-sept coups mortels".

Inutile d’ajouter le moindre commentaire.

(1) Page 26, cinquième colonne, 16e ligne.

[Post dédié à Germain Nouveau et à Jehan Rictus]

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Suivez Henri Calet dans "Huit quartiers de roture" à Paris (Le Dilettante)

23.06.15 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT

Un inédit d’Henri Calet est toujours un événement car il reste l’un des meilleurs chroniqueurs de la capitale. Voir sans être vu. Il est mort en faisant l’amour, lui qui faisait si souvent le mort. Quand il devait remettre un manuscrit, Henri Calet (1904-1956) se mettait aux abonnés absents. Ses amis le croyaient au bout du monde alors qu’il n’avait pas bougé de chez lui. Son cœur a cessé de battre le 14 juillet 1956 dans les bras d’une dame. Calet écrivait à la première personne mais rien ne lui plaisait plus que de jouer aux seconds rôles pour mieux voir le cirque de ceux qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas. Voir sans être vu telle était la devise du superbe écrivain qui avait horreur d’écrire pour ne rien dire. Sa science du titre raconte beaucoup sur lui : « La Belle Lurette » (1935), « Les Murs de Fresnes » (1945), « Le Tout sur le tout » (1948), « L’Italie à la paresseuse» (1950), « Les Deux Bouts » (1954)…
Il a écrit son premier livre à trente ans, après une longue macération de son enfance triste. Agacé de toujours barboter dans sa mémoire blessée, il est passé à l’acte d’écrire pour se délester du poids de ses angoisses mais sans jamais monter sur ses grands chevaux. Loin d’écrire au bazooka ou avec un lance-flammes, Henri Calet usait d’un silencieux au bout de sa plume enchanteresse. Il n’avait aucune ambition. Henri Calet est rentré «sous sa tente» comme un vieil indien pour mieux écrire une littérature «arrondissementiaire» : il ne s’est attaché qu’à évoquer les petits riens, les petites gens, les petits malheurs et les petits bonheurs. Rien de grandiloquent. Un Arcimboldo de Paris qui a remplacé les fruits et les légumes par des impasses et des vieux Bougnats.
Bientôt la liste de ses œuvres posthumes va dépasser celle des livres publiés de son vivant. Personne ne s’en plaindra et il faut remercier Jean-Pierre Baril de récolter les inédits de Calet qui donnent tant de plaisir aux lecteurs qui éprouvent une amitié posthume avec un écrivain qui casse notre solitude. Oui, Calet est un ami qui nous tend la main pour nous montrer ce qu’on ne sait plus regarder et qui souvent n’existe plus. Où sont les bateaux en papier qui voguaient dans le petit ruisseau au bord des trottoirs de Paname ? Calet n’ingurgitait pas le présent comme un assoiffé de l’existence. «L’existence à un arrière-goût parfois bien agréable mais sur l’instant elle est le plus souvent tout à fait immangeable.» Il laissait incuber les souvenirs pour que les plus merveilleux remontent à la surface, un beau soir sur la page éclairée par la lumière tremblotante de sa lampe de chevet.
Calet est le véritable héritier de Léon-Paul Fargue. Tous les deux avaient le talent d’aimer le moindre des passants qu’ils croisaient sans même leur adresser la parole. Calet est le poète du macadam parisien de l’après-guerre. «Huit quartiers de roture» nous permet de le suivre dans ses promenades au sein des XIXe et XXe arrondissements. Autrement dit l’étranger pour l’inlassable arpenteur du XIVe. On a peine à croire que les éditeurs n’aient pas voulu de sa prose sur Belleville quand il leur a proposée. «J’écris dans la mesure où je n’existe pas » aimait-il dire. Les inédits de Calet ne sont jamais des fonds de tiroir car il écrivait toujours avec son sang, ses larmes et sa sueur. Sa littérature, hautement physique, est celle du vécu par excellence.
Doisneau faisait des photos avec un appareil pendant que Calet enregistrait tout dans son cœur. Journaliste à Combat pour y raconter ce dont personne ne s’intéressait- Camus fut bien sûr sensible au style de son rédacteur effacé- Henri Calet est plus un guide qu’un détective. Comme tous les vrais poètes, il regarde et ne montre pas. Ses visites dans le Nord de Paris sont si intenses que les flâneries virent aux explorations. Il va à la Villette comme d’autres gravissent l’Everest. Pour la première fois, un éditeur nous offre la possibilité d’entendre sa voix toute autant lumineuse que ses phrases. De fait, le précieux ouvrage comporte un CD (1h 20) diffusant l’intonation grave et ironique d’Henri Calet, l’historien de l’anonymat.

-Huit quartiers de roture, d’Henri Calet. Edition établie, présentée et annotée par Jean-Pierre Baril. Avec un CD. Le Dilettante, 220 p., 20 €

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