Van Gaal a inventé de nouveaux boulevards à Manchester !

21.09.14 | par morlino | Catégories: THE RED DEVILS

21 Septembre 2014, 14 h30
Leicester City 5-3 Manchester United

Buts pour Leicester: Ulloa (17e, 83e pen), Nugent (62e pen), Cambiasso (64e), Vardy (79e)
Buts pour MU: Van Persie (13e), Di Maria (16e), Herrera (57e)

Je connais très bien Manchester mais je ne savais pas que Louis van Gaal y était venu pour y créer de nouveaux boulevards !
Les joueurs de Leicester les ont inaugurés en grande pompes.
Louis van Gaal est-il un fan ou un coach ?
Au lieu de replacer ses joueurs, il exulta quand MU marqua ses 2e et 3e buts. Grotesque !
Et ce qui devait arriver arriva: menant 0-2 à la 16e minute, MU s’est fait refroidir 1-2 à la 17e minute; et menant 1-3 à la 57e minute, MU s’est fait refroidir 2-3 sur penalty à la 62e minute, ce qui fait que MU n’a jamais pu contrôler le match.
Sur le penalty de la 62e il y a à dire: un joueur de Leicester jette au sol Rafael d’un grand coup d’épaule, sans se faire avertir, puis plonge dans la surface… sans prendre un carton jaune pour simulation ! De manière incroyable, c’est Rafael se fait sanctionner d’un penalty ! A quoi sert l’oreillette de l’arbitre. Le petit geste de Rafael n’a rien à voir avec la grossière faute du joueur de Leicester.
Bon passons, il y a plus grave. Van Gaal a fait sortir Falcao et Di Maria aux 72e et 76e minutes. Coaching de débutant! Les deux Sud-Américains n’étaient pas blessés. Apres les deux sorties de Red Devils, à 3-3, MU a perdu le match 5-3. Forcément, les deux joueurs les plus dangereux de MU étaient sur le banc. Quels cadeaux pour Leicester !
Van Gaal est-il incompétent ? Ce n’est pas la peine d’acheter des joueurs de ce calibre s’ils ne sont pas capables de jouer 90 minutes. MU n’a mis aucun récupérateur au milieu de terrain. Ce n’est pas avec quatre solistes que l’on gagne des matchs, il faut aussi des soldats. Des gars prêt à mourir pour le maillot.
Au mercato d’été, MU a perdu Evra, Vidic et Ferdinand ! Ils sont où les détracteurs d’Evra ? On ne les entend plus. Moi j’aime autant un geste défensif qu’une passe lumineuse.
Les trois grands défenseurs ont été remplacés par qui ? Personne.
La sortie d’Evans à 1-2, à la 3Oe minute a désarçonné la défense rouge.
Un coach doit penser à tout. Smalling n’est pas du niveau.
Il va falloir réintégrer Jones, Carrick et Fletcher, des gars qui savent tenir la boutique.
Marquer 3 buts à l’extérieur ne sert à rien si c’est pour en prendre 5 !
Arsenal, Chelsea, Man City et Liverpool sont heureux: le come back de MU n’est pas encore d’actualité.
La défense passoire de MU fait rire toute l’Angleterre, sauf Old Trafford.
Van Gaal, à part aligner des attaquants achetés à prix d’or, il sert à quoi ?
Le football est fantastique. Les millions ne suffisent pas.
Le football est plus fort que l’argent. Il demande une complémentarité fabuleuse.
C’est la morale de ce match. Leicester était plus harmonieux entre les lignes.

Manchester United:
De Gea/ (3) N’a servi à rien. Statique là où il aurait fallu être agile
Rafael (2) N’utilise pas assez son cerveau
Blackett (1) Match raté
Evans (6) Bon jusqu’à sa sortie sur blessure. Puis Smalling (30e) (0) C’est le 3e choix
Rojo/ (1) Aucune concentration
Blind (3) Trop de responsabilité vu son jeune âge
Herrera (2) Hyper faible dans la récupération.
Di Maria (7) Sa louche exceptionnelle n’a servi à rien, hélas ! Puis Mata (76e) (2) Trop léger physiquement
Rooney/© (3) A cessé de jouer, écoeuré par la défense rouge
Falcao (5) Bon match, avec une passe décisive, jusqu’à sa sortie incompréhensible. Puis Januzaj (72e) (O) Inexistant
van Persie (4) A part son but, semble extérieur aux événement

Sur le banc: Lindegaard, Shaw, Fletcher, Valencia
Manager: Van Gaal (1) C’est un spectateur, un supporter, rien de plus. Aucune participation active au jeu

En quatre minutes, le Red Devil Chicharito ouvre son compteur au Real Madrid par un doublé sous les yeux de Benzema sur le banc

21.09.14 | par morlino | Catégories: THE RED DEVILS, FOOT FRANCHOUILLARD, EN MARGE, LA MAISON BLANCHE, GRAND MONSIEUR

Les 10 buts du match. Le premier but de la tête de CR7 est magnifique comme le premier de Chicharito, contrôle puis frappe en pleine lucarne. Benzema a joué une heure: le temps de donner une passe décisive et un bon ballon contré favorablement qui se transforma en seconde passe décisive.

Samedi 20 septembre 2014
Championnat d’Espagne
Deportivo de La Coruña 2-8 Real Madrid
Buts pour le Deportivo: H. Medunjanin (51e pen.), Toché (84e)
Buts pour le Real Madrid C. Ronaldo (29e, 41e, 78e), J. Rodríguez (36e), G. Bale (66e, 74e), Chicharito (88e, 90e+2)

Real Madrid : Casillas - Arbeloa, Varane, Ramos, Marcelo - Kroos, Modric puis (72e) Isco, James - Bale puis (77e) Chicharito, Ronaldo, Benzema puis (59e)Illaramendi
Sur le banc: Navas, Coentrao, Carvajal, Nacho
Manager: Carlo Ancelotti

Il n’aura fallu que 4 minutes à Chicharito pour marquer deux buts.
Il n’a joué qu’un quart d’heure. En quatre minutes, il a réalisé un doublé !
Le merveilleux Mexicain fait déjà le bonheur des Socios du Real Madrid, et il va peu à peu obliger Ancelotti à mettre Benzema sur le banc. Le Français est beaucoup trop désinvolte - pas assez impliqué- pour jouer dans un entourage aussi vif de celui de CR7, Bale. Certes Benzema a une très bonne qualité de transmission mais cela ne suffit pas.
Benzema stagne dans son jeu. J’ai vu Ronaldo franchir toutes les étapes de sa construction à Man United.
On ne devient pas l’un des deux meilleurs joueurs du monde par hasard.
Benzema, je le trouvais plus intéressant à Lyon, plus percutant, plus preneur d’initiatives à la Baggio.
A la Maison Blanche, étouffé par Ronaldo, il ramasse les miettes du Portugais.
Benzema a toujours dit qu’il aimait Ronaldo, le Brésilien. Alors pourquoi ne l’imite-t-il pas dans le un contre un où excellait le Brésilien ? Plus facile à dire qu’à faire.
Benzema est un bon joueur mais pas un grand joueur comme CR7. Chicharito, lui, maintenant doit prouver qu’il est capable de devenir un grand joueur, c’est-à-dire quelqu’un de constant.
Je maintiens: l’explosivité de Chicharito est un atout fantastique pour jouer avec Bale et CR7.
Précisons que J. Rodriguez a lui aussi marqué.
Soirée festive au Real Madrid, qui plus est à l’extérieur.

PS: à Aston Villa, le natif de Manchester Danny Welbeck a aussi marqué un but lors de la victoire des Gunners,0-3.

Le corps politique de Gérard Depardieu, de Richard Millet.(Pierre Guillaume De Roux.)

Depardieu est un autodidacte flamboyant. Avec le temps, il a un physique d’ogre comme Orson Welles, Marlon Brando et Henri Langlois. Depuis la mort de son fils, il est l’incarnation de la phrase de Calet: “Ne me secouez pas, je suis plein de larmes".

Alain Delon dit souvent que son univers n’est plus qu’un cimetière : Melville, Visconti et Clément ne sont plus de ce monde. Gérard Depardieu pourrait dire la même chose : Truffaut, Resnais, Ferreri, Berri, Pialat et Sautet, sont aux boulevards des allongés. Y a-t-il d’autres grands talents ? Je vous laisse juge. Certain que non, lucide sur l’état du cinéma français actuel, Depardieu continue de faire fructifier son nom qui est devenu une marque. L’art ce n’est plus l’essentiel. Il a tourné quelques films qui resteront.
Richard Millet a écrit sur Depardieu pour une fois de plus combattre le monde contemporain gangréné par l’apparence, la superficialité qui rime avec médiocrité. Depardieu est la face visible de l’iceberg des acteurs. D’autres sont excellents mais on ne les connait pas, à part les passionnés de théâtre : je pense à Philippe Clévenot, hélas ! mort. Clévenot était le plus grand comédien de son temps. Voix, présence, il avait tout. Personne n’en parle. Ne vaudrait-il pas mieux écrire un livre sur Clévenot pour saluer son œuvre oubliée de tous car les comédiens ont une œuvre ? Qu’elle soit éphémère ne l’efface pas. En publiant un livre sur Depardieu, Richard Millet participe aussi au star-system même si c’est pour le condamner, le star-system s’entend. Millet ne cite que les gens dont on parle. Pour les actrices, il nomme Adjani, Deneuve, Seyrig, Riva, Moreau et Ardant. Il pourrait parler de Nada Strancar, Anne Alvaro, Dominique Valadié, Jany Gastaldi ou des disparues Denise Gence et Madeleine Marion. Belle assemblée de reines du théâtre. Il faut ouvrir ses fenêtres en grand pour voir tout le paysage. Dans cette France qui a un président de la République d’une incroyable banalité, il existe des géants remarquables. J’en connais plein. Ils sont électriciens, maçons, épiciers ou docteurs. Le peuple silencieux est du ciment armé. Il regarde les marionnettes publiques avec grande sévérité, seulement ils n’ont pas la parole.
Faisons une distinction entre comédien et acteur. Quand il travaillait avec Claude Régy, Depardieu était comédien. Depuis qu’il fait du cinéma, il est acteur. Delon se considère acteur parce qu’il vient de la vie, en bon instinctif. Belmondo, lui, issu du Conservatoire, est donc un comédien. Accordons à Depardieu, d’être un comédien formé par Jean-Laurent Cochet – absent du livre- qui est devenu acteur. Le talent de Depardieu est indiscutable, du fait de sa présence. J’estime qu’il reste comédien même quand il fait l’acteur.
Aujourd’hui, on le connait plus pour son aspect people que pour sa carrière artistique même si parfois, il fait des lecteurs haut de gamme, transformant celles de Lucchini en simple show pour « KerDruc ». (M. Drucker en verlan). Les médias parlent de Depardieu non pas pour sa lecture de saint Augustin mais pour ses unes avec Fanny Ardant ou d’autres moins talentueuses, son restaurant Place Gaillon, ses histoires de pipi dans un avion, ses « ménages » avec des gens peu recommandables, ses déclarations favorables à Sarkozy, sa descente en flammes de Juliette Binoche, ses accidents de scooter, l’occupation de l’un des appartements par les intermittents du talent (!), l’intérieur d’un autre appartement qu’il a mis en vente, les matchs d’Auxerre du temps de Guy Roux, ses enfants, la tragique destinée de son fils Guillaume, autant de cartes postales qui en font un Guignol de l’info. C’est la loi du milieu. Depuis Malraux on sait que tout ce qui n’est pas légendaire n’existe pas. On le voit partout quand on ne voit jamais Gérard Desarthe, à part sur scène ou sur la pellicule On le sait tous, nous sommes passés de NRF de Gide à C+ là où il se montrer, tout comme sur France 2, coincé chez un chauffeur de salle en attendant d’être interrogé entre un politique et un chanteur. Depuis qu’on a demandé à Michel Rocard si « sucer c’était trompé » on peut s’attendre à tout. Louis Jouvet a consacré sa vie à l’art dramatique, Il n’avait pas de temps à perdre à faire de la vinasse ! Aujourd’hui c’est la confusion des genres. Si quelqu’un sort de l’actualité, il revient en coulisses. L’ex ministre R. Bachelot est animatrice télé comme on est démonstratrice d’épluche légumes devant les grands-magasins; l’ancienne patronne du MEDEF cachetonne sur la radio, et l’ex icône de 68, Danny le Rouge devenu vert en fait autant. Imagine-t-on Che Guevara présenter un télé achat ? Les pères de famille hésite pour leur filles : HEC ou Secret Story ? En 2014, Hitler deviendrait consultant télé au moment de sa chute. 200 personnes se partagent le gâteau du PAF. C’est l’ère du cumul : tous pour moi, rien pour les autres.
Depardieu n’est dupe de rien. Il sait très bien ce qui est important ou pas. Il ne confond pas Peter Handke avec les états d’âme d’une mal baisée. Il ne faut pas confondre circus, culture et art. On voit beaucoup de gens faire le gugusse, on entend parler beaucoup de culture mais l’art est absent, sauf sur Arte qui porte très bien son nom, j’allais écrire son NON. Personne n’est obligé de regarder TF1 ou D8. Si vous regarder Arte, cela vous enrichira spirituellement. Dans le magma de tout ce que fait Depardieu, il y a des choses remarquables : par exemple coproduire les derniers films de l’immense Satyajit Ray. Richard Millet le signale mais il oublie de citer Daniel Toscan du Plantier, associé à Depardieu dans cette aventure. Il convient d’être précis et de saluer du producteur de Losey, Fellini, Bresson et Pialat, excusez du peu ! Depardieu a aussi rendu possible la diffusion des films de John Cassavetes en France. Cassavetes, autre génie du cinéma. C’est très bien signaler par Richard Millet.
Le show business règne tellement que l’on dit : « Un film DE Depardieu » au lieu de dire : un film AVEC Depardieu. C’est le résultat du culte de la personnalité. Millet le fait bien comprendre : les scénaristes n’étant plus du niveau de Prévert ou Audiard, on vend plus Depardieu que le film dans lequel il joue, et du coup il en devient l’auteur par défaut. On peut remarquer qu’à la télévision, on dit : « Le journal d’untel » et non plus « les informations du jour ». Bien sûr, Millet est un homme de goût. Bienvenu chez les Chtis ! très peu pour lui. Le livre de Millet ne fait pas l’apologie de Depardieu. Le pamphlétaire n’omet pas de signaler les « médiocres » films tournés par l’acteur. Série en cours. En France, on l’a vu, il peut difficilement œuvrer pour des lumières du 7e Art.
Qui reste-il en 2014 ? Alain Cavalier, Bertrand Blier et puis qui ? Dans le grand public de haut parage reste Rappeneau. Corneau est déjà parti. Millet n’est pas tendre avec Francis Veber, Claude Zidi et Jean-Marie Poiré. Prenons le cas de Francis Veber. C’est loin d’’être un sans talent. L’Emmerdeur ou Le Diner de Cons entretiennent la tradition de l’esprit français. L’intelligentsia tient à distance ce qui est populaire. Ils préféreront toujours Libération au Parisien. J’aime autant Fernando Pessoa qu’un débordement de Cristiano Ronaldo, pour ne pas citer un joueur mort (Garrincha) ou à la retraite (Loubet). Veber ce n’est pas n’importe quoi. On peut aimer Charles Dullin et Toto. Nina Simone et Maria Callas. On a le droit de rire autant avec un bon dialogue de Veber qu’avec l’humour de Tati basé sur l’observation. Depardieu, lui-même, passe de Duras à Obélix !
La colère de Richard Millet fait plaisir à entendre, à lire. Les pamphlétaires n’ont plus le droit d’exister. Les pamphlétaires sont toujours détestés par ceux qui ont pignon sur rue. Millet constate que l’on utilise encore le visage de Delon jeune dans les publicités de 2014. Y-a-t-il plus beau? Non ! Aujourd’hui, on ne fait plus aucune différence entre comédienne et mannequin. Delon lui est un acteur, et il le reste. Les mises au point de Millet donnent à réfléchir. Aucun pouvoir n’a réussi à le faire taire. Depardieu n’a pas eu d’Oscar à Hollywood lors de Green Card car la presse américaine a fait barrage en sortant ses frasques d’adolescence : à les écouter notre « Gégé » n’était qu’un ancien violeur en culote courte ! Refuse-t-il d’être américanisé ? Il fut en fait victime du protectionnisme américain. Manque dans le livre, la présence de Jacky Merveille qui fut à Depardieu ce que Jacques Vaché fut à André Breton. Jacky Merveille, voici un nom et un prénom plus beaux que le meilleur des pseudonymes. Jacky Merveille, Jacques Vaché deux météores qui n’ont pas eu le temps de faire carrière. Merveille encore moins que Vaché. Merveille, un James Dean inconnu. Gérard Depardieu était le meilleur ami de Jacky Merveille, son double. Depardieu doit vivre sans Dewaere, sans Merveille, sans Guillaume. Malgré sa dimension d’hommes d’affaires, Depardieu n’a pas tué sa poésie en lui. « J’ai été obligé d’acheter la maison en face de chez moi pour voir enfin où j’habite », l’ai-je entendu dire. Seul un poète peut dire cela.

-Le corps politique de Gérard Depardieu, de Richard Millet. Pierre Guillaume De Roux, 109 p., 17,90 €

Le tragique parcours des électeurs socialistes: de Jean Jaurès à François Hollande

19.09.14 | par morlino | Catégories: De GAULLE ET MITTERRAND SONT MORTS, LA REVUE DE STRESS

Issu d’un grand-père paternel abandonné à l’orphelinat je me considère comme un “sans-dent” “illettré".

L’illustration de la détresse des électeurs socialistes: Jaurès, Blum, Mendès France, Mitterrand, Hollande…

“Je ne suis pas un démagogue, ni un comédien (…)Je n’ai jamais triché, jamais cherché à faire croire que j’étais quelqu’un d’autre que ce que je suis” a déclaré François Hollande dans Le Nouvel Observateur daté 11 septembre 2014, page 39.

Jaurès, Blum, Mendès France et Mitterrand, eux, étaient aussi de très bons écrivains. Je suis leur lecteur.
“Le courage c’est de ne pas subir la loi du mensonge qui passe", a écrit Jean Jaurès.

Journal 1844-1846, (Tome 3), d’Henry David Thoreau (FINITUDE)

19.09.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR

Auteur de plusieurs écrits magistraux- tels Je suis simplement ce que je suis et De la désobéissance civile- Henry David Thoreau (1817-1862) est on ne peut plus moderne et d’actualité ce qui en fait un auteur universel, hors du temps. D’une exigence absolue, il a tout fait pour vivre en accord avec idées: il avait l’ambition de vivre au sein de la nature pour être en résonance avec l’univers, terre et cosmos. Un hippie avant l’heure. Oui avant le massacre de la faune et de flore par la pollution industrielle, il avait déjà ressenti le besoin d’aller à l’essentiel, à savoir vivre sans se créer des dérivatifs inutiles. A quoi bon s’enquiquiner à vouloir briller socialement de mille feux puisque l’on va tous finir dans un trou noir.
Brillant étudiant, il combat l’esclavage et toutes les autres injustices avant de comprendre qu’il est trop seul pour changer la société. Autant changer de société ! Il remplace les hommes, par les arbres. « Si nous pouvions avoir un récit clair de l’Indien, les choses seraient différentes, car il est plus au fait de la nature pure. » Thoreau œuvre pour rendre justice aux opprimés qui refusent ce qu’on appelle la civilisation. Loin de se replier sur lui-même, comme Jean-Jacques Rousseau, il ne cesse par de prôner l’amitié dans ses écrits et notamment dans le tome 3 de son journal inédit. « Dans l’amitié nous adorons une beauté morale qui n’a pas le caractère formel de la religion (…) [C’est] un printemps éternel. » Il n’y allait pas avec le dos de la cuiller. Pour lui, un ami c’était «la chair de ma chair, l’os de mes os ». Plus qu’un frère. Il plaçait les liens de l’esprit au-dessus de ceux du sang. L’apothéose, bien sûr, étant alors l’amitié avec un frère. Fait rarissime.
Thoreau se détourne des livres savants qui ne lui apprennent rien sur la vie. Il aime mieux les ouvrages « vrais, sincères et humains ». Il reproche aux philosophes de passer leur temps à penser sans agir tandis que le poète, lui, pense et agit pour rendre perceptible les «déductions de la philosophie». Thoreau se veut témoin et acteur. Il fuit les musées qui lui font penser à des nécropoles de la pensée figée dans des objets inertes. Rien ne vaut le craquement d’un feu fabriqué soi-même avec le chant d’un oiseau en fond sonore. Dans les musées, il se rend tout de suite au bord d’une fenêtre pour regarder le paysage. La vision de la terre et le ciel lui est indispensable sous peine d’avoir l’impression de dépérir à la vitesse grand V. Il veut toujours se confronter aux éléments de la vie. Il réclame le face à face permanent avec le monde naturel.

La troisième livraison du Journal comprend trois parties importantes : “Long book", où il raconte un voyage initiatique sur le fleuve Concord, et les deux sections chapitres titrés “Walden 1 et 2″ sont consacrés à son choix de construite une cabane pour vivre auprès d’un étang. Il s’y installe le vendredi 4 juillet 1845, le jour de l’Indépendance. On ne peut pas choisir une date plus symbolique pour se retirer du commerce des hommes comme aurait pu dire ce Misanthrope céleste des Etats-Unis d’Amérique. S’il a choisi de vivre retiré c’est plus pour écrire que pour fuir la société à laquelle il appartenait à la vérité. Il ressent la nécessité vitale « d’entendre le vent murmurer parmi les roseaux ».
L’immense poète voulait que ses pages manuscrites se confondent avec les feuilles d’arbres afin de ne pas rester prisonnières d’un manuscrit dans la bibliothèque d’un bureau fermé. Son remarquable traducteur français, Thierry Gillyboeuf évoque une « symphonie pastorale » à propos du Journal inédit. Depuis quelques années et grâce aux éditions Finitude apparaît une confrérie Thoreau, une amicale de rêveurs à la fois utopiques et lucides. Il est possible d’entendre le bruit de la mer dans une boite de conserve. Pas besoin de l’illusion du coquillage.

-Journal 1844-1846, (Tome 3) d’Henry David Thoreau. Traduit de l’américain et annoté par Thierry Gillyboeuf. Finitude, 315 p. , 23 €

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