Mon chat zen, de Ludovica Scarpa (Autrement)

01.08.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRANDE DAME

La vénitienne Ludovica Scarpa est tombée sous le charme du chat de son voisin qui est venu se planter sur le palier de chez elle de son plein gré. Le matou s’appelle Zorro. Donc Zorro est arrivé un beau jour dans la vie de la philosophe comme par enchantement : «Zorro est un chat spécial. C’est lui qui m’a choisie». La dame ouvre la porte à son hôte qui a pris l’habitude d’aller sur « son » fauteuil. S’en suit un dialogue muet, un opéra de regard entre le chat et sa compagne qui l’observe sans cesse. Même si la narratrice est donc une élue et qu’elle n’a pas fait la démarche d’aller s’offrir un chat, son récit est un bloc de solitude, à l’image de ce voisin qui fait à manger pour quatre alors qu’il vit seul. Un récit très sobre, à la japonaise. Une façon de ciseler les séquences qui rappelle le trait du peintre Hokusai. Les amateurs de minous doivent lire Ludovica Scarpa pour y entendre ronronner Zorro.

-Mon chat zen, de Ludovica Scarpa. Traduit de l’italien par Caroline Roptin. Illustrations de José Reis de Matos. Autrement, 128 p., 10 €

Qui êtes-vous Monsieur Voltaire ? de Claude Dupont et Jean-Claude Lesourd. (Les Belles-Lettres)

31.07.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR

«Je passe mon temps à faire des gambades sur le bord de mon tombeau ; et c’est en vérité ce que font tous les hommes, ils sont tous Jean qui pleure et Jean qui rit».
Voici l’un des milliers aphorismes de Voltaire qui répond aux questions du duo Dupont-Lesourd dans un entretien plus vrai que nature. C’est vivant, pétillant d’intelligence. On se confronte aux pensées de l’aubergiste de l’Europe qui survient sur ses thèmes de prédilection : peine de mort, tolérance, économie, Rousseau, l’Islam, justice, argent, religion au sens large… Dans ce montage diabolique, Voltaire est censé avoir 81 ans. La rumeur établit dit qu’il a reçu 400 Anglais chez lui. C’est dire qu’on allait le voir comme on visite Versailles.
Qu’est-ce qui opposait Voltaire et Rousseau ?
L’homme, né bon, est corrompu par la société, pensait Rousseau, alors que Voltaire estimait que l’individu favorise son développement dès lors qu’il se confronte à tous les corps de métiers de la société.
Voltaire reproche à Rousseau d’écrire contre les spectacles parce qu’il a écrit une mauvaise comédie (Narcisse ou l’amant de lui-même, 1756) et d’écrire contre la France qui le nourrit.
Voltaire condamne la misanthropie et la misogynie de Rousseau. L’auteur de Candide aime mieux vivre dans un belle maison avec de beaux vêtements devant une bonne table, entouré de vrais amis que de pester contre l’humanité, seul dans une bicoque insalubre, sans loi. La vie sauvage dans l’anarchie ne l’attirait pas une seconde.

-Qui êtes-vous Monsieur Voltaire ?
de Claude Dupont et Jean-Claude Lesourd. Les Belles-Lettres, 276 p., 19 €

Jérémy Mathieu sait qu'il n'arrive pas en terrain conquis à Barcelone

30.07.14 | par morlino | Catégories: BARCA ES MES QUE UN CLUB, ANTI-FOOTBALL, GRAND MONSIEUR

Recruté par le FC Barcelone au FC Valence pour 20 M€, Jérémy Mathieu (30 ans) souffre d’un déficit d’image.
Autrement dit on ne parle pas assez de lui dans les médias.
Le football est devenu comme le show biz. Plus on parle de vous, mieux sait pour votre carrière. Le talent ne suffit pas.
Si vous chantez comme une casserole ce n’est pas grave, est-on tenté de dire quand un jeune débute tant sont nombreux les chanteurs(euses) qui font trois petits tours et puis s’en vont. Au football, heureusement on ne peut pas jouer en playback, sauf sur quelques vieilles VHS !
Dès que Beckham changeait de coiffure, les médias en parlaient pendant un mois. A l’inverse quand Scholes faisait un grand match- soit presque tout le temps- il n’avait même pas droit à un écho.
Beckham a plus gagné de l’argent avec la mode qu’avec le football.
Mathieu comme Scholes est victime d’un boycott parce qu’il est… roux !
Ce n’est pas tendance d’être roux dans les pages débiles des journaux.
Un homme discret n’intéresse pas les médias qui ont besoin de coups tordus pour vivre.
Ne pas être médiatique de nos jours porte tort à la carrière.
La preuve, les fans du Barça cassent du sucre sur le dos de Mathieu alors que la saison est au point mort.
Les socios pensent que le Français ne peut pas remplacer Carles Puyol dans la défense du Barça.
D’emblée, ils ont tout faux: on ne cherche pas l’équivalent d’un Puyol ou d’un Baresi. On cherche quelqu’un d’autre. Mathieu mérite d’avoir sa chance.
Ce n’est pas parce qu’il n’a pas la “carte"- comme disait Philippe Noiret- qu’il faut le critiquer d’emblée.
Il est incroyable de constater qu’à 30 ans, Mathieu ne compte que deux sélections en équipe de France. Visiblement, il vaut mieux jouer à Arsenal et à Newcastle pour être dans les bons petits papiers des sélectionneurs. Mathieu aurait dû être le rival numéro 1 au poste de latéral occupé par Patrice Evra qui a toujours très bien supporté la concurrence à Man United. (Il suffit de voir le rôle d’éternel remplaçant tenu par Büttner qui ne sait jamais imposé dans le couloir gauche de MU au point d’être transféré à Moscou.)
Du haut de son 1m90, Mathieu a du répondant, comme latéral gauche ou défenseur axial, ce qui est nouveau chez lui.
Sur 24 000 votants d’un récent sondage espagnol, 82% des supporters du Barça jugent que Mathieu “n’est pas une bonne recrue".(sic)
Mathieu devrait débuter lors du match amical Nice-Barcelone (2 août 2014) qui rappelle de grands souvenirs aux fans des Aiglons des années 1970, au temps de Molitor.

Jérémy Mathieu
né le 29 octobre 1983
à Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône)

Parcours
2002-2005 FC Sochaux
2005-2009 Toulouse FC
2009-2014 Valence CF
2014 Barcelone
2011 Equipe de France, 2 sélections

Palmarès
FC Sochaux/ Coupe de la Ligue 2004

Charlot, de Philippe Soupault (L’Imaginaire/ Gallimard)

30.07.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, LE CINEAC, AVENUE DE LA VICTOIRE

Philippe Soupault fut l’un des premiers intellectuels admirateurs de Charlie Chaplin dont il a salué les premiers films. Le poète lui consacra un livre au temps du cinéma muet. Le voici réédité.

Dans les années 1980, j’ai présenté au poète ce livre de 1931. J’étais tout content de montrer ma (re)découverte. Philippe Soupault m’accueillit froidement :
- «Il ne fallait pas acheter ce livre que je renie».
Pourquoi est-il si dur ?
Tout simplement parce qu’il avait appris que celui qui interprétait un vagabond participait à des chasses présidentielles avec le « grands » de ce bas monde.
Pour Soupault il fallait que l’homme et le créateur soient en osmose parfaite. S’il apprenait que tel écrivain qu’il appréciait se comportait mal dans sa vie privée, il traitait aussitôt d’imposteur le plumitif en ligne de mire. Quand il découvrit les chasses de Charlot, Soupault s’estima victime d’un parvenu avide de reconnaissance.
On peut cependant bien sûr lire cet essai biographique pour le souffle poétique inaltérable de Soupault, homme entier, sans concession. Il s’agit de Charlot au temps du muet et non pas du parlant.
Au moment de sa découverte des films de Charlot, Soupault allait au cinéma avec Blaise Cendrars qui lui disait :
-«Applaudissez pour moi !».
Devenu manchot lors de la guerre de 14-18 Cendrars ne pouvait plus applaudir. Il tapait alors du pied, pour la plus grande joie de Soupault.
Charlot n’est pas du tout une biographie classique. C’est un grand portrait poétique sur Charlot, le vagabond solitaire qu’aimait tant Soupault. Le cofondateur du surréalisme disait que lui-même qu’il était un “voyageur sans bagage” soulignant sa volonté d’abandonner le lourd passé pour rester un homme neuf devant les nouveaux événements de la vie. Les préjugés étaient la hantise de Soupault.
Le poète issu de la grande bourgeoise française fit tout pour fuir et combattre sa classe d’origine alors que Chaplin honorait les conventions sociales des puissants.

-Charlot, de Philippe Soupault. L’Imaginaire/ Gallimard, 155 p., 7,50 €

La trilogie de Lewis par Peter May (Rouergue Polar)

29.07.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR

-L’île aux chasseurs d’oiseaux (2009), de Peter May. Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue. Rouergue polar, 425 p., 9,70 €
Orphelin de son fils unique- comment peut-on dire d’autre ?- l’inspecteur Fin Macleod ne sait plus où donner de la tête tant il est obligé de faire son travail alors qu’il n’est plus qu’un fantôme. On l’oblige a revenir sur les lieux de son île natale pour une affaire criminelle qui lui en rappelle une autre. Il ne peut pas s’empêcher de faire le lien. Il se confronte à son passé et surtout aux compagnons de jadis qui eux baignent toujours dans le même jus. L’Ecossais Peter May est un maître du suspens. Ici, il radioscopie celui qui d’habitude est censé mené l’enquête. Coup d’essai, coup de maître. A suivre.

-L’homme de Lewis (2011). 380 p., 8, 50 €
Le huis clos se poursuit sur l’ile écossaise de Lewis. Sépare de sa femme depuis la mort de leur fils, l’inspecteur Fin MacLeod n’a plus de gouvernail. En français son prénom signifie The End. Lourd à porter. Il doit se confronter à la découverte d’un cadavre conserver presque intacte depuis près d’un demi-siècle grâce à la tourbière de la meilleure espèce. Ce macchabée le conduit jusqu’au père d’un amour de jeunesse. Peter May a un vrai savoir-faire, un as du fondu enchaîne. On ne voit pas les ficelles cousues de fil blanc. On est chez un Hitchcock de l’écrit et chuchotements.

-Le braconnier du lac perdu (2012).Babel noir, 362 p., 8,70 €
Opus final. Vous pouvez vous rendre sur le site officiel de Peter May si vous voulez vous familiarisez davantage avec son œuvre. Le plus français des Ecossais vit dans le Lot depuis le début des années 2000. Alors qu’il connaissait un immense succès comme scénariste télé, il a choisi de tourner cette page… pour se concentrer à la littérature, celle du polar. Il a très bien fait : on ne vit qu’une fois et la vie passe vite. La littérature est une femme exigeante- et surtout pas une encombrante maîtresse- il faut si consacrer à plein temps, sinon elle vous tourne le dos et vous la perdez de vue pour toujours. On retrouve avec plaisir le son Peter May d’un livre à l’autre. Son traducteur Jean-René Dastugue a le talent de ne pas briser la fibre Peter May en la faisant pa sser d’une langue à l’autre. Dans cet ultime volet de la trilogie Lewis, on suit un ex enfant qui n’a pas tenu ses promesses. Il est devenu braconnier comme d’autres ébénistes ou garagiste. Au cœur de cet ouvrage, on apprend aussi comment est mort le fils de l’inspecteur. Il y a une ambiance de fin du monde.

-La moisson des innocents, de Dan Waddell. Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue. Rouergue polar, 311 p., 21,90 €
Un parfum d’Orange mécanique là-dedans. De fait, deux gosses sont condamnés pour avoir massacré un vieux monsieur. Cela nous renvoie au clochard frappé à mort par les sauvages urbains de Kubrick inspiré par Anthon Burgess. Sortis de taule, les deux assassins changent d’identité pour essayer de repartir sur d’autres bases là où ils ne sont connus ni d’Eve ni d’Adam. Tout à coup surgit un justicier qui veut leur faire payer leur crime d’autrefois car si les peines de prison ont été exécutées, le mort lui n’a pas ressuscité. Nous plongeons dans l’Angleterre profonde, mixte de Claude Chabrol, Simenon et Ken Loach. L’inspecteur Forster a encore frappé.

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