Catégorie: VAN GOGH FOR EVER

07.11.19

Permalink 10:55:56, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER  

Le sourcier de Giono, Lucien Jacques. Sous la direction de Jean François Chougnet, avec Jacques Mény et Jacky Michel. (Actes Sud)

La simplicité implacable de Jean Giono. Marcel Pagnol n’a pas le monopole de la Provence. Ils sont deux à la représenter le mieux possible. Dans toutes les crèches, il devrait y avoir leur santon respectif. Pagnol, Giono… Deux soleils dans un même ciel, celui de l’hymne à la vie.

Retrouver Giono c’est toujours une joie, un bonheur renouvelé. Comme il nous manque avec sa bouffarde et ses yeux, ses grands yeux, ses beaux yeux, comme si le bleu de la mer et le bleu du ciel étaient réunis dans un seul homme. Je n’ai rien à dire à ceux qui n’aiment pas Giono. Peut-on ne pas aimer la vie ?
Le voici réuni avec son ami Lucien Jacques, graveur, peintre, poète, tisseur, éditeur… On pourrait penser que c’est Giono qui le découvrit mais ce fut l’inverse. Artiste apprécié par Jacques Prévert, le touche-à-tout Lucien Jacques avait des mains en or. Son trait, sa peinture, pour vous donner une idée, tient à la fois de Marquet, Cézanne, Derain, Matisse… Cela vous va ?
Pas de mensonge. Il ne triche pas avec ce qu’il voit. Il rend vivant, pas bêtement ressemblant, comme le souhaitait Bonnard. Physiquement, il a l’allure qui ne sent pas les couloirs de ministères ! Il dégage de la paysannerie tels Joseph Delteil et Gaston Chaissac.
Voir un paysage de Lucien Jacques, c’est lire une page de Giono. Les deux artistes provençaux sont les deux côtés d’une même médaille : l’authenticité, la haine du travail mal fait, la joie de vivre, le bonheur de regarder une fleur, de voir se poser un papillon sur une branche de mimosa, le bruit d’un ruisseau, la fraîcheur de l’eau de source qui jaillit d’un fond sablonneux, et la mélancolie de la fin de l’été qui ne veut pas devenir automne. Lucien Jacques savait que Giono était un Dostoïevski égaré dans un champ de lavande tandis que Giono était content de se retrouver avec un poète pictural qui n’avait pas la désastreuse ambition des pitoyables sans talent qui pullulent dans la capitale à la recherche d’une notoriété éphémère car ils savent que la postérité sera impitoyable avec eux.
Jean Giono et Lucien Jacques avançaient leur grâce commune pour se protéger de la pesanteur des faux artistes, simples promoteurs de produits dits culturels.
L’art est au-dessus de la culture. Le très beau catalogue sur l’exposition Lucien Jacques nous le prouve.

-Le sourcier de Giono, Lucien Jacques. Sous la direction de Jean François Chougnet, avec Jacques Mény et Jacky Michel. Actes Sud, 128 p., 28 €.

Exposition au musée Regards de Provence, 29 octobre 2019-17 février 2020, en même temps que l’exposition Giono,avec 300 documents sur l’univers de Giono qui oscille entre création, travail, pacifisme, amitié avec les peintres, refuge dans la nature, évasion dans l’imaginaire et surtout amour de la vie.

Mucem: 1, Promenade Robert Laffont, 13002 Marseille ·Téléphone: 04 84 35 13 13

12.10.19

Permalink 09:54:39, Catégories: LITS ET RATURES, VAN GOGH FOR EVER  

Lautrec, de Matthieu Mégevand (Flammarion) & Lautrec et Valadon par Yonnick Flot (La Bisquine)

Frappé par une maladie qui l’empêcha de grandir, Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) semble avoir été précisément touché par cette maladie comme pour manifester un refus de devenir adulte. L’enfance fut si belle qu’il voulait ne jamais la quitter. Enfant, on dessine, et après stop au travail ! Lui, non, il a dessiné encore et encore. C’est l’une des plus grandes figures de Montmartre. Dans la prose du biographe, il est appelé : «nain, gnome, nabot »… Cela fait mal. On imagine la vie qu’il a eue. A Paris, il fréquente le monde du spectacle, de la nuit, les bordels. Il finit avec la syphilis à 36 ans. Quelle fin sinistre ! Lautrec aimait peindre des gens. La nature morte lui était indifférente. Il avait l’art de restituer l’essentiel avec peu de traits quand il faisait ses célèbres affiches du Moulin Rouge. Le maestro buvait comme quinze ! Il a cramé sa vie. Une existence consacrée à la peinture, sa raison de vivre. Lire la vie de Toulouse c’est passer du temps avec un ami. Un ami de talent, de grand talent. Beaucoup de peintres de premier plan ont puisé dans ses tableaux leurs œuvres à venir.
Autre passionnant livre sur Lautrec: celui consacré à sa liaison avec Suzanne Valadon, au cœur de Montmartre, le paradis sur terre pour les artistes, ce petit arpent du Bon Dieu, comme disait Pierre Mac Orlan. les deux peintres sont d’apparence opposée: l’homme de petite taille, dit la “cafetière", avec la belle femme. Leur union faisait jaser. Toute l’époque montmartroise avec ses heures glorieuses est présente dans l’ouvrage qui nous transpose sur la butte sans touriste ! Il n’était pas facile d’être artistes pour les femmes, quand on voit tous les préjugés qui les confinaient dans le rôle de la femme à la maison, bonne qu’à laver le linge et à faire des enfants. On a vu comment a fini Camille Claudel !

-Lautrec, Matthieu Mégevand. Flammarion, 190 p ;, 17 €.

04.10.19

Baudelaire (M-C Natta), Alexandra David Néel (J. Chalon) et les Renoir (F. Renoir) )

Cette biographie contient la vie de l’un des plus grands vivants que la terre ait porté. Une journée de Baudelaire vaut un an de la vie d’un quidam, tant il voyait tout, ressentait tout. Une sensibilité hors du commun. Une rage d’expression de toute beauté. Un caractère atrabilaire. Fallait pas l’énerver, le bougre ! Il ne vous ratait pas. Les Fleurs du Mal ? Chef d’œuvre absolu. Baudelaire est un phare qui met des mots sur nos sentiments les plus enfouis. Son rapport à sa mère a forgé l’une des plus grandes liaisons de la littérature française. Il a aussi écrit sur les paradis artificiels qu’il a beaucoup fréquentés, sans aucun prosélytisme. Loin de faire l’apologie du H, il a prévenu «que le meilleur moyen de paralyser la jeunesse française était de lui faire fumer du haschisch». Parole prémonitoire. Lire cette biographie nous projette au XIXe siècle, notre préhistoire. Baudelaire est mort mais sa présence est dans tous ses livres, belles éditions ou poche tout abîmé. A son propos, on peut parler de génie. On prend des risques quand on lit Baudelaire car il est possible de se surprendre à dire : suis-je vivant ou déjà mort, tant je n’ai pas ressenti ce qu’il écrit ? Baudelaire, clairvoyant des clairvoyants.

-Baudelaire, Marie-Christine Natta. Perrin, 1040 p. , 16 €

La réédition de la biographie signée par Jean Chalon est l’occasion de retrouver l’aventurière d’exception. A son époque, on faisait vraiment les trajets car on ne traversait pas les mers… en avion. Le trajet comptait autant que la destination. De nos jours, il n’y a plus de trajets. On va d’un point à un autre. Alexandra David-Néel(1868-1969) a vécu plusieurs vies : anarchiste, bourgeoise, bouddhiste, chanteuse orientale, exploratrice, journaliste et écrivain. Infatigable, l’aventurière ne tenait pas en place quand elle a pu voyager. Une trépidante qui en fait l’une des plus grandes de son temps. Elle eu un vie EXTRAORDINAIRE jusqu’à 101 ans. On ne devrait parler que d’elle et on n’en entend jamais parler. Chacun ses modèles. Chapeau Madame !

-Le lumineux destin d’Alexandre David-Néel, Jean Chalon. Plon, 457 p., 24 €

Toute la saga des Renoir est dans ce volume sorte de livret de famille qui a donné une flopée d’artistes : Pierre-Auguste (peintre) et ses fils Jean (Cinéaste) & Pierre (acteur). La vie se déroule aux Collettes dans la villa de Cagnes-sur-Mer. On apprend que le patriarche, Pierre-Auguste n’aimait pas peindre avec des modèles professionnels. Il n’était pas facile de trouver des femmes qui voulaient poser nue. Ensuite, elles se faisaient maltraiter. L’arrière-petit-fils du peintre nous raconte le quotidien de la maison Renoir avec la visite de Rodin qui déjeuna à Cagnes avec Vuillard, le marchand de tableaux. Sacré tour de table ? Cela donna :
Rodin - «Maître !»
Renoir - «Maître !»

-Le Tableau amoureux, Jacques Renoir. Phébus/ Libretto, 200 p. , 8, 90 €

01.10.19

Disparition de Mme Eglal Farhi, fondatrice du New Morning. Disparition du dessinateur Pierre Le-Tan

Eglal Farhi (1922-2019), fondatrice du mythique lieu parisien le New Morning, est morte à son domicile de Neuilly à l’âge de 97 ans.
Journaliste d’origine égyptienne, la grande dame, discrète et distinguée et enthousiaste fut proche des plus grands jazzmen et d’autres musiciens tout aussi talentueux.
Sa petite salle est devenue un lieu. J’y ai vu et écouté Chet Baker, l’un de ses derniers concerts. Dans mon souvenir nous n’étions pas plus d’une quarantaine. J’avais lu l’annonce de la venue du Miles Davis blanc dans Pariscope. Je m’attendais à trouver les guichets fermés. En fait non. Quasi personne. La fille de la fondatrice du New Morning a succèdé à sa maman.

Pierre Le-Tan (1950-2019) peintre, dessinateur, décorateur et illustrateur, vient aussi de disparaître. Touche à tout dès qu’il avait un crayon à la main, il pouvait s’exprimer dans la presse, au cinéma, dans la mode et sur la couverture de livres. Il a illustré magistralement certains livres de Modiano. Son trait fait de hachures est reconnaissable d’emblée. Il y règne un apaisement. Il révèle la beauté des lieux. Dommage que son Paris n’existe que mentalement. Dans sa ville on circule sans la pollution, non pas atmosphérique mais administrative de l’actuelle direction de la capitale. Fils de peintre, il dessiner comme on respire. Ses Trois filles ont hérité de son talent, héréditaire dans leur famille.

27.02.19

Permalink 09:27:32, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER  

Alberto Giacometti. Ascèse et passion, d'Anca Visdei (Odile Jacob)

Artiste elle-même, Anca Visdei a écrit une biographie d’Alberto Giacometti, sans aucune concession. Elle n’épargne rien de la vie d’un des plus grands sculpteurs de l’Histoire. Giacometti a apporté à son art autant que Rodin ou Brancusi. Les œuvres des grands sculpteurs sont immédiatement détectables. On les reconnaît même de loin. Fils et neveu de peintre, Alberto a dépassé ses aînés haut la main. Très proche de sa mère, le fils ne s’est jamais s’émancipé de la présence maternelle. Il dira même à sa femme, Annette, qu’il l’a épousée parce qu’elle se prénommait comme… sa maman (Annetta) ! On a connu plus grande délicatesse.
Sa vie privée n’est pas passionnante : grand consommateur de prostituées. Giacometti allait aux putes comme au dit, comme d’autres vont faire du billard ou joue à la belotte, voire joue au casino. Travailleur acharné, ne comptant pas ses heures à créer jusqu’au bout de lui-même, Giacometti avait besoin de décompresser le soir avec de l’alcool et des ébats tarifiés. Insomniaque, il écumait les bistrots de minuit à six heures du matin. Pourquoi pas ? Chacun ses plaisirs. Cependant, il n’a pas su rendre heureux sa femme. Son comportement était celui d’un célibataire endurci. Vivre seul eut mieux convenu. Il voulait le beurre et l’argent du beurre. J’aime quand l’artiste et l’homme sont sur la même longueur d’onde. Ils ne sont pas nombreux dans ce cas. Hyper doué pour le dessin, le petit Alberto se compare à Dürer. A 10 ans, il faut le faire. Et c’est si mieux que de vouloir être acteur de cinéma. Se comparer à Dürer c’est dire le niveau de Giacometti. Ce qui est admirable chez lui c’est sa simplicité. Il ne s’est jamais présenté comme une sommité. Il détestait le confort bourgeois dont il aurait pu bénéficier parce qu’il gagnait très bien sa vie. Rien à voir avec un artiste maudit. Son dégoût de l’opulence faisait qu’il vivait avec le minimum de confort. Son atelier n’avait rien à voir avec les immenses pièces des villas cossues de Picasso. Alberto Giacometti créait dans un dénuement volontaire, histoire de rester en prise directe avec la première nécessité de sa vie d’artiste : voir les gens pour ceux qu’ils sont. Quand il faisait poser ses proches, il ne les voyait plus que sous l’aspect d’un homme ou d’une femme. Et pas comme son frère, par exemple.
Sa peinture, ses sculpteurs ressemblent aux livres de Samuel Beckett. Rien de superflu. Ne figure que ce qui est sérieux. Une phrase de l’Irlandais est la définition des œuvres de Giacometti : «Etre artiste, c’est échouer comme nul autre n’ose échouer». Tout est dit. IL était l’un des maîtres de Bacon. Giacometti, Beckett, Bacon. Chez eux, pas d’esbroufe. Ils comptent en secondes, pas en années !
Le livre est irracontable tant il comprend toutes les lignes de force et de faiblesse d’Alberto Giacometti, le plus Italiens des Suisses. Son voix, son accent sont inoubliables. Une voix à la fois ensoleillée et d’outre-tombe : il fumait 80 cigarettes par jour ! On le retrouve tel qu’il était dans le documentaire du grand Jean-Marie Drot. La télévision ce n’est pas que l’abêtissement général pour faire du fric en se vautrant dans la médiocrité. Giacometti élève notre âme, lui. Il voyageait dans son imaginaire, se dispensant d’aller vérifier les cartes postales ici ou là. Seul, il était. Seul, il restait. Henri Cartier-Bresson n’a pas montré autre chose quand il a immortalisé son ami sous la pluie, rue d’Alesia. Dupe de rien, Giacometti a synthétisé Paris vue de loin. Juste un trait, une vaguelette dans l’espace. Voilà pourquoi il était si peu mondain. L’Homme qui marche. Arrêt sur image.

-Alberto Giacometti. Ascèse et passion. Anca Visdei. Odile Jacob, 300 p., 23, 90 €
A dénicher chez les bouquinistes : Alberto Giacometti par Henri Cartier-Bresson. Recueil de photographies. Franco Sciardelli (Milan). Novembre 1991.

PS : le livre comporte deux erreurs à corriger. L’expression «l’agité du bocal» pour définir Sartre est de Céline et pas de Boris Vian (p.262) Et comme la maman de Giacometti est morte le 25 janvier 1965, un an avant la disparition de son fils (11 janvier 1966), on ne peut pas écrire qu’il est parti «deux ans moins deux semaines après sa mère bien-aimée» (p. 278). Je précise cela pour aider le livre et non pas lui nuire.

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