Catégorie: VAN GOGH FOR EVER

12.01.18

Le Dictionnaire du grandiose Winston Churchill, par Antoine Capet (Perrin)

Ce pavé contient la vie d’une des plus grandes personnalités du XXe siècle, et même de l’Humanité. La couverture dévoile une multitude de Winston Churchill et c’est très bien vu car l’homme avait de multiples talents, en premier lieu celui d’être un bon vivant. Il aimait manger, boire et fumer. Sans parler du reste.
A la fois militaire, politicien, peintre et écrivain. Figurez-vous qu’il a eu le prix Nobel de littérature en 1953… à son plus grand mécontentement car il voulait le prix Nobel de la Paix ! A juste titre. L’homme qui trinquait avec Staline et Roosevelt n’a jamais vu Hitler qu’il vomissait. «Je ne hais personne, sauf Hitler», disait-il. S’il a fait tuer des marins français à Mers el-Kébir c’est pour éviter que Vichy donne la marine française aux nazis. De Gaulle l’avait bien compris.
Les points forts de sa vie… Naissance le 30 novembre 1874. Député de Manchester, 1905. Ministre du commerce, 1908. Commence à peindre, 1915. Premier ministre, 1940. Rencontre De Gaulle, 9 juin 1940. Churchill fournit un avion à De Gaulle pour qu’il vienne à Londres. Fait bombarder la marine française à Mers el-Kébir, 3 juillet 1940. Meurt le 24 janvier 1965.
On raconte que Churchill a dit : «No Sport !», pour expliquer sa longévité mais il a pratiqué le polo, le golf, le hoquet, la natation… Il fut aussi un incorrigible joueur au casino. Il adorait autant voyager que rester devant son chevalet. Il a beaucoup écrit jusqu’au moment où il a signé des textes qu’il n’avait pas écrits. On l’a dit alcoolique, non sans raison. Il buvait autant de thé que de champagne. Il a fumé 200 000 cigares, détestant la pipe et les cigarettes.
Le magistral dictionnaire que lui consacre Antoine Capet se lit avec délectation. On ne s’engage pas dans une biographie de Churchill comme dans celle d’Hitler. Avec l’Anglais, on passe des moments délicieux qui scintillent d’intelligence. On est fier d’être un humain. Churchill a tout fait pour que l’Angleterre ne s’agenouille pas devant Hitler et il a réussi ! Pendant ce temps, Pétain serrait la main à l’Allemagne de la pire époque. Père à multiples reprises, Churchill a dévoré la vie. Il n’a pas été qu’un grand guerrier. Un artiste dans toute sa splendeur.
Winston Churchill a été un acteur dans la vie qui ne l’a pas toujours épargnée. Il aurait pu être un acteur phénoménal tant sa présence crève l’écran grâce à son charisme. De la dimension d’un Orson Welles. Eternelle reconnaissance. Nous sommes libres grâce à lui.

-Winston Churchill : le Dictionnaire, Antoine Capet. Préface Randolph Churchill. Avant-propos, François Kersaudy. Perrin, 862 p., 29 €

31.12.17

Les derniers livres de 2017 : les livres de Daraya, les chiffonniers de Paris, la bibliothèque idéale des philosophes antiques, la décadence fin de siècle, les couples célèbres, Paris secret et la Normandie comme ils l’ont aimée.

-Les Passeurs de livres de Daraya, Delphine Minoui. Seuil, 160 p. , 16 €
De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya, a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre ans de descente aux enfers, avec bombardements, attaques au gaz chimique, soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari d’exhumer des milliers de livres ensevelis sous les ruines pour faire une bibliothèque sous la forme d’une société secrète calfeutrée dans un sous-sol de la ville. Souvent ses livres ont été lus par des morts. La résistance par les livres est un refus absolu de toutes les dominations, politiques et religieuses. C’est la 3e voix, entre Damas et Daech. La journaliste Delphine Minoui a correspondu pas Skype avec les activistes insoumis. Un bel hymne à la liberté individuelle, à la tolérance, et au pouvoir magique de la littérature. Philippe Soupault m’a dit qu’en prison à Tunis dans la prison contrôlée par les Vichystes, il était libre car il s’évadait par l’esprit. Mais des Soupault, il y en a un par siècle.

-Les chiffonniers de Paris, Antoine Compagnon. Gallimard, 512 p ., 32 €
Antoine Compagnon est un essayiste qui rend vivant les écrivains de jadis, aussi bien Montaigne que Baudelaire. A présent, on a l’impression de marcher dans Paris avec les chiffonniers d’autrefois, les ancêtres d’Emmaüs, du recyclage. En 1842, on ramassait déjà les vieux chiffons pour faire du papier ! La capitale en comptait 6 000. Vers 1883, Eugène Poubelle inventa le ramassage des ordures. Un bienfait pour l’hygiène. Il faut un début à tout. Les chiffonniers ramassaient aussi les animaux morts et parfois tuaient des chats pour les manger. L’ouvrage comporte de nombreuses illustrations qui font de l’ensemble un des plus intéressants livres de 2017.

-Bibliothèque idéale des philosophes antiques. De Pythagore à Boèce. Jean-Louis Poirier, Les Belles Lettres, 688 p., 29, 50€
Livre haut de gamme pour lecteurs exigeants. Rien ne vous échappera plus sur l’Antiquité, grecque et romaine. Les philosophes anciens aident à comprendre le monde moderne car sur l’essentielle de l’âme humaine rien ne change. Pythagore ? Né à Samos vers 580 av. J-C, mort vers 495. C’est lui qui aurait inventé les nombres. Parménide, Thucydide, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque, Plutarque, Plotin et Augustin, ils sont tous là. Sans oublier Empédocle qui déposa ses sandales au bord de l’Etna avant de s’y jeter… comme quoi la philosophie s’est aussi un pansement sur une jambe de bois. Je préfère la poésie. Elle allège plus le poids du monde. Quand je vois «Philosophe» en incrustation sous le visage d’un beau parleur, je change de chaîne, et fissa !

-Décadence fin de siècle, Michel Winock. Gallimard, 288 p., 23 €
Dans ce livre, on apprend que Maurice Barrès voulait que l’on taxât de 10 % le salaire de tous les étrangers. Aujourd’hui, il appellerait à voter F.N. Les surréalistes avaient bien vu de lui régler son compte dans un procès fictif qui est devenu historique. Beaucoup d’écrivains, et les plus grands (Huysmans, Bloy, Mallarmé…) ne voient rien de bon dans la société industrielle qui s’annonce à la fin du XIXe siècle. Ils parlent de décadence. L’antisémite Edouard Drumont déverse sa haine sur les Juifs qu’il accuse de nuire à la France. Plus personne ne songe à Voltaire qui voulait que l’on condamnât les gens pour ce qu’ils font et jamais pour ce qu’ils sont. La bêtise fait plus recette que l’intelligence, hélas !

-Les couples illustres de l’Histoire de France, Lorraine de Meaux et Patrice Gueniffey. Perrin, 464 p., 21 €
On trouve Louis XIV et Mme de Maintenon aussi bien que Napoléon et Joséphine, Benjamin Constant et Mme de Staël que Abélard et Héloïse, Sartre et Beauvoir que Cocteau et Marais, les Pompidou sont aussi en bonne place. On n’échappe pas à Colette avec Henry de Jouvenel puis avec Bertrand, le fils d’Henry…D’aucuns apprendront que Louis Aragon a cru que sa mère était sa sœur… On apprend qu’Elsa Triolet était stérile. C’est ainsi que nous pénétrons l’intimité de l’intimité. Ce livre est un journal à scandales de haute volée. Un Voici pour hypokhâgne.

-Paris secret, Michel Dansel. Robert Laffont, Bouquins, 1000 p., 30 €
Superbe guide pour découvrir un Paris qui ne ressemble pas à celui des touristes conventionnels. Michel Dansel fait découvrir que les meilleurs guides ne mentionnent pas. Paris, ville des Lumières. Ici, on voit l’envers du décor.

-La Normandie comme ils l’ont aimée, Collectif. Omnibus ; 190 p., 29, 50 €
Ballade onirique sur le réel absolu de la Normandie, avec Blondin, Proust, Monet et Seurat. Loin des cartes postales traditionnelles, les visons des poètes et peintres- souvent les deux réunis- nous font voir l’indicible.

21.12.17

Quelques albums pour les fêtes : Churchill (Tallandier), Mythologies en peinture (Larousse), Voitures de légendes (Larousse), BD Jack London (Le Lombard), Degas et Gauguin (Larousse), BD Vian (Grasset)

-Moi, Winston Churchill, Beatrix de L’Aulnoit. Tallandier, 190 p., 34 €
«L’un des problèmes de notre société, c’est que les gens ne veulent pas être utiles, mais importants.» Tout est dit et plus que très bien dit. Ce trait de plume de Winston Churchill fait encore plus aimer ce personnage considérable du XXe siècle. On lui prête le mot «No Sports» pour expliquer sa longévité alors qu’il fut un grand pratiquant : à 18 ans, champion d’escrime inter collèges. Chasseur, il pratiquait le fusil à deux coups. Marcheur, il fit de nombreuses randonnées. Il pêchait le saumon, pratiquait le golfe et la natation. L’équitation était l’une de ses passions. Il jouait aussi au polo ! Quand on lui a demandé de couper le budget des arts pour l’effort de guerre il a répondu : «Alors pourquoi nous battons-nous ?» C’est lui qui a ordonné le bombardement de Mers el-Kébir sur la marine française (1300 morts) : «La plus pénible et la plus odieuse décision que j’ai eue à prendre». L’humour du grand homme fait toujours mouche : «Les chiens vous regardent avec vénération. Les chats vous toisent tous avec dédain. Il n’y a que les cochons qui vous considèrent comme leur égaux». Cet album a une iconographie haut de gamme. Churchill jaillit des pages. On en redemande. Des petits marquis de Paris osent le rabaisser au rang d’alcoolique.

-La Mythologie expliquée par la peinture, Gérard Denizeau. Larousse, 224 p., 25 €
Très belle idée d’album, très bien réalisé. On est content de retrouver Sisyphe (Le Titien), Prométhée (Gustave Moreau), Les Trois Grâces (Raphaël), L’Ile aux morts ( Arnold Böcklin). L’auteur déchiffre chaque chef d’œuvre pour nous éclairer complétement. Tous les grands thèmes sont abordés. C’est simple et grand. Une totale réussite.

-Voitures rétro de légende, Collectif. Larousse, 320 p., 34,90 €
Quatre rédacteurs (Martin Gordon, David Long, Andrew Noakes et Chris Quiller-Rees) et un responsable éditorial (Gilles Chapman), ont confectionné une anthologie des plus agréables. Il y a même un index qui permet de trouver instantanément les marques et les modèles qui nous intéressent plus précisément. Des années 1940 aux années 1980, il ne manque aucun bolide. En tout 250 voitures ! Berlines britanniques, Fiat, Mini Cooper, Chevrolet, Volvo, Jaguar, Cadillac, Lancia, Dodge, Mercedes, BMW, Ferrari, sans oublier Renault, ni Porsche et Corvette.

-Jack London. Arriver à bon port ou sombrer en essayant. Scénario et dessins de Koza. Le Lombar, 160 p., 19,99 €
Avec des couleurs de Maya Mihindou, la BD est d’une très grande classe. Nous voyons l’auteur de Croc-Blanc partir faire un tour du monde sur un sublime voilier, le Snark. Lors de ce voyage, l’écrivain écrit précisément Martin Eden. C’est mieux qu’un livre de photos ou un film. London avait un physique de cinéma. Il était socialiste quand cela voulait quelque chose.

-Edgar Degas, Gérard Denizeau. Larousse, 128 p., 12,90 €
Le peintre, impressionniste atypique, refusa le téléphone : «Si vous répondez quand on sonne c’est que vous êtes une boniche». Ses danseuses sont historiques. On s’y croit. Ses toiles ne nous écrasent mais nous invitent à la contemplation. Du caractère et une infinie douceur.

-Paul Gauguin, Laure-Caroline Semmer. Larousse, 128 p., 12,90 €
Précurseur de l’art moderne, Gauguin nous permet de retrouver van Gogh à Arles (1888), Tahiti (1891), la terrible syphilis (1895), les Marquise(1901) et la mort du peintre (1903). Il disait : «Il n’y a pas de femmes nues, il n’y a que des femmes déshabillées». Né le 7 juin 1848, Gauguin a décidé de se consacrer à la peinture en 1882. Grande décision, pour lui et pour nous.

-Valse de Noël, Boris Vian & Nathalie Choux. Grasset jeunesse, 32 p. ? 18, 90 €
Cette valse remonte à 1955. Elle était dans un tiroir où dormait une farandole avec des travailleurs, des clochards et des soldats. Tout l’album est un appel au pacifisme. L’auteur du Déserteur (1954) n’était pas près de se laisser dominer par des chefs militaires. Ses mots sont comme les notes de sa trompette qu’il appelait «trompinette".

12.08.17

Permalien 07:11:40, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER  

Gala/ Dali à Cadaqués et Picasso, partout (Robert Laffont et Larousse)

Philippe Soupault détestait Dali, sa peinture autant que le personnage. Il m’a dit : “Dali fait penser à cet animateur de télé qui avait un nom de savon…”

A la mort de Dali, un journaliste a téléphoné à Philippe Soupault pour lui annoncer le décès de celui qu’il avait connu dans les années 1920 : «Bonne nouvelle ! Non, je n’ai rien à déclarer.» Le cofondateur du Surréalisme – surnommé la Hyène quand il était jeune, c’est dire son tempérament- détestait le peintre qu’il accusait d’avoir «léché les bottes de Franco». Pour Soupault, Dali était un imposteur qui se faisait passer pour surréaliste alors que les vrais peintres surréalistes étaient Tanguy, Ernst, Masson et de Chirico (Magritte est plus surréaliste que Dali). Le poète n’était pas tendre avec les cendres du disparu et… à présent on vient de déterrer le peintre pour faire un test de paternité sur son cadavre car une femme prétend être sa fille. Mieux vaut mourir inconnu ces temps derniers. Et surtout pauvre !
Un livre-enquête signé par le duo Gasquet/Llorens-Vergés évoque le couple Dali-Gala qui a vécu à Cadaqués. Avant d’être avec le peintre, Gala fut la compagne de Paul Eluard. Tout le quotidien de la partie visible du couple est passé au peigne fin jusqu’à ce qu’ils aimaient manger, recette comprise. A la fin de sa vie, Dali a fini clown dans un spot publicitaire pour une marque de chocolat. Ce couple ne fait rêver que ceux qui rêvent d’être connus. Soupault m’a certifié que Dali parlait comme et vous. Et qu’il ne délirait que devant la presse pour inventer un personnage. Sa peinture ce n’est pas grand-chose face à Picassso. C’est mieux que Picabia mais moins bien que Derain. Les montres molles ça va 5 minutes. Dali a inventé, une marque, un produit. Soupault m’a expliqué que Dali était un jeune homme tout timide pris en main par Gala qui a vu qu’elle pourrait plus tirer profit de Dali que d’Eluard qui lui collectionnait et vendait des tableaux.
Je parlais de Picasso. Bonne occasion de le retrouver dans deux beaux albums. L’un relié sous jaquette, de John Finlay, est présenté en 20 chapitres qui survolent toutes les grandes étapes de l’œuvre dans ses différents ateliers. Un château n’était qu’un atelier pour Picasso qui laissait ses toiles souvent au sol. La plus belle de ses demeures était toujours en chantier. Il est resté saltimbanque toute sa vie, vous remarquez dans le mot la présence de Banque… Picasso a su transformer chaque ligne en or, disait Orson Welles. Tant de maudits pour un Picasso, grand artiste mais aussi génial commerçant. La monographie de Guitemie Maldonado, elle, analyse trente œuvres de façon simple et efficace. La peinture de Picasso est inépuisable et il est vraiment grotesque de voir au feu des voitures signées Picasso. Vulgaire opération mercantile. Si au moins les voitures avaient l’avant à la place de l’arrière et un design digne du génial. Picasso disait goguenard : «Je plains ceux qui me suivent : j’ai tout inventé».
On peut trouver tous les défauts à Picasso mais l’évidence saute aux yeux: sa peinture est géniale. Il était peintre comme on nait blanc ou noir, grand ou petit. Il a assimilé toutes les œuvres qui l’ont précédé pour créer à sa manière, une nouvelle façon de peindre. Il s’est beaucoup inspiré des œuvres africaines qui sont toutes non signées. Il disait: “Quand je vais au musée de l’Homme c’est moi qui interroge les statues et non pas le contraire". Picasso s’est amusé toute sa vie, aussi bien dans les périodes de vache enragée que dans la phase de l’opulence. C’est celui qui continue de jouer aux cubes quand les autres deviennent avocats ou huissiers. Il a conservé son âme d’enfant jusqu’au bout. Dans n’importe quel endroit, il créait: au bistrot dès que la conversation tournait en rond, il prenait un paquet de Gitanes et faisait un découpage. S’il voyait un vieux vélo, il détournait la selle et le guidon pour faire la tête d’un taureau. Picasso est le virtuose absolu. Il est allé jusqu’à dire : “Braque c’est ma femme", car Braque est Picasso en version intellectuelle. Picasso communiste ? Cela fait rire aujourd’hui, mais il était sincère. Qu’il est loin le temps où le PC avait pour adhérents Picasso et Aragon. Face à un Picasso, on ne s’ennuie jamais. On sent le souffle de son esprit. Son âme clignote de partout. Et ce n’est jamais n’importe quoi. Le cubisme par exemple, qu’est-ce que c’est ? Tout simplement voir quelque chose sous tous ses aspects possibles. On souhaite à tout le monde d’avoir cette même vision de l’existence. Le premier découvreur de Picasso fut Guillaume Apollinaire qui fit beaucoup pour le faire connaître. Apollinaire aimait aussi énormément Matisse, un autre génie de la peinture. Apollinaire a écrit que la peinture était “une tentative d’organiser le chaos du monde". On peut difficilement dire mieux.

-Gala et Dali de l’autre côté du miroir. A Cadaqués, sur les traces d’un couple mythique. Dominique de Gasquet et Paquita Llorens-Vergés. Robert Laffont, 260 p., 20 e
-Le monde de Picasso, John Finlay. Larousse, 180 p., 29,95 €
-Lire la peinture de Picasso, Guitemie Maldonado. Larousse, 176 p., 17,95 €

Une exposition Picasso est organisée dans quatre musées de Rouen jusqu’au 11 septembre 2017.

28.02.17

Permalien 12:07:42, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER  

Le monde pleure Jirō Taniguchi (1947-2017)

Le ciel, les oiseaux, les fleurs, les arbres et les vagues sont tristes. Jirō Taniguchi n’est plus là pour dialoguer avec eux.
Nous venons de perdre un Hergé, bis. Un Hergé japonais.
Il est mort le 11 février mais je ne l’apprends que maintenant. Je lui ai donné 27 jours de plus.
En 1995, je tombe sur L’Homme qui marche un manga de Jirō Taniguchi, publié en septembre 1995 aux éditions Casterman.
J’ouvre le livre, un petit album. Et coup de foudre total.
Je vois la ville, la vie comme lui.
J’achète deux albums: un pour moi, un autre pour Peter Handke.
Cet homme qui marche, c’est Jirō Taniguchi, c’est Peter Handke, c’est Alberto Giacometti, c’est moi.
Jirō Taniguchi est très proche de Peter Handke: des hommes qui marchent, qui regardent, qui voient.
Jirō Taniguchi c’est digne d’Ozu. Le cinéaste et le dessinateur voient avec les mêmes yeux: science de l’espace, les lignes, la géométrie comme chez Cézanne.
Je ne suis pas grand lecteur de BD, encore moins de manga.
Cependant, le trait de Jirō Taniguchi me parle.
Jirō Taniguchi a passé sa vie à se promener et à dessiner. Il faisait tout à la main, avec du papier calque, des ciseaux, sans ordinateur.
C’était un monstre de travail, et cela ne se sent jamais dans ses dessins.
Comment a-t-il fait pour dessiner autant ?
Nous venons de perdre un immense artiste, un immense vivant.
Il n’avait pas 70 ans.
Il fut étonné de plaire autant aux Français.
Jirō Taniguchi nous a légué une œuvre considérable centrée sur la ville, la famille. L’amour partout. La nature coincée dans le béton. Des petits rien qui disent, comme chez Tati.
De l’émotion pure qui nait de l’image. Pas bavard. De la spiritualité hors du temps.
Le Japon nous a donné de grands peintres, cinéastes, acteurs, cuisiniers.
Jirō Taniguchi est mort à presque 70 ans mais il a vécu si intensément qu’il a vécu dix mille vies. Il était ceux qu’ils croisaient, il devenait ce qu’il voyait.
Sa voix ressemble à son dessin: une douceur illimitée.
Jirō Taniguchi ne vit plus, mais il n’est pas mort.
Je ne l’ai jamais vu, donc il existe toujours.
Il n’est pas plus mort que le peintre Hokusai, les cinéastes A. Kurosawa, Mizoguchi et l’écrivain Tanizaki.
Chez eux, tout est authentique, sonne juste.
Ils transcendaient le réel.
Se souvenaient du meilleur. Le faisaient revivre dans une œuvre.
Emouvaient parce qu’ils avaient été émus.
Les grands artistes disent ce qu’on a de meilleur en nous et surtout ils savent le dire.
Avec un langage neuf qui contient tous les anciens car la géométrie des sentiments est la même tout le temps.

Œuvres à se procurer:
L’Homme qui marche, 1990-1991 (Castermann, 1995).
Le Journal de mon père, 1994 (Casterman, 1999-2000, 3 vol., puis 2004, 1 vol.)
Le Gourmet solitaire, (1994-1996 (Casterman, 2005), scénario de Masayuki Kusumi.
Quartier lointain, 1998 (Casterman, 2002-2003, 2 vol.), 2 volumes.
Le Promeneur, 2003-2005 (Casterman, 2008), scénario de Masayuki Kusumi.
La Montagne magique, 2005 (Casterman, 2007).
Les Gardiens du Louvre, 2014 (Louvre éditions/Futuropolis)
Rêveries d’un gourmet solitaire, 2014 (Casterman, 2016).

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