Catégorie: HENDRIXEMENT

03.05.19

Permalink 07:32:48, Catégories: LITS ET RATURES, HENDRIXEMENT  

My heart belongs to Oscar, Romain Villet. (Le dilettante)

Voilà un grand livre dont Le dilettante a le chic pour les débusquer. Son patron est la plus intéressante tête chercheuse de l’édition depuis belle lurette pour reprendre une expression désuète de son cher Henri Calet. Désuète quand on parle de Calet ce n’est pas ringard mais plutôt très attachant. Notre mère n’est plus là -si c’est le cas- mais est-elle pour autant désuète ?
Dans le livre de Romain Villet on retrouve ce zigzag entre présent et désuétude. Le jazz est un perpétuel dialogue entre le passé, le présent et le futur. Toute la vraie musique comprend cette trilogie, c’est pourquoi je suis hermétique à 99 % du rap qui n’est qu’une revendication, une musique syndicaliste qui nous casse les oreilles pour rester poli. (Au mieux c’est du Brassens raté).
Romain Villet aime jouer avec les mots qui sont aussi des notes de musique, ou de la couleur, si l’on se souvient de Rimbaud. Dans le prénom Romain, il y a roman et main. On pourrait résumer son hymne au jazz par : jeu de mains, jeu de Villet. Sa plume court sur la page comme les mains sur le clavier d’un piano, et encore plus s’il écrit avec un ordinateur.
En 77 pages, Romain Villet nous restitue Oscar Peterson mieux qu’une fastidieuse biographie. L’âme du jazzman est entre nos mains réduite telle une tête de Jivaros. Son exercice d’admiration est sensible, et même ultrasensible, intelligent, savant et surtout humble, simple, vrai, donc poétique en diable. La vie sans poésie n’existe pas. La vie sans musique serait une erreur a dit Nietzsche.
Le printemps sans le livre de Romain Villet serait moins beau. Le miracle de la littérature y est bien présent. Il s’élève des pages aussi bien que la musique de Peterson s’échappe du piano. A la fin de son ouvrage, Romain Villet nous donne une suite de réponses à «Pourquoi le jazz ?» toutes plus éclairantes les unes que les autres. Blaise Cendrars aurait rajouté : «Parce que …»

-My heart belongs to Oscar, Romain Villet. Le dilettante, 77 p., 10 €.

24.04.19

Permalink 11:53:18, Catégories: LE GYM E BASTA, HENDRIXEMENT  

Dick Rivers (1945-2019) enterre mes 9 ans

Très belle chanson. Grande interprétation.

L’étau se resserre. C’est au tour de Dick Rivers.
Au début des années 1960, il a été l’un des héros de la jeunesse.
Ceux qui avait 16-17 ans voulaient tous devenir musiciens.
Mes voisins avaient acheté des guitares électriques. Beaucoup d’appelés, peu d’élus.
Dick Rivers était un pionnier du Rock en France avec Johnny Hallyday et Eddy Mitchell
Dick Rivers avec les Chats Sauvages et Eddy Mitchell avec les Chaussettes Noires.
Ils imitaient tous les Américains.
Avec le temps on a su qu’avant Elvis Presley il y avait Gene Vincent et Eddie Cochran. Elvis le produit. Les deux autres, les purs et durs.
En France, Johnny Hallyday, le produit. Mitchell, l’intellectuel. Rivers, accroché à ses rêves comme un noyé à sa bouée.
Tous les trois avaient pris des pseudonymes pour faire plus rock USA:
Dick Rivers (Hervé Forneri), Johnny Hallyday (Jean-Philippe Smet), Eddy Mitchell (Claude Lemoine).
Dick Rivers était Niçois. Fils de commerçants connus et respectés.
Il a fait sa route et certains ne le considéraient pas de valeur égale à ses deux comparses du début.
Je n’ai pas aimé du tout l’exclusion dont il était frappé.
Pourquoi ne pas l’avoir pris dans Les Vieilles Canailles. IL y avait sa place de plein droit.
Il devrait être plus solitaire, ne pas donner la papatte.
Je n’ai pas aimé qu’un présentateur télé raconte publiquement que Dick Rivers lui demandait d’être son invité alors qu’il ne l’invitera jamais, dit le membre du PAF accroché à son statut comme Cicéron à son urinal. Nouvel ostracisme ! Tant de nullités absolues défilent dans l’émission ciblée.
Dick Rivers n’avait pas la carte. Tout comme Vince Taylor, magnifique chanteur détruit pas le show biz.
On ne doit pas rire de ce chanteur qui a tracé sa voie, et sa voix.
Il avait une très belle voix.
Une présence. Lui n’a pas varié, il n’est pas devenu hippie ou je ne sais quel courant à la mode.
Il n’a jamais changé de style. Santiags du début à la fin, même s’il ne portait pas ce modèle.
Une sorte de Lucky Lucke de la scène française.
Ce n’était pas Nougaro ou Trenet mais il avait un timbre reconnaissable entre tous.
Il parlait le Nissart comme feu l’ami Francis Lai et José Salcy, un autre superbe chanteur niçois injustement oublié.
Dick Rivers a fait rêver les jeunes des années 1960.
Tout le monde ne peut pas dire autant.

21.04.19

Permalink 08:46:16, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

De rock et de metal. 30 mai 1980 : Trust dynamité le hard français. Pascal Paillardet. (Le Castor Astral)

Passionnant de bout en bout, qu’on aime ou pas le hard rock, le heavy metal. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il vaut mieux de perdre dans sa passion que perdre sa passion comme les trois-quarts de l’humanité qui sont des morts-vivants égarés dans leurs souvenirs avant de perdre la mémoire. Pascal Paillardet, brillant journaliste à La Vie- qui porte si bien son nom (La vie c’est mieux que la mort, contrairement à ce que prétendent des décérébrés)- oui Pascal Paillardet vibre pour sa passion de jeunesse qui reste intacte, pas qu’au fond de lui, à fleur de peau aussi, qui n’est pas de chagrin. Plus on avance dans le livre, plus l’intensité de sa flamme demeure, se ranime et même se renouvelle.
Paillardet est aussi discret, plein de tact, dans la vie (décidément !) que sabre au clair, plume à la main, ou clavier sous les doigts qui courent comme sur un piano. Enfant, adolescent, Serge Lama, Rika Zaraï, Michel Sardou et Rose Laurens lui «limaient les oreilles», lui «faisaient saigner les tympans jusqu’à l’hémorragie». Il faut dire qu’entendre toute la journée pendant des mois «Je suis Maaalaaadeeeee» sur une musique d’Alice Dona cela ne casse pas que les oreilles ! Tout ce tintamarre c’était de la musique subie.«Smoke on the water» de Deep Purple c’était beaucoup mieux, et c’est toujours beaucoup mieux. Quand Pascal Paillardet s’attaque à la musique, comme pratiquant d’un instrument, il renonce et se rend compte qu’il n’est bon qu’à «l’écoute». Belle lucidité. Dommage que beaucoup de musiciens professionnels ne l’imitent pas. On en voit deux dits classiques qui occupent l’écran simplement parce que l’un deux a été pipolisé par son mariage avec une jacteuse du PAF. Si être arrivé c’est ça mieux vaut ne jamais partir :!
Pendant 160 pages, Pascal Paillardet nous raconte sa passion et bien sûr du coup toute l’aventure du hard rock avec pour ligne rouge dans le récit le temps fort du groupe Trust et ses leaders Bernie Bonvoisin et Norbert Krief. En 1980, la France apprend à les connaître avec l’album Répression. Qui n’a pas entendu Antisocial est sourd ou amnésique. Ce n’est pas un chant c’est un cri, de la rage à l’état brut. En français et non pas en anglais. Voilà la nouveauté. Rien à voir avec le rock commercial de Jean-Philippe Smet, copie d’Elvis Presley. Depuis 1980, le groupe s’est défait puis recomposé. Cela n’a rien enlevé à sa force verbale et musicale. A côté de Trust, les deux groupes Téléphone et Indochine semblent représenter le minitel face à internet. Trust chante pour dire quelque chose. La poésie- le contraire de la guerre physique- peut être violente. Ce n’est pas qu’une coulée de miel pour oisifs. Trust fait travailler les neurones. Il réveille les consciences. N’endort pas. Le livre de Paillardet aussi.

-De rock et de metal. 30 mai 1980 : Trust dynamité le hard français. Pascal Paillardet. Le Castor Astral, 161 p., 15, 90 €

05.04.19

Permalink 05:26:17, Catégories: GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

David Bowie, A life, par Dylan Jones (Ring)

Avaler plus de 700 pages cela peut paraître une perte de temps considérable. Mieux vaut lire Georges Perros ou Marcel Aymé, oui mais lorsqu’on a lu Perros et Aymé justement on peut lire ce livre sur David Bowie parce que ce musicien nous a accompagnés pendant toute notre jeunesse. La musique a été importante dans les années d’après-guerre: jazz, rock puis pop. Dans la séquence pop-rock David a une place de roi, avec Dylan, Lennon, les Doors, Zappa… Ce n’est pas rien.
Tout le livre s’articule sur les interviews de gens qui l’ont connu et sur des interviews de Bowie himself. L’auteur représente disons le public. Ou mieux, le lien entre nous et Bowie.
Dans un premier mouvement, Bowie a tout fait pour qu’on le remarque. C’est la course à la provocation, la période pot de fleur sur la tête. Il faut vite préciser qu’il y avait aussi sa voix, surtout sa voix. Un chanteur c’est d’abord une voix, et la sienne est envoutante, fascinante. Un moindre son on la reconnait comme la guitare de J. Hendrix ou la trompette de M. Davis. Beaucoup de produits commerciaux ont fait le pitre mais on ne sait plus par quelle trappe de l’oubli ils sont passés. Faire le gugusse cela ne suffit pas. Il faut la grâce, le fluide. Plus il se grimait, plus le vrai Bowie apparaissait.
Sa bouche était carnassière. Sa mâchoire supérieure broyait les mots qu’il nous balançait au visage. Une gueule de loup réincarné en homme debout.
Il aimait jouer sur la bisexualité, sur le côte androgyne. Rien à voir avec un mixte de Patrick Juvet et Amanda Lear. David Bowie semblait être le fils d’Elton John et de Freddie Mercury. Dans les années 1970, il a joué à fond cette carte. Quand il est devenu célèbre dans le monde entier, il a délaissé sa panoplie pour se présenter en costard. Grande classe. La distinction à l’état pur.
Il y a aussi son regard. Ses yeux vairons: un bleu, l’autre marron. De naissance ou résultat d’une bagarre ? Cela appartient à la légende. Des lentilles ? Non.
Bien sûr, il y a la période came, la coke consommée à haute dose.
Son cancer n’est pas le fait du hasard: il a tiré sur la corde, encore et encore.
Le quotidien d’une rockstar c’est de la folie: il faut être un Stones, un Dylan, un Beatles rescapé, un Rod Stewart, un Pink Floyd fondu dans la masse, un membre malin de Genesis, une Baez pour s’en sortir. La différence entre Madonna - qui n’est pas à ce niveau- et M. Monroe est flagrante: la chanteuse a une vie derrière sa marionnette. Pas facile à trouver l’équilibre. Attention, je parle de star planétaire, pas de Jean d’Ormesson, connu entre le quai Conti et France 2.
Les chanteurs ont besoin d’une médiatisation omniprésente pour durer. Voire Johnny H. en France. C’est exténuant. Cette course a pour moteur des failles. Bowie était hantée par la folie qui avait touché des proches. Cela appartient aussi de la légende. Où est le vrai ? Le faux ? Il n’était pas plus touché par la folie que nous.
Du talent, il en avait à revendre. Ziggy Stardust est un album mythique, pochette de l’album y compris.
Bowie avait une allure princière. Même déguisé, hyper maquillé, il avait la noblesse que les princes et rois de naissance n’ont pas.
Je n’ai pas attendu sa mort pour le considérer comme un très grand artiste. Dans la musique contemporaine, il est une sorte de Warhol.
Dylan, Hendrix, Lennon-McCartney, Jim Morrison… tous sont des amis et le resteront toujours.
L’art tend des passerelles. Il faut savoir les prendre. Sans passerelles on n’avance pas.

-David Bowie, A life, par Dylan Jones. Ring, 740 p., 23, 50 €

16.03.19

Permalink 08:00:06, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Good Trip: My generation, Roger Daltrey (Kero)

Roger Daltrey a 74 ans… Notre jeunesse en prend un sacré coup !
Comme le temps passe. Ses mémoires sont magnifiques, brutes et brutales. Il est sans concession sur lui-même et ses copains, plus ou moins proches. Il y a beaucoup d’alcool et de came mais comme il a l’instinct de conservation, il n’est jamais tombé dans les néfastes excès comme tant de musiciens de son époque qui est aussi la mienne, la nôtre, la vôtre.
On revit l’aventure du début jusqu’au succès planétaire.
Au cours de la période solo, il a fallu s’accrocher. Pourquoi son groupe s’appelle-t-il les Who ? Rien ne lui échappe, il parle cash. C’est l’un des meilleurs livres signés par un musicien. J’espère qu’il a été écrit par Daltrey himself et qu’aucun écrivain fantôme n’est passé par là.
Il aime aussi le football, grand fan des QPR. Daltrey dit qu’il pense à toute la salle quand il chante et joue de la guitare. Pas question de ne viser que les premiers rangs. Il fait le parallèle avec le football, certain que les joueurs qui veulent épater la galerie ratent tout à l’inverse de ceux qui se laissent emporter par le mouvement.
Tout l’ouvrage se lit sans forcer, on avance dans le récit avec toujours plus d’envie de rester avec Daltrey qui nous avait tant plu dans Tommy le film de Ken Russell. On replonge les décades 1960-1970 - en nous elles sont toujours vivaces- avec un plaisir renouvelé au fil des pages, on a envie de dire au film des pages.
On voudrait revenir en 1960, tout rembobiner, parce que c’était plus beau qu’en 2018. Il y a 50 ans, on était dans Peace and Love. Et non pas dans Guerre et Haine. On avait des guitares, pas des mitraillettes. Je laisse de côté le Vietnam of course. Je vous laisse le rapp et je garde le Rock, la Pop, le Jazz …
Le livre contient la présence du batteur Keith Moon (1946-1978) et celle du bassiste John Entwistle (1944-2002), deux visiteurs trop assidus des paradis artificiels. Daltray est toujours parmi nous. Cela nous console de la disparition d’Hendrix et cie.

-My generation, Roger Daltrey. Traduit de l’anglais par Bernard Cohen. Kéro, 430 p. , 21, 50 €

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