Catégorie: GRANDE DAME

04.10.19

Baudelaire (M-C Natta), Alexandra David Néel (J. Chalon) et les Renoir (F. Renoir) )

Cette biographie contient la vie de l’un des plus grands vivants que la terre ait porté. Une journée de Baudelaire vaut un an de la vie d’un quidam, tant il voyait tout, ressentait tout. Une sensibilité hors du commun. Une rage d’expression de toute beauté. Un caractère atrabilaire. Fallait pas l’énerver, le bougre ! Il ne vous ratait pas. Les Fleurs du Mal ? Chef d’œuvre absolu. Baudelaire est un phare qui met des mots sur nos sentiments les plus enfouis. Son rapport à sa mère a forgé l’une des plus grandes liaisons de la littérature française. Il a aussi écrit sur les paradis artificiels qu’il a beaucoup fréquentés, sans aucun prosélytisme. Loin de faire l’apologie du H, il a prévenu «que le meilleur moyen de paralyser la jeunesse française était de lui faire fumer du haschisch». Parole prémonitoire. Lire cette biographie nous projette au XIXe siècle, notre préhistoire. Baudelaire est mort mais sa présence est dans tous ses livres, belles éditions ou poche tout abîmé. A son propos, on peut parler de génie. On prend des risques quand on lit Baudelaire car il est possible de se surprendre à dire : suis-je vivant ou déjà mort, tant je n’ai pas ressenti ce qu’il écrit ? Baudelaire, clairvoyant des clairvoyants.

-Baudelaire, Marie-Christine Natta. Perrin, 1040 p. , 16 €

La réédition de la biographie signée par Jean Chalon est l’occasion de retrouver l’aventurière d’exception. A son époque, on faisait vraiment les trajets car on ne traversait pas les mers… en avion. Le trajet comptait autant que la destination. De nos jours, il n’y a plus de trajets. On va d’un point à un autre. Alexandra David-Néel(1868-1969) a vécu plusieurs vies : anarchiste, bourgeoise, bouddhiste, chanteuse orientale, exploratrice, journaliste et écrivain. Infatigable, l’aventurière ne tenait pas en place quand elle a pu voyager. Une trépidante qui en fait l’une des plus grandes de son temps. Elle eu un vie EXTRAORDINAIRE jusqu’à 101 ans. On ne devrait parler que d’elle et on n’en entend jamais parler. Chacun ses modèles. Chapeau Madame !

-Le lumineux destin d’Alexandre David-Néel, Jean Chalon. Plon, 457 p., 24 €

Toute la saga des Renoir est dans ce volume sorte de livret de famille qui a donné une flopée d’artistes : Pierre-Auguste (peintre) et ses fils Jean (Cinéaste) & Pierre (acteur). La vie se déroule aux Collettes dans la villa de Cagnes-sur-Mer. On apprend que le patriarche, Pierre-Auguste n’aimait pas peindre avec des modèles professionnels. Il n’était pas facile de trouver des femmes qui voulaient poser nue. Ensuite, elles se faisaient maltraiter. L’arrière-petit-fils du peintre nous raconte le quotidien de la maison Renoir avec la visite de Rodin qui déjeuna à Cagnes avec Vuillard, le marchand de tableaux. Sacré tour de table ? Cela donna :
Rodin - «Maître !»
Renoir - «Maître !»

-Le Tableau amoureux, Jacques Renoir. Phébus/ Libretto, 200 p. , 8, 90 €

01.10.19

Disparition de Mme Eglal Farhi, fondatrice du New Morning. Disparition du dessinateur Pierre Le-Tan

Eglal Farhi (1922-2019), fondatrice du mythique lieu parisien le New Morning, est morte à son domicile de Neuilly à l’âge de 97 ans.
Journaliste d’origine égyptienne, la grande dame, discrète et distinguée et enthousiaste fut proche des plus grands jazzmen et d’autres musiciens tout aussi talentueux.
Sa petite salle est devenue un lieu. J’y ai vu et écouté Chet Baker, l’un de ses derniers concerts. Dans mon souvenir nous n’étions pas plus d’une quarantaine. J’avais lu l’annonce de la venue du Miles Davis blanc dans Pariscope. Je m’attendais à trouver les guichets fermés. En fait non. Quasi personne. La fille de la fondatrice du New Morning a succèdé à sa maman.

Pierre Le-Tan (1950-2019) peintre, dessinateur, décorateur et illustrateur, vient aussi de disparaître. Touche à tout dès qu’il avait un crayon à la main, il pouvait s’exprimer dans la presse, au cinéma, dans la mode et sur la couverture de livres. Il a illustré magistralement certains livres de Modiano. Son trait fait de hachures est reconnaissable d’emblée. Il y règne un apaisement. Il révèle la beauté des lieux. Dommage que son Paris n’existe que mentalement. Dans sa ville on circule sans la pollution, non pas atmosphérique mais administrative de l’actuelle direction de la capitale. Fils de peintre, il dessiner comme on respire. Ses Trois filles ont hérité de son talent, héréditaire dans leur famille.

28.09.19

Permalink 10:17:49, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, GRANDE DAME  

Un voyage de 1040 pages: Baudelaire, par Marie-Christine Natta (Perrin),

Serge Reggiani dit du Baudelaire à Denise Glaser. Mille fois mieux que le slam radoté par des à-la-mode. Reggiani ? Grand Corps Ecorché Vif.

Cette biographie contient la vie de l’un des plus grands vivants que la terre ait porté. Une journée de Baudelaire vaut un an de la vie d’u quidam- et peut-être même une décennie, tant il voyait tout, ressentait tout. Une sensibilité hors du commun. Une rage d’expression de toute beauté. Un caractère atrabilaire. Fallait pas l’énerver, le bougre ! Il ne vous ratait pas. Les Fleurs du Mal ? Chef d’œuvre absolu. Baudelaire est un phare qui met des mots sur nos sentiments les plus enfouis. Son rapport à sa mère est l’une des plus grandes liaisons de la littérature française. Ses textes sur l’art sont à lire et à relire. Il a aussi écrit sur les paradis artificiels qu’il a beaucoup fréquentés, sans aucun prosélytisme. Loin de faire l’apologie du H, il a prévenu «que le meilleur moyen de paralyser la jeunesse française était de lui faire fumer du haschisch». Parole prémonitoire: le H détruit la volonté, explique-t-il. Lire cette biographie nous projette au XIXe siècle, notre préhistoire. Baudelaire est mort mais sa présence est dans tous ses livres, belles éditions ou poche tout abîmé. A son propos, on peut parler de génie. On prend des risques quand on lit Baudelaire car il est possible de se surprendre à dire : suis-je vivant ou déjà mort, tant je n’ai pas ressenti ce qu’il écrit ? Baudelaire, clairvoyant des clairvoyants.

-Baudelaire, Marie-Christine Natta. Perrin, 1040 p. , 16 €

15.09.19

Marlène Dietrich, Jean-Paul Bled (Perrin)

Mathias Moncorgé. Son père Jean Gabin ne l’a pas encouragé à devenir acteur. Dommage car le talent est contagieux dans leur famille.

Sous-titrée La scandaleuse de Berlin, cette biographie d’une icône du XXe siècle nous met en présence d’une vraie personnalité loin des fabrications du show-biz. Néanmoins au début façonnée pour être une icône, La Dietrich née à Berlin sort de la parade programmée et devient une opposante au nazisme quand son pays natal est réduit au rang de jouet d’Adolf Hitler. Elle s’engage très vite dans l’armée américaine pour mieux renier ce qui se passe en Allemagne. Actrice à la présence mythique, du visage jusqu’aux jambes, elle a une voix envoutante qu’elle use avec beaucoup de séduction et de fantaisie. Amie de Piaf, elle a toujours aimé la France. Sa liaison avec Jean Gabin a fait le bonheur de la presse jusqu’à ce que Gabin opte pour la vie de famille… sans l’héroïne de L’Ange bleu. Le livre passe en revue toute la vie de la chanteuse-comédienne qui défile jusqu’à sa mort, en France. La femme fatale- tel que le cinéma l’a immortalisée- aimait faire la cuisine pendant des heures. Rien ne l’amusait plus que d’être une femme d’intérieur, presque de ménage (avec jeu de mot). Elle avait la parole libre, sans filtre, comme Brigitte Bardot. Marlène Dietrich, avec Greto Garbo, Joséphine Baker et Maria Callas, est une des grandes figures de son époque. Il y a elles et les autres.

-Marlène Dietrich, Jean-Paul Bled. Perrin, 350 p., 24 €
Et aussi: Gabin, Dietrich. Un couple dans la guerre, Patrick Glâtre. Robert Laffont, 335 p., 21 €

16.08.19

La recluse. Le mystère Brigitte Bardot, Michel Goujon (Plon)

Brigitte Bardot parle de Marilyn Monroe. Un jour, elles ont été présentes dans une même pièce. Instant mythique. Brigitte Bardot a eu la force et l’intelligence de s’extirper des griffes de la gloire. Son équivalente américaine, elle, a été victime du vedettariat. Dans la condition féminine, B.B. est au-dessus de Simone de Beauvoir, car la comédienne ne portait pas de masques. En 2019, Brigitte Bardot est un monument vivant de la France. Il y a elle, puis tout de suite après, Delon et Belmondo. Brigitte Bardot est le plus beau synonyme de Liberté.

Ceux qui ne connaissent pas B.B. vont apprendre à la connaître dans le livre de Michel Goujon qui dresse le portrait qu’il convient : celui d’une icône mondiale. B.B est aussi célèbre que le général de Gaulle. Elle a un caractère bien trempé très apprécié par l’ancien président de la République- je parle de l’auteur de l’Appel du 18 juin 1940 bien sûr, pas d’un autre - qui l’avait invité à l’Elysée où il avait remarqué qu’elle était venue habillée en militaire ou tout comme. Les médias ont souvent présenté B.B. comme une ravissante idiote. Ils confondaient ce qu’elle avait joué à ses débuts avec la femme qu’elle était. Ensuite, la presse a opposé Brigitte Bardot à Jeanne Moreau. Grosso modo : l’intello contre la shampouineuse. Ils se sont mis le doigt dans l’œil. B.B. n’est pas moins intelligente que la comédienne qui joua avec Welles ou Buñuel. B.B. était la cible numéro 1. Les femmes voulaient lui ressembler, et celles qui ne pouvaient être dans la même catégorie la haïssaient de toutes leurs forces animées par une jalousie féroce. Les hommes ? Ils la voulaient pour maîtresse.
B.B. était le réceptacle de tous les fantasmes. On comprend que cela l’épuisait. Les producteurs misaient sur elle car elle remplissait les salles. La presse faisait des unes sur elle car elle faisait vendre. Après avoir atteint le sommet de la notoriété, elle s’est retirée du cinéma pour ne plus jamais y revenir. Une femme de parole. Elle entame ensuite son combat pour les animaux. Sur le tournage de son dernier film, elle sympathise avec quelqu’un qui a un mouton (ou une chèvre, je ne sais plus) et celui-ci : «A la fin du tournage, venez. On le (ou la) fait à la broche ! » Trop, c’est trop.
Brigitte Bardot a plus fait pour la condition féminine que Simone de Beauvoir. L’actrice ne portait pas de masques. Elle prouvait qu’elle n’était du tout un objet sexuel. On voyait bien qu’elle portait la culotte et envoyait balader son partenaire à la moindre entourloupe alors que l’écrivaine - comme ils disent- consommait de la chair fraiche féminine puis servait de rabatteuse auprès de son Jean-Sol Partre avant d’aller roucouler dans les bras de Nelson Algren. B.B dit qu’elle apprécie la …Marine Nationale ? On n’est pas obligé de partager tous ses avis qu’elle assume dans un pays où la langue de bois est la langue nationale. Des Sainte-Beuve discount la dézinguent dans des postures de bouffons. Il faut aussi rappeler que Beauvoir a travaillé à Radio-Vichy sous l’Occupation nazie. Pas de quoi se vanter, il est vrai.
Le parcours de B.B devrait faire réfléchir les candidats à la gloire qu’elle a refusée. Une manière de se sauver quand on voit la fin tragique de Marilyn Monroe et de tant d’autres. Grâce Kelly a dit bye-bye au cinéma mais elle est restée dans la lumière à Monaco sur le rocher princier. Garbo s’est sauvée aussi. Dietrich également. Avec B.B cela fait quatre recluses. Sauf que Bardot reste proche des gens : elle a mis dans la lumière le couturier Jean Bouquin et le guitariste Manitas de Plata. On dit qu’elle a rendu populaire Saint-Tropez. Erreur, l’Histoire désigne Colette. Dans les années 1920, l’écrivain - et non pas écrivaine- venait à Saint-Tropez en voiture avec Emmanuel Berl pour y faire sensation sur le port. C’est donc Colette qui a mis Saint-Tropez sur la carte de France. Colette et B.B se sont rencontrées. Le livre de Michel Goujon raconte et décrypte la scène. Et beaucoup d’autres. A lire pour apprendre, ou à lire pour le plaisir de revivre les Trente Glorieuses dont B.B est une figure de proue et sans doute LA figure de proue. C’est toute une époque : le soir de leur nuit de noces, B.B et Roger Vadim ont fait lit à part. Le papa de B.B a dit au jeune marié : le mariage a été prononcé mais il ne prend effet que le lendemain. Mazette !

-La recluse. Le mystère Brigitte Bardot, Michel Goujon. Plon, 430 p. , 21 €

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