Catégorie: GRANDE DAME

17.10.18

Chirac par Tignous (Chêne) et photos insolites des présidents (Gründ/Plon)

Bonne idée de publier des photos insolites de présidents de la République. Beaucoup étaient déjà connues, d’autres on les avaient oubliées. Il y a des inédites. L’angle est original. Quand reste-il ? De Gaulle est le plus solennel. Il y a lui, et puis les autres, tous les autres. Lui est au-dessus de la mêlée, au propre et au figuré. Un géant.
Les autres sont des lilliputiens. Les autres présidents bien sûr. Mitterrand, le plus fier. (Voir le président socialiste en Rolls Royce avec la Reine d’Angleterre, cela vaut le détour. La valse des symboles ! ) Sarkozy ? Sa façon de se donner en spectacle mérite la palme de la vulgarité. VGE, le plus novateur. Macron, le plus Kennedy. Le look Hollande est le plus banal. Haut la main, Pompidou est le plus sympathique. Sa femme aussi.
Mieux que les photos- qui restent des documents- il y a les dessins de Tignous, martyre du journalisme libre, loin des speakeurs de l’information. Le virtuose, digne de Reiser et de Daumier, croque sans faire de cadeau. C’est dur, corrosif, sarcastique. Au début, Tignous voit un requin dans Chirac, puis il le caricature en crocodile. Un humour en acier trempé. Ca fait mal tant c’est juste, vrai. Un décodeur du réel. Un artiste de grand talent. Le talent du dessinateur est évident. Celui du politicien est plus difficile à trouver à part qu’on a la certitude que ce n’était pas un va-t’en-guerre. C’est déjà beaucoup et très bien. La politique est écoeurante dans 95% des cas. Le livre de Tignous fait un superbe cadeau. Un cadeau pour rire, pour rester vigilant, pour ne jamais être dupe des bobards. Tignous est un homonyme de “liberté de la presse".

-Les photos insolites des présidents de la Ve République, Caroline Pigozzi et Philippe Goulliaud. Gründ/ Plon, 323 p., 29, 95 €

- Chirac, dessins de Tignous sélectionnés par Chloé Verlhac, préface de Jean-François Kahn. Chêne, 14,90 €

08.10.18

Hommage: "Mourir n'est pas de mise", David Hennebelle (Autrement)

Le 9 octobre 1978 est mort Jacques Brel.
Ses poumons, il ne les a pas ménagés. Il fumait trois paquets de cigarettes par jour, parfois plus.
Partir à 49 ans, c’est trop tôt.
Il a vécu bien plus par l’intensité de ses émotions.
Johnny Hallyday a dit: “Si Brel avait été rocker, je n’aurais pas existé…” C’est dire que Brel était le plus grand interprète de son temps. Et Brel a sans: “Sans Trenet, nous serions tous expert-comptable".
Il a laissé sa peau sur scène. Chaque fois, il donnait tout.
Que la salle soit petite, comme à ses débuts, ou pleine à craquer.
Souvent avant le lever de rideau, il vomissait. Ecorché vif, il a bien fait de ne pas s’éterniser sur les planches.
Il a ensuite fait l’acteur, puis tourné des films. Il a connu des échecs qui lui ont donné envie de foutre le camp.
Sur bateau et dans les airs.
Pour arriver aux îles Marquises. Gauguin avait fait pareil.
Le livre de David Hennebelle nous fait passer du temps avec celui qui avait un grand sens de l’amitié. Ah! les soirées spaghetti avec Lino Ventura et Georges Brassens ! Louis Nucéra me les a souvent racontées. Ventura disait que sa préparation était la meilleure puisque c’était celle de sa mère mais Brassens tenait le même discours. Ventura arrivait chez Georges avec tout son matériel pour faire le cuistot ! Brel, lui, se contentait de manger. Ventura ou Brassens étaient des champions de la sauce tomate.
Brel a connu l’un de ses plus grands chagrins à la mort de Georges Pasquier, un ingénieur tombé sous le charme du chanteur, aux Trois Baudets, au point d’abandonner son métier pour devenir chauffeur, secrétaire et régisseur. Une des plus grandes amitiés de leur temps. Brel et Pasquier étaient inséparables. Cela peut faire sourire. On a souvent critiqué le côté macho de Brel, sa misogynie. Erreur fatale. C’était un idéaliste, un puriste avec toutes ses divines contradictions. Il aimait les femmes, pas la femme. Il aimait les individus, pas le genre humain.
Combien de fois a-t-il dit: “J’ai mal aux autres".
Barclay aimait tellement Brel qui lui a signé un contrat à vie !
Brel a mis un mois pour enregistrer son ultime album. Il a dit à Barclay: “Interdit d’en graver plus de 300 000 exemplaires". Qui dit ça ? Personne à part lui.
A la fin de sa vie, les photographes qui le pourchassaient jusqu’à l’hôpital ont déshonoré la profession.
Il existe un documentaire belge où l’on voit Brel qui a accepté de répondre à des questions, juste à la sortie de scène. Un vrai boxeur. Il est en sueur. Demande une cigarette. Il est allé au bout de lui-même. Revient peu à peu sur terre.
Nous pouvons être fiers d’avoir été les contemporains de Brel, Brassens, Ferré, Aznavour, Trenet, Ferrat, Barbara, Nougaro, Gainsbourg…
La chanson n’est pas un art mineure.
Les grands chanteurs sont des poètes majeurs. Pierre Seghers l’avait bien compris.
Le football est le seule moyen d’expression qui nous donne toujours de très grands artistes.
A l’inverse de la chanson, du cinéma ou du théâtre.
Où sont les nouveaux Orson Welles, Jean Renoir, John Cassavetes, Michel Simon ou Antoine Vitez ?
Brel et Brassens sont morts trop jeunes. Juste un peu plus vieux que le météore Boris Vian.
Aznavour, lui, a vécu longtemps car il s’est ménagé, intelligemment. Il a su arrêter les néfastes excès.
Aznavour est mort à 94 ans mais comme l’a dit Philippe Soupault: “Quand on est jeune, c’est pour la vie”.
Brel ne voulait pas que ses filles le voient en scène: il se mettait trop chiffon !
Aznavour lui, est né sur scène. Ce n’est pas le même destin.
Deux trajectoires. Deux talents. Deux amis.
Un vainqueur: la littérature française.

-Mourir n’est pas de mise, David Hennebelle. Autrement, 151 p., 15 €

PS: dans la liste des chanteurs à retenir, j’ai oublié: Serge Lama, Véronique Sanson, Nino Ferrer et Alain Bashung. Des chanteurs qui ne me laissent pas indifférent: Philippe Clay, Julien Clerc, Michel Delpech, Michel Fugain, Michel Jonasz et Pierre Vassiliu. Compositeurs: Michel Legrand et Francis Lai.

17.09.18

Livres : bons d’entrée (Cresciucci, Piègay, Sitruk, Masino, Jonquères, Winock, Berlière, Barthe, De Smedt et Dosse) et bons de sortie ! (Angot, V. Schneider, JF Kahn, Conche, Vircondelet, Hess, Laqueur, Loupien, Seksik et Louvrier)

Amy Winehouse avait tout. La drogue lui a tout pris.

Les bons d’entrée :

Roger Nimier. Masculin, singulier, pluriel. Alain Cresciucci. Pierre Guillaume de Roux, 302 p., 25 €. Toujours bien de passer du temps avec le James Dean des Lettres. De la braise éternelle.

Une femme invisible. Nathalie Piègay. Editions du Rocher, 347 p., 19,90 €. Enfin un livre sur l’enfance d’Aragon basée sur le mensonge. Cela en dit long sur le futur communiste.

La vie brève de Jan Palach. Anthony Sitruk, Le dilletante, 192 p., 16,50 €. L’étudiant praguois s’est suicidé pour sauver la démocratie. Le contraire du désespéré.

La Massaia. Naissance et mort de la fée du foyer. Paola Masino. Traduit de l’italien par Marilène Raiola. La Martinière, 21 €, 350 p. Pamphlet féministe sous la forme d’un roman au vitriol avec une héroïne qui vit dans une malle. Du Pessoa au figuré !

Voix de fées, chants et contrechamps. François Jonquères. La Thébaïde, 18 €, 161 p. Des traits de plumes par un lecteur de Céline et de Blondin. Cela sert de passeport pas # !

Le monde selon Victor Hugo. Michel Winock, Taillandier, 320 p., 20, 90 €. Lors de l’enterrement de celui qui habitait… avenue Victor Hugo, les filles de tristesse n’ont pas fait payer leurs clients aux bourses pleines.

Police des temps morts. Jean-Luc Berlière. Perrin, 1360 p., 35 €. Berlière ? Rien à voir avec Berl qui en savait tant sur cette époque.

Que va-t-on faire de Knut Hamsun ? Christine Barthe, Robert Laffont, 190 p., 16 €. Le norvégien dit que le destin d’Hitler fut de régner dans une époque brutale mais l’écrivain oublie de dire que c’est le tyran lui-même qui organisait la barbarie.

Eloge du Silence. Marc De Smedt, 264 p., 8,50 €. Si ce que l’on veut dire est moins bien que le silence, mieux vaut se taire. Précepte soufi. Cela suffit à lire cet essai de haut parage.

La saga des intellectuels français 1944-1989. François Dosse, Gallimard. Tome 1, 623 p., 29 €. Tome 2, 703 p., 29 €. Le recensement de toutes les inepties des agités du bocal qui se sont pris au sérieux, à part Camus, guidé par l’honnêteté.

Les bons de sortie:

Un tournant de la vie. Christine Angot, Flammarion, 182 p., 18 €. Un imbroglio sentimental qui fait passer Nous Deux pour du Dostoïevski.

Tu t’appelais Maria Schneider. Vanessa Schneider, Grasset, 256 p., 19 €. Le livre people a été traité sur 5 pages dans un magazine par un auteur maison. SAV quand tu nous tiens.

M la maudite. La lettre qui permet de tout dire. Jean-François Kahn. Taillandier, 670 p. 24,50 €. Le jeune retraité de 80 ans s’amuse avec la lettre haime… Mazette !

Conversations avec Vauvenargues, Chamfort, La Bruyère et quelques autres. Marcel Conche, Les Belles Lettres/ Encre Marine, 128 p., 17,50 €. Ici on décortique les aphorismes alors que leurs auteurs se sont efforcés d’éclaircir au maximum.

Saint Exupéry dans la guerre. Alain Vircondelet. Editions du Rocher, 240 p., 18,50 €. On y apprend qu’il ne pas faut mettre de tiret entre Saint et Exupéry. Il était temps.

Ces psychopathes qui nous gouvernent. Jean-Luc Hess. Plon, 322 p., 19,90 €. La voix radiophonique passe à l’écrit avec un sujet marronnier.

Le travail des morts. Thomas Laqueur. Traduit de l’américain par Hélène Borraz. Gallimard, 920 p., 35 €. «Le corps mort importe car les vivants ont bien plus besoin des morts que l’inverse» écrit l’auteur. C’est oublier que sans les vivants personne ne parlerait des morts.

La France Underground. Serge Loupien, Rivages, 410 p., 23 €. Pour les anciens lecteurs du Libé historique - celui des années 1970-1980- qui depuis lisent Le Figaro.

Un fils obéissant. Laurent Seksik, Flammarion, 250 p., 19 €. Dans les premières pages, le désespoir nous saute à la gorge mais ensuite nous tombons dans la mélancolie sophistiquée, soit le désespoir qui n’a pas les moyens, selon le mot foudroyant de Léo Ferré.

Amy Winehouse. No limits. Pascal Louvrier. L’Archipel, 240 p., 18 €. La sublime chanteuse s’est brûlée les ailes au contact de la mort comme un papillon sur les flammes de la bougie.

16.08.18

Permalien 16:37:20, Catégories: GRANDE DAME, HENDRIXEMENT  

Madame Aretha Franklin (1942-2018)

L’immense chanteuse est partie.
Voix, présence, tout.
Comme Billie Holiday. Comme Ella Fitzgerald. Comme Nina Simone.
Comme Louis Armstrong. Comme Otis Redding. Comme Ray Charles. Comme Barry White. Comme James Brown.
Tous de vrais chanteurs, pas des marionnettes du marketing.

[Post dédié aux victimes d’un morceau de viaduc, à Gênes, qui s’est écroulé.]

03.08.18

Permalien 08:50:18, Catégories: LITS ET RATURES, GRANDE DAME  

Accompagner avec l’arbre de vie. Une pratique narrative pour restaurer l’estime de soi. Dina Scherrer. (Dunod)

Ni essai, ni roman, ni poème, ni autobiographie, ni pamphlet, ce livre est pourtant un peu tout cela. De sa propre expérience, à la fois intime et professionnelle, Dina Scherrer a fini par trouver sa voie et pourrait-on dire aussi voix- tant elle parle juste lors de ces interventions (accompagnement, formation, enseignement, conférence…)- dans un nouveau métier – qui a déjà dix ans de pratique sur le terrain- coach de dirigeants, de collégiens et de jeunes en difficulté scolaire. Dans son nouvel ouvrage, Accompagner avec l’arbre de vie, elle partage ses connaissances pour soulager les souffrances au travail ou encore ce qui est pire avant même d’avoir trouvé un emploi car dans notre société dite civilisée on donne des emplois au lieu de former des personnes à un métier spécifique, cela signifie que l’on veut faire des citoyens pions que les puissants veulent bouger à leur guise sur n’importe quelle case des fonctions professionnelles. Son livre par l’intermédiaire de la métaphore de l’arbre fait prendre la mesure aux gens qu’ils ont des «savoirs clandestins» enfouis au fond d’eux-mêmes. C’est là que Dina Scherrer intervient pour faire jaillir tout le potentiel de la personne qu’elle accompagne dans sa quête de la résurgence de l’estime de soi. Afin qu’ils reprennent les rênes de leur existence, c’est-à-dire de réinjecter du choix dans leur parcours, en un mot ne plus subir la loi des autres. Dina Scherrer fait tout pour que l’on puisse avoir envie d’écrire la suite de son histoire.
«Exploratrice de l’espoir», voilà comme elle se définit. Dina Scherrer fait retrouver de l’espérance aux gens. Ceux qui suivent son accompagnement vont tout à coup se passionner à nouveau pour leur vie. Ils viennent vers elle fatigués par l’existence et ils repartent régénérés prêts à relever d’autres défis. Souvent la vie, professionnelle ou/et privée fait vieillir, massacre les zones sacrées de l’enthousiasme, de l’espoir et l’on se retrouve chargé du poids du passé qui nous condamne au surplace. Dina Scherrer sait redonner confiance aux plus pessimistes d’entre nous qui se lèvent avec sur les épaules tout le monde du monde qui en fait se moque éperdument d’eux.
De milieu, plus que modeste, comme l’on dit stupidement- car l’argent ne fait pas le bonheur, même s’il y contribue…- l’autodidacte Dina Scherrer s’est construite au contact de la réalité la plus absolue. Préposée à la photocopieuse d’une agence de pub, par la force de son travail et de son grand talent de communication, elle parvient à gravir tous les échelons pour parvenir au poste stratégique de directeur du développement et de la communication du plus grand groupe de publicité mondial. Pas une once d’arrivisme, rien que l’ambition de s’en sortir. De ne pas dépendre de quelqu’un. A elle seule, elle a refait les conquêtes du féminisme de manière bien plus intéressante du point de vue humain, et surtout avec une dimension éthique qui ne souffre d’aucune concurrence, que les grandes prêtresses du genre Simone de Beauvoir, icône médiatique fabriquée par la gauche caviar qui ferme les yeux sur son emploi à Radio Vichy et sur sa position de rabatteuse de chair fraîche pour Jean-Sol Partre. Dina Scherrer, elle, fait partie de ces très rares personnes qui sont en parfaite accord entre ce qu’elles disent et ce qu’elles font. D’où sa grande audience actuelle. Les gens qui l’approchent savent très bien qu’elle ne ment pas sur la marchandise. Ce qu’elle propose aux autres, elle se l’est appliquée à elle-même.
Elle n’est pas thérapeute, ni psychologue, encore moins analyste et psychiatre mais elle est quand même tout cela à la fois par sa formidable qualité d’écoute capable de détecter des monceaux de renseignements à travers le moindre silence d’une personne qui ne sait plus par quoi commencer au sujet de sa vie, comme une tricoteuse qui verrait devant elles toutes les pelotes de laine mélangées. Cette personne sait qu’il s’agit de sa propre vie mais elle est devenue étrangère à son propre parcours à force d’avoir perdu l’essentiel. Dina Scherrer par sa qualité d’attention qu’elle porte aux autres vous fait tout à coup souvenir que vous êtes né à telle heure à tel endroit et que vous unique au monde.
Les gens qui vivent des difficultés ne sont plus fascinés par leur vie qui leur paraît sans intérêt. Souvent, ils se sentent seuls, et donc s’isolent, s’étiolent. Réaliser l’arbre de vie (méthode issue des pratiques narratives) revient à dessiner un arbre, le support métaphorique pour aller à la recherche d’informations par un système d’habillage (racines, tronc, branches, feuilles, bourgeons, fleurs, fruits…) qui permettent aux gens de redonner du sens à leur vie. Ainsi, ils se reconnectent à leur force, à leur talent, aux personnes importantes dans leur vie, à toutes les choses qu’ils aiment. En se racontant, ils redeviennent curieux de leur vie. Et du même coup, de spectateur de leur existence, qu’ils croyaient terne, ils redeviennent auteur de leur vie.

-Accompagner avec l’arbre de vie. Une pratique narrative pour restaurer l’estime de soi. Dina Scherrer. Préface de Pierre Blanc-Sahnoun. Dunod, 170 p., 22 €.

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