Catégorie: LA MOUETTE DE TCHEKHOV

06.06.18

Permalien 19:07:33, Catégories: GRAND MONSIEUR, LA MOUETTE DE TCHEKHOV  

Zidane donne un cours magistral de coaching

Cette campagne de pub est une grande réussite.
De la pub intelligente.
Le sourire, la sympathie et le naturel de Zidane crèvent l’écran.
Mieux vaut regarder ce document qu’un spot débile.

22.12.17

Montaigne (Gallimard), Constant (Folio), Tchekhov (Les Belles Lettres), Aymé (Folio), Bove (Petite Vermillon), Guérin (Finitude), Calet (L'Imaginaire), Pascal (Rivages)...

La traversée de Paris, d’après la nouvelle de Marcel Aymé

-Montaigne, Arlette Jouanna. Gallimard, 464 p., 17, 99 €
Dans la prestigieuse collection NRF vient d’arriver la biographie de l’ancien maire de Bordeaux. On oublie trop souvent que Montaigne fut homme politique. Que les magouilleurs d’aujourd’hui en prennent de la graine. Il n’y en a pas un pour sauver l’autre. Que pensez-vous d’un premier ministre qui dépense 350 000 euros pour prendre un avion privé alors que le sien, celui de l’Etat rentre à vide pour un prix de 130 000 euros ? Au bas mot 480 000 euros ! Alors lisez la vie de Montaigne pour côtoyer un bel esprit. Là, il n’y a pas duperie sur la marchandise

-Journaux intimes, Benjamin Constant. Edition de Jean-Marie Roulin. Folio, 1140 p., 11,90 €
Une suite de réflexions, de souvenirs, de joies et de peines, signée par une superbe plume du XIXe siècle. Le 19 février 1812, il note: “Mon père est mort. Ma tête est troublée et mon sang glacé”. Le 27 du même mot, il précise: “Mon cœur est brisé".. En avril, mai et juin 1812, il confie: “Travail. J’ai travaillé. Mal travaillé. “Malade de la bêtise". Rien fait. Je m’ennuie. Presque rien fait. Un peu travaillé. Pas mal travaillé. Bien travaillé. Moins travaillé". Un beau livre diapason.

-Bagatelles quotidiennes est autres nouvelles, Anton Tchekhov. Traduction du russe et préface par Boris de Schloezer. Les Belles Lettres, 315 p., 13,90 €
L’auteur dramatique est un grandiose nouvelliste, tout comme Maupassant en France. Tchekhov sait camper une séquence anodine avec une sens inné de la formule, l’air de ne pas toucher. Ouvrage à déguster comme un Armagnac millésimé. Une littérature d’observation universelle. Pas une seule fois il ne dit le fond de sa pensée. Un témoin, sans rival.

-Les contes du chat perché, Marcel Aymé. Folio, 404 p., 7, 70 €
A l’école, ils nous bassinaient avec Troyat, Maurois mais pas un mot sur Aymé ou Gary. On s’est rattrapé depuis. Du Troyat je n’en veux même pas pour caler un meuble: il resterait bancal. Lire Marcel Aymé c’est côtoyer de près l’intelligence et l’ultra sensibilité. La littérature haut de gamme comme le 100% cacao. A lire d’urgence, et à relire tout autant.

-L’homme qui savait, Emmanuel Bove. Préface de François Ouellet. La Petite Vermillon, 224 p., 7 ,10 €
Ce grand talent que l’on ressort du placard de temps à autre mérite d’être dans toutes les bibliothèques et à portée de main. Un écrivain par excellence, toujours du côté des déshérités, de ceux qui subissent la loi des plus forts. Rien de misérabiliste. Il regarde et ne juge pas. Bove a un regard de lynx et un style en lame de couteau qui dépèce le quotidien en faisant attention de ne jamais faire du mal à une mouche.

-La peau dure, Raymond Guérin. Finitude, 128 p., 14, 50 €
Raymond Guérin, vous connaissez ? Vous allez découvrir un des écrivains de chevet de François Truffaut qui a tiré un film La peau douce, en guise de clin d’œil. Guérin est l’un de ceux qui écrit le mieux sur le monde ouvrier, ça vrille le cœur tant cela sonne juste. C’est un verre de Pyrex sur la toile cirée d’une cuisine de Sarcelles. Il vivait en Gironde, supporter des Girondins. Tout pour me plaire ! Il a toujours refusé de faire le mondain dans la capitale, fuyant les sans talent qui veulent des postes pour croire qu’ils en ont…

-Fièvre des Polders, Henri Calet. L’Imaginaire, 196 p., 7, 50 €
Encore un superbe lire, à petit prix. Calet est l’un des plus grands prosateurs de la seconde partie du XXe siècle. Une langue admirable sans bravoure superflue. Il écrivait simple, ennemi des phrases alambiquées. Tant que l’on n’a pas lu Calet on est vierge de la pureté stylistique, une sorte d’eau littéraire qui coule de source.

-Vie de Monsieur Pascal, suivi de Vie de Jacqueline Pascal, Gilberte Périer. Préface de Sylvie Robic. Rivages Poche, 128 p.,5, 80 €
“Cet amour qu’il avait de la pauvreté le portait à aimer les pauvres.” Bel hommage à Blaise Pascal dont le portrait est tracé par sa sœur aînée, Gilberte Périer (1620-1687). Voir les humbles n’empêchait pas Pascal de fréquenter les hauts personnages de la société qui se pressaient autour de lui pour percevoir quelques lumières de sa fulgurante intelligence.

16.11.17

Permalien 16:54:53, Catégories: GRAND MONSIEUR, LA MOUETTE DE TCHEKHOV  

Mort d'un génie : Robert Hirsch (1925-2017)

Il y a beaucoup de vedettes mais si peu d’immense comédien.
Robert Hirsch était à la fois Louis Jouvet et Louis de Funès.
L’écorché vif passait du rire aux pleurs en une seconde. Un désespoir hilarant.
Heureux d’être né. Si triste de devoir mourir.
Aussi sensible qu’intelligent. Ne supportant pas l’idiotie.
On ne le voyait jamais, à part du scène.
Un génie vient de partir.
La France a perdu un esprit. Beaucoup d’esprit.

A voir: https://vimeo.com/35138351

29.10.17

Monstre, signé Depardieu (Cherche-Midi)

Monstre ? Un jour, un potier dans le Berry lui a dit que parfois cela le gonfle de toujours faire des assiettes ou des vases. Il prend alors un bout de terre et fait un monstre, en terre cuite. Le potier : «Je fais ça parce qu’il faut que ça sorte ! J’en ai plein comme ça à l’intérieur de moi !» Et Depardieu de confirmer : «Il a raison. Il faut laisser sortir ses monstres, si on ne veut pas que ce soient eux qui nous bouffent».
La photo de couverture est floue, comme un Bacon. Il y a écrit, en gros : «DEPARDIEU MONSTRE». Ni titre, ni auteur, ou les deux confondus.
Tout le livre est un vaste fondu-enchainé sur sa vie. Des scènes qui se suivent et ne s’efface pas.
Depardieu était beau, et maintenant gros. Tout comme Welles et Brando.
Extrait sur Pasolini: «Je me souviens d’un match de foot entre l’équipe de 1900 et celle de Salo, qui se tournait au même moment. J’étais dans les buts, Pasolini, en face de moi, avant-centre. Là, il n’y avait plus de militant raffiné, mais un guerrier, une bête qui savait foncer en gueulant comme un malade ».
«Le passé, c’est un bagage qui nous scie l’épaule.» Dit-il à propos de Patrick Dewaere. «J’essayais bien de le pommader, mon grand brûlé, mais avec le passé qui ne passait pas, il était plus désespéré encore que le désespoir. Il luttait moins contre la drogue, comme on l’a dit, que contre une douleur d’enfance qu’il portait en lui et qui le détruisait.»
Barbara s’en est mieux sortie, pense-t-il, grâce à la chanson, cautère sur jambe de bois. «Heureusement, moi, écrit-ii, j’oublie vite, mes joies comme mes douleurs ».
D’autres phrases:
«Seul le présent me mobilise. Parce que plus on est dans le présent, plus on est proche de l’amour».
«Je préfère les chemins du cœur. Je ne cherche jamais à avoir raison ou à avoir tort. Je ne suis sûr de rien. Je n’aime pas être définitif.»
Comme l’écrit Peter Handke : «Je ne sais rien de moi à l’avance».
«Avec Bernardo Bertolucci, j’ai compris ce que c’était un tournage. Tout simplement un essai, entre quelques personnes, de vivre ensemble une aventure. Une tentative de Paix.»
«Marco Ferreri ne donnait aucune réponse, il posait juste des questions(…) Aucune psychologie, que de la poésie. Cette poésie dont seuls les vrais monstres sont capables ».
Sur son fils, il dit que les juges lui ont fait mal.
Il adore les Italiens: «Aussi monstrueux que talentueux (…) Avec eux, il y a une espèce de joie enfantine du rêve, une innocence, un charme, un appétit constant.»
Je ne sais pas si Depardieu a écrit ce livre tout seul ou si c’est un “nègre” qui a tout mis noir sur blanc.
En tout cas, ce qui est écrit, il le signe des deux mains. Et a bien fait de la signer.

-Monstre, Gérard Depardieu. Cherche-Midi, 218 p., 18 €

10.08.17

Michel Bouquet et Richard Widmark, même vision de l'acteur

Bouquet et Widmark semblent différents pourtant ils pensent la même chose sur leur métier.

A l’heure où vient de disparaître Claude Rich et Jeanne Moreau, il est bon de lire un livre d’entretiens avec Michel Bouquet, l’un de nos derniers géants de la scène. Que sont nos grands acteurs devenus ? Il nous reste Marielle, Rochefort, Claude Brasseur, Michel Piccoli, Robert Hirsch et Jean-Louis Trintignant; je parle des grands, en dehors de Delon et Belmondo. Depardieu est trop jeune par rapport à la génération de Bouquet qui n’est pas le père de Caroline du même nom. Bouquet au théâtre, on ne voit que lui dès qu’il est sur scène. Il capte toute l’attention. Une démarche quasi mécanique. Une voix qui est toujours à la limite de la démence. Il fait peur. On le croit sans personnalité mais il a une vraie “folie". Il fait partie des acteurs que l’on imagine lisse comme Pierre Dux mais ils ne le sont pas du tout. Dans les films de Claude Chabrol, Bouquet nous glace le sang.
«L’acteur doit être plus fort que la mise en scène» confie Michel Bouquet à Gabriel Dufay. On aurait pu penser le contraire, tant le comédien s’inscrit bien dans toutes les mises en scène. Cependant sa présence, son charisme endiablé est plus fort que le décor et les directives de mise en scène. On le sent seul contre tout et tous. Bouquet a toujours joué de manière terrifiante, au théâtre comme au cinéma où il joué pour Grémillon et Chabrol. Il a commencé à être acteur à une époque où la France en comptait 300. Aujourd’hui combien sont-ils ? Allez-y vous retrouver là-dedans. Jadis seuls les comédiens étaient comédiens. Bouquet fait entrer les personnages en lui et non pas le contraire. Il excelle dans Thomas Bernhard, Beckett et Ionesco. Sa remarque «l’acteur doit être plus fort que la mise en scène» renvoie au fabuleux Richard Widmark qui a déclaré : «On m’interroge sur le travail des metteurs en scène, ce que je peux vous dire c’est qu’il faudrait que je cosigne tous les films de ceux qui m’ont fait travaillé car c’est moi qui est construit tous mes personnages !» Sacré Widmark ! Grand Monsieur. Son regard, inoubliable.

Servir, la vocation de l’acteur, Entretiens Michel Bouquet et Gabriel Dufay. Les Belles Lettres, 230 p., 17,50 €

:: Page suivante >>

Octobre 2018
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software