Catégorie: LA MOUETTE DE TCHEKHOV

07.07.19

Permalink 10:40:15, Catégories: LITS ET RATURES, LA MOUETTE DE TCHEKHOV  

Architecture, de Pascal Rambert. Du Tchekhov discount

Sur le net, j’ai trouvé cette version des Trois Sœurs de Tchekhov. Avec ici des acteurs de haut parage, de vrais acteurs, pas des mannequins du PAF. Tout tient la route. Rien n’a vieilli. Cela sonne juste. Du talent partout et tout le temps.

Samedi 6 juillet 2019
En direct, France 5
Festival d’Avignon
Architecture, de Pascal Rambert

Un artiste doit maintenir éveillé son lecteur, son spectateur, son auditeur. Un œuvre doit transformer en interlocuteur celui qui se retrouve face à face avec elle. C’est une question de partage. Architecture exclut le (télé)spectateur qui est de trop. Ce genre d’entreprise n’est que de la simple production de spectacle comme disait Jean Genet. Rien à voir avec l’art. Ces gens-là “montent” une pièce, comme ils disent. Ensuite, ils montent sur scène mais n’y entrent. N’est pas Charles Dullin ou Louis Jouvet qui veut. La présence ne s’apprend pas dans les cours. On ne trouve pas dix Jacques Copeau ou dix Firmin Gémier par siècle.
Depuis la mort de Strehler, Vitez, Gruber et Chéreau, le théâtre français a disparu de la circulation. Où est la relève ? A part Alain Françon, rien.
Par curiosité, j’ai regardé à la télé - pas jusqu’à la fin: je ne suis pas masochiste- Architecture programmé au Festival d’Avignon, en direct. Jean Vilar s’est sans doute retourné dans sa tombe. Vilar le fondateur du TNP et du Festival d’Avignon attira au théâtre les gens qui d’habitude pensaient en être bannis. Architecture, au contraire, c’est un bouclier contre les ouvriers. Ne sont convoqués que les lecteurs/auditeurs de Radio France, Télérama, Inrocks, Libé (1) et Le Monde. Ceux qui ignorent que Louis Aragon logeait dans un appartement issu du parc immobilier de la galaxie du Premier ministre.
Sur scène, on voit des acteurs sans charisme. Très loin des virtuoses Philippe Clévenot, Jean Bouise, Raymond Jourdan, Gérard Desarthe, Jean-François Balmer, Dominique Valadié, Nada Strancar, Madeleine Marion, Bertrand Bonvoisin et Denise Gence, pour citer quelques-uns des très grands serviteurs du théâtre.
Les pipoles de la distribution d’Architecture disent un texte d’une faiblesse sans nom tant les mots y sont pauvres, mais sans le vouloir.
Pas un trait d’esprit, rien. Aucune grâce. Tout est à la fois lourd et insipide.
Les marionnettes désarticulées - très loin du choix santonesque de Claude Régy- ont toutes un ton donneur de leçons de monsieur et madame-je-sais-tout.
Ecrire demande surtout de retirer des mots au lieu d’en aligner.
Un grand écrivain écrit avec une gomme.
Tout ce tralala pour dire que le totalitarisme est une horreur. Surtout celui de droite, n’est-ce pas, comme si le pacte germano-soviétique entre Hitler et Staline était de la science-fiction.
La discours pompeux de ce théâtre-là veut nous dire que les fachos sont de retour en Europe - et ailleurs- comme si on ne le savait pas.
Tchekhov, Ibsen, Shakespeare, Molière disent beaucoup sans en avoir l’air.
Ecrire est un métier, pas une vocation.
Chez les contemporains, il n’y a que quatre auteurs: Bond, Vinaver, Th. Bernard et Handke.
Je me demande comment peut-on avoir la force pour écrire Architecture ?
Ce texte est la négation du théâtre. Du déjà vu et entendu mille fois et en mieux. Aucune trouvaille. Le vide créatif total.
Le théâtre politique peut être digeste s’il provient de Brecht.
En France, le plus authentique dans ce domaine reste Bernard Sobel. Dans les années 1980, il a proposé Edouard II de Christopher Marlowe, et Philoctète, de Heiner Müller qui sont deux phrases alors que le texte d’Architecture n’est même pas une luciole. N’y clignote que la prétention des gens dits de culture.
Les monologues de Bernard Zimmer, auteur totalement oublié, sont plus vivaces que ceux d’Architecture qui se fanent dit qu’ils sont prononcés.
Ce théâtre-là est totalement hermétique, même pas un laboratoire. Rien à voir avec les textes de Novarina et de Guyotat qui a donné au moins deux œuvres mythiques. Bernard-Marie Koltès, lui aussi, a su très bien dire ce qu’il avait à dire. Le théâtre écrit est de l’oralité à venir. Le théâtre qui n’est qu’une suite de mots ne passe pas la rampe. C’est d’autant plus vrai que le théâtre est le lieu par excellence où l’on entend le langage. Dès que l’entreprise est ratée cela nous casse les oreilles.
Antonin Artaud a lutté toute sa vie pour que plus personne ne monte sur scène pour bafouiller du verbiage vide du mystère de la création.
Sur le scène mythique du festival d’Avignon, je n’ai vu ni amour ni désamour. Je n’ai perçu que des gens qui semblent au premier de leurs répétitions tant ils ne savent pas ce qu’ils jouent. A l’horizon aucun sens de l’espace.
Cette assemblée familiale n’a pas la véracité de son équivalent dans La Mouette. Chez Tchekhov, on ne voit que des êtres humains qui ont tous ratés leur vie mais la force du texte consiste à ne parler que de la pluie et du beau temps. Tchekhov avait compris qu’il ne fallait surtout pas tenir de grands discours sur le sens de la vie. Idem chez Ibsen.
Donc, si vous aimez l’esprit, je ne vous dirige pas vers Pessoa, Aymé, Gary, Blondin, Audiard, Calet, Bove, Perros, Péguy, Woolf, Wilde ou Prévert. N’en demandons pas tant.
Par rapport à Architecture, contentez-vous d’un livre d’Alexandre Jardin, Katherine Pancol, Christine Angot, Christian Signol ou Guillaume Musso, voire Jacqueline Monsigny, cela suffira.
Architecture renvoie aux films d’Olivier Assayas et d’Arnaud Desplechin. Des “artistes” étatiques. Des créateurs qui ont pignon sur rue parce qu’ils sont à la mode aux yeux des régents de la communication. Ils appartiennent au PAF actuel, en attendant l’indispensable verdict de la postérité.
Marguerite Duras, malgré ses divagations sur un fait divers, avait au moins l’élégance d’avoir un univers.
Architecture est-ce du théâtre intellectuel ?
Si oui, je veux rester idiot, inculte et me contenter de Boeing-Boeing !
Je préfère rester ignorant plutôt que de me laisser enfumer l’esprit.
A tout choisir, j’aime plus Les Tontons flingueurs de Georges Lautner que La Chinoise de Jean-Luc Godard.
L’art c’est Mozart, Lautréamont, Rachmaninov, Welles, Miles Davis, Fellini, Pasolini, Hendrix.
Le peu que j’ai vu d’Architecture m’a fait l’effet de recevoir 50 enclumes sur la tête. Quand je vois Philippe Caubère, je quitte la salle en apesanteur.
La création est une affaire de générosité. D’un total don de soi.
Il n’y a pas de théâtre engagé ou de théâtre de boulevard, il n’y a que du bon ou du mauvais théâtre.
Le théâtre est aussi rare que le football, la musique ou de la littérature.
Le vie est déjà trop souvent lourde pour ne pas en rajouter sur scène.
L’art est un miracle créatif. De féérie spirituelle, et non pas du salmigondis préfabriqué à l’air du temps.
On peut voir 100 matchs de football sans voir 1 minute de football.
Dans Architecture, je n’ai pas vu une seconde de théâtre.
Quand la culture est barbante, les gens fuient la culture.
Exemple, jeudi 4 juillet 2019 , TF1 est arrivée en tête de l’audimat avec Mais où est donc passée la 7e compagnie? : 4,7 millions de téléspectateurs, 25,4 % de part d’audience. France 3 avec La Soupe aux choux :1,7 million de téléspectateurs (9,5 %). France 2: Le Grand Échiquier a rassemblé 1,4 million de personnes (9,9 %). (Le premier numéro, en décembre 2018, avait attiré 2 millions de téléspectateurs (10,5 %) tandis que le second avait réuni 1,6 million de personnes (9,9 %) en mars 2019.
On peut dire que le gros du public se laisse aller à la facilité. C’est vrai mais lui imposer Architecture serait lui faire subir une séance de torture prolongée.
Le Grand Echiquier nouvelle version est une fausse bonne idée: il manque le tact ludique de Jacques Chancel. Et surtout les invités ne font que du service après-vente. Ils viennent vendre leur “actualité” alors que Raymond Devos, Lino Ventura, Paul Tortelier ou Georges Brassens se contentaient de passer un grand bon moment avec les spectateurs. Peut on partager sans nécessairement vendre ? Pourquoi être obligé d’entourer la pianiste Khatia Buniatishvili d’un aéropage d’histrions ? Ah ! pour alpaguer un maximum de téléspectateurs comme on installe un tue-mouches.
La culture est un cadeau à son semblable, pas un pensum.
L’art doit nous améliorer et surtout pas rajouter à la médiocrité ambiante.

PS: impossible de trouver l’audience tv de la retransmission. Nulle trace de l’audimat. 500 000 foyers à 22 h 45 mais 500 à 1 h du matin ? On est tenté de penser au fameux: 1 000 000 selon les organisateurs et 1 00 000 d’après la police. Quand on voit ce spectacle, on comprend pourquoi le football a autant de succès. J’ai pensé à ce que m’a dit Fernand Ledoux. Lors d’un spectacle auquel il participait, l’un de ses partenaires s’est approché au bord du proscenium pour dire au public mécontent: “Vous savez, ce que nous jouons n’est pas de nous…”

(1) Evénement ! Libé dézingue la pièce: https://next.liberation.fr/culture/2019/07/05/architecture-avignon-en-etat-d-emphase_1738241

20.05.19

La leçon magistrale d'Alain Delon, acteur virtuose

Je dédie cette interview aux acteurs français qui critiquent Alain Delon alors qu’ils n’ont pas 1% de son talent, et même pas 0,001 % de son charisme.
Ne parlons pas d’intelligence: il ne faut trop leur en demander.

12.12.18

Hélas ! je t'aime, correspondance Arletty & Soehring. Edition de Denis Demonpion. (Cherche-midi)

Superbe montage. On s’y croirait ! Bel hommage.

Ce livre est réservé aux admirateurs de la grande actrice. Combien en reste-il au seuil de la 3e décade du XXIe siècle ? Peu, très peu. Voici la correspondance de la grande comédienne avec son amant allemand, Hans Jürgen Soehring.
Quand on accusa Arletty d’avoir fricoté et plus que ça avec un occupant, elle décocha:
-"Mon cœur est Français mais mon cul est international !”
Un mot à la fois digne de Sacha Guitry et de Céline, son ami.
Arletty n’a jamais été dans l’univers des collaborateurs, des agents de la gestapo. Rien de tout cela, aucune intelligence avec l’ennemi.
Ce n’était pas une mauvaise française parce qu’elle a suivi les élans de son cœur et du reste.
Elle n’a pas tendu la main à Hitler ni à Pétain.
Elle a aimé un Allemand car elle se moquait du qu’en dire-t-on. Féministe avant l’avant, elle jouait à hauteur d’homme avec Jean Gabin et Michel Simon.
Sa correspondance amoureuse confirme son tempérament que rien n’arrête.
A 43 ans, elle assume son coup de foudre avec un Allemand trentenaire.
Leur histoire aura des hauts et des bas- avec une absence de correspondance d’1 an ½ à partir de la mi-août 1944.
L’éditeur du livre, Denis Demonpion, parle d’un «amour transgressif». A juste titre.
A la fin de la guerre, comme on tondait les Françaises trop proches avec les occupants, elle n’a pas vécu dans une grande sérénité.
A partir de 1948, Arletty se fait plus distante. Elle a toujours été très indépendante.
Elle apprend que le bel officier a une liaison avec une étudiante.
Arletty reprend ses distances mais reste liée avec celui dont elle apprend qu’il s’est noyé au Congo le 9 avril 1960.
Arletty reste la plus grande actrice française, avec Maria Casarès. Deux Déesses du XXe siècle.

-Hélas ! je t’aime, correspondance Arletty & Soehring. Edition de Denis Demonpion. Cherche-midi, 560 p., 24, 90 €

06.06.18

Permalink 19:07:33, Catégories: GRAND MONSIEUR, LA MOUETTE DE TCHEKHOV  

Zidane donne un cours magistral de coaching

Cette campagne de pub est une grande réussite.
De la pub intelligente.
Le sourire, la sympathie et le naturel de Zidane crèvent l’écran.
Mieux vaut regarder ce document qu’un spot débile.

22.12.17

Montaigne (Gallimard), Constant (Folio), Tchekhov (Les Belles Lettres), Aymé (Folio), Bove (Petite Vermillon), Guérin (Finitude), Calet (L'Imaginaire), Pascal (Rivages)...

La traversée de Paris, d’après la nouvelle de Marcel Aymé

-Montaigne, Arlette Jouanna. Gallimard, 464 p., 17, 99 €
Dans la prestigieuse collection NRF vient d’arriver la biographie de l’ancien maire de Bordeaux. On oublie trop souvent que Montaigne fut homme politique. Que les magouilleurs d’aujourd’hui en prennent de la graine. Il n’y en a pas un pour sauver l’autre. Que pensez-vous d’un premier ministre qui dépense 350 000 euros pour prendre un avion privé alors que le sien, celui de l’Etat rentre à vide pour un prix de 130 000 euros ? Au bas mot 480 000 euros ! Alors lisez la vie de Montaigne pour côtoyer un bel esprit. Là, il n’y a pas duperie sur la marchandise

-Journaux intimes, Benjamin Constant. Edition de Jean-Marie Roulin. Folio, 1140 p., 11,90 €
Une suite de réflexions, de souvenirs, de joies et de peines, signée par une superbe plume du XIXe siècle. Le 19 février 1812, il note: “Mon père est mort. Ma tête est troublée et mon sang glacé”. Le 27 du même mot, il précise: “Mon cœur est brisé".. En avril, mai et juin 1812, il confie: “Travail. J’ai travaillé. Mal travaillé. “Malade de la bêtise". Rien fait. Je m’ennuie. Presque rien fait. Un peu travaillé. Pas mal travaillé. Bien travaillé. Moins travaillé". Un beau livre diapason.

-Bagatelles quotidiennes est autres nouvelles, Anton Tchekhov. Traduction du russe et préface par Boris de Schloezer. Les Belles Lettres, 315 p., 13,90 €
L’auteur dramatique est un grandiose nouvelliste, tout comme Maupassant en France. Tchekhov sait camper une séquence anodine avec une sens inné de la formule, l’air de ne pas toucher. Ouvrage à déguster comme un Armagnac millésimé. Une littérature d’observation universelle. Pas une seule fois il ne dit le fond de sa pensée. Un témoin, sans rival.

-Les contes du chat perché, Marcel Aymé. Folio, 404 p., 7, 70 €
A l’école, ils nous bassinaient avec Troyat, Maurois mais pas un mot sur Aymé ou Gary. On s’est rattrapé depuis. Du Troyat je n’en veux même pas pour caler un meuble: il resterait bancal. Lire Marcel Aymé c’est côtoyer de près l’intelligence et l’ultra sensibilité. La littérature haut de gamme comme le 100% cacao. A lire d’urgence, et à relire tout autant.

-L’homme qui savait, Emmanuel Bove. Préface de François Ouellet. La Petite Vermillon, 224 p., 7 ,10 €
Ce grand talent que l’on ressort du placard de temps à autre mérite d’être dans toutes les bibliothèques et à portée de main. Un écrivain par excellence, toujours du côté des déshérités, de ceux qui subissent la loi des plus forts. Rien de misérabiliste. Il regarde et ne juge pas. Bove a un regard de lynx et un style en lame de couteau qui dépèce le quotidien en faisant attention de ne jamais faire du mal à une mouche.

-La peau dure, Raymond Guérin. Finitude, 128 p., 14, 50 €
Raymond Guérin, vous connaissez ? Vous allez découvrir un des écrivains de chevet de François Truffaut qui a tiré un film La peau douce, en guise de clin d’œil. Guérin est l’un de ceux qui écrit le mieux sur le monde ouvrier, ça vrille le cœur tant cela sonne juste. C’est un verre de Pyrex sur la toile cirée d’une cuisine de Sarcelles. Il vivait en Gironde, supporter des Girondins. Tout pour me plaire ! Il a toujours refusé de faire le mondain dans la capitale, fuyant les sans talent qui veulent des postes pour croire qu’ils en ont…

-Fièvre des Polders, Henri Calet. L’Imaginaire, 196 p., 7, 50 €
Encore un superbe lire, à petit prix. Calet est l’un des plus grands prosateurs de la seconde partie du XXe siècle. Une langue admirable sans bravoure superflue. Il écrivait simple, ennemi des phrases alambiquées. Tant que l’on n’a pas lu Calet on est vierge de la pureté stylistique, une sorte d’eau littéraire qui coule de source.

-Vie de Monsieur Pascal, suivi de Vie de Jacqueline Pascal, Gilberte Périer. Préface de Sylvie Robic. Rivages Poche, 128 p.,5, 80 €
“Cet amour qu’il avait de la pauvreté le portait à aimer les pauvres.” Bel hommage à Blaise Pascal dont le portrait est tracé par sa sœur aînée, Gilberte Périer (1620-1687). Voir les humbles n’empêchait pas Pascal de fréquenter les hauts personnages de la société qui se pressaient autour de lui pour percevoir quelques lumières de sa fulgurante intelligence.

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