Catégorie: LE CINEAC, AVENUE DE LA VICTOIRE

12.12.18

Hélas ! je t'aime, correspondance Arletty & Soehring. Edition de Denis Demonpion. (Cherche-midi)

Superbe montage. On s’y croirait ! Bel hommage.

Ce livre est réservé aux admirateurs de la grande actrice. Combien en reste-il au seuil de la 3e décade du XXIe siècle ? Peu, très peu. Voici la correspondance de la grande comédienne avec son amant allemand, Hans Jürgen Soehring.
Quand on accusa Arletty d’avoir fricoté et plus que ça avec un occupant, elle décocha:
-"Mon cœur est Français mais mon cul est international !”
Un mot à la fois digne de Sacha Guitry et de Céline, son ami.
Arletty n’a jamais été dans l’univers des collaborateurs, des agents de la gestapo. Rien de tout cela, aucune intelligence avec l’ennemi.
Ce n’était pas une mauvaise française parce qu’elle a suivi les élans de son cœur et du reste.
Elle n’a pas tendu la main à Hitler ni à Pétain.
Elle a aimé un Allemand car elle se moquait du qu’en dire-t-on. Féministe avant l’avant, elle jouait à hauteur d’homme avec Jean Gabin et Michel Simon.
Sa correspondance amoureuse confirme son tempérament que rien n’arrête.
A 43 ans, elle assume son coup de foudre avec un Allemand trentenaire.
Leur histoire aura des hauts et des bas- avec une absence de correspondance d’1 an ½ à partir de la mi-août 1944.
L’éditeur du livre, Denis Demonpion, parle d’un «amour transgressif». A juste titre.
A la fin de la guerre, comme on tondait les Françaises trop proches avec les occupants, elle n’a pas vécu dans une grande sérénité.
A partir de 1948, Arletty se fait plus distante. Elle a toujours été très indépendante.
Elle apprend que le bel officier a une liaison avec une étudiante.
Arletty reprend ses distances mais reste liée avec celui dont elle apprend qu’il s’est noyé au Congo le 9 avril 1960.
Arletty reste la plus grande actrice française, avec Maria Casarès. Deux Déesses du XXe siècle.

-Hélas ! je t’aime, correspondance Arletty & Soehring. Edition de Denis Demonpion. Cherche-midi, 560 p., 24, 90 €

26.11.18

Interview Catherine Ceylac (France 2) avec le fauve Alain Delon. La dernière star française avec Brigitte Bardot et Jean-Paul Belmondo

Le virtuose instinctif veut pour épitaphe:
-"J’ai aimé souvent, je me suis trompé quelquefois. J’ai aimé… C’est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui". *

* La dernière phrase est d’Alfred de Musset

Alain Delon. Je l’ai toujours aimé. Depuis toujours, disons le début des années 1960.
C’est un James Dean vivant.
Dans tous ses films, il déchire l’écran comme un fauve déchire sa proie.
Unique en France.
Une vraie star.
En sport, l’équivalent s’appelle Jacques Anquetil.
Delon est un acteur.
Belmondo, un comédien.
Bardot, les deux à la fois.
A part eux, le néant depuis que Jean Gabin et Lino Ventura sont morts.
Un soir, un histrion s’est permis de le critiquer à la cérémonie des Césars. Quelle honte ! La salle a applaudi. Honte à tous.
La gauche lui vomit dessus alors qu’elle est à genoux devant des sanguinaires patentés.
Delon est monumental. En acteur, l’équivalent du comédien Gérard Philipe.
Plus que beau car son âme éclaire ses yeux.
Le Samouraï ? Je l’ai vu au moins 20 fois.
Losey, Clément, Melville, Visconti…
Brando enviait sa filmographie !
Dans Le Professeur, trop méconnu, il est grandiose.
Il y a un style Delon. Façon de marcher, de regarder, de parler, de se taire.
Ses excès, ses arrangements avec la vérité, sont aussi extraordinaires. Et palpables quand il cligne des yeux.
Un fauve est parmi nous. The last. Il y avait Patrick Dewaere mais le système la broyait.
Ses enfants peuvent être fiers d’avoir un père comme lui, comme je suis fier d’être le fils du mien. Lui aussi un sacré personnage, un lumineux dans l’ombre. Mais il s’est réservé à ses trois fils, lui.

26.10.18

Hommage à Harry Baur (Harry et Franz) par Alexandre Najjar (Plon)

Immense comédien et immense homme, Harry Baur est le grand oublié du cinéma français. On parle de Raimu et de Jouvet mais rarement de Baur qui crevait lui aussi l’écran. Et qui crève toujours l’écran dès qu’on le voir apparaître dans l’image. Quelle présence !
Il a été arrêté par la Gestapo puis emprisonné par les Nazis. Des gens avaient dit que le catholique était juif. D’autres part on l’accusait aussi d’être franc-maçon quand on ne disait pas qu’il était collabo !
Victime de la médisance tous azimuts, le comédien est mort quand il est sorti des griffes nazis, exténué, le moral à zéro, le corps en lambeaux.
Le livre d’Alexandre Najjar fait revivre la trajectoire de Baur qui a eu le réconfort d’être soutenu par l’aumonier Franz Stock. Tous les hommes n’étaient donc pas abjects.
L’auteur nous replonge dans l’époque sordide, avec tout le cortège des figures de l’époque.
Harry Baur a pu ressentir de la fraternité dans une époque où il subissait des coups de partout.
La postérité est ingrate avec Harry Baur. Alexandre Najjar sert au mieux la mémoire du grand artiste.

-Harry et Franz, Alexandre Najjar. Plon, 200 p., 17,90 €

09.09.18

Nicolas Hulot dénonce le lobbying plus d'un 1/2 siècle après Jean Gabin et Michel Audiard

Le président (1961), Henri Verneuil. D’après Simenon. Dialogues de Michel Audiard. Cette scène mythique à l’Assemblée nationale est 100 % d’Audiard. Elle ne figure pas dans le roman de Simenon. Un exercice de style de haut vol. Indémodable malgré le baratin des politicards.

Depuis la démission de Nicolas Hulot au poste de ministre de l’écologie, on ne cesse de parler du lobbying qu’à dénoncé l’ancien animateur de la TV. Un constant consternant tant il est naïf. Le monde est un univers de requins. Soit tu manges soit tu te fais manger.
Dans le film de Verneuil tout est dit et magnifiquement dit par Jean Gabin qui rend vivant le texte de Michel Audiard, son frère d’esprit.
Le conflit d’intérêt est au cœur de la démocratie, le pire des régimes excepté tous les autres comme l’a dit Winston Churchill.
Les magouilles sont récurrentes jusqu’à l’écœurement.
Tout est dit dans le film. A voir et revoir.
Jean-Pierre Melville disait: “Il y a trois cinéastes en France: Verneuil, Oury et moi".
Fascinant: pas un mot sur Truffaut ou Tati.

PS’: 13 h Foot, CNews, présenté par Julien Pasquet. Samedi 7 septembre 2018:
https://www.cnews.fr/emission/2018-09-08/13h-foot-du-08092018-793547

08.06.18

Platine, Régine Detambel (Actes Sud)

“La gloire est le deuil éclatant du bonheur". (Mme de Staël). Surtout la gloire fabriquée et même préfabriquée.

Le texte est à hauteur de la sublime couverture. On y voit la somptueuse Jean Harlow, la «bombe» platine américaine qui a devancé Marylin Monroe. La jeune femme a été fabriquée par les producteurs pour incarner le sex-appeal, une machine à fabriquer du cash par le biais des fantasmes masculins. Howard Hughes en fit une poupée gonflable avant l’heure. Le milliardaire qui vivait caché voulait que l’on voit l’actrice partout.
Régime Detambel souligne que Howard avait pour une Jean Harlow «la considération qu’on manifeste pour une houppette de poudre de riz». A l’époque béni du cinéma, 40 millions de tickets étaient vendus par semaine aux Etats-Unis ! Jean Harlow était le fer de lance de la MGM dont le patron Louis B. Mayer ne voulait pas qu’elle perde son temps à avoir le béguin pour des amants inconnus du public. Déçue que l’on n’aime que ses seins, la comédienne refuse le rôle de pin-up, noie son stress dans l’alcool mais l’angoisse surnage. Le plus atroce c’est que l’homme anonyme qui est devenu son mari la tabasse. Il la frappe tant qu’elle finit par mourir, détruite à l’intérieur.
Le minable époux se suicide dans un moment de lucidité. Une balle dans la tête, histoire de ne pas se rater. Entre 1928 et 1937, une décennie, Harlow a tourné 34 films. Elle a fini essorée par un système qui l’a détruite. Un livre qui nous écœure de la gloire. Bardot, Garbo et Dietrich ont bien fait de vivre cacher. Régime Detambel conduit son récit comme si elle était sur un pur-sang galopant dans un champ plein de vent.

-Platine, Régine Detambel. Actes Sud, 192 p., 16, 50 €

A lire en complément :
-Hollywar. Hollywood, arme de propagande massive, Pierre Conesa. Robert Laffont, 216 p., 17 €. Les Cie cinématographiques américains font toujours de films pour désigner des ennemis : les Indiens, les Africains, les Chinois, les Communistes, les Arabes… L’auteur a vu plus de 3 000 films.

PS: 20 h foot, CNews (7-6-2018):
http://www.cnews.fr/emission/2018-06-07/20h-foot-du-07062018-784250

:: Page suivante >>

Décembre 2018
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31            

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software