Catégorie: LE CINEAC, AVENUE DE LA VICTOIRE

29.10.17

Monstre, signé Depardieu (Cherche-Midi)

Monstre ? Un jour, un potier dans le Berry lui a dit que parfois cela le gonfle de toujours faire des assiettes ou des vases. Il prend alors un bout de terre et fait un monstre, en terre cuite. Le potier : «Je fais ça parce qu’il faut que ça sorte ! J’en ai plein comme ça à l’intérieur de moi !» Et Depardieu de confirmer : «Il a raison. Il faut laisser sortir ses monstres, si on ne veut pas que ce soient eux qui nous bouffent».
La photo de couverture est floue, comme un Bacon. Il y a écrit, en gros : «DEPARDIEU MONSTRE». Ni titre, ni auteur, ou les deux confondus.
Tout le livre est un vaste fondu-enchainé sur sa vie. Des scènes qui se suivent et ne s’efface pas.
Depardieu était beau, et maintenant gros. Tout comme Welles et Brando.
Extrait sur Pasolini: «Je me souviens d’un match de foot entre l’équipe de 1900 et celle de Salo, qui se tournait au même moment. J’étais dans les buts, Pasolini, en face de moi, avant-centre. Là, il n’y avait plus de militant raffiné, mais un guerrier, une bête qui savait foncer en gueulant comme un malade ».
«Le passé, c’est un bagage qui nous scie l’épaule.» Dit-il à propos de Patrick Dewaere. «J’essayais bien de le pommader, mon grand brûlé, mais avec le passé qui ne passait pas, il était plus désespéré encore que le désespoir. Il luttait moins contre la drogue, comme on l’a dit, que contre une douleur d’enfance qu’il portait en lui et qui le détruisait.»
Barbara s’en est mieux sortie, pense-t-il, grâce à la chanson, cautère sur jambe de bois. «Heureusement, moi, écrit-ii, j’oublie vite, mes joies comme mes douleurs ».
D’autres phrases:
«Seul le présent me mobilise. Parce que plus on est dans le présent, plus on est proche de l’amour».
«Je préfère les chemins du cœur. Je ne cherche jamais à avoir raison ou à avoir tort. Je ne suis sûr de rien. Je n’aime pas être définitif.»
Comme l’écrit Peter Handke : «Je ne sais rien de moi à l’avance».
«Avec Bernardo Bertolucci, j’ai compris ce que c’était un tournage. Tout simplement un essai, entre quelques personnes, de vivre ensemble une aventure. Une tentative de Paix.»
«Marco Ferreri ne donnait aucune réponse, il posait juste des questions(…) Aucune psychologie, que de la poésie. Cette poésie dont seuls les vrais monstres sont capables ».
Sur son fils, il dit que les juges lui ont fait mal.
Il adore les Italiens: «Aussi monstrueux que talentueux (…) Avec eux, il y a une espèce de joie enfantine du rêve, une innocence, un charme, un appétit constant.»
Je ne sais pas si Depardieu a écrit ce livre tout seul ou si c’est un “nègre” qui a tout mis noir sur blanc.
En tout cas, ce qui est écrit, il le signe des deux mains. Et a bien fait de la signer.

-Monstre, Gérard Depardieu. Cherche-Midi, 218 p., 18 €

20.10.17

Jean-Pierre Melville , une vie, par Antoine de Baecque (Seuil)

Très rare: Jean-Pierre Melville (1917-1973), sans chapeau ni luunettes

Parmi les livres que je conserve, il y a Le cinéma selon Melville, signé par Rui Nogueira (Seghers, 1974) avec une préface de Philippe Labro. Une merveille. Autre merveille qui vient de paraître: un album sur Melville.
Jean-Pierre Melville, phare du cinéma.
Une vraie légende. D’aucuns le disent infréquentable, toujours de mauvaise humeur.
Cela ne m’intéresse pas.
Il vouvoyait les acteurs, actrices, c’est dire.
J’ai vu tous ses films. 14 au compteur, une suite de grands films. Son talent est monté crescendo.
Je connais par cœur Le Samouraï et L’armée des ombres.
Du rythme, du silence. Du jazz sur images.
Le roi du Polar français. Les Américains le copient plus qu’il ne les a imités.
Melville, son chapeau, ses lunettes, sa voix.
Melville, la journée, fermait les volets pour écrire dans le noir, afin de ne pas être distrait par la lumière naturelle.
Il était né cinéaste comme on naît blanc ou noir.
Il portait le chapeau, et Audiard, le casquette. Tout leur cinéma se perçoit dans cette différence. Le chapeau, à la fois la classe et la pègre. La casquette, les fortifs et les Apaches de Paname.
Melville a tourné des films policiers qui nous hantent par son faux réalisme qui sonne si juste !
Melville, un immense écrivain du cinéma. Le même sens du détail que Tati ou Hitchcock.
Dans l’épatant album d’Antoine de Baecque il est partout.
Il est bon de retrouver celui qui voulait être artistiquement immortel car il était certain de mourir.
Pari réussi.
Meville est mort à 55 ans. Encore un que cette garce de Camarde nous a volé.

-Jean-Pierre Melville , une vie, par Antoine de Baecque. Seuil, 226 p., 32 €

16.09.17

Historique: Visconti et La Callas au micro de Pierre Desgraupes

Attention, grands moments de télévision. Pierre Desgraupes avait invité La Callas et Luchino Visconti, deux maîtres dans leur discipline. Il les laissa parler. Aujourd’hui, les animateurs se prennent pour des stars et ne font que de la communication. Desgraupes était aussi un maître dans sa discipline.

Il y a 40 ans, jour pour jour, Maria Callas a cessé de vivre, hélas !
Je déteste les chanteuses d’opéra. Face à elles, je n’éprouve que de l’ennui.
J’ai envie qu’elles se taisent. Rien que des Castafiore !
L’exception c’est Maria Callas.
Sa voix me touche en plein coeur dès qu’elle ouvre la bouche.
Je parle sa langue.
Je comprends tout ce qu’elle chante. Elles transforment les notes, et les mots en émotion universelle.
Un seul son d’elle et je l’identifie immédiatement.
Elle a tant donné qu’elle est morte jeune, très jeune, trop jeune.
Sur scène, c’est une comédienne alors que les chanteuses d’opéra sont des santons.
Il est incroyable qu’un tel être humain soit mort dans l’indifférence.
Dire que j’aurais pu la connaître et sonner à sa porte.
J’aurais dû y aller. En 1977, j’étais à Paris.
J’ai sonné à d’autres portes, pas à la sienne. C’est une faute. Faute irréparable.
Plus elle chantait, plus elle s’épuisait.
En plus, elle parlait cash dans la presse. Un jour, elle a dit qu’elle avait eu tort de trop se confier aux journalistes.
A Paris, elle a été huée car elle s’est cassée la voix ! Honte à ce public immonde. C’est pour cela que je vais jamais à l’Opéra. Je hais ce public. Comme Camus, je préfère les stades. Au cours d’un match, on ne siffle jamais un blessé.
Sur la Callas, je n’ai pas dit mon dernier mot.
C’est une artiste que je comprends à 100 %.
Je vous conseille d’écouter ses interviews, surtout ceux avec Bernard Gavoty, très bon avec elle mais ignorant avec Miles Davis.
Dans l’émission de Pierre Desgraupes, elle est admirable, comme toujours: intelligente, généreuse, attentive, pleine d’humour, totalement naturelle.
Quand elle est morte, la planète a perdu son bel oiseau.

Vient de paraître:
-Maria Callas, l’Ultime tournée, Robert Sutherland, traduit de l’anglais par Pierre Brévignon. Préface de Tom Wolf. L’Archipel, 368 p, 22 €

20.08.17

Jerry Lewis (1926-2017), au revoir et merci

Je ne me souviens plus du film mais le premier que j’ai vu en salle était un film avec Jerry Lewis. Noir et blanc, me semble-t-il, avec une scène sur un porte-avion. A l’époque, nous n’avions pas la télévision.
C’est toujours très impressionnant pour un enfant de voir un adulte faire le pitre. J’aimais aussi sa voix. Je parle du français (1) qui le doublait. Elle lui allait parfaitement.
J’ai vu Jerry Lewis expliquer que tout son comique résidait à faire croire qu’il était “un tout petit garçon". Toute sa gestuelle n’est qu’un hommage à la petite enfance. Sa démarche, ses mimiques, tout était une imitation de la prime enfance. L’effet comique vient du fait qu’il était adulte avec des tics enfantins.
Je me souviens de Pierre Etaix qui m’a dit: “Jerry Lewis est très malade". C’était dans les années 1990.
Jerry Lewis considérait Pierre Etaix comme un géant des comiques.(Moi aussi) Une amitié les unissait. J’étais également ami avec Pierre. Tenez-vous bien, sachant ma passion pour Keaton, Linder et tous les as du muet, il m’a montré sa salle de bains. Quel choc ! Il avait dessiné tous mes héros sur le carrelage mural. Fabuleux ! Un trésor que j’espère personne ne détruira. Etaix était né un 23 novembre, comme moi. Le hasard n’existe pas. Il était l’élégance personnifiée. Dès le réveil, il dégageait une classe naturelle. J’ai passé beaucoup de temps avec lui. Quelle douce présence ! Une qualité du silence rarement éprouvée.
J’ai vu Jerry Lewis à l’Olympia. Il a demandé à Louis de Funès, présent dans la salle, de monter sur scène. Et il l’a fait applaudir.
La première fois que j’ai vu Jerry Lewis en dehors d’un film j’ai été frappé par la beauté de son visage.
Comme Laurel & Hardy, Jerry Lewis faisait rire et se moquait complétement de donner du sens au rire.
On a perdu un ami.
J’ai appris sa mort après avoir vu une émission sur Raymond Devos.
Il est beaucoup plus difficile de faire rire que de faire pleurer.

(1) Il s’agit de Jacques Dynam, l’un de ses acteurs dont on connaît le visage sans mettre un nom dessus. Le comédien n’a pas cessé de travailler. Voyez sa fiche Wikipékia. Impressionnant ! Cherchez sa photo, vous verrez que vous le connaissez.
A consulte: https://www.youtube.com/watch?v=6xGWEVX2UaA

10.08.17

Michel Bouquet et Richard Widmark, même vision de l'acteur

Bouquet et Widmark semblent différents pourtant ils pensent la même chose sur leur métier.

A l’heure où vient de disparaître Claude Rich et Jeanne Moreau, il est bon de lire un livre d’entretiens avec Michel Bouquet, l’un de nos derniers géants de la scène. Que sont nos grands acteurs devenus ? Il nous reste Marielle, Rochefort, Claude Brasseur, Michel Piccoli, Robert Hirsch et Jean-Louis Trintignant; je parle des grands, en dehors de Delon et Belmondo. Depardieu est trop jeune par rapport à la génération de Bouquet qui n’est pas le père de Caroline du même nom. Bouquet au théâtre, on ne voit que lui dès qu’il est sur scène. Il capte toute l’attention. Une démarche quasi mécanique. Une voix qui est toujours à la limite de la démence. Il fait peur. On le croit sans personnalité mais il a une vraie “folie". Il fait partie des acteurs que l’on imagine lisse comme Pierre Dux mais ils ne le sont pas du tout. Dans les films de Claude Chabrol, Bouquet nous glace le sang.
«L’acteur doit être plus fort que la mise en scène» confie Michel Bouquet à Gabriel Dufay. On aurait pu penser le contraire, tant le comédien s’inscrit bien dans toutes les mises en scène. Cependant sa présence, son charisme endiablé est plus fort que le décor et les directives de mise en scène. On le sent seul contre tout et tous. Bouquet a toujours joué de manière terrifiante, au théâtre comme au cinéma où il joué pour Grémillon et Chabrol. Il a commencé à être acteur à une époque où la France en comptait 300. Aujourd’hui combien sont-ils ? Allez-y vous retrouver là-dedans. Jadis seuls les comédiens étaient comédiens. Bouquet fait entrer les personnages en lui et non pas le contraire. Il excelle dans Thomas Bernhard, Beckett et Ionesco. Sa remarque «l’acteur doit être plus fort que la mise en scène» renvoie au fabuleux Richard Widmark qui a déclaré : «On m’interroge sur le travail des metteurs en scène, ce que je peux vous dire c’est qu’il faudrait que je cosigne tous les films de ceux qui m’ont fait travaillé car c’est moi qui est construit tous mes personnages !» Sacré Widmark ! Grand Monsieur. Son regard, inoubliable.

Servir, la vocation de l’acteur, Entretiens Michel Bouquet et Gabriel Dufay. Les Belles Lettres, 230 p., 17,50 €

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