Catégorie: De GAULLE ET MITTERRAND SONT MORTS

09.05.18

A lire et relire: "Vie et mort de Jean Cavaillès", Georges Canguilhem (Allia)

Hommage à Georges Canguilhem qui a rendu hommage à Jean Cavaillès.

Voici un Homme avec un grand H, pas une lavette.
Qui s’en souvient ? Qui connaîtra encore le lieutenant-colonel Beltrame dans 70 ans ?
Jean Cavaillès (1903-1944) fut un professeur de Lettres. Il est mort pour la France.
Un grand «petit» livre de Georges Canguilhem de 57 pages est là pour nous le rappeler.
Issu d’une famille protestante, il fut un élève brillantissime. Après l’Ecole Normale Supérieure, il devient enseignant. Mobilisé, il est fait prisonnier par les Allemands en juin 1940. Il parvient à s’évader et cofonde le mouvement de Résistance Libération Sud puis fonde le réseau Cohors. Arrêté par la police française – qui osait encore s’appeler police- il est interné en 1942 puis révoqué de l’enseignement par Vichy.
Jean Cavaillès a été fusillé en 1944 par les Allemands. Il est enterré à Arras.
Fait Compagnon de la Résistance et Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.
Quel parcours ! Quel héros !
Destiné à être écrivain - il nous reste des articles de lui- il a pris les armes, et ne cessait pas de dire que pendant la guerre, il n’y a plus de cas personnel, seule la France compte. Cela donne de la force, de l’espoir que des Hommes de la trepe de Cavaillès et Beltrame. Ce livre est un discours prononcé le jour de l’inauguration de l’amphithéâtre Jean Cavaillès à la faculté de Strasbourg, le 9 mai 1967, là où enseigna le héros.
«D’ordinaire pour un philosophe, entreprendre d’écrire une morale, c’est se préparer à mourir dans son lit» écrit l’auteur de l’hommage à conserver près de soi, si possible dans la poche du côté de son cœur. Tant de baratineurs qui viennent vendre leurs infectes salades avariées sur les estrades médiatiques ! Tant d’imposteurs qui nous disent, bien assis à la terrasse des cafés, qu’il faut lancer des bombes ici ou là ! Vive Jean Cavaillès !

-Vie et mort de Jean Cavaillès, Georges Canguilhem. Allia, 57 p. , 6,20 €

12.01.18

Le Dictionnaire du grandiose Winston Churchill, par Antoine Capet (Perrin)

Ce pavé contient la vie d’une des plus grandes personnalités du XXe siècle, et même de l’Humanité. La couverture dévoile une multitude de Winston Churchill et c’est très bien vu car l’homme avait de multiples talents, en premier lieu celui d’être un bon vivant. Il aimait manger, boire et fumer. Sans parler du reste.
A la fois militaire, politicien, peintre et écrivain. Figurez-vous qu’il a eu le prix Nobel de littérature en 1953… à son plus grand mécontentement car il voulait le prix Nobel de la Paix ! A juste titre. L’homme qui trinquait avec Staline et Roosevelt n’a jamais vu Hitler qu’il vomissait. «Je ne hais personne, sauf Hitler», disait-il. S’il a fait tuer des marins français à Mers el-Kébir c’est pour éviter que Vichy donne la marine française aux nazis. De Gaulle l’avait bien compris.
Les points forts de sa vie… Naissance le 30 novembre 1874. Député de Manchester, 1905. Ministre du commerce, 1908. Commence à peindre, 1915. Premier ministre, 1940. Rencontre De Gaulle, 9 juin 1940. Churchill fournit un avion à De Gaulle pour qu’il vienne à Londres. Fait bombarder la marine française à Mers el-Kébir, 3 juillet 1940. Meurt le 24 janvier 1965.
On raconte que Churchill a dit : «No Sport !», pour expliquer sa longévité mais il a pratiqué le polo, le golf, le hoquet, la natation… Il fut aussi un incorrigible joueur au casino. Il adorait autant voyager que rester devant son chevalet. Il a beaucoup écrit jusqu’au moment où il a signé des textes qu’il n’avait pas écrits. On l’a dit alcoolique, non sans raison. Il buvait autant de thé que de champagne. Il a fumé 200 000 cigares, détestant la pipe et les cigarettes.
Le magistral dictionnaire que lui consacre Antoine Capet se lit avec délectation. On ne s’engage pas dans une biographie de Churchill comme dans celle d’Hitler. Avec l’Anglais, on passe des moments délicieux qui scintillent d’intelligence. On est fier d’être un humain. Churchill a tout fait pour que l’Angleterre ne s’agenouille pas devant Hitler et il a réussi ! Pendant ce temps, Pétain serrait la main à l’Allemagne de la pire époque. Père à multiples reprises, Churchill a dévoré la vie. Il n’a pas été qu’un grand guerrier. Un artiste dans toute sa splendeur.
Winston Churchill a été un acteur dans la vie qui ne l’a pas toujours épargnée. Il aurait pu être un acteur phénoménal tant sa présence crève l’écran grâce à son charisme. De la dimension d’un Orson Welles. Eternelle reconnaissance. Nous sommes libres grâce à lui.

-Winston Churchill : le Dictionnaire, Antoine Capet. Préface Randolph Churchill. Avant-propos, François Kersaudy. Perrin, 862 p., 29 €

21.12.17

Quelques albums pour les fêtes : Churchill (Tallandier), Mythologies en peinture (Larousse), Voitures de légendes (Larousse), BD Jack London (Le Lombard), Degas et Gauguin (Larousse), BD Vian (Grasset)

-Moi, Winston Churchill, Beatrix de L’Aulnoit. Tallandier, 190 p., 34 €
«L’un des problèmes de notre société, c’est que les gens ne veulent pas être utiles, mais importants.» Tout est dit et plus que très bien dit. Ce trait de plume de Winston Churchill fait encore plus aimer ce personnage considérable du XXe siècle. On lui prête le mot «No Sports» pour expliquer sa longévité alors qu’il fut un grand pratiquant : à 18 ans, champion d’escrime inter collèges. Chasseur, il pratiquait le fusil à deux coups. Marcheur, il fit de nombreuses randonnées. Il pêchait le saumon, pratiquait le golfe et la natation. L’équitation était l’une de ses passions. Il jouait aussi au polo ! Quand on lui a demandé de couper le budget des arts pour l’effort de guerre il a répondu : «Alors pourquoi nous battons-nous ?» C’est lui qui a ordonné le bombardement de Mers el-Kébir sur la marine française (1300 morts) : «La plus pénible et la plus odieuse décision que j’ai eue à prendre». L’humour du grand homme fait toujours mouche : «Les chiens vous regardent avec vénération. Les chats vous toisent tous avec dédain. Il n’y a que les cochons qui vous considèrent comme leur égaux». Cet album a une iconographie haut de gamme. Churchill jaillit des pages. On en redemande. Des petits marquis de Paris osent le rabaisser au rang d’alcoolique.

-La Mythologie expliquée par la peinture, Gérard Denizeau. Larousse, 224 p., 25 €
Très belle idée d’album, très bien réalisé. On est content de retrouver Sisyphe (Le Titien), Prométhée (Gustave Moreau), Les Trois Grâces (Raphaël), L’Ile aux morts ( Arnold Böcklin). L’auteur déchiffre chaque chef d’œuvre pour nous éclairer complétement. Tous les grands thèmes sont abordés. C’est simple et grand. Une totale réussite.

-Voitures rétro de légende, Collectif. Larousse, 320 p., 34,90 €
Quatre rédacteurs (Martin Gordon, David Long, Andrew Noakes et Chris Quiller-Rees) et un responsable éditorial (Gilles Chapman), ont confectionné une anthologie des plus agréables. Il y a même un index qui permet de trouver instantanément les marques et les modèles qui nous intéressent plus précisément. Des années 1940 aux années 1980, il ne manque aucun bolide. En tout 250 voitures ! Berlines britanniques, Fiat, Mini Cooper, Chevrolet, Volvo, Jaguar, Cadillac, Lancia, Dodge, Mercedes, BMW, Ferrari, sans oublier Renault, ni Porsche et Corvette.

-Jack London. Arriver à bon port ou sombrer en essayant. Scénario et dessins de Koza. Le Lombar, 160 p., 19,99 €
Avec des couleurs de Maya Mihindou, la BD est d’une très grande classe. Nous voyons l’auteur de Croc-Blanc partir faire un tour du monde sur un sublime voilier, le Snark. Lors de ce voyage, l’écrivain écrit précisément Martin Eden. C’est mieux qu’un livre de photos ou un film. London avait un physique de cinéma. Il était socialiste quand cela voulait quelque chose.

-Edgar Degas, Gérard Denizeau. Larousse, 128 p., 12,90 €
Le peintre, impressionniste atypique, refusa le téléphone : «Si vous répondez quand on sonne c’est que vous êtes une boniche». Ses danseuses sont historiques. On s’y croit. Ses toiles ne nous écrasent mais nous invitent à la contemplation. Du caractère et une infinie douceur.

-Paul Gauguin, Laure-Caroline Semmer. Larousse, 128 p., 12,90 €
Précurseur de l’art moderne, Gauguin nous permet de retrouver van Gogh à Arles (1888), Tahiti (1891), la terrible syphilis (1895), les Marquise(1901) et la mort du peintre (1903). Il disait : «Il n’y a pas de femmes nues, il n’y a que des femmes déshabillées». Né le 7 juin 1848, Gauguin a décidé de se consacrer à la peinture en 1882. Grande décision, pour lui et pour nous.

-Valse de Noël, Boris Vian & Nathalie Choux. Grasset jeunesse, 32 p. ? 18, 90 €
Cette valse remonte à 1955. Elle était dans un tiroir où dormait une farandole avec des travailleurs, des clochards et des soldats. Tout l’album est un appel au pacifisme. L’auteur du Déserteur (1954) n’était pas près de se laisser dominer par des chefs militaires. Ses mots sont comme les notes de sa trompette qu’il appelait «trompinette".

18.12.17

Permalien 09:46:45, Catégories: De GAULLE ET MITTERRAND SONT MORTS  

La mascarade du "Top 50 des Français qui comptent"

Après le JDD, voici que Le Parisien - qui n’est plus libéré comme jadis- y va aussi de son hit-parade des “Français qui comptent". Qui comptent leur argent ? La première fois que j’ai entendu parler de la liste du JDD, j’ai cru que les sondés pouvaient citer n’importe qui. Pas du tout, la liste est établie d’avance, il suffit de proposer un classement.
Première remarque: il faut être vivant. Dès que vous êtes mort, on vous chasse ! Dans la liste, il n’y a pas Charles de Gaulle, Johnny Hallyday, l’Abbé Pierre et Coluche, des Français qui restent pourtant très présents dans la mémoire et le cœur des Français.
Dans les 10 premiers, on découvre 4 acteurs (Sy, S.Marceau, Cotillard, G. Depardieu) 3 sportifs (Riner, Zidane, Parker), 1 politique (Macron), 1 chanteur (Goldman), et 1 médecin (Pelloux).
Le numéro 1 ? Omar Sy. Après Intouchables, il fait aussai carrière aux Etats-Unis. Sa cote de sympathie est justifiée car il est réellement sympathique. Il faut à présent qu’il choisisse bien ses films car le remake de Knock est un navet total. Ce fut une très mauvaise idée de mettre ses pas dans ceux de Louis Jouvet.
Le numéro 2 ? Emmanuel Macron. Il est très rare de voir un président de la République en exercice aussi bien placé. Le Président Macron a l’intelligence d’épouser à 100% sa fonction. Ceux qui ont gouverné comme un people (Sarkozy) ou comme un quidam (Hollande) ont été renvoyés chez eux. La jeunesse de Macron crève l’écran. Il lui faut cependant absolument éviter de tomber dans la politique de l’image, rien que de l’image. Il a devant lui un second mandat qui lui tend le bras.
Le numéro 3 ? Teddy Riner. Le judoka est aimé comme un footballeur alors que sa discipline n’est pas médiatique. Qui peut se réjouir de voir du judo à part les pratiquants ? Le sportif qui empile les titres est impressionnant à tous les niveaux, dommage que son sport soit plus en vogue au Japon qu’en France. Voir quelqu’un tirer sur le kimono d’un adversaire pour le faire tomber ne m’a jamais bouleversé.
Dans la liste proposée, on remarque l’écrasante majorité de gens de la télé. Journalistes y compris. Etonnamment, il n’y a pas Michel Drucker, à l’inverse de Nagui.
Des icônes de YouTube sont présents pour faire “D’jeunes".
Des choix surprennent. Le VRP olympique Estanquet mais pas le jeune footballeur Mbappé.
Des noms brillent par leur absence: Line Renaud, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Kad Merad, Charles Aznavour, Catherine Deneuve et Isabelle Adjani. VGE et Chirac (Mme et Mr) n’y sont pas non plus. Mélenchon et Le Pen fille, oui. Renaud mais pas Souchou, Lama et Julien Clerc. Oui pas Aznavour mais M’Pokora (23e)… Et Jamel Debbouze tant aimé a été aussi passé à la trappe ! Pas sympa pour l’ex habitant de Trappes.
Par contre, il y a Matthieu Ricard (13e), le fils de Jean-François Revel, qui semble dormir dans les couloirs de la télé tellement il y est présent. Comment peut-on se dire spirituel et se vautrer dans la notoriété ? Les plus indulgents parleront de bonne cause à défendre.

03.12.17

J’ai soigné Pétain, Albert Massonie (Tallandier)

Quand on voit ces images, on note que le Maréchal n’était absolument pas gâteux quand il fait ramper la ramper devant les nazis. Après la Libération, de Gaulle a eu pitié du vieux soldat de 14-18.

En 1949, le docteur Albert Massonie, ancien résistant a été chargé de la santé de Philippe Pétain. Le vieux soldat de 93 ans n’avait plus d’admirateurs à part des maréchalistes antisémites nostalgiques des nazis à Paris. Le cacochyme n’était plus qu’un malade dans une situation déplorable, y compris l’hygiène - très présente dans le livre, je vous passe les détails. Le médecin a tenu le journal précis de ses visites à l’ancien héros de Verdun condamné à mort en août 1945 finalement commuée en prison à perpétuité par le général de Gaulle auteur de la formule hugolienne : la vieillesse est un naufrage. Hitler se suicida, Mussolini fut pendu la tête en bas, mais Pétain est resté en vie dans un cachot de l’Ile d’Yeu (Vendée) pendant que Franco se la coulait douce jusqu’en 1975. Et il faut se rappeler que De Gaulle, avant de mourir, rendit visite au dictateur hispanique, une façon de bien montrer qu’il faisait ce qu’il voulait. Voilà une visite dure à avaler.
Lors de la bataille de Verdun au cours de laquelle, Pétain évita un massacre encore plus grand, le docteur Massonie avait 10 ans, donc il ne connaissait son patient que par le biais de l’Histoire. En 1940, Pétain était toujours dans l’actualité. Ses partisans continuent de dire que la collaboration a évité une guerre civile mais ils se gardent bien de rappeler que le chef des Vichystes a durci les lois antijuives de sa propre main : on le sait depuis que le document a été trouvé. Pétain est passé de héros à zéro. Il est étonnant de voir un ancien résistant prendre soin d’un ancien adversaire : le serment d’Hippocrate sans doute: toujours soigner son prochain sans regarder sa condition. Sens du devoir ? Pitié ? Pétain a finalement fini ses jours dans une maison sous surveillance. Au long des fiches de visites, il est appelé «Pépé». Une astuce pour ne pas être P.P, soit Philippe Pétain.

-J’ai soigné Pétain, Albert Massonie. Préfaces de Fabrice d’Almeida et Philippe Charlier. Tallandier, 333 p., 21,50 €

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