Catégorie: LITS ET RATURES

25.02.20

Permalink 07:07:15, Catégories: EN MARGE, LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Pierre Guyotat (1920-2020) a fini d'écrire

Document: Patrice Chéreau, quelques temps avant sa mort, lit du Pierre Guyotat qui vient de mourir le 7 février 2020. Il était né le 9 janvier 1940. Né lors de la Seconde Guerre, celui qui se disait “fictionneur” et non pas écrivain a écrit un livre phare: Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967) sur la guerre d’Algérie qu’il a faite. Guyotat dépeint le monde comme un vaste bordel où la guerre est partout. Qui pourrait lui contester cette vision ? Sa biographie reste à écrire: il a déserté son milieu d’origine pour vivre comme les pauvres, à même le sol, la rue. La France l’a censuré en 1970(Eden, Eden, Eden). C’est l’anti Matzneff: chaste, il ne fait l’amour que par personnages interposés. Les livres de Matzneff sont plein de pédantisme, éructant de citations comme on rote après un repas mondain. Ceux de Guyotat détruisent la langue conventionnelle pour la réinventer. Il parle des guerres contemporaines mais aussi celles de l’Antiquité. La postérité sera attentive avec Guyotat parce qu’il a vécu une vie d’un combattant du verbe sans jamais céder à la vulgarité mercantile. Il y a les livres de Guyotat comme ceux d’Antonin Artaud. Des inclassables. Ni Flaubert, ni Céline. Assurément, Guyotat.

“Connaissez-vous Pierre Guyotat ? Oui, bravo, vous êtes un grand lecteur. Non, vous avez des excuses car il est absent du PAF. Un auteur de ce calibre n’est pas comestible. L’écrivain a publié le plus grand livre depuis L’Etranger de Camus: Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967), inspiré par la guerre d’Algérie, par «sa» guerre d’Algérie. Un livre plein de bruit et de fureur. Un chef d’œuvre avec du sang, des larmes, de la sueur. Et du sperme en plus !
La langue de Guyotat, portée à la scène par Antoine Vitez en 1981- depuis sa mort je ne mets plus un pied au théâtre- entre en nous comme le vent qui déchire des persiennes pour les faire voler en éclats. Ce livre c’était une question de vie ou de mort pour Guyotat.
L’écrivain joue sa peau quand il écrit.
Il n’a jamais écrit pour faire “Apostrophes” ou avoir le Goncourt. Le prix Nobel de littérature redeviendrait un grand prix s’il couronnait Guyotat qui est aussi soucieux de sa gloire que moi des dates de la tournée de M’Pokora.
Il a remis le couvert avec Eden, Eden, Eden (1970), interdit sous Pompidou qui s’est couvert de honte par cette censure. Pompidou était censé aimait la littérature. Pffff…
Le monde vu comme un bordel a sans doute effrayé Pompidou parce que la presse avait mouillé, à tort, sa femme dans des partouzes.
Dans le pavé que lui consacrent les Belles Lettres, on trouve tout ce qui compose l’univers de Guyotat. On est frappé par la simplicité, la limpidité de ses réponses aux interviews, lui qui vit dans un laboratoire du langage qu’il malaxe dans tous les sens pour essorer tout ce qu’il peut contenir. La clarté de ses réponses tranche avec ses écrits qui représentent un Everest à gravir. Il est plus tendance Artaud que Simenon ou Pagnol. Il ne fait pas une œuvre comme Proust sur un sujet déterminé hyper réaliste. Lui est la matière de son œuvre, avec le corps aussi présent que l’esprit. Proust est brode la dentelle, très Vermeer. Guyotat est le Francis Bacon de la Littérature, ou Bacon est le Guyotat de la peinture. L’univers des livres de Guyotat c’est Guyotat lui-même dans l’époque qu’il traverse. Pour Guyotat, la poésie a fait son temps. La poésie écrite, pas vécue.
Lui s’exprime en prose. On ressent toujours sa mise en péril. Il écrit comme un cycliste monte ou descend le mont Ventoux. Dans le livre, il dévoile sa passion pour le Tour de France. Certains de ses livres sont fermés, parce qu’il n’écrit pas pour faire un best-seller comme tous ces auteurs de livres inutiles qui écrivent bêtement sur l’amour parce qu’ils savent que 80 % des lecteurs sont des femmes. Guyotat n’a pas cette attitude dégradante.
Lui vit la littérature comme une traversée solitaire en bateau, au milieu des vagues hautes comme un immeuble avant l’accalmie qui ne présage rien de bon.
Dans 50 ans, Pierre Guyotat sera reconnu comme le plus grand écrivain d’après-guerre. Tous les auteurs -sauf Modiano ou Bobin- qui se vendent en 2019 seront oubliés. Pour l’instant, Pierre Guyotat vit, écrit, ou plutôt, écrit, vit. La littérature de Guyotat n’est pas illisible ou aride ou hermétique. Il écrit en Guyotat. Quand on est un vrai écrivain, on écrit toujours dans une langue étrangère pour les autres. Il faut un temps d’acclimatation. Divers, textes, interventions, entretiens (1984-2019) fait office de décodeur.
Comment s’appelle un président de la république qui nomme un ministre ? Un mac et sa pute.
Simple, non. Et si vrai".

-Divers, textes, interventions, entretiens (1984-2019), Pierre Guyotat. Edition établie avec Briec Philippon. Les Belles Lettres, 500 p., 27 €

[Post dédié à Antoine Vitez qui m’a fait connaître Pierre Guyotat]

23.02.20

Asile politique ou asile de fous ?

Mme Elena BONNER (1923-2011)

Les Dadaïstes voilà de vrais révoltés de 1916, contre les aînés qui les envoyaient mourir à la guerre.
Un artiste ce n’est pas un histrion qui fait le gugusse en démocratie où tout est permis ou presque.
Les dissidents ? La Russie nous en a donné de très grands, d’Essenine à Soljenitsyne.

Intégrale Week-end, CNews, samedi 22 février 2020: Asile politique ou asile de fous ?
https://www.cnews.fr/emission/2020-02-22/integrale-week-end-2e-partie-du-22022020-929549
Nota Bene: A partir de la 20e minute…

(La dernière photo est celle de Maïakovski et pas V.Grossman)

09.02.20

Permalink 11:50:27, Catégories: LITS ET RATURES, LA REVUE DE STRESS  

Simone de Beauvoir condamnée pour détournement de mineure

Voilà comme on rigole à la télévision française quand on évoque le détournement de mineure commis par l’iconique de Beauvoir. A 4m 3o, ils rigolent tous quand ils en viennent à parler du détournement de mineure par Beauvoir. Exactement comme dans l’émission de Pivot avec et sur Matzneff. Deux rient jaune mais rien de comparable avec Denise Bombardier. Beauvoir reste une intouchable dans le milieu BCBG du Tout Paris.

Ma version des faits dans:

Intégrale Week-end, Cnews, avec Julien Pasquet et Sophia Rousseau. Samedi 8 février 2020.
Merci Bernard ! de la 17e minute à la 22 minute:

https://www.cnews.fr/emission/2020-02-08/integrale-week-end-2e-partie-du-08022020-925496

Ce que je retiens d’elle de Simone de Beauvoir ?
Son combat pour être considérée comme un écrivain qui ne doit rien à personne.
Son parcours d’étudiante, extraordinaire.
Sa vivacité d’esprit.
Son refus des idées reçues.
Le fait d’être né bourgeoise et de vouloir aider le peuple.

Je n’oublie pas cependant:

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, elle a été condamnée pour détournement de mineure.
De surcroît, elle a travaillé pour Radio-Vichy.

Si l’on dit Sartre le Mandarin des lettres, on dit dire Beauvoir, la Mandarine des Lettres si l’on en a croit la féminisation des professions qui pousse à écrire auteure et non pas auteur.

27.01.20

A l'occasion de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, hommage à Kessel et à Bartali

Gino Bartali, un homme hors du commun à tous les niveaux. Il dit à Poulidor: “Vous ne gagnez jamais le Tour parce que vous ne fumez pas et ne buvez pas !” Sous-entendu, alors que lui, oui !

Ma chronique sur CNews du 25 janvier 2015:

Julien Pasquet : Aujourd’hui, vous tenez à évoquer Elie Wiesel, Joseph Kessel et Gino Bartali à l’occasion du discours du Pt Emmanuel Macron à Jérusalem, pour commémorer la Libération du camp d’Auschwitz, il y a 75 ans…

Bernard Morlino : Oui, je crains de plus en plus les temps où il n’y aura plus de survivants de la Seconde guerre mondiale, car trop de gens s’ennuient quand nous sommes en Paix. Auschwitz c’est plus d’un million cent mille personnes exterminées, en Pologne annexée par les nazis. Parmi les rescapés, il y a eu l’écrivain Primo Levi (Si c’est un homme), Simone Veil et Elie Wiesel. Le camp a été libéré début 1945, le 27 janvier par l’armée soviétique qui a révélé l’horreur de la Shoah, le génocide juif. J’ai demandé à deux grands témoins de l’époque, Emmanuel Berl et Philippe Soupault quand ils avaient connu l’existence des camps de la mort. Ils m’ont dit qu’avant 1945, ils n’en savaient rien. Inimaginable pour eux, et pour tout le monde. Je ne vais pas vous parler de la solution finale mais je vais prendre de 4 personnalités de l’époque. Quatre destins connus, plus un inconnu.

Julien : Vous commencez par Elie Wiesel, l’écrivain né en Roumanie et naturalisé américain…
Bernard : Je vous ai dit qu’il y avait Elie Wiesel, à Auschwitz, ne fût-ce que quelques temps. Il est déporté à 15 ans, en 1942. Ensuite, il sera conduit à Buchenwald. Ses parents et l’une de ses sœurs sont tués par les nazis. Longtemps après quand il devient enseignant aux Etats-Unis, un jour un étudiant à la fin d’un cours lui demande de le recevoir. Ce jeune homme lui déclare, tout net : « Je suis l’enfant du malheur…» Vu le jeune âge de l’étudiant, Elie Wiesel sait qu’il n’a pu être déporté comme lui. Alors il opte pour la tentative de le consoler face à un probable chagrin d’amour. L’étudiant lui dit encore : « Non, non, vous faites fausse route. Tel que vous me voyez, je porte tout le malheur du monde sur les épaules. Impossible d’être heureux, face à la tristesse enfouie de mes parents …» Wiesel : « Ont-il perdu leurs parents à Auschwitz ? ». L’étudiant : « Non, pas leurs parents… mais mon père et ma mère avant de se rencontrer avait chacun une famille avec des enfants qui sont tous morts en déportation. Ils ont voulu reconstruire une famille quand ils se sont rencontrés leur histoire. Et moi, je suis le fils de leur malheur commun. Jamais je n’aurais dû naitre. Je ne dois la vie qu’à la Shoah …». Elie Wiesel comme nous fut touché par cet étudiant aux immenses qualités de cœur. Un homme d’exception. Cela existe la preuve.

Julien : Vous tenez aussi à nous parler de Joseph Kessel…
Bernard : Grand reporter, Kessel a assisté au procès d’Adolf Eichmann, à Jérusalem en 1961. Ce nazi fut le planificateur de la solution finale. Lors du procès, dès le premier jour, Kessel sait approcher de a cage de verre où le nazi était enfermé. Un face à face dont il ne reste rien. Aucune image, rien que les écrits du magnifique écrivain. Quel face à face entre un barbare et un romancier de premier plan dont on va éditer ses romans dans la Pléiade au mois de mai 2020 avec en plus l’album photo collector de la Pléiade. Kessel avait reçu le Visa tamponné n°1 de l’Etat d’Israël pour rendre hommage à son talent d’écrivain-journaliste. Le nazi était à l’abri des balles pour éviter l’attentat de celui qui à la fin du procès sera exécuté. Kessel eut un moment de recul, de répugnance devant la présence reptilienne du nazi. Il le compare à une araignée humaine. Eichmann ne s’excusa de rien, aucune repentance, il avait appliqué les ordres, en bon soldat ! Maintenant je vais vous dire la remarque de Kessel. Aussi grand journaliste que grand écrivain. Devant le défilé du rappel de toutes les horreurs, les crimes qu’il a organisés et encouragés, Eichmann n’a pas eu un cillement, pas le moindre mouvement de honte de la barbarie mis en place. Une seule fois, il rougit cependant. Lors d’une séance, il est resté assis quand il fallait se lever lors de l’audience ouverte. Au rappel du président au bon déroulement, Eichmann se leva rouge de honte. Seul Kessel remarqua cela. C’est dire la complexité de l’âme humaine. Tuer des millions de gens comme si de rien n’était, et s’excuser de ne s’être pas plié aux règles de la politesse !

Julien : Vous tenez aussi à évoquer Gino Bartali…
Bernard : Ah ! Bartali, l’un des plus grands champions cyclistes de tous les temps. Ses duels avec Fausto Coppi ont redonné espoir aux Italiens après la fin du fascisme dicté par Mussolini. Au niveau sport, Bartali était un géant capable de gagner le Tour de France en 1938 et en 1948, à 34 ans. « Le bien on le fait mais on ne le raconte pas » disait-il toujours. Ce champion qui fumait et buvait le soir un bon verre de vin rouge, fut un grand résistant sans jamais s’en vanter. Comme il était un héros national dans l’Italie mussolinienne, il profita de sa renommée pour contribuer à sauver 800 Juifs. Je précise qu’il refusa toujours de se laisser récupérer par les fascistes qui voulaient en faire une icône. Le catholique très croyant, il transportait des faux papiers pour sauver des Juifs traqués par les chemises noires. Il mettait les documents dans le cadre de son vélo. Il faisait des trajets de 400 km ! Les autorités laissaient passer le vainqueur du Giro 1936 sans le contrôler. Ce n’est qu’à la mort de Bartali que sa famille a accepté que l’on rende public les actions de leur champion à double titre, comme sportif et comme homme. Mort en 2000, il a été fait juste sur le mémorial de Jérusalem en 2003. On est loin de la charité business. «Le bien on le fait mais on ne le raconte pas», parole de véritable humaniste.

24.01.20

Radioscopie historique: "Apaiser Hitler", de Tim Bouverie (Flammarion)

“Quand j’entends le mot culture, je sors mon révolver". Slogan nazi. Et d’aucuns se plaignent sous Macron. En 2020, la majorité silencieuse veille à la démocratie française. Les urnes parleront. La fascisme de droite ou gauche ne passera pas !

L’auteur mène son récit comme si nous vivions en direct ce qu’il raconte qui pourtant remonte à presque un siècle et parfois plus puisque le Traité de Versailles a plombé toute l’Europe en mettant l’Allemagne plus bas que terre. Après la guerre de 1914-1918, elle était tenue responsable de tous les maux et donc frappée d’interdiction d’avoir une armée. C’est dire qu’elle faisait toujours peur ! Tim Bouverie à la fois historien et romancier a écrit un remarquable premier livre qui permet de comprendre le fiasco général de ceux qui ont cru amadouer Hitler, en ne se méfiant pas assez de lui. De son côté, il voulait venger son peuple trop humilié par le Traité de Versailles. Toutes les chancelleries européennes lâchèrent du lest à tort. Au lieu de l’empêcher d’annexer les Tchèques, les Européens lui offrirent la Tchécoslovaquie.
De fait, les accords de Munich avec le recul passent pour les prémices de la collaboration avec les nazis. Que serait-il arrivé si l’Europe avait dit non avant que les soviétiques ne pactisent avec Hitler ? On ne le saura jamais. Cependant la face de l’Histoire aurait sans doute présenté un autre visage. Au lieu de barrer la route à Hitler, les gouvernements européens lui ont ouvert grand le passage à sa démoniaque folie de venger l’Allemagne.
L’ensemble du livre se dévore, que l’on connaisse ou pas les événements décrits. On revit tout. On est au cœur de l’actualité passée, qui reste bien souvent actuelle tant on peut faire des comparaisons avec 2020, parfois. Plus on avance dans le récit, plus on se demande comment a-t-on pu laisser agir Hitler avec tant de passivité. Les Alliés ont même pensé que les Allemands étaient mieux armés que la réalité de leur effectif et surtout de leur force de frappe. Les Français et les Anglais ont surévalué les forces ennemies. Tout ça à cause du traumatisme de la Première Guerre. Il fallait éviter un nouveau carnage pour ne plus avoir à compter les morts : les Russes (1, 8 millions de morts), les Anglais (730 000 morts), l’Empire britannique (230 000 morts), les Français (1, 7 millions de morts) et les Allemands plus de 2 millions de morts. Au total, 16, 5 millions de morts ! Cette macabre comptabilité n’a pas empêché la suivante saignée, celle de 1939-1945 : les Historiens arrivent parfois à 80 millions de morts, tous pays confondus, soldats et civils compris.

-Apaiser Hitler, Tim Bouverie. Traduit de l’Anglais par Séverine Weiss. Flammarion, 660 p., 29 €.

PS/ Mon hommage à Joseph Kessel et à Gino Bartali, lors des 75 ans de la Libération d’Auschwitz, sur CNews dans l’émission du duo Julien Pasquet et Sophia Rousseau, Intégrale Week-End :

https://www.cnews.fr/emission/2020-01-25/integrale-week-end-2e-partie-du-25012020-920912

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