Catégorie: LITS ET RATURES

15.12.18

Permalien 10:46:47, Catégories: LITS ET RATURES  

Au grand comptoir des Halles, Patrick Cloux (Actes Sud)

Hymne aux anciennes Halles de Paris, le fameux ventre de Paris si cher à Zola. Si elles existaient encore aujourd’hui, on y verrait beaucoup de gens y faire les poubelles. Jadis, il n’y avait que des clochards. Aujourd’hui, on parle de SDF. La poésie a disparu au profit du… profit. AU XXIe siècle, les magasins de fringues ont remplacé les tables pleines de poissons ou de fromages. On ne voit plus de corbeille de groseilles ou des cageots de tomates provençales. Place aux boutiques branchées !
La poésie des lieux on la retrouve dans le livre de Patrick Cloux, héritier de Zola, Clébert, Giraud et Seignolle, rien que des «grands affichistes». Des ambiances à la Doisneau qui n’a rien inventé. Photographier lui a suffi. C’est tout un monde retenu au bout de son objectif. Un monde en noir et blanc. De chair et de sang. Pas des seconds rôles. Des gens qui ne sont pas n’importe qui, comme aimait à le dire Louis Nucéra.
Précisions: quelques fois, Doisneau mettait en scène ses photos, pour l’instantané on repassera. Quand j’ai appris que certaines photos étaient en fait des poses, j’ai été très déçu. J’ai beau me dire que l’important c’est l’émotion, quelque chose à changer vis-à-vis de ses photos. Au cinéma, on est ému mais c’est du chiqué. Je pensais que Doisneau ne prenait que des photos sur le vif. Bien sûr, le portrait nécessite la pose mais il y a pose et pose. Un jour je lui ai parlé de tout cela quand nous étions tous les deux sous contrat temporaire à la Comédie Française, il ne m’a même pas répondu. Ma rencontre avec Doisneau fut une immense déception. Il m’a opposé du silence, une réprobation. Exactement comme William Klein que j’ai photographié au milieu de la foule, à sa manière en guise d’un hommage, clin d’œil. Il l’a mal pris aussi surtout quand je lui ai demandé si la photo avec le gamin et le révolver était … une mise en scène ! Ce qui fut le cas aussi. Ils ont pris mes questions pour de la critique pure et dure. Comme quoi j’appuyais sur un point sensible. Chacun sa conception de la photo de rue.
Heureusement subsistent quelques bistrots où il fait bon siroter la mélancolie. On n’a pas retiré que des commerces de bouche comme ils disent. On a abattu de la solidarité, de la fraternité, de l’amitié. De l’humain. Qu’on ne vienne pas se plaindre. Les ravages de la politique : Pompidou, VGE et Chirac sont passés par là. Les promoteurs ont eu les mains libres. Clefs en main de l’affairisme. Jadis le travail se voyait à l’œil nu.
Le fantôme de Léon-Paul Fargue est rue Coquillère, son adresse natale. Les ignorants qui y sniffent leur ligne de coke ne savent même pas qu’il est l’auteur du Piéton de Paris. On sent la présence de Nerval qui s’est pendu à deux pas. Que sont devenues les errances du divin Prévert ? On trinque depuis que Fallet est mort ! Marco Ferreri a disparu. Soupault aussi. On reste avec nos souvenirs qui nous suivent comme des chiens perdus. Les Halles de Baltard ne sont plus que des images d’Epinal dans la mémoire des survivants. On fit que les rats ont quitté les Halles pour aller à Rungis, avant même le déménagement des commerçants. Pas tous !

-Au grand comptoir des Halles. Chronique (en noir et blanc). Patrick Cloux, Actes Sud, 330 p., 22 €

13.12.18

Permalien 10:47:30, Catégories: LITS ET RATURES  

Livres : bons d’entrée (Apollinaire, Ponthus, Magret, Morales, Debord, Dumas, Mirabeau frère, de las Cases, Winock, Dumas-Merlin...) et aussi les bons de sortie !

A la manière de René Magritte.

Les bons d’entrée :

-Tout terriblement, Guillaume Apollinaire. Edition et préface de Laurence Campa. Poésie/ Gallimard, 152 p., 8,30 €. Une anthologie de poèmes du père de la modernité du XXe siècle.

-A la ligne, Joseph Ponthus. La Table Ronde, 267 p., 18 €. Somptueux long poème de bruit et de fureur, dédié à tous les travailleurs plein de sang, de larmes et de sueur.

-L’Effroi mousquetaire, Jules Magret. Les Belles Lettres, 257 p., 19 €. Le fils spirituel de Dumas et Dard a encore frappé !

-Tais-toi quand tu écris, Thomas Morales. Pierre Guillaume de Roux, 240 p., 22 €. Suite de chroniques sur un esthète qui préfère Albert Cossery à la racaille moderne.

-Stratégie, Guy Debord. L’Echappée, 528 p., 24 €. Un autoportrait du situationniste qui haïssait la politique spectacle par le biais de ses fiches de lecture.

-Le Sphinx rouge, Alexandre Dumas. Edition de Radu Portacala. Cherche Midi, 714 p., 22 €. Découverte d’un roman de capes et d’épées comme en n’en fait plus. Dumas de cocagne !

-La Morale des sens, Vicomte de Mirabeau. Libretto/ Phébus, 215 p., 8, 70 €. Par le frère de…, une ambiance proche du sensuel Verrou, par le peintre Fragonard.

-Le Mémorial de Sainte-Hélène, Emmanuel de Las Cases. Edition établie par Thierry Lentz, Peter Hicks , François Houdecek & Chantal Prévot. Perrin/ Fondation Napoléon, 860 p. 29 €. Premier tome du «manuscrit retrouvé» d’une prestigieuse édition en quatre volumes. Dans l’intimité de l’exil de l’empereur déchu.

-Le monde selon Victor Hugo, Michel Winock. Tallandier, 315 p., 20, 90 €. Le père des Misérables sa vantait d’avoir «fait l’amour dix-neuf fois pendant sa nuit de noces». Le jour de ses obsèques, les filles de joie n’ont pas fait payer.

-Nicolas le philosophe, Alexandre Dumas & Christophe Merlin. Grasset, 30 p., 19, 90 €. BD divinement vieillotte sur un sage qui se dépouille pour atteindre la liberté du sifflotement.

Les bons de sortie :

-Journal de travail des Raisins de la la colère (1938-1941), John Steinbeck. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et préfacé par Pierre Guglielmina. Seghers, 210 p., 17 €. Procrastination ou perpétuelle plainte, ce livre est aussi agaçant par le manque de confiance de l’auteur que la suffisance des prétentieux sans talent.

-Qu’est-ce qu’un chef ? Pierre de Villiers, Fayard. Le désordre c’est l’ordre moins le pouvoir, a écrit Léo Ferré.

-Fragile, Muriel Robin (XO), Tremble, Catherine Laborde (Plon) et Devenir, Michelle Obama (Fayard). Un mot pour titre, nouvelle mode dans l’édition people.

-Manuel de la guérilla médiatique, Raquel Garrido (Michel Lafon). Bouquin pour passer à la téloche tout en dénonçant le système de l’idiot-visuel.

-Névroses médiatiques, Gilles William Goldnadel (Plon). Une version de l’arroseur arrosé.

11.12.18

Permalien 17:30:52, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Léo Ferré commente les manifestations de la fin 2018

Seuls les démocrates ont le droit de critiquer la démocratie. Pas de tolérance avec les ennemis de la tolérance.

Le plus frappant dans l’intervention du chef de l’Etat, le 10 décembre 2018 c’est qu’elle n’était pas en direct.
Donner l’impression que l’on pense en play-back ce n’est formidable.
Il était important qu’il s’exprimât en prise directe avec/sur la population.
On peut l’imaginer refaire une prise, trouver qu’il n’était pas “bon” ici ou là.
Attention au peuple que l’on affame.
Quand on a rien à manger on devient très violent.
Les terroristes de la religion rêvaient d’une guerre civile.
Aujourd’hui, ils sont au chômage !!! (1°

Dernière minute, le 11 décembre 2018, à 22 h. Post prémonitoire, hélas ! J’apprends qu’il y a eu un attentat à Strasbourg. On est pris en sandwich entre les attentats et les casseurs. Situation intenable. Stop aux manifs qui sont le terrain idéal pour les semeurs de panique générale. Il faut le retour immédiat de la paix civile. La France est sous le coup de plusieurs menaces. Tous les Hommes de bonne volonté doivent le comprendre. D’abord la paix civile !

Permalien 14:43:09, Catégories: LITS ET RATURES, VAN GOGH FOR EVER  

Manifeste incertain (tome 7). Emily Dickinson, Marina Tsvetaieva. L’immense poésie, par Pajak, (Noir sur Blanc)

L’unique Pajak poursuit son chemin solitaire d’écrivain-dessinateur ou le contraire. La noirceur embaume son travail mais c’est un univers artistique où il fait bon se promener. Le noir, donc. Le noir avec plein de nuances. Le noir est une couleur. Qui dit noir, dit blanc aussi. Ce n’est pas de la BD. Il s’agit de récit avec des images. Les images ici sont comme la musique des bons films. Musique intelligente, pas celle des ascenseurs. Imaginez Miles Davis qui illustre les images de Louis Malle. Ou Mahler qui accompagne Schiele.
Les images de Pajak sont les fenêtres d’un train qui n’existe pas, hélas ! Celui que conduirait Blaise Cendrars et surtout pas Paul Morand. Après Apollinaire, Nietzsche et tant d’autres, le virtuose Pajak nous met en présence de deux grandes dames de la littérature.
La poète- c’est mieux que poétesse- Marina Tsvétaïeva, a cru se sauver dans les mots, en vain. Les maux l’ont emporté, massacrée par les drames : mort d’un enfant, et elle a longtemps cru que son mari Serge Effron avait été supprimé. En fond sonore de sa vie, le fruit et la fureur de la révolution d’Octobre. Pajak qui aime les caractères bien trempés et souvent maudits, ne pouvait pas ne pas faire figurer dans son œuvre Marina Tsvétaïeva, mère courage qui finit par abdiquer devant l’existence trop dure avec elle. La poésie lui a servi de bouée de sauvetage mais pas au point de la sauver totalement. Souvent obligée de changer de pays, lors de son exil, la poète a été très appréciée par ses éminents confrères.
Le livre fait revivre également l’américaine Emily Dickinson qui au contraire de Marina Tsvétaïeva, n’a pas quitté sa maison. Elle vit claquemurée, va dans son jardin comme si c’était le bout du monde, puis elle retourne à la page blanche. La sédentaire voyage dans sa tête plus qu’une nomade.
Les deux artistes sont des totems pour les amoureux de la littérature. Pajak les comprend comme s’il les voyait tous les jours. Son imaginaire se marie bien avec ses deux devancières, artistes majeurs. Pajak c’est un long sanglot sur l’enfance. La sienne. La nôtre. Il semble vouloir revenir fœtus. Pas pour être dans le ventre de sa mère. Simplement pour tout recommencer car il aime la vie. Il voudrait tout simplement qu’elle soit moins polluée par l’imbécilité ambiante.

-Manifeste incertain, tome 7. Emily Dickinson, Marina Tsvetaieva. L’immense poésie. Pajak, les éditions Noir sur Blanc, 320 p., 23 €

08.12.18

La France dans le chaos, acte IV

Un casseur ce n’est pas un rebelle. Un rebelle c’est Philippe Soupault qui devient Dada parce qu’il déteste qu’on envoie sa génération au casse-pipe de la Première Guerre Mondiale. Nos compatriotes qui réclament la dignité aux entrées de villes françaises n’ont absolument rien à voir avec les casseurs. Quand on casse des vitrines dans une dictature, la répression étatique tue aucun état d’âme.
En démocratie, l’Etat fait tout pour éviter le bain de sang, donc il est plus facile de casser dans les démocraties. On prend même très peu de risque, il suffit d’entendre ce qu’a dit un casseur à Paris, le 8 décembre 2018 quand un commerçant a riposté par un tir de balle en caoutchouc: “Mais il n’a pas le droit de tirer !”
Casser des vitrines en France pour voler les commerçants est-ce un acte politique ? Retourner des voitures pour les enflammer, est-ce un acte de rébellion ? Non, ce n’est que du vol et du vandalisme. Les manifestations, par l’ampleur des mouvements de foule, permettent les vols organisés. Ceux qui se disent contre la société de consommation voudraient en fait y appartenir. Quand Mandela se rebellait c’était héroïque mais attaquer une démocratie c’est du fait-divers. Rien à voir avec les revendications légitimes des gilets jaunes. Dans la majorité silencieuse il y a beaucoup de gilets jaunes. On ne pense pas du bien des gouvernants qui lancent sur les routes des voitures banalisées conduites par des sociétés privées réénumérées selon les résultats de leur traque aux automobilistes qui roulent à 40 km/h au lieu de 30 ou a 90 km/h au lieu de 70 ou 80. Les dirigeants du pays doivent comprendre qu’à force de puiser dans le portefeuille des citoyens ceux-ci sont ruinés. Le combat pour la survie est un combat louable.

Va-t-on encore voir ce spectacle pendant longtemps ?
Les casseurs profitent du désordre pour piler, vandaliser tout ça aux frais des commerçants, des contribuables. Quel gaspillage !
Quand un commerçant a essayé de défendre son magasin, un assaillant a dit:
-"Poussez-vous ! Vous êtes assuré…”
Quand un autre commerçant abrité dans son magasin attaqué par une horde d’une dizaines d’agresseurs ultra violents a riposté avec une arme défensive quasi inoffensive, un casseur, en flagrant délit d’attaque, s’est écrié:
-"Mais il n’a pas le droit de tirer !”
“Le président est dans son bunker et n’en sort pas” a dit un gilet jaune.
Ce président n’a reçu que 18 % des voix au premier tour des présidentielles 2017 au cours desquelles on a dénombré:

Abstentions 10 578 455
Blancs 659 997
Nuls 289 337

Donc tous les opposants sont en train de se révolter après seulement 18 mois de gouvernance.
Le net est passé par là. Le monde s’accélère à la vitesse d’un clic sur le clavier.
Le peuple se révolte, c’est bien normal après l’arnaque de l’euro qui a fait passer en une nuit la baguette de 0,80 cts à 6,50 francs.
Le fossé est trop grand entre les gros et les petits.
Jadis on pouvait être pauvre et vivre.
Aujourd’hui, c’est impossible. La vie est devenue trop chère.
Le pouvoir en place va-t-il laisser Paris ville morte chaque week-end ?
Il faut faire attention aux mots qu’on emploie.
Macron paie pour tous les autres: “Pauv’con” (Sarkozy), “les sans-dents” (Hollande)…
Paris le week-end ressemble à la pire ville de dictature. Des policiers de partout.
C’est ça le pays de la liberté, égalité, fraternité ?
Où sont les hommes responsables, ceux qui ont la vraie valeur de l’argent ?
A force de détruite droite et gauche, c’est l’anarchie.
Les énarques dirigent la France comme une entreprise mais c’est un pays !
Tout le monde a le droit d’y vivre le plus dignement possible. Les riches comme les pauvres.
Quelle tristesse de voir la France attaquée par les siens.
La parole présidentielle doit rétablir la paix civile.
Président de la République ce n’est pas un métier mais une vocation.

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