Catégorie: LITS ET RATURES

20.01.18

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Si Versailles m'était conté par Jean-François Solnon et Alexandre Maral (Perrin)

On croit tout savoir sur le quotidien de Versailles, sous Louis XIV, mais on se trompe souvent. Par exemple, on raconte toujours que les gens étaient très sales. Faux !
Jean-François Solnon nous apprend que le Roi Soleil connaissait l’usage du bain. Il ne se parfumait donc pas sous le maquillage. Rien que pour ça, Versailles de Jean-Françis Solmon doit être lu et même dévoré. Le bel ouvrage est sous-titré «Vérités et légendes ». Parfait car il dit des vérités indispensables.
Le même éditeur nous propose un focus sur le château grâce à Alexandre Maral qui nous présente Les derniers jours de Versailles, un pavé de 600 pages qui ne nous étouffent pas. Elles étaient nécessaires pour nous faire revivre la fin d’une époque dont on parle encore. L’année 1789, date phare. Le 17 juin, le Roi Louis XVI perd son pouvoir qui passe aux dirigeants de l’Assemblée nationale. Le 14 juillet se déroule la Révolution populaire suivie le 4 août d’une révolution sociétale. La révolution idéologique intervient le 26 août pour déboucher finalement sur la révolution sociale, les 5 et 6 octobre.
Tout le livre nous fait revivre les événements historiques dont on parle encore. Le travail d’Alexandre Maral est considérable. Mieux qu’un film. Il faut lire, s’arrêter, imaginer et reprendre la lecture. Un vrai voyage dans le temps.

-Versailles, Jean-François Solnon. Perrin, 272 p., 13 €
-Les derniers jours de Versailles, Alexandre Maral. Perrin, 608 p., 20 €

18.01.18

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Caractériel, l'hymne à l'enfance de Denis Tillinac. Albin Michel

Absolument pas tendance, le nouveau livre de Denis Tillinac est plus proche d’Un adolescent d’autrefois de François Mauriac que des lamentables bouquins qui se veulent révolutionnaires parce que leurs auteurs racontent comment ils s’envoient à l’air, des histoires qui font patatras tellement elles sont banales. S’il suffisait de se faire sodomiser pour devenir André Gide, Paris serait une édition de la Pléiade à ciel ouvert. D’ici peu, on aura droit à la flamme du gay inconnu, pronostiquait Emmanuel Berl en 1930. Cela augmenta son calepin d’ennemis. Marcel Proust n’a jamais raconté ses aventures sexuelles. Il avait mieux à faire: ECRIRE.
Revenons à Tillinac, soit à la littérature. Caractériel contient son enfance. On a l’impression de tenir dans les mains un sablier avec le temps qui nous file entre les doigts. «L’enfance n’est pas la jeunesse ; après elle a agonisé, il n’en reste rien (…) A partir de l’adolescence on ne sait plus qu’effeuiller le catalogue banal des ambitions». On sait qu’on ne se remet pas de son enfance, surtout si elle s’est mal passée. Et quand elle s’est déroulée dans une ambiance magnifique, on la regrette aussi mais c’est alors une douce nostalgie. Tillinac passe en revue ses souvenirs, ceux qui l’accompagnent encore souvent dans sa vie d’adulte.
Le mémorialiste correspond bien à la définition de l’écrivain donné par l’éditeur Bernard de Fallois : «C’est quelqu’un qui sait tenir en haleine avec un style qui ne l’emporte pas sur le fond ». Enfant, Tillinac se prenait pour Raymond Kopa. Un gamin qui a dix ans se prend pour Rodin ou Shakespeare cela n’existe pas. A cet âge-là, même Molière ne s’est jamais pris pour Molière. Après avoir passé le permis de conduire, Denis Tillinac a peu à peu réalisé qu’il préférait finalement le temps où il faisait semblant de conduire des Dinky Toys. La littérature est une grande machine à remonter l’enfance. Celle de Tillinac rime avec élégance. Il écrit avec des mots et non pas avec des idées, à l’inverse des amoureux d’eux-mêmes qui paradent à la télé pour nous dire qu’ils sont plus intelligents que nous.

-Caractériel, Denis Tillinac. Albin Michel, 174 p., 15 €

15.01.18

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La non publication des pamphlets de Céline par Gallimard

La littérature est réservée à l’élite des lecteurs. Attention ! un vrai lecteur peut être issu d’un milieu « modeste » comme ils disent. L’important c’est d’avoir eu la révélation littéraire. Pour ce qui est de la nouvelle polémique autour de Céline, on peut vérifier une fois de plus le manque de rigueur. Dans “Le Monde", daté 12 janvier 2018, on lit, dans l’article d’une essayiste : «De l’excellent dossier que “Le Monde des Livres", du 5 janvier, consacre à …» Excellent c’est vite dit car le dossier ne signalait même pas que l’ex futur édition des pamphlets de Céline par les éditions Gallimard devait aussi contenir Hommage à Zola (1933), Mea culpa (1936) et A l’agité du bocal (sur Sartre, 1948). Le Monde se contentait de citer Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941). Le Monde n’a donc pas cité trois textes qui sont dans l’édition disponible au Québec que l’on peut acheter sur internet. Tous les pamphlets de Céline sont accessibles chez les bouquinistes ou dans les salles de ventes.
Oui, la littérature est pour happy few. Les lecteurs sont intoxiqués par des bouquins gavés de concession pour le grand public. Emmanuel Berl disait : “C’est quoi le grand public ? Celui qui regarde les gros titres de France Soir devant les kiosques des grands boulevards… Je peux m’en passer !” Léautaud pensait la même chose: “Pour plaire au plus grand nombre, il faut être vulgaire!”
Les vrais lecteurs lisent Vialatte, Aymé, Perros, Cioran, Blondin, Jacques Perret, Vauvenargues… L’un de mes amis, Jean-Yves Allizan, qui est capable de traverser la France pour dénicher une édition de Jules Supervielle, a été ainsi accueilli par un libraire auquel il demandait des œuvres de Bove et Calet : «Mais vous n’aimez que les auteurs neurasthéniques… » Pour faire bref disons que ceux qui crachent sur Céline sont les mêmes qui encensent Louis Aragon, stalinien notoire qui n’a jamais dénoncé le Goulag. On peut lire les Odes à Staline d’Aragon et d’Eluard mais pas les textes antisémites de Céline présentés par Régis Tettamanzi, professeur à l’université de Nantes, et préfacés par Pierre Assouline dont on attendait avec impatience les lumières. Y a-t-il esprit plus ouvert que le sien dans l’intelligentia ?
Les brûlots de Céline ne sont pas à mettre dans toutes les mains. Voilà pourquoi le renoncement de Gallimard, qui ne publiera pas l’anthologie des pamphlets signés par Céline, ne correspond pas à une censure bien que la fin du projet soit initiée par la milice littéraire qui a fait pression au point de faire intervenir dans le débat les plus hauts dignitaires de l’Etat qui ont eu droit à dire leur mot sur un livre qui n’existe pas ! Tout ce vacarme a été organisé autour d’un livre à l’étude sans date de parution précise. La haine anti Céline est égale à son antisémitisme. Ceux qui pourchassent la postérité de Céline ferment les yeux sur l’antisémitisme pourtant présent dans le Journal inutile de Paul Morand qui est resté antisémite même après 1945 et la connaissance des camps de la mort.
Et il est évident que si Céline n’a pas été fusillé c’est parce que le monde des lettres avait déjà été sanctionné : Robert Brasillach a été condamné à mort, et Pierre Drieu la Rochelle s’est suicidé. Ces deux disparitions brutales ont permis à Chardonne et Jouhandeau de mourir dans leur lit respectif.
Parmi ceux qui étaient pour la publication des écrits incendiaires de Céline certains soulignent que l’on doit tout savoir sur un écrivain, ses qualités comme ses tares. Pour cela il faut savoir lire. Il est vrai, pour aller dans le sens de la décision finale, qu’on ne peut pas laisser des ennemis de la tolérance s’emparer des écrits antisémites de Céline pour répandre encore plus du venin dans la société française.
Céline ne voulait pas qu’on republiât sa veine antisémite car il a exprimé celle-ci dans un temps bien précis. Les pamphlets de Céline ne forment pas le meilleur versant de son œuvre. Il voyait des Juifs partout même dans l’ADN de personnalités qui ne sont pas issues de famille juive. Céline est un misanthrope qui désigne un seul ennemi alors que le misanthrope ne fait pas de distinction dans le genre humain. S’il s’en était tenu à Voyage au bout de la nuit (1932) et à Mort à crédit (1936) il serait un phare de la dimension de Proust, sans aucune réserve dans sa bibliographie. Céline n’était pas Voltairien car il condamnait les gens au nom de ce qu’ils étaient et non pour ce qu’ils faisaient. Voltaire montre très bien que l’on doit s’en tenir à ce que les gens font et jamais à ce qu’ils sont. Voilà une belle définition de la tolérance.
On ne veut pas de l’antisémitisme de Céline mais on peut accéder facilement à Mein Kampf d’Hitler, tombé dans le domaine public. Comme si l’écrivain était plus dangereux que le dictateur. Si les pamphlets antisémites de Céline avaient été republiés par Gallimard, il est certain que le succès de librairie était assuré. Le scandale déclenche toujours de grandes ventes. Céline le savait bien, lui qui avait un sens aigu de la publicité. Il savait qu’en déversant du fiel, il ferait parler de lui, au-delà de son tombeau. On vient encore de voir qu’il avait raison de croire à la pérennité de son œuvre.
Il aussi faut saluer son immense talent pour choisir les titres de ses livres. Tous sont magnifiques. Les plus célèbres comme les moins connus : Féerie pour une autre fois (1952), D’un château l’autre (1957). Les écrits de Céline tomberont dans le domaine public en 2031 (soit 70 ans après la mort de l’écrivain en 1961) et seront alors libres de droits. Madame Destouches-Céline (Lucie Almansor née le 20 juillet 1912) ne peut donc pas mettre de beurre dans ses épinards.

12.01.18

Le Dictionnaire du grandiose Winston Churchill, par Antoine Capet (Perrin)

Ce pavé contient la vie d’une des plus grandes personnalités du XXe siècle, et même de l’Humanité. La couverture dévoile une multitude de Winston Churchill et c’est très bien vu car l’homme avait de multiples talents, en premier lieu celui d’être un bon vivant. Il aimait manger, boire et fumer. Sans parler du reste.
A la fois militaire, politicien, peintre et écrivain. Figurez-vous qu’il a eu le prix Nobel de littérature en 1953… à son plus grand mécontentement car il voulait le prix Nobel de la Paix ! A juste titre. L’homme qui trinquait avec Staline et Roosevelt n’a jamais vu Hitler qu’il vomissait. «Je ne hais personne, sauf Hitler», disait-il. S’il a fait tuer des marins français à Mers el-Kébir c’est pour éviter que Vichy donne la marine française aux nazis. De Gaulle l’avait bien compris.
Les points forts de sa vie… Naissance le 30 novembre 1874. Député de Manchester, 1905. Ministre du commerce, 1908. Commence à peindre, 1915. Premier ministre, 1940. Rencontre De Gaulle, 9 juin 1940. Churchill fournit un avion à De Gaulle pour qu’il vienne à Londres. Fait bombarder la marine française à Mers el-Kébir, 3 juillet 1940. Meurt le 24 janvier 1965.
On raconte que Churchill a dit : «No Sport !», pour expliquer sa longévité mais il a pratiqué le polo, le golf, le hoquet, la natation… Il fut aussi un incorrigible joueur au casino. Il adorait autant voyager que rester devant son chevalet. Il a beaucoup écrit jusqu’au moment où il a signé des textes qu’il n’avait pas écrits. On l’a dit alcoolique, non sans raison. Il buvait autant de thé que de champagne. Il a fumé 200 000 cigares, détestant la pipe et les cigarettes.
Le magistral dictionnaire que lui consacre Antoine Capet se lit avec délectation. On ne s’engage pas dans une biographie de Churchill comme dans celle d’Hitler. Avec l’Anglais, on passe des moments délicieux qui scintillent d’intelligence. On est fier d’être un humain. Churchill a tout fait pour que l’Angleterre ne s’agenouille pas devant Hitler et il a réussi ! Pendant ce temps, Pétain serrait la main à l’Allemagne de la pire époque. Père à multiples reprises, Churchill a dévoré la vie. Il n’a pas été qu’un grand guerrier. Un artiste dans toute sa splendeur.
Winston Churchill a été un acteur dans la vie qui ne l’a pas toujours épargnée. Il aurait pu être un acteur phénoménal tant sa présence crève l’écran grâce à son charisme. De la dimension d’un Orson Welles. Eternelle reconnaissance. Nous sommes libres grâce à lui.

-Winston Churchill : le Dictionnaire, Antoine Capet. Préface Randolph Churchill. Avant-propos, François Kersaudy. Perrin, 862 p., 29 €

11.01.18

Permalien 09:44:32, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Bernard de Fallois (1926-2018), un champion de la discrétion

Bernard de Fallois adorait le Cirque et la chanson, grand ami de Mireille (Berl), elle-même grande amie de France Gall. Il suffisait de dire: “Cirque !” pour revoir le petit garçon qu’il fut et qu’il n’a jamais cessé d’être. Le grand éditeur ne se laissait pas encombrer par la médiocrité. Il fut l’éditeur de Proust, Simenon et Pagnol, trois phares. C’est mieux quand on a une longue route à faire. Il haïssait perdre son temps. A la fois proche et très réservé, il avait un beau sourire complice. Il valait mieux être son ami que son ennemi. Il savait lire et très bien lire. Découvreur de talents et fin gestionnaire pour assurer ses arrières sans aucune grandiloquence. Longtemps, il s’est caché derrière le rideau de fumée de ses cigarettes blondes américaines.

Bernard De Fallois a publié mon premier livre: Essais, Berl.
En 1985, chez Julliard. Dix ans plus tôt, j’avais promis à Emmanuel Berl que je retrouverai à la B.N. ses anciens articles éparpillés dans des revues qui n’existaient plus. Berl ne voulait pas, et m’incitait plutôt à rechercher la femme de ma vie.
Robert Gallimard voulait éditer le livre mais il m’a dit, dans son bureau, que c’était mieux d’aller voir Bernard de Fallois qui m’a tout de suite dit: “Oui !”
De Berl, il avait déjà publié son dernier livre: Regain au pays d’Auge, Livre de Poche 1975.
Sur la page de présentation, Bernard de Fallois a mis son nom avant le mien, sans tenir compte de l’ordre alphabétique. Il a voulu souligner que j’avais fait le plus “gros” en retrouvant les articles.
Quand il a reçu le livre, il m’a fait venir.
Il a mis un exemplaire debout sur la tranche et on l’a regardé comme deux parents.

Un très grand moment. Il savait ce que cela représentait.
On ne le voyait jamais à la télévision. Signe de sa grande classe.
Il a consacré toute sa vie à la littérature. Il aurait pu être écrivain: il a choisi d’être éditeur.
Jeune, il fut à l’origine de deux inédits de Proust: Jean Santeuil et Contre Sainte-Beuve.
Voilà pourquoi il a été si sensible à ma démarche. André Maurois le remercia comme lui me remercia.
Son autre grand Marcel, ce fut Pagnol.
Quand je passais la porte de chez lui, il me lançait : “Santé, prospérité !”
Il disait que je lui faisais penser à ça.
Magnifique, non ?

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