Catégorie: LITS ET RATURES

25.09.17

François Raveau, héros de la Résistance à 13 ans (Presses de la Cité)

Né en 1928, François Raveau a 11 ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Dès 1940, il s’engage dans la Résistance avec ses parents protestants. En 1944, le jeune homme est déporté à Neuengamme puis Fallersleben et Wöbbelin. Pour l’élaboration de ce livre d’entretiens, il est retourné dans ces camps et aussi sur les lieux de la Résistance en Dordogne. Il raconte aussi comment il est devenu docteur en anthropologie et professeur agrégé de médecine (neuropsychiatre). Le livre existe grâce à son interviewer est Michel Mollard – né en 1964- polytechnicien et docteur ès sciences économiques. Grand merci d’avoir rendu ce bel hommage.
François Raveau dit qu’il n’a pas eu vent de l’Appel du 18 juin 1940 de De Gaulle le jour où il l’a lancé. Cela nous change de tous ceux qui disent l’avoir entendu alors que ce n’est pas vrai. Il faut savoir que très peu de Français connaissaient alors le nom du général et encore moins son visage. Il n’y avait pas la télévision, faut-il rappeler. Il a ensuite lu l’Appel et bien lu. Le Résistant explique qu’on ne sait pas comment on s’engage dans la Résistance, il n’y a ni bureau ni carte. Encore moins d’insigne genre «Francisque» ou «Touche pas à mon pote»- si vous voyez où je veux en venir, ça c’est le Bou[s]quet ! On devient résistant parce qu’on est «contre les Allemands, contre Vichy».
A 13 ans, le jeune Raveau devient «agent de liaison» et transporte des documents d’un point à un autre sans rien demander. Qui pourrait se douter que ce gamin est un héros ? Il cache ses dossiers dans son cartable au milieu de ses livres et cahiers. Personne ne pense à le contrôler. A l’époque, il traite en ennemis le «Maréchal, le gouvernement de Vichy, la police, les gendarmes et le peuple français». Cela fait du bien de lire une parole authentique à l’heure où un histrion médiatique nous raconte que c’est la rue qui a chassé les nazis, au mépris des Alliés. François Raveau à un parcours qui fait grand bien au lecteur trop souvent sollicité par des bouquins sur des collabos. Les héros ne courent pas les rues. François Raveau en est un mais comme tous les héros il ne s’en vante pas. Songez que Jean Moulin n’a jamais dit ce qu’il faisait à son secrétaire Daniel Cordier. Il lui parlait peinture.

-Je suis le chat qui va tout seul… Une vie pour comprendre. Entretiens de François Raveau, plus jeune résistant déporté de France avec Michel Mollard . Presses de la Cité, 302 p., 21 €

27.08.17

Permalien 09:34:19, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Bob Dylan Electrique, Newport 1965. Du folk au rock. Histoire d’un coup d’état, par Elijah Wald. (Rivages Rouges)

Le 25 juillet 1965 ne fut pas un jour comme les autres dans la vie de Bob Dylan.
Jusqu’alors, le chanteur était le jeune maître de folk songs.
A partir de ce concert du festival de Newport, il se situe aussi dans le rock avec sa guitare Fender Startocaster.
Il joue avec des superbes musiciens qui font vibrer Maggie Farm et Like a Rolling Stone.
Le concert du 25 juillet 1965 marque donc la fin d’un cycle pour une renaissance.
Elijah Wald remonte le fleuve Dylan, pour nous dire ses influences et ses successives évolutions.
L’auteur de Blowing’ in the Wind nous avez prédit que le temps allait changer.

-Bob Dylan Electrique, Newport 1965. Du folk au rock. Histoire d’un coup d’état. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emilien Bernard. Elijah Wald. Rivages Rouges. 384 p. , 23,80 €

25.08.17

Pierre Dac (Cherche Midi), Maurice Garçon (Tempus), Marie Rameau (La ville brûle) et Philippe Henriot (Perrin)

Philippe Henriot incarne ce que la France a de plus détestable, celle capable de se mettre à genoux devant l’occupant, en l’occurrence les nazis. En revanche, Pierre Dac est le Français dans toute sa grandeur: insoumis face à la connerie et plein d’humour. De manière encore plus directe: Henriot fut un collabo et Dac un grand résistant, la voix de la France Libre à Londres avec le général.

Maurice Garçon (1889-1967) fut l’un des plus grands avocats de son temps et son journal vaut le coup pour qui s’intéresse aux années noires de la France, celle de l’occupation, de la collaboration et de la résistance. Alors qu’il était pétainiste, l’avocat vire casaque est devient très critique envers les Vichystes. Farouche opposant aux lois de Vichy, il a de très grandes qualités de portraitistes. Il pense en revue beaucoup de ses contemporains qu’il passe à la moulinette dont Sacha Guitry dont précise qu’il était impuissant. Ce genre d’informations ne passe pas inaperçu. Il aimait écrire, cela se voit, et comme souvent c’est quand il fustige qu’il excelle. Ce journal nous replonge dans notre préhistoire celle sur laquelle Patrick Modiano a beaucoup écrit. Ici tout est écrit en direct, ce n’est pas un roman. Un vrai régal. Une mine d’informations. De l’humeur de partout.
Le gros ouvrage sur Philippe Henriot permet de retrouver l’orateur de la collaboration. Le prof de province a été starifié par la Radio, grand mangeur de micros pour déverser sa haine contre la démocratie. Il éructait, et ne parlait pas. Les gens l’écoutaient, buvaient ses paroles. Pierre Dac un jour lui régla son compte dans une polémique. Le nazi franchouillard prétendit que Dac n’était pas un bon français parce qu’il était Juif. Dac le remit à sa place comme il faut, lui rappelant que des tombes contenaient les siens – dont son frère- «morts pour la France ». Dac fustigea Henriot en prédisant qu’il serait bientôt mort pour Hitler… Bien vu ! Vichy a eu le temps d’organiser des obsèques nationales à l’un des plus grands anti-français de l’Histoire.
A 180° du livre sur Henriot, l’ouvrage de Marie Rameau, Souvenirs, fait un travail de mémoire de très haute importance. On y retrouve des femmes, et rien que des femmes, arrêtées et déportées pour faits de résistance. Claquemurées, humiliées, elles trouvent la force de s’occuper dans de petits travaux pour créer des bijoux. Oui, face à mort qui est partout, elles créent. Le livre nous dévoile ce qu’elles ont fabriqué : broches, bijoux, sacs, dessins, sous-vêtement… Quelques dames présentes dans le livre : Denise Vernay, Violette Maurice, Odette Elina, Denise Lorach, Jeannette L’Herminier, Lise London, Germaine Tillion. Des dames de bonne compagnie.
Et ne pas oublier la nouvelle belle réédition du Parti d’en rire, de l’indémodable Pierre Dac à l’humour indispensable. Avec Francis Blanche, il a ouvert la voie à l’humour décapant qui joue sur les mots de manière toujours hyper intelligente.

-Journal 1939-1945, Maurice Garçon. Tempus. 1092 p., 17 €
-Philippe Henriot, Pierre Brana et Joëlle Dusseau. Perrin, 402 p., 24 €
-Souvenirs, Marie Rameau. La ville brûle, 224 p., 30 €
-Le Parti d’en rire, Pierre Dac. Le Cherche Midi, 154 p., 15,90 €

Permalien 10:38:56, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Walden ou la vie dans les bois, Henry David Thoreau (Albin Michel et Folio)

En 2017, c’est la mode de lire des livres sur les arbres ou sur la marche alors mieux vaut lire la version originale que la copie. Walden ou la vie dans les bois est le récit du séjour au sein de la nature de Thoreau qui se veut à l’écoute du monde, donc du vent, des chants des oiseaux, de la météo, du bruissement des arbres, ainsi de suite. C’est un appel à l’insoumission, à la désobéissance intelligente qui n’a rien à voir avec le terrorisme imbécile de retardés au cerveau abîmé par le shit. Un débile qui se came ne devient pas Hendrix. Thoreau est à lire d’urgence. Un ami de chevet pour la vie.
Auteur de plusieurs écrits magistraux- tels Je suis simplement ce que je suis et De la désobéissance civile- Henry David Thoreau (1817-1862) est on ne peut plus moderne et d’actualité ce qui en fait un auteur universel, hors du temps. D’une exigence absolue, il a tout fait pour vivre en accord avec ses idées: il avait l’ambition de vivre au sein de la nature pour être en résonance avec l’univers, terre et cosmos. Un hippie avant l’heure. Oui avant le massacre de la faune et de flore par la pollution industrielle, il avait déjà ressenti le besoin d’aller à l’essentiel, à savoir vivre sans se créer des dérivatifs inutiles. A quoi bon s’enquiquiner à vouloir briller socialement de mille feux puisque l’on va tous finir dans un trou noir.
Brillant étudiant, il combat l’esclavage et toutes les autres injustices avant de comprendre qu’il est trop seul pour changer la société. Autant changer de société ! Il remplace les hommes, par les arbres. « Si nous pouvions avoir un récit clair de l’Indien, les choses seraient différentes, car il est plus au fait de la nature pure. » Thoreau œuvre pour rendre justice aux opprimés qui refusent ce qu’on appelle la civilisation. Loin de se replier sur lui-même, comme Jean-Jacques Rousseau, il ne cesse pas de prôner l’amitié dans ses écrits et notamment dans le tome 3 de son journal inédit. « Dans l’amitié nous adorons une beauté morale qui n’a pas le caractère formel de la religion (…) [C’est] un printemps éternel. » Il n’y allait pas avec le dos de la cuiller. Pour lui, un ami c’était «la chair de ma chair, l’os de mes os ». Plus qu’un frère. Il plaçait les liens de l’esprit au-dessus de ceux du sang. L’apothéose, bien sûr, étant alors l’amitié avec un frère. Fait rarissime.
Thoreau se détourne des livres savants qui ne lui apprennent rien sur la vie. Il aime mieux les ouvrages « vrais, sincères et humains ». Il reproche aux philosophes de passer leur temps à penser sans agir tandis que le poète, lui, pense et agit pour rendre perceptible les «déductions de la philosophie». Thoreau se veut témoin et acteur. Il fuit les musées qui lui font penser à des nécropoles de la pensée figée dans des objets inertes. Rien ne vaut le craquement d’un feu fabriqué soi-même avec le chant d’un oiseau en fond sonore. Dans les musées, il se rend tout de suite au bord d’une fenêtre pour regarder le paysage. La vision de la terre et le ciel lui est indispensable sous peine d’avoir l’impression de dépérir à la vitesse grand V. Il veut toujours se confronter aux éléments de la vie. Il réclame le face à face permanent avec le monde naturel.

-Walden ou la vie dans les bois, Henry David Thoreau. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Louis Fabulet. Préface Frédéric Gros. Albin Michel, 431 p., 8,90 €. En vente dans cette très belle édition à partir du 1er septembre 2017.

-De la simplicité, Thoreau. Traduction Louis Fabulet. Folio, 105 p., 3,50 €

12.08.17

Permalien 07:11:40, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER  

Gala/ Dali à Cadaqués et Picasso, partout (Robert Laffont et Larousse)

Philippe Soupault détestait Dali, sa peinture autant que le personnage. Il m’a dit : “Dali fait penser à cet animateur de télé qui avait un nom de savon…”

A la mort de Dali, un journaliste a téléphoné à Philippe Soupault pour lui annoncer le décès de celui qu’il avait connu dans les années 1920 : «Bonne nouvelle ! Non, je n’ai rien à déclarer.» Le cofondateur du Surréalisme – surnommé la Hyène quand il était jeune, c’est dire son tempérament- détestait le peintre qu’il accusait d’avoir «léché les bottes de Franco». Pour Soupault, Dali était un imposteur qui se faisait passer pour surréaliste alors que les vrais peintres surréalistes étaient Tanguy, Ernst, Masson et de Chirico (Magritte est plus surréaliste que Dali). Le poète n’était pas tendre avec les cendres du disparu et… à présent on vient de déterrer le peintre pour faire un test de paternité sur son cadavre car une femme prétend être sa fille. Mieux vaut mourir inconnu ces temps derniers. Et surtout pauvre !
Un livre-enquête signé par le duo Gasquet/Llorens-Vergés évoque le couple Dali-Gala qui a vécu à Cadaqués. Avant d’être avec le peintre, Gala fut la compagne de Paul Eluard. Tout le quotidien de la partie visible du couple est passé au peigne fin jusqu’à ce qu’ils aimaient manger, recette comprise. A la fin de sa vie, Dali a fini clown dans un spot publicitaire pour une marque de chocolat. Ce couple ne fait rêver que ceux qui rêvent d’être connus. Soupault m’a certifié que Dali parlait comme et vous. Et qu’il ne délirait que devant la presse pour inventer un personnage. Sa peinture ce n’est pas grand-chose face à Picassso. C’est mieux que Picabia mais moins bien que Derain. Les montres molles ça va 5 minutes. Dali a inventé, une marque, un produit. Soupault m’a expliqué que Dali était un jeune homme tout timide pris en main par Gala qui a vu qu’elle pourrait plus tirer profit de Dali que d’Eluard qui lui collectionnait et vendait des tableaux.
Je parlais de Picasso. Bonne occasion de le retrouver dans deux beaux albums. L’un relié sous jaquette, de John Finlay, est présenté en 20 chapitres qui survolent toutes les grandes étapes de l’œuvre dans ses différents ateliers. Un château n’était qu’un atelier pour Picasso qui laissait ses toiles souvent au sol. La plus belle de ses demeures était toujours en chantier. Il est resté saltimbanque toute sa vie, vous remarquez dans le mot la présence de Banque… Picasso a su transformer chaque ligne en or, disait Orson Welles. Tant de maudits pour un Picasso, grand artiste mais aussi génial commerçant. La monographie de Guitemie Maldonado, elle, analyse trente œuvres de façon simple et efficace. La peinture de Picasso est inépuisable et il est vraiment grotesque de voir au feu des voitures signées Picasso. Vulgaire opération mercantile. Si au moins les voitures avaient l’avant à la place de l’arrière et un design digne du génial. Picasso disait goguenard : «Je plains ceux qui me suivent : j’ai tout inventé».
On peut trouver tous les défauts à Picasso mais l’évidence saute aux yeux: sa peinture est géniale. Il était peintre comme on nait blanc ou noir, grand ou petit. Il a assimilé toutes les œuvres qui l’ont précédé pour créer à sa manière, une nouvelle façon de peindre. Il s’est beaucoup inspiré des œuvres africaines qui sont toutes non signées. Il disait: “Quand je vais au musée de l’Homme c’est moi qui interroge les statues et non pas le contraire". Picasso s’est amusé toute sa vie, aussi bien dans les périodes de vache enragée que dans la phase de l’opulence. C’est celui qui continue de jouer aux cubes quand les autres deviennent avocats ou huissiers. Il a conservé son âme d’enfant jusqu’au bout. Dans n’importe quel endroit, il créait: au bistrot dès que la conversation tournait en rond, il prenait un paquet de Gitanes et faisait un découpage. S’il voyait un vieux vélo, il détournait la selle et le guidon pour faire la tête d’un taureau. Picasso est le virtuose absolu. Il est allé jusqu’à dire : “Braque c’est ma femme", car Braque est Picasso en version intellectuelle. Picasso communiste ? Cela fait rire aujourd’hui, mais il était sincère. Qu’il est loin le temps où le PC avait pour adhérents Picasso et Aragon. Face à un Picasso, on ne s’ennuie jamais. On sent le souffle de son esprit. Son âme clignote de partout. Et ce n’est jamais n’importe quoi. Le cubisme par exemple, qu’est-ce que c’est ? Tout simplement voir quelque chose sous tous ses aspects possibles. On souhaite à tout le monde d’avoir cette même vision de l’existence. Le premier découvreur de Picasso fut Guillaume Apollinaire qui fit beaucoup pour le faire connaître. Apollinaire aimait aussi énormément Matisse, un autre génie de la peinture. Apollinaire a écrit que la peinture était “une tentative d’organiser le chaos du monde". On peut difficilement dire mieux.

-Gala et Dali de l’autre côté du miroir. A Cadaqués, sur les traces d’un couple mythique. Dominique de Gasquet et Paquita Llorens-Vergés. Robert Laffont, 260 p., 20 e
-Le monde de Picasso, John Finlay. Larousse, 180 p., 29,95 €
-Lire la peinture de Picasso, Guitemie Maldonado. Larousse, 176 p., 17,95 €

Une exposition Picasso est organisée dans quatre musées de Rouen jusqu’au 11 septembre 2017.

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