Catégorie: LITS ET RATURES

18.02.19

Permalien 17:28:41, Catégories: LITS ET RATURES  

Le degré zéro des aphorismes

Georges Perros nous a donné des aphorismes avec un soin infini. Kraus lui a insisté dans ce domaine qu’il ne maîtrisait pas du tout. Un aphorisme doit parler à tous dans une pensée profonde ramassée en quelques mots. Rien à voir avec une logorrhée sans intérêt.

N’est pas Chamfort ou Cioran qui veut. Ce recueil d’aphorismes de Karl Kraus (1874-1936) mérite le trophée du pire livre de l’année. Pas besoin d’attendre les autres, même ceux qui font craindre une prochaine calamité. Autant un ouvrage peut déclencher un enthousiasme, autant d’autres font naître une colère. J’attendais beaucoup de ce livre et une fois dans les mains, il ne pèse pas plus lourd que les torchons des vedettes éphémères écrits par un écrivain-fantôme (ex nègre)qui a besoin de becter. Mieux encore lire les mémoires de telle ou telle cruche de téléréalité, comme ils disent.
La littérature doit être un lieu qui transcende la vie : pas la peine de publier des écrits prétentieux qui sont d’une insondable médiocrité.
Voici un extrait des inepties alignées sans retenue : «La littérature d’aujourd’hui est faite de recettes concoctées par des malades». Kraus parle-t-il de lui ?
«Il y a des hommes que n’importe quelle femme serait en mesure de tromper.» Il y a encore plus misogyne : «Il y a des femmes qui ne sont pas belles, mais qui le paraissent».
Chaque page contient des élucubrations bonnes pour la corbeille à papier. Ici : «Nous devons d’abord devenir ce que ne sommes pas». Là : «La nuit, toutes le vaches sont noires, y compris les blondes». Plus loin : «Le médicament prescrit par le médecin : par ici la monnaie, et bon vent !». Ailleurs : «J’ajuste mon arc en fonction de mon adversaire».
Si on insiste pour lui laisser une petite chance, on a droit à : «Pour certains, c’est un supplice d’avoir raté une bonne affaire».
Il y a encore plus insignifiant : «La véritable cruauté n’a pas de limites».
Le pompon c’est sans doute : «Parler de la vie de famille est une intrusion dans la vie privée».
Palme de la goujaterie ? «Chez les femmes, rien n’est impénétrable sauf sa superficialité.»
Pour avoir une idée du bâclage, il suffit de lire : «L’art sert à ouvrir les yeux » (page 43) et «L’art sert à nous ouvrir les yeux ». (page 63)
Un fait certain : avec les siens, Karl Kraus ne voyait que son nombril.

-Il ne suffit pas de lire, Karl Kraus. Traduit et préfacé par Alfred Eibel. Klincksieck, 77 p., 17 €.Li

07.02.19

Permalien 22:36:27, Catégories: LITS ET RATURES  

Livres : bons d’entrée (Rambaud, Kirby, Menant, Foucquet, Wallendorf, Cerquiglini, «Sido», Flynn, Cioran et Proust) et aussi les bons de sortie !

Les bons d’entrée :

-Emmanuel le Magnifique, Patrick Rambaud Grasset, 260 p., 16,50 €. Portrait au vitriol par un Daumier qui croque par écrit.

-Le Ha-Ha, David Kirby. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin. Actes Sud, 100 p., 15 €. Parabole de la tranchée qui divise le sol sans nuire au paysage. Le poète d’ouverture abolit les clôtures.

-L’homme qui croyait en sa chance, Marc Menant. Ramsay, 237 p., 19 €. Une ode à Jean Mermoz dans un style aérien.

-Lettres de Chine à sa famille (1698-1721), Jean-François Foucquet. Mercure de France, 215 p., 11 € 80. Un envoyé spécial haut de gamme dans la Chine du XVIIIe siècle.

-L’Appel, Fanny Wallendorf. Finitude, 346 p., 22 €. Une biographie romancée du champion Dick Fosbury. Un livre qui prend de la hauteur.

-Les mots disparus de Pierre Larousse, introduction de Bernard Cerquiglini. Présentation de P. Larousse par Jean Pruvost. Larousse, 192 p., 14, 95 €. Toujours instructif et plein d’esprit. Le vocabulaire s’appauvrit plus qu’il ne s’enrichit.

-Lettres à Colette 1903-1912, Sido. Présenté par Gérard Bonal. Libretto, 575 p., 12, 80 €. La correspondance d’une mère à sa fille, THE écrivain - surtout pas écrivaine- par excellence.

-Moi et Castro. Suivi de Ce qui m’est réellement arrivé en Espagne, Errol Flynn. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et préface de Thierry Beauchamp. Editions du Sonneur, 103 p., 7,50 €. OVNI littéraire signé par un «œil hollywoodien» qui parle d’une femme comme un maquignon.

-Pensées étranglées. Précédé du Mauvais démiurge. Cioran, Folio/ Sagesses, 87 p., 3, 50 €. Un écrivain qui donne des aphorismes comme les abeilles, du miel.

-Journées de lectures, Marcel Proust. Folio, 81 p., 2 €. Le romancier confie n’avoir jamais été déçu par un livre qu’il aime.

Les bons de sortie :

-Paul, Bruno Le Maire. Gallimard, 160 p., 15 €. Style d’une platitude abyssale. Gide a prévenu : pas de bonne littérature avec des bons sentiments.

-Visages cachés, Salvador Dali. Postface Haakon Chevalier. Libretto, 480 p., 11,30 €. N’a jamais été considéré comme un des leurs par les Surréalistes Ernst, Masson et Tanguy.

-Vivant, Aymeric Caron. Flammarion, 272 p. , 19, 90 € . «Chaque heure qui passe prolonge mon existence et la raccourcit en même temps». Tout est à l’aune de cette sornette.

-Que faire des cons ? Pour ne pas en rester un soi-même, Maxime Rovere. Flammarion, 204 p., 12 €. Ecrire sur un tel sujet sans un gramme d’humour, faut le faire !

-A nous la liberté !, Christophe André, Matthieu Ricard, Alexandre Jollien. L’Iconoclaste/ Allary Editions, 592 p., 22, 90 €. Habituel enfilage de perles.

-Vital ! Dr Frédéric Saldmann. Albin Michel, 290 p., 19,90 €. Baratin récurrent pour ceux qui fument en rêvant d’arrêter.

-Il faut du temps pour rester jeune, Michel Drucker. Robert Laffont, 286 p., 21, 50 €. Radotage par un baron du PAF qui bénéficie de la plume du méconnu Jean-François Kervéan.

- PS: L’Heure des Pros II, présentation Julien Pasquet. Vendredi 8 février 2019, CNews. : https://www.dailymotion.com/video/x72322w#tab_embed

03.02.19

Permalien 12:25:38, Catégories: LITS ET RATURES, BLONDINEMENT A XV, GRAND MONSIEUR  

Vintage Rugby Club (Morlino/ Maso) lu par Christian Laborde

André Boniface ou l’âme du rugby français que les dirigeants actuels sont incapables de transmettre aux joueurs français du 21e siècle.

Le poète Christian Laborde - l’unique fils spirituel de Claude Nougaro- a écrit dans sa chronique Percolateur, samedi 2 février 2019 (La Nouvelle République des Pyrénées) sur mon nouveau livre- et non pas dernier. Sa prose sent bon le choco-BM ! En rugby, nous sommes tous les deux aussi Maso l’un que l’autre. Le poète est l’un de mes amis de chevet. Son sens de l’amitié me convient à merveille. Nous habitons le même Royaume. Christian Laborde n’a jamais vendu son âme pour monter à Paris. Il vit dans son berceau des Pyrénées, n’appartenant pas à ces gens qui disent “comme se doit être merveilleux de vivre ici", avant de tourner les talons pour retourner dans leur enfer terrestre:

-"Bernard Morlino a une mémoire d’éléphant et autant de talent. De livre en livre, - Avez-vous lu «Manchester memories», avez-vous lu «Champion de sa rue» ? - , Bernard Morlino se souvient des champions, des héros qu’il a admirés, applaudis dans l’enceinte du stade de Nice ou sur le bord d’une route qu’empruntera toujours le peloton du Tour de France. Morlino se souvient et, à chaque page, retrouve l’enfant qu’il a été. Et cet enfant retrouvé le protège d’une époque où l’esprit de sérieux et la dérision disputent la vedette aux soupirs blasés. Dans «Vintage rugby Club», qui vient de paraître aux Editions Tana où il a ses habitudes, Bernard Morlino fait resurgir, dans une débauche de couleurs, de vignettes, de portraits savoureux et, sous l’œil de Roger Nimier ou de Julien Gracq, les gueules, tantôt en noir et blanc, tantôt en quadrichromie, d’Alfred Roques, de Jean Dauger, de Jean Prat, de Walter Spanghero and C°. Des gueules qui parlent. «Dans le rugby, il y a les déménageurs de piano, et ceux qui en jouent» rappelle ainsi Pierre Danos. Morlino nous apprend que François Mauriac surnommait Roger Couderc «le Marius du rugby». Pagnol était au micro et, sur le terrain, la poésie s’en donnait à cœur joie ! Jo Maso jouait col relevé. Comme Cantona. Les mots de Morlino sont beaux, son livre est beau. Faites comme moi : tournez, lisez ces belles pages en croquant du chocolat !”

-Vintage Rugby Club, Bernard Morlino. Préface de Jo Maso. Tana, 180 p., 24, 95 €

Le site de Christian Laborde: http://www.christianlaborde.com/

01.02.19

Permalien 12:37:24, Catégories: FORZA ITALIA !, LITS ET RATURES, GRANDE DAME  

La Goûteuse d'Hitler, Rosella Postorino (Albin Michel)

La romancière est aussi douée à l’écrit comme à l’oral. Rarissime. Elle traduit en italien Marguerite Duras que d’innombrables auteurs français copient sans l’égaler. Comme l’a si bien dit Robert Sabatier: “Le Goncourt a eu Duras!” Je ne suis pas lecteur de Duras mais je reconnais son style. Elle a un son à elle et c’est très bien.

Ce livre devait être écrit. Le voici.
La Goûteuse d’Hitler est un gros plan sur l’une des goûteuses d’Hitler qui devait tester tous les plats du chef nazi pour éviter qu’on ne l’empoisonnât.
Comble d’atrocité pour le chef des camps de la mort, Hitler ne mangeait jamais de viande parce qu’il disait avoir trop souffert lors du “spectacle” d’un abattoir. Hallucinant !
Prix Campiello, le livre de Rosella Postorino est inspiré du témoignage de Margot Wölk qui n’était pas nazie alors qu’elle devait tout faire pour que Hitler ne meurt pas empoisonné. La romancière voulait rencontrer la rescapée mais celle-ci décéda quelques jours auparavant.
Toutes les goûteuses ont été exécutées par les Russes. Toutes, sauf une, la rescapée.
La romancière est appelée à une grande renommée. Méritée. Enfin, on nous montre en France une italienne qui ne soit pas réduite au rang de cruche cinématographique comme ces actrices qui se disent féministes alors qu’elles ne vivent que dans le commerce de leur corps.

-La Goûteuse d’Hitler, Rosella Postorino. Traduit de l’italien par Dominique Vittoz. Albin Michel,400 p., 22 €

28.01.19

Permalien 11:11:11, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Le Ha-Ha, David Kirby (Actes Sud),

Le Ha-Ha. Vous connaissez ? Il s’agit d’une tranchée qui divise les parcelles de terrain sans obstruer le paysage par une clôture. De loin, on peut donc profiter d’un paysage sans être heurté par une barrière disgracieuse. Ces tranchées sont des postes d’observation qui se transforment en piège si l’on ne fait pas attention. Cette allégorie illustre bien la poésie de David Kirby qui voit l’invisible. Le minimum syndical pour un artiste, sinon à quoi bon prendre la parole. La jactance il n’y a plus que ça. Tout le monde donne son avis sur tout le monde. Internet a aussi libéré la connerie. Les réseaux sociaux dans leur pire expression est une boîte à ordures, au propre et au figuré, au sale plus surement. C’est l’ère de Mme Michu. La fameuse ménagère de 50 ans ne veut pas se contenter de son rôle d’indicatrice pour régents de la communication.
Loin du magma du PAF, David Kirby se balade et note ce qui retient son attention au gré de ses humeurs. Grâce à lui, on apprend l’existence de Marie-Jean Hérault de Séchelles, né à Paris le 15 novembre 1759 et guillotiné sur place le 5 avril 1794. L’homme politique français, député de Seine-et-Oise à la Convention nationale, a notamment dit : «Dire à beaucoup de gens que l’on a de la réputation ; ils le répéteront, et ces répétitions feront réputation». Les écrivains sont des transmetteurs de bonnes paroles contre les grands maux. Cette sentence de Séchelles me renvoie à Emmanuel Berl qui disait qu’il suffit de répéter sans cesse que l’on est un grand écrivain pour que les autres le croient. Ses amis Jean Cocteau et André Malraux avaient passé leur vie à agir de la sorte. Il fermait les yeux sur la stratégie de la marionnette car tous les deux savaient que c’était en fait Berl le véritable écrivain.
Dans ce recueil de poèmes en prose, j’ai vu aussi en surimpression Philippe Soupault quand je suis tombé sur ce vers : «Les amis, la poésie est une puissante saloperie (…) : elle peut vous guérir ou vous tuer ». Tuer ? Si l’on est repéré par des fachos. J’opte plutôt pour la guérison. Soupault considéré la poésie comme «l’acide le plus violent qu’il connaisse». Quand les Vichystes l’ont mis en prison, il a déclaré : «Enfermé, je suis resté libre grâce à la poésie ».
David Kirby lui non plus n’est pas enfermé dans le conformisme. Il avance, regarde et ne montre jamais. Le compagnon idéal pour ne pas faire du tourisme. Mieux vaut voyager. Pour lui, le trajet compte autant que la destination, et même plus. Il ne faut pas perdre une miette. Dans un pain, les petits éclats de la croute ont plus de goût que la mie.
Dans la mie, on entend l’ami, et cela tombe bien.

-Le Ha-Ha, David Kirby. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin. Actes Sud, 100 p., 15 €.
Site officiel du poète: http://www.davidkirby.com/

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