Catégorie: LITS ET RATURES

12.10.19

A voir et revoir: André Malraux, l'épreuve du pouvoir.

André Malraux, l’épreuve du pouvoir. Diffusé sur Arte
de Xavier Villetard
Produit par Georges-Marc Benamou et Jérôme Clément

Ce qui frappe dans ce document ? Les témoins ont disparu comme lui, en premier Roger Stéphane.
Il y a VGE présent lors de l’oraison à Jean Moulin mais l’ex président de la République devenu académicien est autant écrivain que je suis spécialiste des statues aztèques.
Ce documentaire est excellent. Le vrai Malraux y est présent. Ni hagiographie ni descente en flammes. L’homme dans toutes ses contradictions mais on peut tout lui pardonner parce que Malraux était un authentique écrivain. Pour s’en rendre compte, il suffit de penser à ce mot d’esprit prononcé à sa descente d’avion:
-"Ne pouvant pas embrasser tout le monde, j’embrasse le Bengladesh sur un seul visage". Et il s’exécuta.
A la vérité, Malraux est devenu ministre grâce au général de Gaulle qui voulait que son ami soit enfin rémunéré régulièrement.
La mort a marqué sa vie: père suicidé, décès par accident de la mère de ses deux fils qui périrent ensuite, ensemble, en voiture.
Emmanuel Berl m’a dit: “La différence entre Malraux et moi ? J’ai fait la Première Guerre mondiale. Pas lui…”
Dans le documentaire, d’aucuns apprendront que Malraux n’a jamais dit:
-"Le XXIe sera religieux ou il ne sera pas".
En revanche, il a dit que nous sommes “la première civilisation sans valeur suprême", ce qui revient un peu au même.
Regardez, svp, le documentaire. Tout y est. Moins d’une heure pour retracer le parcours d’un des plus beaux esprits du XXe siècle.
Même quand il nous agace, il reste passionnant.
Quand il parle, il est toujours magique. Sa culture n’est jamais barbante.
Sans diplôme, l’autodidacte en savait plus que n’importe quel universitaire illisible, inaudible.
Aujourd’hui, on ne connaît même plus le nom du ministre de la culture.

A lire:
-Entre ici Jean Moulin, Aude Terray. Grasset, 196 p., 17 €.
-André Malraux-Charles de Gaulle: une histoire, deux légendes, Alexandre Duval-Stalla. Folio, 423 p., 8,20 €
-Malraux face aux jeunes. Mai 1968, avant, après. Entretiens inédits. Folio, 200 p., 2 €
-Lettes choisies 1920-1976, André Malraux. Folio, 430 p., 8,20 €
-Malraux. Dictionnaire de l’imaginaire, Jean-Pierre Zarader, Klincksieck, 332 p., 35 €
-L’homme des ruptures, Alain Malraux. Ecriture, 222 p., 18 €

Permalink 09:54:39, Catégories: LITS ET RATURES, VAN GOGH FOR EVER  

Lautrec, Matthieu Mégevand (Flammarion)

Frappé par une maladie qui l’empêcha de grandir, Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) semble avoir été précisément touché par cette maladie comme pour manifester un refus de devenir adulte. L’enfance fut si belle qu’il voulait ne jamais la quitter. Enfant, on dessine, et après stop au travail ! Lui, non, il a dessiné encore et encore. C’est l’une des plus grandes figures de Montmartre. Dans la prose du biographe, il est appelé : «nain, gnome, nabot »… Cela fait mal. On imagine la vie qu’il a eue. A Paris, il fréquente le monde du spectacle, de la nuit, les bordels. Il finit avec la syphilis à 36 ans. Quelle fin sinistre ! Lautrec aimait peindre des gens. La nature morte lui était indifférente. Il avait l’art de restituer l’essentiel avec peu de traits quand il faisait ses célèbres affiches du Moulin Rouge. Le maestro buvait comme quinze ! Il a cramé sa vie. Une existence consacrée à la peinture, sa raison de vivre. Lire la vie de Toulouse c’est passer du temps avec un ami. Un ami de talent, de grand talent. Beaucoup de peintres de premier plan ont puisé dans ses tableaux leurs œuvres à venir.

-Lautrec, Matthieu Mégevand. Flammarion, 190 p ;, 17 €.

10.10.19

Peter Handke, prix Nobel de littérature 2019

Peter Handke est polyglotte. Capable de parler en ce que vous voulez.

Le prix Nobel avait plus besoin de Peter Handke que le contraire !
Cela fait des années qu’il méritait d’être couronné.
Si Le Clézio et Modiano l’ont eu, il n’y avait pas de raison de laisser sur la touche Peter Handke.
Handke est l’écrivain de l’errance, de l’incommunicabilité entre les êtres, de l’enfance sacrée, du quotidien transcendé et des infimes détails que l’on ne sait plus voir.
Il a une œuvre à multiples facettes où domine le théâtre et les récits.
Sa prose a le rythme d’une promenade à pied. On avance, on regarde, on s’arrête, on repart. Un flux et reflux.
Win Wenders a su transposer au cinéma l’univers de l’écrivain autrichien qui pourrait se résumer par de la neige sur l’écran de télévision d’une chambre d’un Novotel près d’une bretelle d’autoroute, à 4 h 25 du matin. Les portes d’une chambre sont ouvertes. Le couple est visiblement parti. Où ? Ensemble ou séparé ? On ne le saura jamais. Comme Miles Davis, l’écrivain déteste les aboutissements. Il laisse libre sa littérature.
Handke marche sans cesse, arpente le globe. Il cherche des champignons comme on cherche Dieu, mais lui il trouve !
C’est l’Homme de Giacometti.
Il a un humour ravageur.
Il vit chaque jour comme si c’était le dernier.
Tout est vécu intensément. Le bonjour à une marchande de légumes est plus importante que les gros titres de la presse.
C’est un aventurier du quotidien. Pas besoin de saut en élastique pour avoir la sensation de vivre.
L’écrivain est aussi un lecteur insatiable.
Sa littérature améliore celui qui le lit.
Un jour, je sors de chez moi: il était assis au bar du Théâtre.
C’était écrit. Nous devions être amis.
_______________________
Les livres de P.H. : http://www.gallimard.fr/Selections/Peter-Handke
Choix de lectures. Pour commencer: Histoire d’enfant; La femme gauchère; Le Malheur indifférent et Essais sur la journée réussie

Permalink 08:47:43, Catégories: LITS ET RATURES  

100 % zéro faute, Daniel Lacotte (First éditions)

Le fameux lexicographe frappe encore dans le mille. Cette fois, il nous propose de nous expliquer d’infimes nuances qu’on ne saisit pas toujours. Quand faut-il utiliser amener et apporter ? On amène quelqu’un et on apporte un livre. Amener s’utilise avec des êtres animés tandis qu’apporter concerne des objets. Daniel Lacotte est le professeur rêvé : toujours simple, efficace, abordable et plein d’humour. Il tend des ponts pour que l’on parle le mieux possible. Tout son nouveau livre est une mine de renseignements sur le langage qui si souvent nous perturbe. Doit-on dire en vélo comme l’on dit en voiture ? Non, dès qu’on enfourche (vélo, moto ou cheval), il faut dire à vélo, à moto, à cheval. Et si nous sommes dans un habitacle, on doit dire en voiture, en autobus. Décade et décennie est-ce la même chose ? Pas du tout : décade signifie 10 jours alors que décennie = 10 ans. Il y a aussi la distinction entre se rappeler et se souvenir. Passionnante explication : je me rappelle ce jour pluvieux ; je me souviens de mon père ; je me rappelle avoir entendu ma mère ; je m’en souviens. On doit dire Le Lacotte, comme le Littré, le Larousse, le Robert ou le Grevisse. Et même le Grand Lacotte.

-100 % zéro faute, Daniel Lacotte. First éditions, 240 p., 14, 95 €.

09.10.19

Le monde selon De Gaulle. Le général à livre ouvert…, François Kersaudy (Taillandier)

Pour le 50e anniversaire de la mort du général de Gaulle, voici ce livre référence avec les paroles visionnaires du général sur la Chine, l’impérialisme américain, et bien sûr la France. Il n’était pas tendre avec les médias. Il accusait la presse d’être sous le contrôle de la gauche, surtout à la télévision qu’il a tenu en laisse par le biais d’Alain Peyrefitte, le plus longtemps possible. «Des gens accrochés à leur poste, disait-il, comme les moules au rocher». Il savait que s’il lâchait prise sur les informations diffusées, son temps serait compté : là encore prémonition. Certes ce n’était pas très démocratique de faire taire l’opposition mais l’évolution devait passer par là : c’est la jeunesse qui l’a poussé hors du pouvoir. Le général gouvernait à l’ancienne, avec une main de fer. Heureusement qu’il voulait le bien de la France et de ses habitants, sinon il aurait pu en profiter sur le plan personnel. De Gaulle a marqué la France au fer rouge. Il faudra attendre François Mitterrand pour libérer la presse. Le président de la gauche ne pouvait pas faire autrement. Chacun son époque. Si nous avons tant de chaînes de télés et de radios, c’est grâce à François Mitterrand, ne l’oublions. La légende veut qu’il empêche de Gaulle de tomber du balcon quand le général fêta la Libération de Paris, à l’Hôtel de Ville. Personne n’a pris de photo. Dommage ! VGE a dit que depuis De Gaulle (et lui-même), seul Mitterrand avait été à la hauteur de fonction présidentielle.

-Le monde selon De Gaulle. Le général à livre ouvert…, François Kersaudy. Taillandier, 472 p., 22,90 e

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