Catégorie: LITS ET RATURES

18.01.21

Permalink 13:03:22, Catégories: LITS ET RATURES, GRANDE DAME, VAN GOGH FOR EVER  

Camille et Paul Claudel. Lignes de partage, Marie-Victoire Nantet (Gallimard)

Avant ce livre de Marie-Victoire Nantet, Anne Delbée et Dominique Bona nous avez permis de mieux connaitre Camille Claudel. La comédienne l’avait ressuscitée, et l’académicienne analysa les rapports entre le frère et la sœur. C’est le sujet de ce nouveau livre. On note que Camille Claudel semble intéresser surtout les femmes, puisqu’on doit ces livres à trois d’entre elles. A choisir entre Camille et Paul, mon cœur ne balance pas, je suis 100 % avec et pour Camille. Paul Claudel aurait mieux fait de prendre sa sœur avec lui, au lieu de passer son temps avec ses bondieuseries. Il priait donc alors qu’elle était seule comme un rat mort, seule entourée d’aliénées.
Il y a aussi Rodin, grand sculpteur et sans doute petit homme. Camille Claudel, elle était grande artiste et grande femme. Comment se fait-il que personne ne soit intervenu pour dire : Camille Claudel est un génie. Qui n’a pas vu L’implorante (1905) n’a rien vu. Il fallait la mettre dans un atelier avec une cuisine et elle aurait pu créer toute sa vie. Elle était mariée à l’Art. A la spiritualité et non pas à une église. La spiritualité, la seule vraie religion. Tout le reste est du bourrage de crâne, y compris le bouddhisme.
Les médecins ont décrété qu’elle était paranoïaque. On a aussi dit ça de Jean-Jacques Rousseau. Des vues de l’esprit que l’on peut appliquer à 99 % de la population.
Camille Claudel n’aimait pas qu’on lui prépare à manger. Cela peut se comprendre. Ils ont conclu qu’elle avait peur d’être empoisonnée. Personne n’a pensé qu’elle souhaitait simplement manger comme elle le voulait : telle ou telle pomme de terre, pas tant de sel, pas trop de sucre, pas de poivre… Camille Claudel a été connue avant Paul. Y avait-il la place pour deux Claudel ? J’ai parlé de Paul Claudel avec mon ami Fernand Ledoux qui m’a confié que l’écrivain était mégalomane au point de dire en pleine répétition de l’une de ses pièces : « C’est mieux que Sophocle ! » Sans une once d’humour.
Camille Claudel a été enfermée dans un hôpital de 1913 à sa mort en 1943, victime d’un AVC. Elle n’y a plus jamais créé. Elle passait son temps sur une chaise à regarder droit devant elle, ou à jardiner. Son frère est venu la voir douze fois, pas plus. Leur mère, jamais. Camille Claudel a été internée, une semaine après la mort de leur père. Le livre de Marie-Victoire Nantet est plus centrée sur Camille Claudel qui a été abandonnée par les siens. Camille Claudel fait penser à Robert Walser, lui aussi pas plus fou que moi. Je dirai qu’il s’agit de cœurs purs. Ils ne sont pas près à se sociabiliser dans une société qui fait la part belle aux menteurs, aux imposteurs, aux voyous en col blanc, j’en passe. Camille Claudel a connu deux guerres. Elle a tenu 30 ans dans le froid. La nourriture ce n’était pas terrible, comme le reste de la France, et elle bien pire.
Marie-Victoire Nantet est la petite-fille de Paul Claudel. Elle ne peut évidemment pas accabler son grand-père. Chaque lecteur se fera son opinion. Elle expose bien les faits qu’elle connaît, entremêlés de lettres et différents ajouts historiques. Un livre important pour la famille, pour la France, pour l’Histoire. Je reconnais que la langue de Paul Claudel existe mais il y a une glace entre son œuvre et moi. Rien ne me touche, ni son verbe, ni sa vision du monde. En revanche, toutes les statues de Camille Claudel me parlent. Dans 10 000 ans, plus personne ne lira Paul Claudel. Molière et Shakespeare ont tout dit. Camille Claudel, elle, sera toujours présente. La postérité est sans pitié. Amen !

-Camille et Paul Claudel. Lignes de partage, Marie-Victoire Nantet. Gallimard, 240 p., 19 €

17.01.21

Permalink 14:49:53, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Mort de Βασίλης Ἀλεξάκης (1943 - 2021)

Pourquoi les médias font-ils plus la place aux écrivains insignifiants plutôt qu’aux vrais talents ? Alexakis était sans doute trop talentueux pour plaire aux encartés sur support plastifié.

Vassilis Alexakis Βασίλης Ἀλεξάκης était né le jour de Noël 1943 à Athènes.
Cela se présentait bien.
Il est mort le 11 janvier 2021.
Entre temps, il a vécu le plus intelligemment du monde.
Ecrivain authentique, il laisse plusieurs bons livres.
Il parlait parfaitement français avec un somptueux accent.
Il aimait le sport aussi, et le football en particulier, tout comme Antonio Tabucchi, ami hélas ! disparu.
J’ai vu une fois Vassilis Alexakis avec François Bott.
Il n’en était pas revenu que je sois capable de citer l’un de ses aphorismes:
“Une fenêtre est un trou qui a réussi.”
Il m’a demandé pourquoi j’avais retenu cette phrase.
Je lui ai répondu:
-"L’autre trou c’est la tombe, donc un échec.”
Il a éclaté de rire. Un complice sans l’avoir jamais vu. Merci la littérature. Le seul espace libre qui reste.

16.01.21

Résistance: France Bloch-Sérazin (A. Quella-Villéger/ Des femmes/ Antoinette Fouque), Laure Moulin (Th. Rabino/ Perrin), Angela Davis (Des femmes/ Antoinette Fouque) et la correspondance Alfred & Lucie Dreyfus (Folio/ Gallimard)

Témoignage de Roland, le fils de deux héros de la Résistance.

Si l’on vit libre en France c’est grâce à des héros dont certains ne sont pas connus. Sans eux, on ne sait pas ce qui serait arrivé. Parmi eux le couple Sérazin. France Bloch-Sérazin (1913-1943), fille de l’écrivain Jean-Richard Bloch et de la sœur d’André Maurois (Marguerite Herzog), est une dame extraordinaire morte avant ses trente ans, au terme d’une vie trépidante. Brillante étudiante, la jeune chimiste adhère au communiste et s’engage tôt dans le combat contre les nazis. L’immonde régime de Vichy la fiche juive et communiste puis fait tout pour l’arrêter. Jeune maman d’un garçon, Roland né le 28 janvier 1940, elle vit dans le stress permanent, : elle veut cacher le bébé, et ne sait pas où est son mari, Frédo Sérazin, résistant comme elle qu’il surnommait «Francette». L’enfant a deux ans quand sa maman est arrêtée par les vichystes, le 16 mai 1942. Elle sera exécutée par les nazis, le 12 février 1943, en Allemagne, après avoir été livrée à l’ennemi par la France de Pétain. Son mari fut arrêté, torturé le 15 juin 1944 et tué le jour même de son arrestation. Il faut donc ancrer dans notre mémoire, ce couple mort pour la France. Leur fils a été sauvé des griffes des occupants et des miliciens grâce à une chaîne de la solidarité mêlant parents et amis. Madame Bloch-Sérazin se prénommait France. C’est dire l’amour que sa famille portait à la France qui a tout fait pour la massacrer, elle et d’autres membres de sa famille. La dernière lettre de France Bloch-Sérazin annonce sa mort à son mari. Des mots déchirants comme ceux de Guy Moquet.

Un résistant peut en cacher un autre. En l’occurrence, une résistante. Laure Moulin (1892-1974), la sœur du seul préfet qui est resté dans sa préfecture quand les nazis avançaient dans la France. Infirmière volontaire lors de la Première Guerre mondiale, elle était une patriote de premier ordre. Professeur d’anglais, elle aide les réfugiés espagnols qui fuient Franco, puis elle s’engage dans la résistance en été 1940. Dans l’ombre totale, elle aide son frère, devenant une spécialiste du codage et décodage des messages secrets. Elle sert d’intermédiaire. Quand son frère meurt, elle est désemparée et cherche à comprendre ce qui a pu se passer. A-t-on balancé son «petit frère» aux nazis ? Si oui, qui ? Thomas Rabino reconstitue les étapes essentielles de Laure Moulin, personnalité aux multiples dons : les langues, la littérature… De caractère et de visage, elle ressemblait à Jean Moulin, trait pour trait, aussi belle qu’il était beau. On dirait que Jean était Laure en version homme, et que Laure était Jean en mode féminin. Le livre de Thomas Rabino est le premier consacré à l’héroïne qui passa le reste de sa vie, après la Libération, à honorer la mémoire de son frère, notamment par une biographie (1969) et l’inauguration de multiples lieux de mémoire jusqu’aux cendres transférées au Panthéon (1964). Le livre actuel est désormais un ouvrage référence sur la soeur de Max/ Rex. Duo historique.

Autre forme de résistance et pas la moindre: celle d’Alfred Dreyfus, élargie à sa femme. Voilà des lettres qui ne sont pas people comme celles d’un ex président - l’un des plus grands menteurs d’après-guerre- et de sa femme cachée, rien d’autre que du Voici de la branchouille sans aucun intérêt, à part de ramasser du fric (Si ce genre de torchon permet de rééditer Dreyfus, Perros et Navel, cela est un mal pour un bien). J’ai vu des manuscrits de Dreyfus à la BN. Pour ne pas devenir fou au bagne, il faisait de la calligraphie. Oui, il répétait plusieurs fois la même forme, ce qui peut paraître affolant alors que cela travaillait sa concentration, sa grande force mentale. Dreyfus est l’un des plus grands serviteurs de la France. Ceux qui l’ont condamné, dégradé, humilié, conduit presque au seuil de la mort dont il est revenu, auraient mérité d’être jetés dans une fosse aux lions remise en service rien que pour eux. Des psychiatres et autres analystes à la mode parlent de résilience. Mais que représentent-ils face à l’innocent dont l’honneur a été massacré puis rétabli grâce notamment à Emile Zola, lui-même bafoué, malmené et peut-être tué comme l’explique certaines thèses sur un assassinat par asphyxie ?

-France Bloch-Sérazin, une femme en résistance (1913-1943), Alain Quella-Villéger. Des femmes/ Antoinette Fouque/ Poches, biographies, 300 p., 10 €.

-Laure Moulin. Résistante et sœur de héros, Thomas Rabino. Perrin, 310 p., 22 €.

- Ecrire, c’est résister, correspondance (1894-1899), Alfred et Lucie Dreyfus. Editions par Marie-Neige Coche et Vincent Duclert. Préface de Françoise Gillard. Folio/ Gallimard, 300 p., 7, 90 €.

A lire aussi ce livre d’un mythe vivant : -Femmes , race et classe, Angela Davis. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Dominique Taffin et le collectif des femmes. Des femmes/ Antoinette Fouque, 300 p., 10 €

15.01.21

Permalink 08:02:28, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, LE JARDIN D'ENFANT  

Giono, encore & toujours. Propos et récits (M.T. Amrouche/ NRF), Le Hussard sur le toit, Le chant du monde (Ferrandez)

Jean Giono, interrogé par Claude Santelli. Ou quand la télévision n’est pas de la stupide communication.

On passe un grand moment avec Jean Giono quand on lit ses réponses aux questions de Marguerite Taos Amrouche. L’esprit fuse de partout. Jean Giono refuse d’être comparé à Stendhal. Il dit que ses «pauvres petits livres» ne tiennent pas la comparaison. Face à Stendhal, il songe même à cesser d’écrire ! Son humilité est non feinte. Comme dans Le Hussard sur le toit (sous la veine romanesque), il s’exprime beaucoup sur le choléra qui nous ramène au C-19. Il fait l’éloge une fois de plus de la fiction, du non-reportage. Il préférait l’invention juste, transcendantale, au quotidien rapporté par les journaleux sans talent. Il confie qu’il n’aime pas la lumière de Provence à partir de 14 h. Giono aurait voulu que le jour se levât pour ne jamais se coucher. Une palpitation d’éternité. Ces pages sont pleines du tabac de sa pipe. Cela sent bon.

Le peintre Jacques Ferrandez donne sa vision du Chant du monde de Jean Giono. Sa vision et non sa version. Insérés dans la nature, les personnages évoluent au cœur des paysages qui nous en font voir de toutes les couleurs. On voit des femmes et des hommes qui s’aiment à flanc de colline. Il y a de l’eau, des animaux, du feu, le jour et la nuit. Des vieux, des moins vieux, des plus jeunes, un nouveau-né. Du soleil, de la neige. Des corps nus, hommes et femmes. La vie à chaque page. Il y aussi le carnaval et même des coups de poings. Une très belle bande dessiné signée par un artiste qui a déjà célébré Albert Camus. Merci maestro.

-Propos et récits, Jean Giono. Entretiens improvisés avec Marguerite Taos Amrouche. Textes établis, présentes et annotés par Christian Morzewski. Gallimard, 210 p ., 20 €
-Le hussard sur le toit, Jean Giono. Folio/ Gallimard, 500 p., 9,70 €
-Le chant du monde, de Jacques Ferrandez d’après Jean Giono. Folio/ Gallimard, 155 p., 9,10 €

13.01.21

Permalink 10:00:47, Catégories: LITS ET RATURES  

Mieux que la littérature de gare: celle de caniveau

Société du spectacle oblige.
Au lieu d’aller dénoncer les malfaiteurs de la braguette, au moment des faits, des auteurs ou autrices, comme ils disent, écrivains ou écrivaines, comme ils disent encore, font fructifier l’atroce. On ne compte plus les exemples dans les familles de dégénérés.ées. Tellement narcissiques qu’ils couchent entre eux. La télévision leur fait tapis rouge. Hier, tout ça était dans Ici-Paris. Aujourd’hui, dans Le Monde.
Au lieu d’aller voir la police pour dire untel m’a pris.e en levrette sans mon accord, oui, oui, lui-même - sans jeu de mots- je vous dis, il.elle pisse de la copie.
Des éditeurs se lèchent les babines certains que beaucoup vont se rincer l’oeil.
La forme n’intéresse pas assez de monde. Seul le fond compte. Ainsi font, font…
Et bouquet final, il y a des membres de la coterie des immondes qui défendent l’innommable.

Les prochains livres à succès promis à gros… tirages :

Ma mère couche avec ma soeur qui a eu un enfant avec mon père.
Mon beau-père m’a sodomisé pendant France-Brésil 1998.
Ma mère m’a appris à tromper mon père avec ma tante.
A 3 ans, je m’amusais à faire des fellations à mon grand-père.
En 1968, mon père m’obligeait à faire des 69 avec sa soeur.
Mon fils m’a demandé de dépuceler sa fiancé qui était la soeur de ma femme.
J’ai eu trois enfants de ma mère que je ne connaissais pas.
J’ai épousé mon chien qui a mis enceinte ma belle-fille.

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