Catégorie: LITS ET RATURES

20.02.17

Monsieur Bean, le nouveau Maigret de la BBC

Le dimanche sur France 3, 20 h 55
Les enquêtes du commissaire Maigret, d’après l’œuvre de Georges Simenon
1. Maigret tend un piège
2. Maigret et son mort
3. Maigret et la nuit du Carrefour
4. Maigret au « Picratt’s »
Pays d’origine : Royaume-Uni

Rowan Atkinson, alias Mr. Bean, incarne une nouvelle interprétation du célèbre commissaire à la pipe créé par Georges Simenon dans une série de téléfilms britanniques. Pour l’instant quatre ont été tournés et diffusés. Rowan Atkinson joue tout en intériorité. Il n’exprime ses sentiments par ses yeux exclusivement, comme Clint Eastwood. Ceux qui surjouent sont insupportables. Voilà une très belle production. Maigret tend un piège- à l’antenne le 19 février 2017- se déroule à Montmartre dans le Paris des années 1950. Tout ressemble à Montmartre et rien ne ressemble à Montmartre. Je ne reconnaissais rien et tout était pourtant impeccable. Dans l’impossibilité de tourner à Montmartre, la réalisation s’est transportée en Hongrie, à Budapest. Très bon choix. Cela donne envie d’y aller fissa !
La reconstitution est une vraiment merveilleuse avec les costumes, les voitures, le mobilier. On s’y croirait. Simenon n’est pas trahi. Son univers était d’une noirceur absolue. Cependant, il n’insiste sur rien. C’est le plus grand romancier populaire français du XXe. Sa prose est somptueuse. Il ne bâclait rien, n’allait jamais à la ligne pour rien. Ce n’est pas un simple auteur de polars. Il y des strates sur la société, différents niveaux de lectures, pour tou public, comme le faisaient Shakespeare et Molière. Dans un autre genre, il est aussi puissant que Marcel Proust.
La femme de Maigret est présente sans insistance dans la série.
Là aussi c’est bien vu. Georges Simenon était un cavaleur de première bourre mais Jules Maigret lui ne trompait pas sa femme.

18.02.17

Jacques Brel a disparu mais il n'est pas mort

Ci-dessus entretien Jacques Brel avec Henri Lemaire à Knokke en 1971
Réalisation par Marc Lobet

A voir sur France 3: Jacques Brel, fou de vivre. Documentaire de Philippe Kohly:

http://pluzz.francetv.fr/videos/jacques_brel_fou_de_vivre_,153337761.html

Dans cette émission, il y a des extraits de l’interview ci-dessus.
Le documentaire ne rappelle pas le mot de Brel: “Sans Trenet, nous serions tous des expert-comptables.” Ni que Brel enfant mis l’empreinte d’une patte de son chat à la case “signature des parents". A part ça, tout y est. Notamment: “Quand on n’a (plus) rien à dire, il faut se taire". Il a arrêté la scène aussi parce qu’il ne voulait pas réécrire en moins bien tout ce qu’il avait déjà dit. Brel n’était pas un produit qui épousait les modes pour durer comme tant de promoteurs de spectacles. Le public est parfois dupe et se laisse piéger par des moins que rien qui ne sont que de pitoyables faiseurs dont je débusque le mensonge professionnel au fond de leurs pitoyables rétines.
Le documentaire est bien sûr à regarder sans hésitation.
On y voit l’un des maîtres de la chanson avec Brassens, Trenet, Ferré, Ferrat, Aznavour et Barbara.
Brel est mort jeune mais il a vécu une vie si intense que cela revient à avoir été centenaire.
Il a laisse une grande partie de sa vie sur scène.
C’est le plus grand interprète de la chanson française du XXe siècle.
Il vivait intensément ce qu’il disait, de la tête aux pieds. Les mots, les émotions, sa rage, sa violence, sa douceur, tout traversait son cœur, son cerveau.
Il a mis ses tripes sur scène pendant quinze ans.
Avant, il était dans une concentration optimale. Un tract qui le faisait vomir.
Il entrait en scène en courant.
Il donnait tout sans aucun rappel. Il ne revenait jamais. Miles Davis agissait de la même façon.
J’ai entendu Coluche dire: “Dans un théâtre, la personne la plus importante et celui qui ouvre et ferme le rideau". Cela voulait dire qu’il fallait battre le rappel pour chauffer la salle.
Brel ne mangeait pas de ce pain-là.
Après ses textes, il ne prenait la parole que pour donner le nom de ses musiciens. (Il n’est revenu devant le public après le rideau tiré que le soir de sa dernière à l’Olympia pour dire: “Ce fut quinze ans d’amour".)
Après avoir mis la vie et la mort sur les planches, il ne pouvait pas aller dormir.
Il allait manger avec ses amis.
La trilogie: tabac, alcool, fille. Il fumait 4 paquets de cigarettes par jour. 80 clous de cercueil comme disait Humprey Bogart.
En Belgique, il y avait sa femme et leurs trois enfants, trois filles. Sa femme acceptait son mari comme il était pour ne pas qu’il lui dise à cinquante ans: “J’ai raté ma vie". Il vaut mieux être mariée à Brel qu’on ne voit jamais qu’à un imbécile qu’on voit tous les jours. Brel polygame, non ? Brel, poète. Il n’y a rien d’autre à dire. On n’enferme pas un oiseau, à moins d’être un sadique.
Sa fille France, avec laquelle il avait un rapport très fort a dit (je cite de mémoire): “Je n’ai pas eu de père. Mon père appartient à tout le monde". C’est vrai. Ainsi quand on voit Brel sur l’écran ou qu’on l’écoute, l’entende, on se dit: “On n’est pas seul, on n’est plus seul". Il y a Brel. Seuls les grands humanistes sont perceptibles.
Je me souviens que ma mère m’a dit quand j’avais 15 ans: “Jacques Brel a interdit à ses filles qu’elles viennent le voir sur scène". Oui, il ne voulait pas que ses filles le voit se mettre aussi “minable", aussi “chiffon". Brel ne trichait pas: quand il disait “je t’aime” ça se voyait, et quand il disait “tu pars ?” ça ce voyait aussi.
Jacques Brel a écrit, a chanté, a joué, a réalisé, a navigué, a piloté des avions.
Jacques Brel fut un vrai vivant.
Jacques Brel n’est pas mort.
Il était encombré par son corps en bonne santé, disait-il.
Ce corps n’est plus là. Son esprit, oui.
Pour qu’il meure il faut que je meure. Je suis un cimetière ambulant.

08.02.17

Permalien 10:54:43, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Les cinq livres des faits et dits de Gargantua et Pantagruel (Gallimard)

On parle et on cite souvent Rabelais, c’est déjà un exploit quand on songe qu’il est mort en 1553. Pour son décès, on en est sûr. Par contre, on n’est pas certain de sa date de naissance que l’on s’accorde à situer vers 1483. L’écrivain a donc vécu 70 ans, ce qui est beaucoup pour son époque, où chaque bébé devait vraiment naître costaud pour survivre. Donc on parle et on cite souvent Rabelais mais qui le lit ou l’a lu ? Bonne occasion à saisir. Merci aux éditions Gallimard. 32 €, voilà un bel investissement pour un chef d’œuvre de la littérature mondiale. Le livre comporte aussi 263 images sur l’iconographie rabelaisienne. L’édition bilingue est vraiment un régal car elle permet de comparer la parole de Rabelais au français actuel. Exemple : «Un des escuyers chopant et boytant contrefaisoit le bon et noble seigneur…» devient «Un des écuyers trébuchant et boitant imitait le seigneur…» Ou plus significatif : «De mode qu’en grande braveté» = «De façon qu’il se vante….» Rabelais ne se résume pas, c’est un torrent de mots, une cascade d’expression, un athlète du verbe, un enseignant du désapprendre, un poète naturel, un surréaliste avant l’heure, un assoiffé d’émotion, une liqueur du vocabulaire, un espion de la connerie humaine, un illusionniste sans trucage, un amoureux de la vie, un ennemi des menteurs, un ami du XVIe siècle qui traverse les siècles. Un prêtre de la libre parole. Outre ses immenses qualités d’écrivain c’était un médecin. Il connaissait l’homme, par l’esprit et par le corps. Le patrimoine littéraire de la France est une bienfait pour l’humanité.

-Les cinq livres des faits et dits de Gargantua et Pantagruel. Edition intégrale bilingue. Sous la direction de Marie-Madelaine Fragonard avec la collaboration de Mathilde Bernard et Nancy Oddo. Adaptation de l’ancien français par Marie-Madelaine Fragonard. (Quarto. Gallimard, 1657 p., 32 €)

03.02.17

Permalien 15:20:59, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Jean-Edern Hallier, l’idiot insaisissable, Jean-Claude Lamy (Albin Michel)

600 pages sur Jean-Edern Hallier… Faut le faire, faut les écrire. Jean-Claude Lamy est un constant serviteur des lettres, dans le grand sens. Il se met en quatre pour parler des autres, de Brassens à Hallier. Le biographie est attractive pour ceux qui ont vu à l’œuvre JEH mais sans doute aussi pour ceux qui vont le découvrir. JEH avait beaucoup de talent mais il s’est épuisé dans le PAF. Au moment de son enlèvement qui a fait couler beaucoup d’encre, sans être de l’ampleur de celui du baron Empain, un automobiliste à témoigner : «Monsieur Edern-Hallier m’a fait signe de m’arrêter au milieu de la route et il m’a dit :
-Vite, vite, il faut trouver une cabine téléphonique…
-Vous voulez appeler votre femme… ?
-Non, l’AFP ! »
J’ai entendu ce témoignage à la radio et je ne l’ai jamais oublié. Tout JEH est dans cette libération… D’abord, la presse. A force de faire tout et n’importe quoi, on ne le prenait vraiment plus au sérieux. Avait-il vraiment été enlevé ou… ? On songe à l’attentat de l’Observatoire de François Mitterrand. Qui se ressemble s’assemble. FM appréciait JEH qu’il plaçait très haut jusqu’au moment où JEH - déçu de ne pas hériter d’un poste, et sans doute celui de la rue de Valois pour devenir le Malraux de la bande FM- voulut dévoiler que le leader politique avait une fille cachée. Quand l’indomptable a voulu publier un livre pour révéler l’enfant secret, et le passé vichyste du président socialiste aucun éditeur n’a voulu prendre le risque, cela prouve la réelle puissance de FM qui faisait vraiment peur car ce livre aurait été un best-seller. Aujourd’hui, avec internet on ne peut plus cacher une telle information : Bill Clinton a dit qu’on n’avait plus que 15 minutes pour empêcher internet de faire la propagation d’une information, vraie ou fausse. Un ex futur candidat à la plus haute fonction de notre république bananière en sait quelque chose ! Sa Pénélope va avoir du temps pour faire du tricot.
En 2017, on reparle de JEH par le biais de L’Idiot International, son journal dont il disait qu’il est une «Canard Enchaîné haut de gamme». Cruelle appréciation que d’aucuns diront celle d’un mégalo. Aujourd’hui, le Canard existe toujours alors que L’idiot a rendu l’âme. Le journal de JEH existait surtout grâce à lui mais il faut lui reconnaître d’avoir su créer un essaim de plumes diverses et variées où se côtoyaient tous les courants politiques. Un bel espace de liberté qui passait à la sulfateuse les serviteurs de la tontonmania.
JEH ne laissait personne indifférent. Quand il faisait une émission littéraire, il jetait en arrière par-dessus son épaule les bouquins qu’il méprisait par leur absence de style, de talent. Plus il vieillissait, plus il ressemblait physiquement à Céline. Je me souviens de son frère qui apparaissait parfois à la télévision, en bon frangin pour dire que son frérot était un bon gars passionné. Je revois aussi Jean d’Ormesson vantait la prose de JEH. Cela faisait bien de reconnaître la subversion de l’iconoclaste.
Tout le livre de Jean-Claude Lamy remonte le fleuve Edern-Hallier, une sorte de Coluche de l’intelligentsia. De nos jours, il n’y a plus que des produits commerciaux. JEH ruait dans tous les brancards au risque de passer pour un imbécile comme dans certains entretiens entre deux portes où plus malin que lui le mettait en boîte. Mis sur écoute par l’Elysée, JEH était devenu un ennemi à abattre alors que l’on pensait qu’il n’était plus qu’un clown.
On n’a pas oublié qu’il s’est fait casser la gueule par François Chalais qui n’a pas aimé que JEH lui lance à la figure son passage à Je Suis Partout. [Du 4 février au 16 août 1944, Chalais y fut en effet critique littéraire sous son vrai nom : François-Charles Bauer]. Comme tous les pamphlétaires, JEH était excessif et ce jour-là il avait mis le paquet sur une estrade où siégeait Philippe Bouvard qui n’en demandait pas tant.
JEH avait un superbe tempérament avec une vraie passion pour la littérature. Beaucoup d’auteurs sont cultivés mais lui avait en plus du talent, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Il s’est brûlé les ailes dans le PAF au point de mourir à vélo, comme un albatros baudelairien. Sa mort est enveloppée de mystère : a-t-il vraiment été emporté par un ultime coup de tonnerre interne et intime ou l’a-t-on poussé vers la sortie ? Comme Cravan, il a droit à sa légende. Il faut lui reconnaître d’avoir été un homme courageux. Sous le masque de l’amuseur public, il y avait un chevalier qui combattait le pouvoir. Certes, il se vengeait de ne pas avoir été invité au partage du gâteau rose mais on doit lui reconnaître le mérite d’avoir été un homme libre. Et quand on étudie la littérature qui a fait suite aux Hussards, il ne faut pas oublier de le citer et surtout de le lire.

-Jean-Edern Hallier, l’idiot insaisissable, Jean-Claude Lamy (Albin Michel, 600 p., 26 €)

02.02.17

Eloge du dégoût (Bernard Morlino/ Le Rocher). Suite et pas fin.

République Française ou République bananière ?

Vu tout ce qui se passe en France, la veille de l’élection présidentielle de 2017, je republie un extrait de mon livre Eloge du dégoût (2012, Editions du Rocher) Le passage ci-dessous provient du chapitre: “Plus personne n’a le droit d’être pauvre” (p.13-p.24).

-"Au sommet de l’Etat, à la Bourse, à la télévision, les menteurs sont en première ligne. Le matin, ils peuvent dire noir. Et le soir, blanc. Selon le principe des dominos, ils se protègent les uns des autres. Duper son voisin est un sport national et nous ne sommes pas loin d’être champions du monde. En démocratie, on ment tout comme dans les dictatures avouées. Seul le dégoût permet d’y voir clair. Les autocrates ont même oublié qu’ils ne sont que locataires de l’Histoire.” (Page 14)

-Eloge du dégoût
de Bernard Morlino
2012, Editions du Rocher

[Post dédié à Jean Moulin & à Charles de Gaulle]

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