10.10.19

Peter Handke, prix Nobel de littérature 2019

Peter Handke est polyglotte. Capable de parler en ce que vous voulez.

Le prix Nobel avait plus besoin de Peter Handke que le contraire !
Cela fait des années qu’il méritait d’être couronné.
Si Le Clézio et Modiano l’ont eu, il n’y avait pas de raison de laisser sur la touche Peter Handke.
Handke est l’écrivain de l’errance, de l’incommunicabilité entre les êtres, de l’enfance sacrée, du quotidien transcendé et des infimes détails que l’on ne sait plus voir.
Il a une œuvre à multiples facettes où domine le théâtre et les récits.
Sa prose a le rythme d’une promenade à pied. On avance, on regarde, on s’arrête, on repart. Un flux et reflux.
Win Wenders a su transposer au cinéma l’univers de l’écrivain autrichien qui pourrait se résumer par de la neige sur l’écran de télévision d’une chambre d’un Novotel près d’une bretelle d’autoroute, à 4 h 25 du matin. Les portes d’une chambre sont ouvertes. Le couple est visiblement parti. Où ? Ensemble ou séparé ? On ne le saura jamais. Comme Miles Davis, l’écrivain déteste les aboutissements. Il laisse libre sa littérature.
Handke marche sans cesse, arpente le globe. Il cherche des champignons comme on cherche Dieu, mais lui il trouve !
C’est l’Homme de Giacometti.
Il a un humour ravageur.
Il vit chaque jour comme si c’était le dernier.
Tout est vécu intensément. Le bonjour à une marchande de légumes est plus importante que les gros titres de la presse.
C’est un aventurier du quotidien. Pas besoin de saut en élastique pour avoir la sensation de vivre.
L’écrivain est aussi un lecteur insatiable.
Sa littérature améliore celui qui le lit.
Un jour, je sors de chez moi: il était assis au bar du Théâtre.
C’était écrit. Nous devions être amis.
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Les livres de P.H. : http://www.gallimard.fr/Selections/Peter-Handke
Choix de lectures. Pour commencer: Histoire d’enfant; La femme gauchère; Le Malheur indifférent et Essais sur la journée réussie

Permalink 08:47:43, Catégories: LITS ET RATURES  

100 % zéro faute, Daniel Lacotte (First éditions)

Le fameux lexicographe frappe encore dans le mille. Cette fois, il nous propose de nous expliquer d’infimes nuances qu’on ne saisit pas toujours. Quand faut-il utiliser amener et apporter ? On amène quelqu’un et on apporte un livre. Amener s’utilise avec des êtres animés tandis qu’apporter concerne des objets. Daniel Lacotte est le professeur rêvé : toujours simple, efficace, abordable et plein d’humour. Il tend des ponts pour que l’on parle le mieux possible. Tout son nouveau livre est une mine de renseignements sur le langage qui si souvent nous perturbe. Doit-on dire en vélo comme l’on dit en voiture ? Non, dès qu’on enfourche (vélo, moto ou cheval), il faut dire à vélo, à moto, à cheval. Et si nous sommes dans un habitacle, on doit dire en voiture, en autobus. Décade et décennie est-ce la même chose ? Pas du tout : décade signifie 10 jours alors que décennie = 10 ans. Il y a aussi la distinction entre se rappeler et se souvenir. Passionnante explication : je me rappelle ce jour pluvieux ; je me souviens de mon père ; je me rappelle avoir entendu ma mère ; je m’en souviens. On doit dire Le Lacotte, comme le Littré, le Larousse, le Robert ou le Grevisse. Et même le Grand Lacotte.

-100 % zéro faute, Daniel Lacotte. First éditions, 240 p., 14, 95 €.

09.10.19

Le monde selon De Gaulle. Le général à livre ouvert…, François Kersaudy (Taillandier)

Pour le 50e anniversaire de la mort du général de Gaulle, voici ce livre référence avec les paroles visionnaires du général sur la Chine, l’impérialisme américain, et bien sûr la France. Il n’était pas tendre avec les médias. Il accusait la presse d’être sous le contrôle de la gauche, surtout à la télévision qu’il a tenu en laisse par le biais d’Alain Peyrefitte, le plus longtemps possible. «Des gens accrochés à leur poste, disait-il, comme les moules au rocher». Il savait que s’il lâchait prise sur les informations diffusées, son temps serait compté : là encore prémonition. Certes ce n’était pas très démocratique de faire taire l’opposition mais l’évolution devait passer par là : c’est la jeunesse qui l’a poussé hors du pouvoir. Le général gouvernait à l’ancienne, avec une main de fer. Heureusement qu’il voulait le bien de la France et de ses habitants, sinon il aurait pu en profiter sur le plan personnel. De Gaulle a marqué la France au fer rouge. Il faudra attendre François Mitterrand pour libérer la presse. Le président de la gauche ne pouvait pas faire autrement. Chacun son époque. Si nous avons tant de chaînes de télés et de radios, c’est grâce à François Mitterrand, ne l’oublions. La légende veut qu’il empêche de Gaulle de tomber du balcon quand le général fêta la Libération de Paris, à l’Hôtel de Ville. Personne n’a pris de photo. Dommage ! VGE a dit que depuis De Gaulle (et lui-même), seul Mitterrand avait été à la hauteur de fonction présidentielle.

-Le monde selon De Gaulle. Le général à livre ouvert…, François Kersaudy. Taillandier, 472 p., 22,90 e

08.10.19

Permalink 17:22:07, Catégories: HENDRIXEMENT  

Mélancolie Rodéo, Jean-Michel Jarre (Robert Laffont)

Il y différentes sortes de livres et parmi ceux sur les souvenirs de gens du spectacle, celui de Jean-Michel Jarre est à mettre en haut de l’affiche. Il ne se moque pas des lecteurs : ouvrage très bien présenté, avec un sommaire très original, illustré par des images de grande sobriété, comme son texte bien mené. Ce n’est pas la prose d’un écrivain mais celle d’un artiste à coup sûr. Il sait regarder ce qui l’entoure, depuis l’enfance, et il sait le restituer avec la macération du temps. Tout est dit avec une certaine nostalgie tempérée par la présence des enfants qui sont l’avenir en marche. Jean-Michel Jarre a du goût et très bon goût. La preuve, Charlotte Rampling, l’un des piliers de sa vie. La comédienne- l’une des plus grandes de sa génération- apparait dans le livre, et personne ne s’en plaindra. L’autre pilier majeur est tout naturellement la mère du musicien, une autre femme d’exception. La grande résistance France Pejot qui manifestait du courage tout le temps. Prise au hasard dans un hold-up en pleine pharmacie, elle règle le problème en faisant la moral au voyou ! Une autre fois, elle voit qu’on lui vole son téléviseur mais ne bronche car on ne risque pas sa vie pour une télévision. Chapeau ! Quand on a une maman de cette trempe, il faut être à la hauteur. Le fils de Maurice Jarre y parvient. Il a réussi niveau musique à faire aussi bien que son père, ce qui n’est pas facile. Aussi bien dans un genre différent. D’aucuns pensent que c’est de la soupe. Pas moi. Jean-Michel Jarre semble ne pas vieillir. Encore plus figé dans l’adolescence que BHL. Bien sûr, il voit des gens de la haute société : les présidents de la République défilent. Ce n’est pas ma cup of tea. Lorsque François Mitterrand est élu à l’Elysée, la maman de Jean-Michel dit : «Encore un président de droite ». Bien vu ! Le livre est bourré de souvenirs que l’on s’approprie quand il évoque un Teppaz ou Chet Baker, le Miles Davis blanc.

-Mélancolie Rodéo, Jean-Michel Jarre. Robert Laffont, 384 p, 21 €.

Permalink 10:58:14, Catégories: LITS ET RATURES  

Eugène Saccomano (1936-2019), de Borsalino à Giono

Il était né au temps du Front populaire.
Outre sa passion pour le football - qui remontait à son enfance- il aimait la littérature.
Une passion contrariée par une mauvaise aventure. Il avait écrit à la fin des années 1968, Bandits à Marseille… qui porté à l’écran est devenu un film mythique (Borsalino) avec Delon et Belmondo. Entretemps, il céda les droit pour une bouchée de pain. Ce ne fut pas bingo !
On lui doit trois grands livres:
-Goncourt 1932 (1999)
-Céline coupé en deux (2013)
-Jean Giono, le vrai du faux (2014)

Goncourt 1932, raconte comment Céline a raté le Goncourt.
Céline coupé en deux, radioscopie les deux Céline, l’homme de gauche devenu facho libertaire antisémite. Eugène Saccomano donne sa vision de l’écrivain.
Jean Giono, le vrai du faux. Explique bien que Giono fut le contraire du collaborateur. La mafia littéraire de l’après-guerre l’a mis à l’index car il avait tellement de talent qu’il fallait le tenir à distance. Giono ne s’est jamais parisianisé pour s’imposer.
Pour les deux derniers, Eugène Saccomano a écouté mes conseils et s’est dirigé vers Le Castor Astral pour les éditer.
Quand j’ai consacré mon feuilleton littéraire dans L’Evénement, à Goncourt 1932, Eugène Saccomano était plus que très heureux. Enfin, on le sortait du ghetto du football. Il avait dû attendre 40 ans ! D’habitude je consacrais mon feuilleton à Raymond Guérin, parmi d’autres merveilles. Je n’ai pas choisi son livre pour lui faire plaisir mais parce que son livre est très bien ficelé. Le fond et la forme. L’écrivain Saccomano prend grand soin à ne pas lasser le lecteur qu’il tient toujours en éveil.
Eugène Saccomano était un très grand lecteur, de matchs et de livres. On ne la lui faisait pas !
Il était aussi un cinéphile très pointu.
On a beaucoup ri.
Lui, le Nîmois. Moi, le Niçois.
Nous étions unis par une géographie sentimentale.
Il était de l’ancien temps: celui de la formation continue, rien à voir avec la starification instantanée.
Quand Jean-Luc Lagardère lui a remis la Légion d’honneur, il m’a convoqué fissa à Europe 1.
Pendant son discours de remerciements il a dit:
-"Sans la presse que serions-nous ? Rien".
Le travailleur acharné était d’une lucidité sans faille.

[Post dédié à sa femme Françoise, à leurs enfants, à leur petits-enfants]

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