Catégorie: HENDRIXEMENT

01.11.14

L'étudiant manifestant est mort suite au tir d'une grenade offensive de la gendarmerie qui l'a atteint dans le dos

-«Les examens réalisés sur le sac à dos de Rémi Fraisse ne mettent en évidence aucune substance, sinon le TNT présent dans la grenade utilisée par la gendarmerie. C’est donc bien l’explosion de la grenade qui a causé la mort de Rémi Fraisse» (Dépêche AFP)

La piste de la grenade offensive lancée par la gendarmerie est officielle.
Les analyses du sac à dos que portait le manifestant Rémi Fraisse au moment de sa mort ont mis en évidence la présence de TNT.
Ces analyses ont été menées sur les restes du sac à dos que portait Rémi Fraisse au moment de sa mort dans la nuit de samedi à dimanche 26 octobre 2014.
De bonne source, les analyses n’ont pas fait apparaître d’éléments chimiques provenant des engins pyrotechniques artisanaux fabriqués et utilisés par une partie des adversaires du barrage contre les forces de l’ordre.
L’étudiant de 21 ans, originaire de Toulouse, a été tué lors d’affrontements entre des manifestants et les forces de l’ordre sur le site de ce barrage.
Le conseil général du Tarn a suspendu vendredi le chantier du barrage de Sivens.
Une information judiciaire a été ouverte contre X du chef de «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, faits commis par une personne dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice de ses fonctions».
Les forces de l’ordre n’ont pas voulu tuer mais elles ont tuées quand même. Le mort aurait pu être aussi du côté de la gendarmerie.
On notera que l’étudiant a été tué par un projectile qui l’a atteint dans… le dos.
A-t-il lancé quelque chose avant de déguerpir ?
Ou marchait-il, dos tourné, sans acrimonie particulière contre les forces de l’ordre?
Dur de mourir dans ces conditions. Avec un peu de hauteur c’est donc la France qui tue l’un des ses enfants.
Ce n’est pas première fois que cela arrive, et pas la dernière. Il vaut mieux marcher sur les clous comme disait aussi Georges Brassens pour ne pas risquer sa peau bêtement. On n’en a qu’une.
Je pense à Loïc Lefebvre, 27 ans, mort sous les balles d’un CRS parce qu’il avait pris un sens interdit près de la rue Mogador, en 1986. Il n’avait plus le permis mais ce n’était pas un bandit, juste un jeune affolé qui ne mettait pas en péril la société.
Remarque: en 1986, nous étions en pleine cohabitation, avec gauche à l’Elysée et droite à Matignon. Je me souviens très bien que la gauche avait massacré la droite pour la “bavure” de 1986.
Quand la gauche est au pouvoir à l’Elysée et à Matignon, comme en 2014, la “bavure” est beaucoup moins médiatisée.
Etre au pouvoir n’est pas de tout repos. Où est le premier ministre actuel le 1er novembre 2014 ? A Bercy… Il travaille même le week-end, en visite au ministère des finances ? Non, il fait une pause aux Masters de tennis. Manuel Valls espère passer une meilleure fin de semaine que le week-end dernier quand le Barça en a pris trois à Madrid.
Pour frapper les esprits de la presse, le premier ministre français dit à présent quelques mots dans la langue du pays qu’il visite.
Ces mots sont plus marquants que ceux du long discours attendu qu’il prononce en faisant croire qu’il l’a écrit.
Avant lui, un autre Français l’a devancé sur ce terrain: le général de Gaulle.

24.10.14

Dans la peau de Maria Callas, par Alain Duault (Le Passeur)

Qui parle comme La Callas ? Personne. Les plus grands sont les plus simples.

Non, Alain Duault n’est pas un travesti.
Il joue simplement le jeu de se mettre dans la peau de quelqu’un, selon le principe de la collection du Passeur.
On connait le journaliste mélomane depuis des années, dans la mouvance de Bernard Gavoty, mais qui sait que Duault est aussi un poète à l’œuvre constante depuis 1967 ?
Il suffit de lire Dans la peau de Maria Callas pour saisir la portée de sa poésie présente dans chaque page.
Duault aime La Callas et cela se sent. Bienvenue au club !
Ne pas aimer Maria Callas c’est ne pas aimer le soleil, et la nuit aussi.
Sa vie oscille sans cesse entre la haute création et le drame intime.
Sa mère coupa le cordon dès la naissance de sa fille, ce n’est rien de la dire.
La petite Maria se réfugia vite dans la musique.
Elle avait un oiseau au fond de la gorge.
Sa vie sentimentale fut le point noir de sa vie. « La gloire est le deuil éclatant du bonheur » a signalé Mme de Staël.
Alain Duault nous fait revivre les 15 derniers jours de la vie de la Diva claquemurée dans son appartement parisien et dans sa vie passée.
Elle écoutait ses anciens enregistrements… Un écrivain qui lirait ses propres livres ? Il n’y a pas plus suicidaire.
La Callas n’avait absolument pas conscience qu’elle était la plus grande chanteuse du XXe siècle.
Tant de femmes croient être géniales alors qu’elles n’ont pas 10% du génie de la Callas.
Morte seule et abandonnée de tous, La Callas est l’un des plus grands êtres humains de l’Histoire de l’Humanité.
Je déteste l’Opéra, et surtout son public qui m’insupporte autant que les supporters dans les stades.
Sur les plateaux, on n’entend que des gens qui braillent et qui jouent de manière lamentable.
Ils massacrent même Mozart et Verdi.
Je déteste l’Opéra et son emphase. Je déteste l’Opéra, sauf Marie Callas qui parle la langue du cœur et de l’âme.
Quand j’entends une autre cantatrice que La Callas je me bouche les oreilles.
Des abrutis ont osé siffler La Callas quand elle s’est cassée la voix à Paris. En Italie aussi elle a été huée.
La Callas parlait un français impeccable. Je vous conseille d’aller sur You Tube pour la voir avec son ami Visconti.
Impossible d’être plus humble qu’elle.
A la fois chanteuse et comédienne, elle a réinventée tout ce qu’elle a chanté.
Droite sur le proscenium, sans dire un mot, elle avait une présence fracassante.
Sa beauté est indiscutable. Là encore d’aucuns ont osé dire qu’elle n’était pas belle. C’est sûre, elle avait la beauté de l’âme, pas la beauté de l’âne. Le côté j’ai de gros seins très peu pour elle.
La Callas est devenue célèbre grâce à son immense talent. Elle n’a pas fait la Une parce qu’elle se déshabillait devant les objectifs. Elle mettait à poil son âme pas son corps !
La Callas est un phare de ma vie. J’aperçois toujours sa lumière. Sa mort n’a rien effacé.
Ses ondes sont toujours là. Je suis simplement révolté du traitement qu’on lui a infligé.
Merci à Alain Duault pour son vibrant hommage

-Dans la peau de Maria Callas, d’Alain Duault. Le Passeur, 180 p, 16, 90 €

19.10.14

Permalink 15:47:06, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Hommage au faux silence par John Cage: 4'33'' par Kyle Gann (Allia)

Il fallait le faire, John Cage (1912-1992) l’a fait !
Soit convoquer le public dans une salle de concert avec un grand orchestre qui ne joue pas pendant 4′ 33′’.
Ce silence en fait est un faux silence car on entend du bruit: celui du public alors que l’orchestre est figé comme sur une photo, même si les petits incidents ne sont pas à exclure.
Ce moment nous renvoie à nous-mêmes mieux que n’importe quelle musique.
Nous sommes chez Duchamp, chez Satie partout dans le refus des grands réfractaires. Refus génial, s’entend.

«Le titre de cette œuvre figure la durée totale de son exécution en minutes et secondes. À Woodstock, New York, le 29 août 1952, le titre était 4′33″ et les trois parties 33″, 2′40″ et 1′20″. Elle fut exécutée par David Tudor, pianiste, qui signala les débuts des parties en fermant le couvercle du clavier, et leurs fins en ouvrant le couvercle. L’œuvre peut cependant être exécutée par n’importe quel instrumentiste ou combinaison d’instrumentistes et sur n’importe quelle durée. » Dixit John Cage.

Kyle Gann nous raconte la genèse de cette non-œuvre.
Ce 4′33′’ est bien plus profond qu’il n’en a l’air de prime abord.
Il y a du Zen dans Cage qui refuse d’être… enfermé dans un aucun système.

-No Silence. 4′33 de John Cage, de Kyle Gann. Allia, 190 p., 15 €

12.10.14

Permalink 00:40:50, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

La playlist de Patrick Modiano: Cole Porter, Billie Holyday, Charles Trenet, Django Reinhardt...

Cette journée consacrée à Patrick Modiano est une réponse très importante à la rentrée littéraire française qui voit le triomphe de deux bouquins présentés par des représentants du PAF qui couchent dans les médias. Plus vous êtes vulgaire, plus vous plaisez au public fermé à la grandeur d’âme. Parmi les lecteurs de Modiano, il n’y a aucun amateur de coucherie présidentielle et encore moins de racistes et xénophobes. Suivez mon regard…

Samedi 11 octobre 2014, France Culture a eu la bonne idée de “bousculer” ses programmes pour fêter le Prix Nobel attribué à Patrick Modiano.
La station a beaucoup d’archives avec l’écrivain qui a raison de parler sur France Culture car ici il ne s’éloigne pas de la parole écrite.
Pendant toute la journée, les auditeurs ont pu se familiariser avec le travail de l’écrivain.
Là pas question d’entendre quelqu’un nous vendre sa salade ou nous dire :"Moi, moi, moi, moi…”
Modiano a bien expliqué tous ses tâtonnements.
Grande journée consacrée à la littérature et non pas à la suffisance d’un auteur qui fait mousser son dernier bouquin jetable avec le nom qu’il s’est déjà fait.
Modiano n’est pas arrogant ou cassant comme tant d’auteurs aussi inaudibles qu’ils sont illisibles.
Dès qu’il parle de son style, Modiano s’excuse et se fait discret: “Là c’est technique…”
En fait, il écrit comme Clint Eastwood joue, sans presque rien faire ou dire. L’important c’est le “presque".
Une petite remarque: il a parlé de “Fantastique social” que l’on voit dans les cafés et bars.
La journaliste en face de lui, a dit que l’expression était juste.
Il convient de rappeler qu’elle n’a rien de “modianesque". La journaliste en face de lui n’était plus que groupie.
Nous étions sur France Culture quand même ! Le minimum c’est d’avoir un peu de compétence sans parler de culture.
“Fantastique social” ? L’expression est de Pierre Mac Orlan.
Au cours de la journée nous avons pu écouter un choix de musique signé Modiano.
Je vous livre sa playlist, pour l’essentiel. Bien sûr, il s’agit d’une thématique bien particulière. (Il pourrait en faire d’autres) :
Billie Holiday, Lester Young, Cole Porter, Edith Piaf, Charles Trenet, Ray Ventura et son orchestre, Jean Sablon, Georges Ulmer et Django Reinhardt…
Aucun cadeau à l’air du temps. A part, Lester Young et G. Ulmer (qui a eu un restaurant à Nice, rue Csssini), ils sont tous chez moi.
Au sujet de la littérature contemporaine, il a expliqué que Perec était le premier grand écrivain de la nouvelle génération, zappant le nouveau roman, à mes yeux un repaire d’auteurs abscons.
Sur Pedigree, il a fait ce commentaire: “A part, mon frère, je voulais me débarrasser des corps étrangers". Puis, il s’excuse d’utiliser de tels mots pour désigner ses parents. Quand il parle, il lui arrive aussi de rayer des mots, les fameux remords. Est-ce le bon mot ? Faut-il adoucir ou forcer le trait ?
Tient-il un journal ? “Non", dit-il. il se dispense des petits arrangements avec la mémoire ? Le roman c’est mieux.
Que pense-t-il des écrivains qui ont témoigné sur les camps de concentration ? “Ont-ils tout dit ?”
Ecouter Modiano c’est entendre parler littérature sans aucune grandiloquence. Il en parle comme un chercheur d’or. Nul pédantisme.
J’espère voir à présent Peter Handke lui succéder. Le plus tôt sera le mieux.
Et ensuite Paul Auster. Des gens dignes. Des artistes, des artisans. Pas des vedettes.
Peter Handke ? Paul Auster ? Deux écrivains qui aiment la littérature française.
La finesse du français permet d’aller très loin dans le cerveau.

[Post dédié à Mireille, Emmanuel Berl et Robert Gallimard]

06.10.14

Permalink 07:52:14, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

L'ultime balade de "Jim" , par Harold Cobert (Plon)

De manière définitive, il faut parler d’un poète quand on évoque Jim Morrison.
Il a payé de sa vie son amour pour la poésie, tel le papillon attiré par la flamme il s’est brûlé les ailes juste avant de mourir. Il n’y a pas d’image plus juste pour décrire Morrison qui a su ce que ça faisait de crever de la sorte mais il n’a pas pu nous le raconter.
Alors pour combler le vide, Harold Cobert s’est glissé dans la peau du mythique chanteur des Doors pour nous faire partager ses derniers mois à Paris en 1971.
Il s’est inspiré des propres mots du poète qu’il a retrouvés dans ses lectures et notamment dans les livres de Jean-Yves Reuzeau.
Parler à la place de Morrison, Harold Cobert le fait très bien.
Au début du livre, Jim n’en peut plus qu’on le traite tout le temps en icône alors que bouffi par les excès en tous genres il ne ressemble plus au beau gosse d’antan.
Loin de la rock star filiforme et gainée de cuir noir, Jim, est un gros barbu aux cheveux longs et grisonnants, qui déambule comme une ombre dans les rues de Paris qu’il adore. Dégoûté par l’industrie du disque, le chanteur est désormais un poète dépressif. Il ne veut plus appartenir au show biz afin de vivre la vie d’un poète, sorte de résurgence de Verlaine, Rimbaud et Baudelaire.
Célèbre dans le monde entier, il n’est plus qu’un écrivain maudit.
Il ressasse son passé jusqu’à son ultime souffle rue de Beautreillis.
Un fait certain: Morrison était un véritable écrivain, authentique poète, amoureux du langage qu’il savait manier dans son style bien à lui. Cela sonne juste.
Il n’a rien à voir avec les chanteurs qui le copient au point d’en n’être qu’une immonde caricature.
Il n’y a qu’un Jim Morrison, et il faut classer ses textes dans les anthologies de la poésie du XXe siècle, et ne pas se contenter de CD.
La couverture du livre nous le montre dans la peau de celui qu’il ne voulait plus être.
Une photo de Morrison à la fin de sa vie aurait mieux convenu, ne serait-ce que pour être raccord avec ce qu’il voulait être.

Jim, par Harold Cobert. Plon, 217 p., 16,90e

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