Catégorie: HENDRIXEMENT

02.06.13

Permalink 00:19:18, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Je voudrais tant que tu te souviennes. Poèmes mis en chansons de Rutebeuf à Boris Vian (Poésie/ Gallimard)

Après la disparition de Jean Ferrat et Georges Moustaki… Guy Béart et Charles Aznavour sont les derniers géants de la chanson française du XXe siècle.

Beaucoup de chansons du XXe siècle proviennent de temps lointain remis au goût du jour par nos plus grands chanteurs dont Georges Brassens. Exemple : Les Passantes. Le texte est d’Antoine Pol. Comme quoi Brassens était un sacré fin lecteur qui détestait dire en moins bien ce que quelqu’un avait déjà bien dit avant lui. C’est la marque des grands. Des très grands. Pauvre Rutebeuf a permis de redécouvrir cet immense poète grâce à Léo Ferré. Nous avons eu le bonheur de vivre autant de temps de Trenet, Ferré, Brel et Brassens.
Dans les choix de Sophie Naulleau nous lisons du Mallarmé mis en musique par Serge Lama (Brise Marine). Et tant d’autres virtuoses du français. Bal chez Temporel de Guy Béart lui a été inspiré par André Hardellet. (Le Tremblay) Le talent de chanteur de Béart est ici à son sommet. J’avais oublié que La chanson du mal-aimé d’Apollinaire mis en musique par Léo Ferré était dédié à Paul Léautaud.
Savez-vous de qui est Si tu t’imagines chanté par Juliette Gréco ? Raymond Queneau… Bravo ! Complainte de Robert le Diable signé par Louis Aragon a été divinement chanté par Jean Ferrat. Le livre composé par Sophie Nauleau est un hymne au français, sublime langue. Dès lors qu’il est réinventé par des génies du verbe, à savoir des gens qui sont assez sensibles et intelligents pour découvrir des formules inédites qui expriment ce qu’on connaissait sans pouvoir le dire.

-Je voudrais tant que tu te souviennes
Poèmes mis en chansons de Rutebeuf à Boris Vian
Edition de Sophie Nauleau
Poésie /Gallimard, 263 p., 6,90 €

31.05.13

Permalink 11:28:23, Catégories: GRANDE DAME, HENDRIXEMENT  

La chanteuse GiedRé est dans la lignée de Vian, Brassens et Lapointe

Pas encore assez médiatisée, GiedRé a déjà son public. Il suffit de voir ses dates de “tournantes".

“GiedRé, de son vrai nom Giedrė Barauskaitė, est une auteur-compositeur-interprète humoriste franco-lituanienne née le 23 octobre 1985 à Vilnius.”
Pour faire court la première ligne de Wikipédia dit tout.
GiedRé doit se prononcer Guiédré.
Ses textes sont très forts car ils abordent des sujets tabous.
Elle les chante délicieusement sans forcer le trait, à l’opposé des chanteurs engagés, comme l’on dit.
GiedRé prend un malin plaisir à s’habiller genre nunuche mais son aspect n’en devient que plus fin.
Talent d’auteur. Talent de chanteuse.
Elle a un sourire et des yeux qui contribuent à lui donner une très grande présence.
Pour ne rien gâter, elle a une jolie voix !
Ses textes la situent dans la lignée des grands réfractaires qui aiment les gens.
Vian, pour le côté iconoclaste.
Brassens, pour le côté révolutionnaire pacifiste.
Lapointe, pour l’humour à triple sens.

http://www.giedre.fr/

Ses prochains concerts qu’elle appelle des tournantes:

30 Mai : EVReuX - L’aBoRDaGe
31 Mai : LoNDReS - L’iNSTiTuT FRaNCaiS
14 JuiN : SaiNT JeaN De La RueLLe - Le GRaND uNiSSoN
15 JuiN : MoRGeS - FesTiVaL sous RiRe
22 JuiN : MoNTHeY - FêTe De La MuSiQue
6 JuiLLeT : AlBi - FeSTiVaL PauSe GuiTaRe
18 JuiLLeT : SPa - FeSTiVal LeS FRanCoFoLieS
19 JuiLLeT : aiX eN oTHe - FeSTiVaL eN oTHe eT eN…
20 JuiLLeT : BRiVe - BRiVe PLaGe FeSTiVaL
26 JuiLLeT : SumeNe - FesSTiVaL LeS TRaNSeS CéVeNoLeS
04 aoûT : RonQuièReS - FeSTiVaL de RonQuièReS
17 aoûT : BRuXeLLeS - BRuXeLLeS SuMMeR FeSTiVaL
30 aoûT : SiecQ - La MoTTe au FéeS
31 aoûT : BRéaL - FeSTiVaL du Roi aRTHuR
13 SePTeMBRe : NaMuR - FêTeS De WaLLoNieS
9 NoVeMBRe : NaNTes - La BouCHe D’aiR
27 NoVeMBRe : TouLouSe - Le BiKiNi

[Post dédié à Bernard Droguet]

30.05.13

Piaf Trenet, Le diner extraordinaire, de Jacques Pessis (Don Quichotte)

Piaf et Trenet aimaient tous les deux beaucoup Georges Brassens

Charles : «Mon optimisme est communicatif et indomptable. J’ai toujours écarté de ma route tout ce qui peut l’assombrir. Ma mission, finalement, n’est-ce pas de répandre le bonheur, d’offrir aux être ce dont ils ont le plus besoin, un peu de joie et de confiance en eux-mêmes ? Et peut-être le goût de faire, à leur tour, des heureux autour d’eux »
Edith : «Tu es bien humble »
Charles : « Je hais les vaniteux. A mes yeux, ce sont de petites têtes qui n’ont pas les moyens de se payer l’orgueil ».
Voilà un extrait du dialogue imaginaire entre les deux chanteurs d’exception. Au XXe siècle, la France en a eu plusieurs. Ayant vu de nombreuses fois Trenet, Jacques Pessis est passé à l’acte pour écrire une pièce qui fait entendre l’amitié et l’esprit. C’est déjà beaucoup. Tout est vivant, attractif. On décrit souvent Piaf comme une éternelle fleur bleue. Je ne la vois pas de la sorte, et Pessis non plus. C’était une femme au caractère bien trempé, une autodidacte qui savait tout de la vie et pouvait deviner votre personnalité en une poignée de minutes. Elle a toujours aidé les jeunes à se réaliser.
Autre extrait :
Charles : « Brassens m’a dit qu’il l’adorait.» [Il s’agit d’une chanson.]
Edith : « Quel talent, ce Brassens. Ses textes sont des bijoux. »
Charles : « C’est aussi un mélodiste exceptionnel. Ses musiques semblent simples, alors qu’en fait elles sont extrêmement difficiles à construire. C’est un génie. Tu le connais. »
Edith : « A peine. On m’a dit qu’il était assez ours. Il ne voit personne, ou de rares amis très proches ».
Charles : « C’est un timide. Moi non plus je ne le vois jamais, ou presque. Ca ne m’empêche pas de le considérer un peu comme mon fils.»
Tout ça est bien vu. J’ai rencontré une fois Trenet après un enregistrement à la Halle Baltard. “C’était, disait-il, ses adieux à la télévision", une émission avec Drucker. J’étais venu assister au tournage avec Pascal Sevran. Grands moments : il a fallu attendre longtemps avant de débuter l’enregistrement pour des raisons, dirais-je techniques. Une fois lancé, Trenet fut éblouissant comme toujours. A la fin, nous sommes allés dans un café. Le spectacle a continué. Je n’ai pas dit un mot, on ne pouvait que l’écouter. Il a dit: « On parle beaucoup de chansons engagées mais ceux qui les chantent ne sont pas beaucoup engagés par les théâtres… » Au garçon, il a commandé une « Gold » amère… Il nous a dit que Francis Blanche était un artiste bien plus grand qu’on ne le dit. Ca, je le savais. J’avais voulu rencontrer Francis Blanche qui habitait Eze-village mais je l’ai toujours raté. J’ai dû me contenter d’aller sur son tombe.
Jacques Pessis a évité le côté poussif du genre parce qu’il connaît son sujet et qu’il aime Trenet et Piaf. Peut-on ne pas les aimer ? Qui pourrait jouer ses deux monstres sacrées ? Des comédiens inconnus avec un grand talent. Là nous pourrions y croire. Il est impossible de voir incarner des contemporains qu’on a vu vivre. Je n’y croirai pas une seule seconde.

-Piaf Trenet, Le diner extraordinaire
De Jacques Pessis
Don Quichotte, 275 p., 18 , 90 €

27.05.13

Comment voulez-vous que je l’oublie… Madeleine et Léo Ferré 1950-1973 , d'Annie Butor (Phébus)

Chanson magistrale d’un géant de la scène du xxe siècle. A une époque de ma vie, j’écoutais en permanence Léo Ferré. Ce fut une grande époque. Il m’a aidé. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Ses chansons résistent au temps.

Il s’agit d’un texte écrit par l’ex belle-fille de Léo Ferré, c’est-à-dire la fille de son ex femme Madeleine Rabereau. Autant on peut écrire «ex femme» autant j’ai plus de mal à écrire « ex belle-fille » car le lien entre Léo Ferré a été établi quand Annie Butor, l’auteur avait cinq ans, en 1950. Un lien très cruel à casser, même après le divorce de son beau-père d’autant plus quand il s’appelle Léo Ferré.
Ce livre n’est pas un réquisitoire contre l’auteur d’Avec le temps, même si dès les premières pages, Annie Butor, signale que pour des « raisons juridiques », certaines lettres de Ferré qu’elle a reçues ne peuvent pas être publiées. Des lettres écrites pendant 25 ans. Y a-t-il quelques horreurs dedans ? Non, en fait. Nous sommes tout simplement dans le domaine de la succession liée à l’héritage du chanteur. Léo Ferré a eu plusieurs amours dans sa vie. Alors comme dans toutes les autres familles, c’est toujours les héritiers de la dernière étape de la vie sentimentale qui ont souvent le dernier mot. Tout cela ne concerne pas les lecteurs, ni les admirateurs de l’artiste Léo Ferré qui n’appartient à personne. Une chose est certaine, on n’aura pas à faire subir à la dépouille, de l’un des cinq plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de la France du XXe, ce que l’on a fait subir à un chanteur-comédien qu’on exhuma pour savoir s’il était le père d’une jeune femme qui lui ressemblait.
De 1950 à 1968, Madeleine et Léo ont mené une vie de couple avec plus de hauts que de bas. Ils ont traversé de longues périodes de vaches enragées avec des fins de mois qui durent 30 jours dans des lieux peu confortables voire pas du tout. Annie Butor était aux premières loges avec des yeux d’enfant, puis de jeune fille et de jeune femme. Le trio mangeait quasiment tous les jours des spaghettis, n’oublions pas que Leo Ferré est né à Monaco à quelques mètres de l’Italie. Parmi les bons côtés, Annie Butor voit la naissance sous ses yeux de quelques chefs d’œuvre. La narratrice qui rassemble ses souvenirs ne peut pas être suspectée de vouloir desservir la mémoire de Léo Ferré puisqu’elle nous confie que sa mère considérait Ferré comme un « génie » (p. 30). Annie Butor écrit noir sur blanc : « Je n’étais pas inconditionnelle, mais je l’aimais tellement ! » (p. 76)
Le livre nous apprend donc le rôle déterminant de Madeleine Rabereau qui a contribué à rendre papillon la chrysalide, allant jusqu’à intervenir sur certaines chansons, si l’on croit tout ce que sa fille écrit. (p. 68) Des confidences sulfureuses? Ce passage quand la belle-fille a 16 ans et le beau-père, 40 ans : «Je sentais chez lui des désirs refoulés ( …) Je n’ai pas voulu. » (p. 129) «La Jolie Môme» c’est elle. Annie Butor peut s’enorgueillir d’être à l’origine de la naissance d’une des plus belles chansons du répertoire français. Ce n’est pas un mince bonheur. Le thème de la Lolita ne donne pas toujours des œuvres d’art. Le plus souvent cela se termine devant la brigade des mœurs.
Dans le livre, on apprend aussi les mesquineries qui brouillèrent André Breton et Ferré. De ce passage, je retiens surtout les allées et venues dans la salle des ventes de Drouot où Breton emmenait Madeleine pour lui montrer comment acheter quelques trouvailles picturales ou autres. Dire que d’aucuns osent dire que Breton n’était pas un collectionneur ! Un autre surréaliste fut aux petits oignons avec Ferré car celui-ci lui rapporte des droits d’auteur en rendant plus accessible ses poèmes de haut parage que Madeleine malaxait à sa guise. Aragon ne disait pas non dès lors qu’Elsa disait oui. Annie Butor fait un excellent portait d’Aragon plus juste que celui de ses thuriféraires.
D’aucuns seront surpris que Léo Ferré bénéficia de l’aide du Prince Rainier. Moi pas. Le chef de la principauté était très attentif à ses sujets et il avait très bon goût. Il suffit de se référer à sa femme, Grace Kelly pour le constater. Il aimait tous les arts, y compris le sport. Il collectionnait les voitures, tenait beaucoup au Grand Prix de F1 de Monaco et il a construit un très grand club de football, l’ASM. Rainier mit l’Opéra Garnier de Monaco à la disposition du musicien qu’il ne voyait pas du tout comme un simple chanteur de variétés. Son Altesse Sérénissime Rainier III se rendit dans le modeste logement de Ferré pour faire sa proposition honorifique qui fut acceptée. En 1954, Ferré créa La Chanson du mal-aimé à l’Opéra de sa ville natale qui est aussi un pays. A propos de paradis fiscal, Annie Butor écrit que Léo Ferré «créera des sociétés, imaginera des écrans, aura toujours manifesté un goût affirmé pour la Suisse».
Annie Butor défend à sa manière la mémoire de Ferré quand elle note que l’artiste «a toujours interdit que son nom soit associé à une quelconque publicité commerciale». Elle précise cela en référence à la pub de sardines qui se sert de «C’est extra» en fond sonore. Il ne faut s’étonner de rien quand on voit qu’une bagnole s’appelle Picasso. Si au moins elle avait les phares sur le toit, mais non elle est très conventionnelle. A rayon des chanteurs qu’aimait Léo Ferré, il y a Brassens, Bécaud et Trenet. Des chanteuses ? Catherine Sauvage en tête de liste, et puis Renée Lebas, Germaine Montero, Colette Renard, Patachou …
Au plan privé, tout se gâta avec l’arrivée dans la famille Ferré d’un singe, la dénommée Pépé. Le dresseur qui leur céda « cette bébé chimpanzé » leur confia « avoir divorcé trois fois” à cause des singes. « Il faut que le singe sache qui est le maître sinon vous allez au désastre… » Il précisa que cet animal mesurera un jour un mètre vingt avec une force de « huit hommes ». Pépée sera un long moment l’enfant que le couple n’a pas eu. Le couple laissa le singe en toute liberté. Pépée prit la place que leur trois Saint-Bernard n’avaient jamais prise. Devenue une jeune femme, Annie Butor choisit de partir habiter chez son père qui fut toujours correct avec elle. Léo Ferré vécut ce départ comme une trahison. Elle dut revenir au bercail car sa mère ne pouvait pas vivre sans sa fille. Dans la préface, Benoîte Groult, rappelle que Paul Guimard dira qu’avec tout ce qu’elle a traversé, Annie Butor aurait dû finir en asile ! Elle a été très costaud mentalement au milieu d’une vrai ménagerie, une arche de Noé à la dérive avec des chefs de bords alcoolisés. Pépée alla jusqu’à agresser Annie Butor, « sa seu-sœur ». Avec le temps Pépée était devenue « une garce méchante».
Quand Pépée fut une malade incurable, Madeleine la fit abattre, à contre cœur. Je crois cette version et non plus celle qui consiste à dire que c’est une femme délaissée qui supprima l’animal pour faire mal au chanteur qui avait déserté le domicile le 29 mars 1968. L’année la contestation pour ainsi dire mondiale. «Le monstre sacré de la chanson pouvait être un monstre tout court ». (p. 192) Madeleine est morte le 24 mai 1993. Léo, lui, mourut le 14 juillet 1993. Il n’a jamais su que Madeleine avait disparue. Elle, non plus, n’a donc pas su que Ferré était mort… Une double façon de rester éternelle. Annie Butor a bien fait de donner sa version des faits. Léo n’était pas n’importe qui. Les parents d’Annie Butor non plus. La perdante du livre c’est Pépée. Jamais je n’aurais un singe chez moi.

-Comment voulez-vous que je l’oublie… Madeleine et Léo Ferré 1950-1973
D’Annie Butor
Préface de Benoîte Groult
Avec un très émouvant double cahier de photos inédites de famille.
Phébus, 208 p. , 17 €

A voir:
http://www.youtube.com/watch?v=DP9tT_i0tMU

23.05.13

Permalink 12:17:49, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Georges Moustaki (1934-2013), coeur pur

Milord de Piaf, vous connaissez ? C’est de lui.
Et Sarah chanté par Reggiani ? De lui aussi. La femme qui était dans son lit, c’était Piaf.
L’amour, les femmes, la musique, les voyages, la moto, c’était Moustaki.
L’amitié aussi, il l’a connue auprès de Georges Brassens.
Le Météque adorait l’esprit et le langage: d’un mot, il en tirait un chef d’oeuvre: solitude, liberté. Seuls les grands s’attaquent à l’essentiel.
J’ai assisté à l’un de ses tours de chants à Bobino. Ambiance ouatée à l’extrême. J’ai failli me faire écraser en sortant, trop dans les nuages.
Le faux lent était un as du ping-pong.
Je l’ai revu chez Jean-Daniel Belfond pour un livre de Louis Nucéra sur les chats. Georges était là, contre le mur, avec ses beaux yeux chauds comme la braise au soleil.
Il y a quelques temps, il nous a dit adieu sur RTL.
Une voix d’outre-tombe, déjà.
Grand artiste. Grand homme. On n’a pas l’habitude d’en croiser beaucoup.
Chaleur humaine inoubliable.
La généreuse intelligence des grands solitaires.

Deux anciens posts sur Moustaki:
http://www.blogmorlino.com/?blog=5&s=moustaki&page=1&paged=2

http://www.blogmorlino.com/?s=Salut+amical+Georges+Moustaki&sentence=AND&submit=Rechercher

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