Catégorie: HENDRIXEMENT

22.06.14

Permalink 12:10:38, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Je suis mort, il y a vingt-cinq ans, de Jérôme Soligny (La petite vermillon)

Un beau livre tragique d’écrivain qui devrait en publier d’autres- il s’agit d’une réédition de 2011- car il sait très bien construire son récit. Nous sommes au début des années Sida après l’insouciance des années 1960-1970. Finalement dans les années 1980, ceux qui entrent dans le monde des adultes vont comme être punis de la liberté dont a profité la génération précédente. Il y a de la culpabilité dans l’air. C’est l’éducation qui veut ça. Stupide vibration mais c’est ainsi chez les judéo-chrétiens.
La toile de fond est toute la musique des années 70-80 : Bowie, Reed, Ferry…
On va du Havre aux Etats-Unis via Paris.
Le narrateur nous dit d’emblée : « Je suis mort il y a vingt-cinq ans. A vingt-cinq ans. »
Page 102, il précise : « Mourir jeune d’une maladie chopée en faisant l’amour avec une gamine en Afrique restera le coup d’éclat de ma vie ».
L’auteur est Jérôme Soligny -Philippe Manœuvre baby- à la fois musicien, compositeur, producteur, journaliste et écrivain.
Très bien mené, son récit rend hommage à plusieurs de ses amis qui forment le conglomérat de ses personnages.
Jérôme Soligny est un descendant de la Beat Generation.
Son humour, son insolence, tout ça renvoie à Kerouac jusqu’à Carver.
Un grand petit livre (par la taille).

-Je suis mort, il y a vingt-cinq ans
de Jérôme Soligny. Préface de Valérie Tong Cuong. La petite vermillon, 116 p., 7,10 €

10.06.14

Permalink 10:45:46, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Petit manuel musical du football, Pierre-Etienne Minonzio (Le mot et le reste)

Chico Buarque incarne bien la passion du football et de la littérature. Musicien et écrivain, il vit souvent à Paris. C’est à coup sûr le plus français des Brésiliens comme Georges Moustaki était le plus Brésilien des Français. Littérature, musique et football, tout est un histoire de style et de rythme. Chico Buarque parle très bien français.

Ce livre indispensable nous vient de Marseille. On se demande pourquoi il a fallu tout ce temps pour voir en une anthologie des musiques liées au football. On sait qu’en France, c’est du niveau zèro. On a entendu lors de la finale de la Coupe de France Assurancetourix nous casser les oreilles avec un chant breton. Il ne sufffit pas d’avoir de beaux yeux pour bien chanter. Quand ce n’est pas le folklore c’est We are the champions de Queen, c’est dire que la France ne cesse pas de singer les Anglais. Et jadis on a eu droit à Monty pour donner du courage aux Verts. Même l’immense Marius Trésor a donné dans le 45 tours. Pauvres oreilles ! Toute cette bimbeloterie musicale n’a été possible que parce que des producteurs ont fait fructifier la notoriété des joueurs souvent sur leur propre dos de champions. Les Corons de Pierre Bachelet à Lens, c’est déjà beaucoup mieux car cela décrit bien la région. Nissa la Bella à Nice a aussi du sens pour les Niçois et non pas pour les ignares qui pensent que le Nissart est un dialecte alors qu’il s’agit d’une authentique langue avec sa grammaire et son vocabulaire
Le livre est bien sûr gorgé de chants anglais, ce qui est bien logique. On doit à l’Angleterre les Beatles et tant de groupes mythiques. Liverpool a capté son You’ll Never Walk Alone (Tu ne marcheras jamais seul) dans une comédie musicale de Gerry and the Pacemakers qui date de 1963. C’est le plus beau chant de fans du monde. A Anfield on chante juste, on n’hurle pas « Oh ! hisse, enculé ! » Désormais les chanteurs sont moins connus que les footballeurs alors que dans les années 50-60 c’était le contraire. En France, on a vu des chanteurs s’essayer à la musique, sans grand talent (Bats, Djorkaeff, E. Petit…) Le chant de l’épopée française de 1998 fut I Will Survive créé par Hermes House Band. Près de nous, il y a eu des tentatives plus heureuses avec Mickey 3 D des fondus de l’ASSE qui ont écrit un hymne à Johnny Rep, et Julien Doré qui célèbre à sa façon Platini alors que l’étoile du football ne joue plus depuis bientôt trente ans. Il y aussi le fiévreux Cali qui a déclara sa flamme dans Cantona. Le King de MU a lui-même écrit pour l’album de sa femme, la comédienne Rachida Brakni.
L’anthologie de Pierre-Etienne Minonzio, par ordre alphabétique, nous rafraichit la mémoire : qui se souvient que l’immense Cruyff a poussé la chansonnette avec Oups, oups, oups, soit Oie, oie, oie. Avant lui Franz Beckenbauer chanta Gute Freunde kann niemand trennen (Personne ne peut séparer les bons amis), sauf quand ils écoutent une chanson qui nous casse les oreilles et le reste. L’auteur du livre nous assure que Kevin Keegan avait, lui, autant de talent au micro que sur le terrain. On le croit sur paroles car il possède à merveille son sujet. Le livre nous dévoile enfin pour qui vibrer Les Beatles, tous nés à Liverpool. Lennon en pinçait pour les Reds quand McCartney n’a d’yeux que pour Everton. Par snobisme- mais oui- ils disaient ne pas aimer le football. Dans les années 1960, le football n’avait pas la force médiatique d’aujourd’hui. En 1960, seuls les connaisseurs aimaient le ballon. De nos jours, tout le monde en parle et même des ministres incompétents dans leur domaine et en sport je ne vous dis pas !
L’ouvrage aurait pu se contenter de n’évoquer que les joueurs majeurs mais il y a des entrées sur Anelka et Beckham. Qui se souviendra de leur football dans trente ans ? Niveau chanteur c’est le même topo. On ne peut pas mettre au même niveau le filet de voix de Benjamin Biolay avec toute l’âme du Brésil présente dans le gosier de Chico Buarque. D’un autre côté ces deux noms qui se suivent dans l’ouvrage montrent le fossé qui existe entre un pays qui n’a gagné qu’une Coupe du Monde – en plus sur son sol- et la nation phase du football qui en a cinq à son palmarès. En France on se sert du footall. Au Brésil, on sert le football.
Dans le livre, deux joueurs se distinguent du mot : George Best, grand amateur des Rolling Stones, a permis aux footballeurs d’enfin avoir droit a être intelligents et plein d’humour. Best eu le statut des stars du rock. Quant à Rocheteau, il a brisé à jamais l’image du football beaufoïde.
A la fois mélomane et lecteur, Rocheteau a été la meilleure publicité possible du football.


-Petit manuel musical du football,
de Pierre-Etienne Minonzio. Le mot et le reste, 272 p., 20 €

02.06.14

Un mort de trop, d'Alexandra Appers (Ring)

Ce thriller convient bien aux éditions Ring tant sa prose tente souvent de nous mettre K.O. par des assauts d’images brûlantes. Les titres de chapitres en anglais sonnent comme des coups de gong sous forme de standards de la chanson rock. On se croirait à Chicago ou à L.A. mais sous sommes à Saint-Amand-La-Givray, tout un programme. Dans le nom c’est Givray qui est important… Des givrés, il y a plein le roman. On est plus chez Mocky que chez Jean-Pierre Melville.
Le personnage central se prénomme Otis parce que ses parents l’ont conçu en écoutant un disque d’Otis Redding. On ne sait pas s’ils écoutaient Respect ou Satisfaction ! Otis n’a qu’un but : devenir tatoueur. Pour se faire la main, il se teste sur des animaux. Ses vieux tiennent le bar l’Indiana- quand je vous disais qu’on est dans le mythe américain à Trifouillis-les-Oies- mais dès la naissance du mioche, le paternel se tire avec une jeunette laissant en plan sa femme et leur bambin pour ne plus jamais revenir. La rescapée du couple tient donc le bar seule pendant que le fiston ouvre à côté un atelier de tatouages.
La vie d’une banalité abyssale suit son cours parmi les poivrots du coin qui parfois se bastonnent comme ce soir de match de football où un pugilat éclata parmi des bas du plafond biturés jusqu’à l’overdose. Au cours de la baston, la petite amie d’Otis est projetée au sol et fait une mauvaise chute alors qu’elle n’y était pour rien. Ella ne se réveillera plus, et pour éviter le débarquement des flics, la mère et le fils planquent le cadavre au sous-sol. Le catafalque de la défunte n’est ni plus ni moins qu’une cantine.
Alexandra Appers sait très bien manier l’atroce et l’humour noir. Son style n’a rien à voir avec la langue branchée des simples auteurs en vogue. Qui est cette romancière qui nous tombe du ciel ? Née en 1974, A. A. vit dans sa ville natale, Orléans. «Elle s’y nourrit de littérature anglo-saxonne, de rock et de cinéma. Un mort de trop est son premier roman», nous apprend son éditeur. On se demande si elle ne s’appelle pas Ginette Dupont tant son univers semble surgir d’une toile d’Edward Hopper vue par Dennis Hopper. (L’analogie des patronymes est un pur hasard, si je puis dire.) La romancière a très bien digéré toutes ses influences pour nous donner un roman qui ferait un sacré film dès lors qu’une médiocre caméra ne massacre pas le scénario. Un mort de trop a pour arrière-plan constant l’étude de la liaison mère-fils digne de Psychose. Dans le roman d’Alexandra Appers, la mère a tout simplement remplacé le mari par le fils. Le duo forme un couple infernal. C’est Stephen King chez les Bidochon. Même le titre est troublant: Un mort de trop pour désigner le cadavre d’une femme.

-Un mort de trop
d’Alexandra Appers
Ring, 263 p., 19, 95 €

13.05.14

Permalink 00:12:11, Catégories: GRAND MONSIEUR, GRANDE DAME, HENDRIXEMENT  

Ecoutons London Grammar pour oublier les casseroles

L’autre jour, lors de la finale de la Coupe de France, ils avaient invité Assurancetourix.
Et à l’Eurovision, la France a gagné mais il faut prendre le classement à l’envers.
On écoute quoi en France lors des célébrations de titres? We are the champions ! C’est tout dire…
Avec la traduction des paroles:

London Grammar est un groupe britannique formé par Hannah Reid, Dot Major et Dan Rothman.
Il s’agit de trois étudiants réunis par l’amour de la musique, de la chanson, des textes.
Leur chanson phare a été écrite par la chanteuse à la voix envoutante.

La date de leur tournée, entre autres en France:
http://www.londongrammar.com/live/

30.04.14

"70 ans de Café-Concert (1848-1918)" de Pierre-Robert Leclercq (Les Belles Lettres)

Avant le music hall où débuta l’immense Gabin, il y avait Caf’Conc’. Gabin est l’honneur du spectacle français, à la fois chanteur, acteur, résistant et paysan.

« Pour venger la France
Qu’il f’rait bon, f’rait bon, f’rait bon
Pour venger la France,
Qu’il f’rait bon mourir. »
Jadis on chantait ce genre de chanson sur l’air d’Auprès de ma blonde. Cela me fait penser à Antoine Pinay qui disait : « Mon père aurait été fier que je meure pour la France mais moi je ne voudrais pas que mon fils aille se faire tuer à la guerre… » Vous saisissez la différence. Et cette confidence est de la bouche de Pinay qui n’est pas n’importe quel quidam.
Le livre de Pierre-Robert Leclercq est une mine pour tous ceux qui aiment la chanson. Bien avant la commercialisation du disque, il y a eu la mode du Caf’Conc’. Il y en avait aussi bien dans les quartiers ouvriers que dans les zones chics. L’essayiste a remonté le temps pour bien nous faire comprendre la bascule entre le Caf’Conc’ vers le music-hall. Sous sa plume défilent Aristide Bruand, Yvette Guilbert, Félix Mayol et bien d’autres dont l’oubliée Théresa qui révolutionna la chanson avant Trenet, Brassens, Berl et Ferré. Jules Vallès et Edgar Degas étaient admirateurs de la chanteuse qui ouvre la voie à Fréhel et à tant d’autres jusqu’à la Môme Piaf.
Quelques anciennes grandes adresses ? Le Casino Cadet (1859), les Folies Bergères (1859), le restaurant-café l’Horloge (1840), le café-concert l’Alcazar (1856)… Les directeurs de salle étaient hyper importants. Ils donnaient le «la» dans leur établissement qui pouvait être le lieu du comique, de la rébellion, de la sensualité et le plus souvent des trois réunis. A la fin de la guerre 1914-1918, la mode du Caf’Conc’ est passée. Voici venue le temps du music-hall à l’image du Moulin Rouge au pied de la Butte Montmartre qui se recycle très bien. Le temps a passé depuis les pionniers du Caveau de 1750.
Parmi tous les faits historiques recensés dans cet ouvrage on séjourne un moment au Procope du nom d’un italien qui racheta le café qui porte son nom au Persan Grégoire, en 1670. Cet établissement devient le lieu préféré des écrivains qui découvraient la nouvelle boisson à la mode : le café. De ce mot découla l’invention du Caf’Conc’.

-70 ans de Café-Concert (1848-1918)
de Pierre-Robert Leclercq
préface de Benoît Duteurtre
Les Belles Lettres, 189 p., 19, 50 €

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