Catégorie: GRANDE DAME

08.06.18

Platine, Régine Detambel (Actes Sud)

“La gloire est le deuil éclatant du bonheur". (Mme de Staël). Surtout la gloire fabriquée et même préfabriquée.

Le texte est à hauteur de la sublime couverture. On y voit la somptueuse Jean Harlow, la «bombe» platine américaine qui a devancé Marylin Monroe. La jeune femme a été fabriquée par les producteurs pour incarner le sex-appeal, une machine à fabriquer du cash par le biais des fantasmes masculins. Howard Hughes en fit une poupée gonflable avant l’heure. Le milliardaire qui vivait caché voulait que l’on voit l’actrice partout.
Régime Detambel souligne que Howard avait pour une Jean Harlow «la considération qu’on manifeste pour une houppette de poudre de riz». A l’époque béni du cinéma, 40 millions de tickets étaient vendus par semaine aux Etats-Unis ! Jean Harlow était le fer de lance de la MGM dont le patron Louis B. Mayer ne voulait pas qu’elle perde son temps à avoir le béguin pour des amants inconnus du public. Déçue que l’on n’aime que ses seins, la comédienne refuse le rôle de pin-up, noie son stress dans l’alcool mais l’angoisse surnage. Le plus atroce c’est que l’homme anonyme qui est devenu son mari la tabasse. Il la frappe tant qu’elle finit par mourir, détruite à l’intérieur.
Le minable époux se suicide dans un moment de lucidité. Une balle dans la tête, histoire de ne pas se rater. Entre 1928 et 1937, une décennie, Harlow a tourné 34 films. Elle a fini essorée par un système qui l’a détruite. Un livre qui nous écœure de la gloire. Bardot, Garbo et Dietrich ont bien fait de vivre cacher. Régime Detambel conduit son récit comme si elle était sur un pur-sang galopant dans un champ plein de vent.

-Platine, Régine Detambel. Actes Sud, 192 p., 16, 50 €

A lire en complément :
-Hollywar. Hollywood, arme de propagande massive, Pierre Conesa. Robert Laffont, 216 p., 17 €. Les Cie cinématographiques américains font toujours de films pour désigner des ennemis : les Indiens, les Africains, les Chinois, les Communistes, les Arabes… L’auteur a vu plus de 3 000 films.

PS: 20 h foot, CNews (7-6-2018):
http://www.cnews.fr/emission/2018-06-07/20h-foot-du-07062018-784250

28.05.18

Leonard Cohen (S.Simmons) et Graeme Allwright(J. Vassal), deux biographies références

La biographie sur Leonard Cohen est l’une des meilleures du genre. On ne s’y ennuie pas, on apprend beaucoup et elle n’est pas exempte de qualités littéraires. On est content de l’avoir lue même si l’on est lassé à la longue par l’omniprésence de la défonce du chanteur. La came ça conserve d’un certain côté, vu que Leonard Cohen (1934-2016) est mort à 82 ans. On sait que Miles Davis ne buvait pas que de l’eau, etc… N’empêche, je ne me doutais pas un seul instant que le chanteur avait autant ingurgité de saloperies même si son allure cotonneuse prouvait qu’il planait grave !
Auprès de lui, dans sa jeunesse, il a subi l’influence d’Alexandre Trocchi (1925-1984), le romancier italo-écossais, qui a été ce que fut Jacques Vaché auprès d’André Breton. Leonard Cohen était-il bipolaire ? Tous les artistes le sont et parfois même tripolaire ! Et pas besoin d’être un artiste pour être angoissé. Doté d’une sensibilité hors normes et d’un vrai talent d’écriture, le musicien nous contait parfois fleurette. Vous connaissez tous sa chanson phare Suzanne… Au début, la jeune femme qui existe vraiment avait 17 ans et lui 26 ans. Elle était la maîtresse de l’un des amis du chanteur. Cohen a toujours juré les grands dieux qu’il n’a jamais cherché à la séduire mais elle raconte le contraire. Un jour, il a même été très insistant et a elle l’a éconduit énergiquement, préférant la «connexion de l’âme», autrement dit l’amitié. Dépressif, Cohen faisait une surconsommation de médicaments. Psychothérapie ? Non, il n’a jamais voulu passer par là. Il a connu différentes périodes frénétiques : sexe ou/et alcool, bouddhisme… Sa voix vrille le cœur. Peut-on être plus mélancolique ? Précisions: Léo Ferré a prévenu que la mélancolie était un désespoir qui n’avait pas les moyens. Suzanne ? Au début il voulait rendre hommage à Montréal puis il décida de parler d’une femme plutôt que d’une ville. Paul Eluard a fait la même chose, avec Liberté, Liberté chérie… au dernier moment, il a retiré le prénom d’une femme pour le remplacer par Liberté. Et dire que l’on dit que le poète est l’emblème de la liberté, lui le chantre du communisme goulag compris. Vous pouvez lire le livre pour faire un vrai voyage en compagnie du poète. Il méritait plus le Nobel de Littérature que Bob Dylan. Leonard a publié des livres, lui.
En complément de la biographie de Cohen, on doit lire l’ouvrage sur Graeme Allwright signé par Jacques Vassal. Né le 7 novembre 1926, l’auteur-compositeur-interprète est l’un des phares de la chanson française que l’on finit par oublier par qu’il s’acharne à rester discret quand ses confrères font le contraire. On lui doit de splendides adaptations françaises de chansons nord-américaines, à commencer par Suzanne dont il a très bien rendu le double aspect mystique et sensuel. Allwright n’y va pas par quatre chemins : quand il est en osmose avec une chanson et son auteur, il l’a traduit, certain que cela ne sert à rien d’en composer une autre vouloir dans la même veine puisque celle-ci est admirable. Leonard Cohen a dit : «Graeme Alwright a rendu plus acceptables à mes oreilles certaines de mes chansons ». La classe, non ? Allwright, lui-même membre la protest-song, aime l’excellence : Guthrie, Dylan, Brassens… Il est marié à la culture française, au sens propre et figuré puisqu’il a épousé Catherine Dasté, la petite-fille de Jacques Copeau et fille de Jean Dasté.
Allwright est probablement le chanteur qui vit le plus en accord avec ses idées. Outre son répertoire, son univers, c’est un merveilleux trait d’union : il nous a donné Cohen en français et il a donné Brassens en anglais. Le plus français des néo-zélandais a 92 ans. Le grand âge est la récompense de sa sagesse. Il a vécu dix mille vies et la réelle a été- est encore et toujours- la plus importante, à l’inverse de ce que disait André Gide de lu-même.

-I’m your man. La vie de Leonard Cohen, Sylvie Simmons. Traduit de l’anglais par Elisabeth Domergue, Françoise Vella. Sous la direction de Jean-Paul Liégeois. L’Echappée, 512 p., 24 €
-Graeme Allwright par lui-même, Jacques Vassal. Prologue de Jacques Perrin. Sous la direction de Jean-Paul Liégeois. Cherche-Midi, 299 p., 21 €

25.05.18

Permalien 16:43:21, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, GRANDE DAME  

Ceci n'est pas une critique. Les tops (Brel-Liardon, Giono-Desvaux, Ogawa-Makino Fayolle, May-Bataille, Stanis Perez, Devigne, Chéreau-Centès) et les flops

A la manière de René Magritte.

On ne peut doit pas s’en dispenser:

Voir un ami voler, Jean Liardon & Arnaud Bédat. Plon, 290 p., 17, 90 €.
Témoignage d’un grand ami de Brel. Un aviateur jusqu’ici inconnu des radars.

L’homme qui plantait des arbres, Jean Giono. Dessin Olivier Desvaux. Gallimard jeunesse, 70 p., 6,90 €.
Bête comme chou mais vivifiant. Avec Colette et Pagnol, Giono est un écrivain qui aime la vie.

Instantanés d’ambres, Yôko Ogawa Traduit du japonais par Rose-Marie Makino Fayolle. Actes-Sud, 304 p., 22, 50 €.
Une mère demande à ses enfants de changer de prénom. L’art de la métaphore.

Je te protègerai, Peter May. Traduit de l’anglais par Ariane Bataille. Rouergue ? 410 p., 23 €.
Une femme, qui croit perdre son mari dans un adultère, le perd pour toujours. Polar très noir.

Histoire des médecins, Stanis Perez. Perrin, 576 p., 11 €.
L’évolution de la médecine depuis la nuit des temps. Cela donne froid dans le dos. On est content de vivre de nos jours.

L’école des années noires 1938-1948, Matthieu Devigne. PUF, 334p., 23 €.
Le fiel distillé par Vichy. Poison mortel.

Journal de travail. Années de jeunesse. Tome 1. 1963-1968. Présenté par Julien Centès. Préface Ariane Mouchkine. Postface Pablo Cisneros.
Les notes du meilleur metteur en scène de la fin du XXe siècle, avec Antoine Vitez. Des écrivains de l’espace.

On peut s’en dispenser :

Le miracle Spinoza, Frédéric Lenoir. Fayard, 224 p., 19 €.
Bouquin pour ceux qui pensent que Goya est une chanteuse.

Notre vie dans les forêts, Marie Darrieussecq. POL, 188 p., 16 €.
Lizez plutôt «Walden ou La vie dans les bois» du magistral Henry David Thoreau. L’original vaut mieux que le duplicata.

Le chant du monde est là, René Lenoir. Albin Michel, 137 p., 12 €.
Salmigondis sur les mystères de l’existence.

Les leçons du pouvoir, François Hollande. Stock, 288 p., 22 €.
Celui qui a été élu parce que DSK est tombé plus bas que terre estime qu’Emmanuel Macron est président par hasard.

J’ai perdu Albert, Didier Van Cauwelaert. Albin Michel, 224p p., 19 €.
Une spiritualité très Madame Irma 3615.

Journal inédit (1937-1950), Alain. Les Equateurs, 832 p., 32 €.
Le professeur était un antisémite camouflé.

Permalien 12:35:23, Catégories: GRANDE DAME, HENDRIXEMENT  

Lea Occhi, DJ Set révélation

“La vie sans musique est tout simplement une erreur” (Nietzsche)

La techno comme le reste a ses vrais artistes.
En voici, une.

Interview
Comment tu en es venue à la musique ?
Je suis intriguée par la musique électronique depuis mon adolescence. Grâce notamment à mon oncle allemand qui nous faisait écouter ses disques Techno avant le diner de Noël. Puis il y a eu ce concert de Paul Kalkbrenner, mon premier au Zénith. Sans commentaire. Enfin, un week-end à Berlin et mon coup de foudre pour mon homme allemand n’ont fait que confirmer cette fascination effrénée pour la capitale allemande et son état d’esprit. M’orienter vers la musique techno est donc arrivée comme une évidence.

Pourquoi ce nom de scène là ?
Occhi signifie les yeux en Italien. C’est une amie qui m’a proposé ce nom entre le plat et le dessert. Ahah discussion totalement informelle mais au final le nom est resté !

Ta musique d’ailleurs, en trois mots ?
Puissante, rythmée et mentale !

LIRE la suite sur : http://heeboo.fr/mixtape-39-lea-occhi-rituels/

20.02.18

Le temps des légendes, Olivier Margot. (JC Lattès)

Belle galerie de champions qui ont marqué leur époque.
Rien que des Français. L’auteur les a tous connus, sauf Marcel Cerdan.
Tous ces sportifs ont redonné espoir aux gens qui sortaient fracassés de la guerre.
On y trouve, avec une immense joie, des cracks dans leur discipline respective : Bobet et Anquetil, deux as du vélo. Mimoun, le gaulliste de la piste et du macadam. Killy, le skieur au physique de Clint Eastwood. Albaladejo, l’ami que l’on voudrait tous avoir. Kopa, le style fait homme.
Une seule femme, une dame : pianiste et athlète, Micheline Ostermeyer.
En bonne place, les frères Boniface, séparés par la mort.
Il y en a d’autres. Tous appartiennent à la voile lactée de Margot qui nous livre de sublimes exercices d’admiration.
De nos jours, les sportifs nous font moins rêver car la télévision les rend faussement populaires. Ce n’est pas parce qu’on les voit à l’écran qu’on les connaît.
Jadis la presse écrite et la radio entretenaient le mystère et développaient l’imaginaire.
On reste persuadé que celle magnifique brochette de sportifs est plus importance qu’une équivalence de politiciens. A part de Gaulle et quelques autres, on les a tous oubliés tandis que les champions de haut parage sont tous dans notre mémoire.
Merci à Olivier Margot de les faire revivre sur le papier rien qu’avec des mots.
Les yeux du journaliste-écrivain voient mieux qu’une caméra.

-Le temps des légendes, Olivier Margot. JC Lattès, 475 p., 23

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