Catégorie: GRANDE DAME

17.04.19

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Le Clézio, l’homme du secret, par Aliette Armel (Le Passeur)

Très difficile pour un écrivain de ne pas écrire toujours le même livre. Aussi, je reste très attaché au Le Clézio du début. Ceui qui écrivait : “Si vous êtes quelqu’un de grand, je vous plains car vous avez tous les jours la même taille". Sublime aphorisme sur les gens de pouvoir. Je l’ai depuis perdu de vue. Je reste très lié à lui, par son œuvre disons de jeunesse, par son attitude face aux médias, par le fait qu’il soit Niçois comme moi. Le côté sauvage, insaisissable, taquin, est typiquement Niçois. Le CLézio, Modiano, Handke sont les plus authentiques aînés désormais. Il est totalement injuste que Peter Handke ne soit pas Nobel, à son tour. Le Clézio raconte que l’homme est détruit par les régents de l’économie. Modiano raconte que les fantômes nous commandent. Handke raconte les difficulté de communication entre les êtres.

Tristan Tzara a dit qu’il n’y avait que deux façons d’écrire : le pamphlet ou le poème. Foin de l’eau tiédasse ! Il avait raison. On peut cependant rajouter l’exercice d’admiration. Tel est le cas de cet hymne à Le Clézio par son admiratrice en chef, plus proche d’une groupie de Claude François que d’une fervente de Jacques Brel. Cependant, elle confie qu’elle aimerait demander au grantécrivain ce qu’il pense du contraste entre le luxe de l’avion qui le pilote vers le prix Nobel et sa simplicité vestimentaire ? On est plus dans un long article genre ELLE que dans Les Cahiers de L’Herne.
Dans ce volume à la gloire de Le Clézio, on parle beaucoup de la présence de sa femme qui est présentée comme une attachée de presse ultra privée, et du prestige de l’écrivain qui a sur les gens, disons un impact très Robert Redford. Dans le livre, pas de grande présence de Nice, sa ville natale, pourtant elle apparaît souvent dans son oeuvre, surtout le secteur de Coco Beach, après la Réserve, où j’ai passé les quinze premières de ma vie. Le soleil si présent chez Le Clezio est d’abord Niçois avant d’être Mexicain. C’est moins exotique de parler de pan-bagnat que des Tarahumaras si chers à Antonin Artaud.
La biographe nous explique page 128 que le grantécrivain ne supporte pas de voir bafouer les règles éthiques de sa vision de la littérature. Cependant elle fait l’impasse dans le récit (pas dans les repères biographiques) sur la remise du prix Paul Morand décerné à Le Clézio en 1980. Le lauréat est venu chercher sa récompense, sans plus de cérémonie. Il est vrai que pour 300 000 F (45 000 € aujourd’hui) on peut fermer les yeux sur l’antisémitisme et l’homophobie de Morand, par ailleurs, excellent styliste, à l’inverse de Le Clézio, homme de fond et pas du tout de la forme. Il faut s’appeler Cioran pour refuser le prix Morand 1988. Les détracteurs de Cioran rappellent que l’ex facho a reçu néanmoins le prix Rivarol… Chacun voit midi à sa Rolex.
Tout le monde a sa vision de tel et tel écrivain. Concernant, Le Clézio, je l’ai rencontré trois fois. La première : place Garibaldi, dans les années 1970, il a fait semblant de ne parler que l’anglais pour éviter de répondre à ma fougue de lycéen de Masséna (comme Apollinaire et Gary!); la deuxième, place de l’Opéra, à Paris, où il a accepté que je le prenne de dos en photo que j’ai publiée ensuite dans Libération- le vraiment intéressant Libé pas celui d’aujourd’hui- ce jour-là JMGLC m’a dit qu’il me plaignait,- d’un Niçois à un autre Niçois- de toujours rester à Paris ; et la troisième fois, à la BN où il consultait des livres (je ne suis pas arrivé à voir de quoi il s’agissait tant ils étaient de petits formats), sous la belle coupole du site Richelieu. Je l’ai suivi à l’extérieur pour lui rappeler nos deux précédentes rencontres… Il m’a dit qu’il se souvenait de la seconde, pas de la première. J’étais allé aussi voir sa mère, place de l’Ile de Beauté, face au Port de Nice, qui me confia dans un très bon accueil: “Mon fils écrit toujours, il n’aime pas être dérangé"… Voilà qui est parfait. J’ai eu le même professeur de philo que JMGLC: M. Welfel qui nous disait que Le Clézio connaissait tous les noms des magasins de l’avenue de la Victoire à Nice. Il soulignait son don d’observation, et aussi que Le Clézio était quelqu’un de vraiment intéressant par rapport à la masse d’élèves qu’il avait eue. Ce professeur était magnifique.
Tout ça pour vous dire que le Le Clézio m’a aidé par le biais de tous ses premiers livres où il combat les travers du monde qui ne pense qu’au profit, niant la spiritualité. J’ai beaucoup de ses ouvrages parus dans la grande collection Le Chemin (dirigée par Georges Lambrichs): Le Procès-verbal (son chef d’œuvre avec le mythique personnage dirigé par ses sens), La Fièvre, L’extase matérielle, Le Livre des fuites, Les Géants et La Ronde et autres récits. J’ai aussi Le Déluge, édition numérotée achetée chez M. Matarasso.
Depuis vingt ans, j’ai quitté les rives de son œuvre qui ne me nourrit plus assez. Bien sûr, je le félicite de ne pas participer aux Grosses Têtes, émission débile (plus c’est vulgaire, plus ça marche). On voit bien qu’il écrit parce qu’il ne peut s’en empêcher et c’est l’essentiel. Quand on voit la médiocrité des écrivains que l’on vante à gauche et à droite, Le Clézio est bel et bien grantécrivain. Son attitude n’est pas celle d’un bonimenteur qui passe dans des émissions TV où il faut faire le trottoir. Aliette Armel encourage à le lire, et elle a raison. Le Clézio n’est pas un écrivain de divertissement comme tous ces bouquins qui se vendent comme des petits pains et qui sont d’une nullité absolue. JMGLC a quelque chose à nous dire et cela fait des décennies qu’il s’y consacre. Il est l’un des fleurons de la littérature contemporaine. Un livre raté de Le Clézio c’est toujours mieux qu’un livre réussi signé par les marchands de salades avariées. J’entends par livre raté, un livre fermé c’est à dire un texte où l’écrivain est trop tourné sur lui-même alors que les livres réussis par les têtes de gondole sont tous ratés car ils n’ont aucun enjeu, aucune mise en danger. Chez JMGLC, il y a toujours la tension d’un écrivain sur la corde raide de la création.

-Le Clézio, l’homme du secret, Aliette Armel. Le Passeur, 154 p., 16,90 €

21.03.19

A lire: Entre ici Jean Moulin, Aude Terray (Grasset)

Le discours de Malraux sur Jean Moulin est un chef d’œuvre. Il n’y a en qu’un ou deux par siècle de ce niveau. Le fond et la forme. Malraux se met au niveau de Moulin. Bien sûr Malraux était écrivain. La différence est là. Depuis nous n’écoutons plus que du verbiage de communicants. Malraux habitait le langage, comme tous les vrais écrivains. Il a prononcé le discours devant Pompidou et le général de Gaulle, deux littéraires. Aujourd’hui, c’est le président qui prononcerait le discours. De Gaulle, lui, a donné la parole à son ami écrivain. Leurs successeurs ne boxent pas dans la même catégorie. Depuis eux trois, seul François Mitterrand aimait la littérature. Les autres disent l’aimer ou alors ils ne savent ni lire ni écrire.

Bon libre, vrai livre. Belle enquête. Il fallait la faire. On l’attendait, la voilà: une plongée dans l’élaboration du mythique discours de Malraux sur Jean Moulin. Temps béni où les ministres écrivaient eux-mêmes leurs interventions parlées. Il est vrai que Malraux était un écrivain. On a beau lui trouver plein de défauts, il avait plus de qualités que les actuels imposteurs qui sont en surnombre chez les gendelettres. Ne parlons pas des politiciens dont la marque de fabrique est le mensonge. Pas tous pourris mais pas loin de l’être tous.
Aude Terray nous raconte l’avant-discours, le discours et l’après-discours. Passionnant de bout en bout. On y est. On est au cœur de la chaudière Malraux. Chaudière parce qu’il fume comme un pompier et que dans son crâne ça surchauffe comme le moteur d’un vieux rafiot qui a fait 20 fois le tour du monde.
La poignée de lecteurs qui aiment l’Histoire doivent se procurer l’ouvrage. On apprend mille détails, les uns plus intéressants que les autres. Aude Terray est une commissaire Maigret de l’Histoire politique et de l’Histoire littéraire. Elle ne laisse rien de côté. Elle a osé demandé à Daniel Cordier, le secrétaire du plus grand résistant, si Jean Moulin était ou pas homosexuel. Une rumeur traîne à ce sujet. Des apôtres du prosélytisme seraient prêts à dire que la porte de l’Arc de Triomphe est lesbienne. Dans le cas de Moulin, il y a une volonté de le salir. Comme si être homo nous rendait infréquentable ! Donc, Jean Moulin aimait les femmes. Pour les hommes, il se contentait d’être un prince de l’amitié. S’il avait était homo ou bi cela n’aurait rien ajouté ou enlever à son prestige. Puisque Cordier dit que Moulin aimait les femmes et rien que les femmes, cela clôt la polémique.
Aude Terray confirme aussi que Jean Moulin n’était pas un agent de Moscou qui œuvrait en sous-main pour servir la faucille et le marteau. Tout le livre passe au peigne fin 1964 année du discours qui a eu lieu en fin d’année dans le froid glacial, place du Panthéon. Celle qui écrit la genèse du discours de l’hommage nationale à Jean Moulin agit comme une biographe de l’évènement. Elle est sans concession pour les protagonistes, n’épargnant pas Malraux qui ne cite pas ses deux frères. Deux héros de la Résistance, plus que lui. De fait, Malraux se planqua pendant la guerre avec Emmanuel Berl, traqué par les nazis mais protégé par Vichy au nom d’une amitié très lointaine avec Pierre Laval, au temps où le Vichyste était de gauche. Daniel Cordier précise que Moulin n’a pas combattu pour De Gaulle mais pour la France. Nuance de taille ! Grâce au travail d’Aude Terry, vous apprendrez beaucoup sur notre préhistoire immédiate. Voici une livre d’Histoire avec toutes les finesses d’un très bon roman.

-Entre ici Jean Moulin, Aude Terray. Grasset, 196 p., 17 €

01.02.19

Permalink 12:37:24, Catégories: FORZA ITALIA !, LITS ET RATURES, GRANDE DAME  

La Goûteuse d'Hitler, Rosella Postorino (Albin Michel)

La romancière est aussi douée à l’écrit comme à l’oral. Rarissime. Elle traduit en italien Marguerite Duras que d’innombrables auteurs français copient sans l’égaler. Comme l’a si bien dit Robert Sabatier: “Le Goncourt a eu Duras!” Je ne suis pas lecteur de Duras mais je reconnais son style. Elle a un son à elle et c’est très bien.

Ce livre devait être écrit. Le voici.
La Goûteuse d’Hitler est un gros plan sur l’une des goûteuses d’Hitler qui devait tester tous les plats du chef nazi pour éviter qu’on ne l’empoisonnât.
Comble d’atrocité pour le chef des camps de la mort, Hitler ne mangeait jamais de viande parce qu’il disait avoir trop souffert lors du “spectacle” d’un abattoir. Hallucinant !
Prix Campiello, le livre de Rosella Postorino est inspiré du témoignage de Margot Wölk qui n’était pas nazie alors qu’elle devait tout faire pour que Hitler ne meurt pas empoisonné. La romancière voulait rencontrer la rescapée mais celle-ci décéda quelques jours auparavant.
Toutes les goûteuses ont été exécutées par les Russes. Toutes, sauf une, la rescapée.
La romancière est appelée à une grande renommée. Méritée. Enfin, on nous montre en France une italienne qui ne soit pas réduite au rang de cruche cinématographique comme ces actrices qui se disent féministes alors qu’elles ne vivent que dans le commerce de leur corps.

-La Goûteuse d’Hitler, Rosella Postorino. Traduit de l’italien par Dominique Vittoz. Albin Michel,400 p., 22 €

12.12.18

Hélas ! je t'aime, correspondance Arletty & Soehring. Edition de Denis Demonpion. (Cherche-midi)

Superbe montage. On s’y croirait ! Bel hommage.

Ce livre est réservé aux admirateurs de la grande actrice. Combien en reste-il au seuil de la 3e décade du XXIe siècle ? Peu, très peu. Voici la correspondance de la grande comédienne avec son amant allemand, Hans Jürgen Soehring.
Quand on accusa Arletty d’avoir fricoté et plus que ça avec un occupant, elle décocha:
-"Mon cœur est Français mais mon cul est international !”
Un mot à la fois digne de Sacha Guitry et de Céline, son ami.
Arletty n’a jamais été dans l’univers des collaborateurs, des agents de la gestapo. Rien de tout cela, aucune intelligence avec l’ennemi.
Ce n’était pas une mauvaise française parce qu’elle a suivi les élans de son cœur et du reste.
Elle n’a pas tendu la main à Hitler ni à Pétain.
Elle a aimé un Allemand car elle se moquait du qu’en dire-t-on. Féministe avant l’avant, elle jouait à hauteur d’homme avec Jean Gabin et Michel Simon.
Sa correspondance amoureuse confirme son tempérament que rien n’arrête.
A 43 ans, elle assume son coup de foudre avec un Allemand trentenaire.
Leur histoire aura des hauts et des bas- avec une absence de correspondance d’1 an ½ à partir de la mi-août 1944.
L’éditeur du livre, Denis Demonpion, parle d’un «amour transgressif». A juste titre.
A la fin de la guerre, comme on tondait les Françaises trop proches avec les occupants, elle n’a pas vécu dans une grande sérénité.
A partir de 1948, Arletty se fait plus distante. Elle a toujours été très indépendante.
Elle apprend que le bel officier a une liaison avec une étudiante.
Arletty reprend ses distances mais reste liée avec celui dont elle apprend qu’il s’est noyé au Congo le 9 avril 1960.
Arletty reste la plus grande actrice française, avec Maria Casarès. Deux Déesses du XXe siècle.

-Hélas ! je t’aime, correspondance Arletty & Soehring. Edition de Denis Demonpion. Cherche-midi, 560 p., 24, 90 €

26.11.18

Interview Catherine Ceylac (France 2) avec le fauve Alain Delon. La dernière star française avec Brigitte Bardot et Jean-Paul Belmondo

Le virtuose instinctif veut pour épitaphe:
-"J’ai aimé souvent, je me suis trompé quelquefois. J’ai aimé… C’est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui". *

* La dernière phrase est d’Alfred de Musset

Alain Delon. Je l’ai toujours aimé. Depuis toujours, disons le début des années 1960.
C’est un James Dean vivant.
Dans tous ses films, il déchire l’écran comme un fauve déchire sa proie.
Unique en France.
Une vraie star.
En sport, l’équivalent s’appelle Jacques Anquetil.
Delon est un acteur.
Belmondo, un comédien.
Bardot, les deux à la fois.
A part eux, le néant depuis que Jean Gabin et Lino Ventura sont morts.
Un soir, un histrion s’est permis de le critiquer à la cérémonie des Césars. Quelle honte ! La salle a applaudi. Honte à tous.
La gauche lui vomit dessus alors qu’elle est à genoux devant des sanguinaires patentés.
Delon est monumental. En acteur, l’équivalent du comédien Gérard Philipe.
Plus que beau car son âme éclaire ses yeux.
Le Samouraï ? Je l’ai vu au moins 20 fois.
Losey, Clément, Melville, Visconti…
Brando enviait sa filmographie !
Dans Le Professeur, trop méconnu, il est grandiose.
Il y a un style Delon. Façon de marcher, de regarder, de parler, de se taire.
Ses excès, ses arrangements avec la vérité, sont aussi extraordinaires. Et palpables quand il cligne des yeux.
Un fauve est parmi nous. The last. Il y avait Patrick Dewaere mais le système la broyait.
Ses enfants peuvent être fiers d’avoir un père comme lui, comme je suis fier d’être le fils du mien. Lui aussi un sacré personnage, un lumineux dans l’ombre. Mais il s’est réservé à ses trois fils, lui.

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