Catégorie: LA MOUETTE DE TCHEKHOV

08.11.16

Raymond Devos - un Hommaginaire sur France 5

Raymond Devos sur France 5, en replay ci-dessous:
http://www.france5.fr/emissions/la-galerie-france5/diffusions/06-11-2016_519667

Très bonne émission. A voir, et revoir.
Raymond Devos ?
Pas un gramme de vulgarité, de politique, d’actualité.
Rien au-dessous de la ceinture.
Un amour sans fin pour la langue française.
Un poète, entre le cirque et le mine.
Un écrivain. Un musicien. Un jongleur. Un voix qui porte. Une rage d’expression.
Un ami. De la trempe humaine de Brassens, Ventura, Nucéra…
Il disait vouloir toujours être sincère et convaincre. Il y est parvenu.
C’était un autodidacte. Un enfant démesuré. Il jouait même de la scie.
Je revois son visage au théâtre Montparnasse. Au début, super maquillé, et avec l’effet de la sueur, le fond de teint lui donnait des airs de personnage du théâtre No japonais.
Chaque fois que je sortais de son spectacle, j’étais en apesanteur.

03.11.16

François Morel chanteur: un clown blanc qui fait l'Auguste

François Morel
avec les musiciens Antoine Sahler, piano, claviers, trompette; Lisa Cat-Berro ou Tullia Morand, Sophie Alour, saxophones, trombone, flûte, claviers; Muriel Gastebois, batterie, vibraphone, percussions et Amos Mah, violoncelle, contrebasse, guitares. Mise en scène, Juliette.
La vie (titre provisoire)
Jusqu’au 6 novembre 2016
Théâtre du Rond-Point

Qui a vu les Deschiens sur C+ n’a jamais oublié François Morel et ses partenaires.
Qui a vu Lapin-Chasseur l’a encore moins oublié.
Quand on voit François Morel sur scène entouré de ses amis - tous de remarquables musiciens- on retrouve alors un ami.
Tous les comédiens, les artistes que l’on aime sont tous nos amis.
Aussi bien Morel que Al Pacino ou Francis Blanche.
C’est la magie de l’Art.
D’emblée, Morel imite Yves Montand mais ses partenaires l’interrompent car on vient voir un chanteur pas un imitateur.
Ce clin d’œil aux grands anciens nous fera aussi entrevoir Brassens et Aznavour. Trenet également.
Evacuons les influences.
Deux dominent: Boris Vian. Comme Vian, Morel déteste chanter pour ne rien dire. Toutes ses chansons sont intelligentes.
Ensuite, citons Serge Reggiani.
Le spectacle actuel que nous propose Morel est tonique, convivial, émouvant, une parfaite réussite dans le genre chaleureux qui n’est pas du tout à la mode.
Si Morel décidait de chanter seul, rien que des chansons dites graves, il serait ni plus ni moins le nouveau Serge Reggiani, tant il sait porter haut le verbe autant par le coeur que par les cordes vocales.
Il a des fins de phrases qui sont des uppercuts à l’âme.
Brel, Ferré faisaient dans le minimalisme. Ce qui équivaut au gros plan.
Il n’y a rien de ringard à chanter devant un rideau baissé. C’est le plus difficile. Faire tout voir, avec aucun artifice. Ce n’est pas un hasard si Piaf s’y risquait, sûr de son talent. Aznavour a appris sa gestuelle en observant celle de la Môme.
Au Rond-Point, on voit un Morel dans la globalité de sa personnalité.
Un être humain ultra sensible qui ne peut s’enlever la mort de la tête.
Au lieu de s’en plaindre, il choisit de chanter la vie.
Quand on sait que l’on va mourir, on vit mieux.
Quand on sait que nos proches vont mourir, on les voit mieux, on les aime plus.
Rien n’est morbide, sordide, chez Morel mais il rit pour ne pas pleurer. Le mot de Voltaire à propos de Molière. Le maux aussi.
Sous le masque de l’Auguste, le clown blanc est prêt à bondir. A vrai dire, il est plus Auguste que clown blanc, question de survie. Quand il fait le clown blanc, l’Auguste se repointe aussitôt.
On pourrait dire aussi que l’on voit un Alceste guidé par Philinte. Voir tout noir ne mène à rien. Il faut savoir apprécier les grandes caresses de l’existence: celles de l’amour, celles de la nature, celles de l’amitié, celles de la beauté des jours qui passent et ne reviennent plus.
La nostalgie n’est qu’un présent qui ne s’efface pas.
Morel sait nous faire vibrer avec les bons côtés de la vie.
Morel aime plus les maternités plus que les cimetières.
Ce n’est pas un clown qui gifle son enfant turbulent, à la fin du spectacle.
A propos, d’enfant il chante une chanson qui vrille le cœur quand il ne trouve pas les mots pour évoquer la perte encore plus inhumaine que les autres.
Il chante aussi Jésus pour dire qu’il n’y a pas de quoi être fier.
Morel chante l’amour, le quotidien, l’absurdité qui nous dépasse.
Morel chante la vie. Titre provisoire, comme il dit.
Morel est le bourgeon d’un arbre qui fait a fait fleurir Bourvil, Caussimon, Dimey, Lemarque, Mouloudji, Vassiliu, Lapointe.
Chez les grands auteurs-interprètes, il n’y a pas d’anecdotes car tout est ressenti. Pour émouvoir, il faut avoir été ému.
Morel sait aussi frapper là où il faut. Il a la dent dure quand c’est nécessaire. Ecole Jérôme Deschamps. Famille Tati. Famille d’esprit. De regard. D’observation.

Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

19.10.16

Mort de Pierre Etaix, génie du spectacle et du dessin

Etaix était l’héritier spirituel de Keaton. Le terme “génie” va très bien à Etaix dans une France qui associe “génie” à D. Payet parce qu’il a marqué un but pour West Ham dans un match nul. Oui, génie pour un point de gagner quand on est dans les bas-fonds de la Premier League. Maradona avait bien raison de parler de Dieu. Que l’Argentin soit l’envoyé spécial de Dieu, cela ne me choque pas mais que des plumitifs écrivent que Payet est un génie c’est écrire que Plastic Bertrand aurait dû avoir le prix Nobel à la place de Bob Dylan.

C’est Pierre Tchernia qui m’a fait connaître Pierre Etaix, par le biais de la télévision quand elle n’était pas qu’une vitrine de com.
Tous les deux viennent de disparaître.
J’ai croisé plusieurs fois Pierre Etaix à Montmartre.
La première fois, il devait être 7 h du matin, il est passé devant moi en voiture. Une voiture assez longue, et il l’a conduisait sérieux comme un pape.
Cigarette aux lèvres, tiré à quatre épingles. Rentrait-il ou sortait-il ? Il m’a tout de suite fait penser à Max Linder. D’évidence, il était la continuité des grands du cinéma muet. Un maître à part entière, absolument pas une réplique. Pas du tout le duplicata de Jacques Tati.
Il était à mes yeux l’élégance. Ses cheveux en arrière. Sa façon de porter la veste. Impeccable. Un visage d’une grande beauté, la beauté de l’âme.
Je l’ai rencontré 2 place Charles Dullin, il était assis sur un tabouret et attendait la concierge: il voulait récupérer le bandonéon du clown Pécari qui habitait dans l’immeuble. On est devenu ami instantanément: je connaissais tout de lui. Tout ce qui était visible.
On est sorti, on a marché. Il m’a montré là où se trouvait le cirque Médrano.
Après, on s’est revu au moins 10 fois. J’ai même failli faire un livre avec lui. Tombé à l’eau. L’éditeur a changé de crémerie. Je devais légender ses dessins.
Je pourrai écrire un livre sur lui, rien à voir avec celui qu’on devait faire.
Avant de le connaître, je lui avais parlé un dimanche matin devant une boulangerie. Il attendait sa mère qui achetait des gâteaux. Il souffrait de voir sa mère souffrir. On était rue des Abbesses, tout près de chez lui, tout près de chez moi, à l’époque. Nous étions des Montmartrois, c’est-à-dire les habitants d’un village, le seul de la capitale. Du moins, à l’époque. Aujourd’hui, c’est trop bobo et puis on ne peut plus y circuler tout en pouvant encore y rouler. Pas de vrai choix, comme tout le reste de la politique. Soit tout est piéton, soit on laissait comme avant. On s’y perd avec tous ces panneaux. On n’y comprend plus rien. On est comme des prisonniers dans sa propre ville.
On se voyait au Saint-Jean, le café non loin du Bateau-Lavoir, on sentait le Max Jacob, l’Apollinaire.
Il m’a parlé de son père et je ne peux pas dire ce qu’il m’a dit. C’est trop intime.
Il devait faire un film avec Coluche qui l’adorait. Pierre Etaix l’avait félicité pour les Restos du cœur et Coluche lui avait dit: “J’ai raté Tati, je ne vous raterai pas…” Leur projet ? Un film sur l’origine du monde mais Coluche… s’est tué en moto.
Il avait dit à Annie Fratellini, comédienne, qu’elle devait faire du cirque comme ses prestigieux ancêtres, ce qu’elle fit.
Pierre Etaix savait tout faire: film, acteur, théâtre, dramaturge, dessin, affiche, clown, musicien, sculpteur, peintre, décorateur. Un poète de l’image, de l’écrit, de la vie, de la mort.
Dans sa salle de bains, il avait dessiné au-dessus de la baignoire tous les grands du cinéma muet.
Un jour, il m’a fait le cadeau de me montrer cette fresque. J’étais privilégié. Tout le monde ne voyait pas sa salle de bains. D’autant plus qu’il était très pudique. J’ai pris cela pour un grand témoignage d’amitié.
On devrait faire un musée de son appartement dans le XVIIIe arrondissement.
Je me souviens de tout. On riait. Il avait la mélancolie des génies du comique. Un immense talent et bien plus que ça.
Jerry Lewis mettait Pierre Etaix au sommet du 7e Art, à juste titre.
C’est lui qui m’a appris que Robert Doisneau a mis en scène certaines photos alors qu’on le dit roi de l’instantané.
Pierre Etaix, toujours rasé de près. Impressionnant de fraîcheur.
Un clown blanc capable d’être un Auguste.
Il était né un 23 novembre, comme moi. Pas la même année. Le même MOI, c’est certain. Un sagittaire. Mi homme ni animal. Ni homme ni animal. On tire des flèches. Pour se défendre, pas pour attaquer
On pouvait rester sans parler. On buvait un coup. On parlait le silence.
C’est un homme qui souriait. Oui, il souriait et ne riait pas.
Tout ce qu’il faisait était plein d’intelligence. Un sens de l’observation hors du commun qui l’a rapproché de Tati.
Son numéro de clown préféré ?
Il recherche ses clefs dans un endroit éclairé, côte cours, tout en disant: “Je les ai perdues dans l’obscurité mais là-bas, côté jardin, je ne peux pas les trouver car il y fait trop noir…”
Pierre Etaix aimait faire des choses mais il n’aimait pas faire parler de lui.
Etaix incarnait la distinction perdue dans un monde plein de vulgarité.
Etaix, Pierre Etaix… Quel beau nom ! Pierre & textes.

18.05.16

Happy Birthday Jerry Lewis (90 ans)

Jerry Lewis, né le 16 mars 1926 à Newark dans l’État du New Jersey, vient d’avoir 90 ans.
J’ai une tendresse particulière pour lui car le premier film que j’ai vu au cinéma avec ma mère était un film avec lui.
Jusqu’à ce jour, je n’avais vu que Bambi où d’après ma mère: “j’ai tellement pleuré qu’elle a dû me sortir de la salle".
Jerry Lewis lui au contraire m’a fait rire. Et cela continue.
Il n’est absolument pas ringard. Ne l’a jamais été. C’est un comique de gestes, de situations. Moins de textes, à l’inverse des Marx Brothers dont l’humour parlé est intraduisible, hormis par les Oulipiens.
J’ai entendu Jerry Lewis dire : “Toute ma gestuelle correspond à celle des enfants de 3 à 6 ans".
Le comédien avait le chic pour faire des grimaces mais il était très beau. Il aurait pu être un premier rôle avec un physique aussi éclatant. Il a l’un de plus beaux sourires de l’Histoire du cinéma.
Jerry Lewis, Dean Martin et Frank Sinatra… Toute une époque. On peut y rajouter Peter Lawford. A cette époque là, les acteurs avaient de la classe. Et surtout, ils étaient faits pour être acteurs. Aujourd’hui, on déclare acteur X ou Y mais ils ont le charisme d’un quidam pris dans la foule du commun des mortels, parfois cela peut-être fabuleux mais la plupart du temps ce n’est pas grand chose. On ne va pas au cinéma pour voir ce qui se passe dans le station service du coin.
Un peu de mystère ! Un peu de magie ! Un peu de douce folie ! Un peu d’intelligence !
Jerry Lewis a tout cela et encore plus.
Cent fois imité mais inégale.
J’ai bouclé la boucle, en allant le voir à l’Olympia avec mon frère aîné. Ce soir là, Jerry Lewis a fait acclamer Louis de Funès présent dans la salle.
Il aime tant la vie que condamné plusieurs fois par la médecine, il résiste et résiste encore.
Happy Birthday Monsieur Lewis ! Grand Monsieur !

[Post dédié à Pierre Etaix]

31.01.16

Clap de fin pour le cinéaste Jacques Rivette (1928-2016)

Alors que Jacques Rivette vient de disparaître, je vois que personne ne signale son court-métrage sur la rencontre entre Jean Renoir et Michel Simon qui restitue tout son art de filmer.
En 1966, le jeune cinéaste laisse libre les deux monstres sacrés pour bien capter leur rapport fait de respect, de complicité, d’admiration mutuelle.
On y voit deux amis filmés en toute liberté.
L’improvisation contrôlée était la base du travail de Rivette.
Je n’ai pas vu tout ses films mais je n’ai pas raté Simone Simonin, la Religieuse de Diderot (1966) et Céline et Julie vont en bateau (1974)
La Religieuse j’ai dû la voir au début des années 1970. C’est l’histoire d’une jeune fille dans un couvent contre son gré. Film accablant contre la religion. Cela m’a donné envie de lire Diderot massacré par le programme scolaire. Aucun professeur ne m’avait jamais parlé de ce texte. Anna Karina jouait la religieuse convoitée par d’autres religieuses.
Céline et Julie vont en bateau, je l’ai vu à sa sortie. Juliet Berto et Dominique Labourier y développent une belle complicité. On les voit déambuler. C’est un poème avec des êtres humains à la place des mots. Le scénario tient sur une ligne.
Rivette était un écrivain du cinéma. Il écrivait avec sa caméra. Comme avant lui Robert Bresson.

<< Page Précédente :: Page suivante >>

Septembre 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software