Catégorie: LE CINEAC, AVENUE DE LA VICTOIRE

10.08.17

Michel Bouquet et Richard Widmark, même vision de l'acteur

Bouquet et Widmark semblent différents pourtant ils pensent la même chose sur leur métier.

A l’heure où vient de disparaître Claude Rich et Jeanne Moreau, il est bon de lire un livre d’entretiens avec Michel Bouquet, l’un de nos derniers géants de la scène. Que sont nos grands acteurs devenus ? Il nous reste Marielle, Rochefort, Claude Brasseur, Michel Piccoli, Robert Hirsch et Jean-Louis Trintignant; je parle des grands, en dehors de Delon et Belmondo. Depardieu est trop jeune par rapport à la génération de Bouquet qui n’est pas le père de Caroline du même nom. Bouquet au théâtre, on ne voit que lui dès qu’il est sur scène. Il capte toute l’attention. Une démarche quasi mécanique. Une voix qui est toujours à la limite de la démence. Il fait peur. On le croit sans personnalité mais il a une vraie “folie". Il fait partie des acteurs que l’on imagine lisse comme Pierre Dux mais ils ne le sont pas du tout. Dans les films de Claude Chabrol, Bouquet nous glace le sang.
«L’acteur doit être plus fort que la mise en scène» confie Michel Bouquet à Gabriel Dufay. On aurait pu penser le contraire, tant le comédien s’inscrit bien dans toutes les mises en scène. Cependant sa présence, son charisme endiablé est plus fort que le décor et les directives de mise en scène. On le sent seul contre tout et tous. Bouquet a toujours joué de manière terrifiante, au théâtre comme au cinéma où il joué pour Grémillon et Chabrol. Il a commencé à être acteur à une époque où la France en comptait 300. Aujourd’hui combien sont-ils ? Allez-y vous retrouver là-dedans. Jadis seuls les comédiens étaient comédiens. Bouquet fait entrer les personnages en lui et non pas le contraire. Il excelle dans Thomas Bernhard, Beckett et Ionesco. Sa remarque «l’acteur doit être plus fort que la mise en scène» renvoie au fabuleux Richard Widmark qui a déclaré : «On m’interroge sur le travail des metteurs en scène, ce que je peux vous dire c’est qu’il faudrait que je cosigne tous les films de ceux qui m’ont fait travaillé car c’est moi qui est construit tous mes personnages !» Sacré Widmark ! Grand Monsieur. Son regard, inoubliable.

Servir, la vocation de l’acteur, Entretiens Michel Bouquet et Gabriel Dufay. Les Belles Lettres, 230 p., 17,50 €

31.07.17

Permalien 15:56:17, Catégories: LE CINEAC, AVENUE DE LA VICTOIRE, GRANDE DAME  

Adieu Madame Jeanne Moreau (1928-2017)

La Prom’ c’est Jean Vigo et Jeanne Moreau. Ils ont illuminé la Baie des Anges qui est devenue depuis la Baie du Requin, hélas !

Depuis quelques temps, on ne la voyait plus et c’est toujours mauvais signe.
Elle appartient à notre mémoire collective.
Luis Buñuel, Wim Wenders, Rainer Werner Fassbinder, Michelangelo Antonioni, Joseph Losey, Orson Welles ou encore François Truffaut, Louis Malle, André Téchiné et Bertrand Blier, entre autres l’ont dirigée.
Avec elle nous quitte un continent cinématographique.
Avant le cinéma, il y a eu le théâtre.
Jeanne Moreau a tout connu et c’est un monument national qui vient de nous quitter.
Elle a été appréciée par Paul Léautaud, la dent dure par excellence.
Elle a joué pour Jean Vilar.
Elle a joué du Peter Handke, dans une mise en scène de Claude Régy.
Elle incarnait l’intelligence. Pour les médias, Bardot n’était qu’un corps.
On était soit pour Moreau, soit pour Bardot, comme pour Anquetil ou Poulidor, Stones ou Beatles, Prost ou Senna.
Louis Malle les a réunis dans un magnifique navet. Il ne pouvait pas faire à tous les coups Ascenseur pour l’échafaud.
C’était d’abord, un visage. L’insolence de la jeunesse quand Jean Gabin la gifla.
Elle savait jouer les garces comme personne, avec une morgue attractive.
Jeanne Moreau c’était aussi une voix. Grave puis très grave cassée par le tabac.
Des yeux, un regard, une bouche, une certaine idée de la femme égale de l’homme en tous points de vue sans tenir compte de la bimbeloterie Beauvoirdienne.
Un très beau rire, aussi.
Elle a été le visage de la France.
Elle chantait aussi divinement du Rezvani: J’ai la mémoire qui flanche…
François Truffaut s’est évité le chagrin de la voir partir.
Inoubliable dans La Baie de Anges, de Jacques Demy.
Inoubliable dans Jules et Jim, dans La mariée était en noir, de Truffaut.
Inoubliable dans Ascenseur pour l’échafaud.
Filmée par Buñuel…
La liste est trop longue.
Elle était née pour être actrice et ne jouait pas à la comédienne comme tant de vedettes inventées par des “directeurs castings".
Pas un produit marketing mais un être vivant.
Elle était à la fois Deneuve et Darrieux.
Aujourd’hui, Pierre Cardin est triste. Nous aussi.
Demain Libération, le journal fera sa une sur elle. Epoque Jules et Jim, ma main au feu.
Je la vois comme un Maurice Ronet femme quand Bardot, c’est Delon au féminin.
Elle était la France, une certaine idée de la classe. Unique façon de tenir la cigarette au bord d’une piste de danse à moitié vide, vers 5 h du matin avant d’aller marcher sur la Promenade des Anglais, pieds nus, les chaussures à talon dans la main. Avant d’aller dormir toute seule, comme aujourd’hui.
Dans mon panthéon d’images elle est en compagnie de François Rosay, Marguerite Moreno, Maria Casarès, Madeleine Robinson, Arletty, Simone Signoret, Anna Magnani, Bette Davis, Greta Garbo, Marlène Dietrich, Ingrid Bergman, Katherine Hepburn, Shelley Winters, Vanessa Redgrave, Glenda Jackson, Annie Girardot, Suzanne Flon, Giulietta Masina Françoise Dorléac, Juliet Berto, Catherine Deneuve, Gena Rowlands, Sophia Loren… Toutes si loin des porte-manteaux du 7e Art.
Adieu, Ma Dame.

PS: j’ai à peine écrit qu’on apprend la mort de Sam Sheppard, écrivain et comédien.

[Post dédié à nos doyennes du 7e Art, Mesdames Suzy Delair, Danielle Darrieux et Micheline Presle]

29.05.17

Un documentaire pour fêter Michel Piccoli, sur Arte

L’extravagant monsieur Piccoli
Documentaire français de Yves Jeuland (2016).
Voir en replay sur Arte:

http://www.tv-replay.fr/redirection/28-05-17/l-extravagant-monsieur-piccoli-arte-12413975.html

Michel Piccoli a tourné sous la direction de Godard, Demy, Cavalier, Hitchcock, Sautet, Luis Buñuel et Marco Ferreri.
A la télévision, il reste le meilleur Don Juan qu’on n’est jamais vu avant lui. La réalisation était de Marcel Bluwal.
Bluwal et Piccoli c’est la gauche pas caviar. Cela existe.
Michel Piccoli reste l’un de nous plus grands comédiens. Aucune concession. N’en fais qu’à sa tête.
Il m’a raccompagné un soir quand j’attendais le bus après une représentation.
Auparavant, je l’avais photographié.
Me voyant seul, il m’a proposé de me ramener à Paris.
C’était au temps de Chéreau, à Nanterre.
Dans la voiture, il m’a dit :"Le théâtre, c’est le retour à la terre. Il faut que j’y revienne tout le temps".
Je vous dit cela pour vous dire que l’homme est à la hauteur de l’artiste.
Luis Buñuel a dit que Michel Piccoli était le seul comédien avec lequel il peut rester entre deux claps. Quel beau compliment !
Je témoigne que Piccoli s’est adressé à moi avec la simplicité d’un inconnu. C’est comme cela qu’il faut être.
Piccoli a joué dans La Grande Bouffe de Marco Ferreri avec des dialogues de Francis Blanche. Ce film a dérangé beaucoup de gens, les bien-pensants qui se sont trop reconnus ! On y voit quatre amis manger et encore manger. Satire de la société de consommation. Les amis ? Noiret, Piccoli, Mastroianni et Tognazzi.
La grande bouffe est un film encore en avance, toujours en avance.
Si loin des nullités qui se succèdent sur les écrans.
En 1973, Ferreri faisait du cinéma parce qu’il avait quelque chose à dire.

28.05.17

Festival de Cannes la braguette, par le Monégasque Léo Ferré

Rien a changé depuis l’immense Léo Ferré.
Le Festival de Cannes et la montée des marches… C’est ça le cinéma ?
Un défilé d’actrices qui se rabaissent au rang de mannequins. On ne sait plus qui est qui.
C’est de la vulgarité. Et rien que ça. Aucune classe.
Le cinéma c’est François Rosay, Marguerite Moreno ou Gena Rowlands.
Bette Davis et Anna Magnani.
Si on parle de poitrine, celles de Sophia Loren, de Bardot ou Marilyn.
La beauté de l’âme, pas la beauté de l’âne.
Pour une Grace Kelly combien de starlettes qui se la jouent Sarah Bernhardt.
Le préposé au micro: “Alors ça fait quoi de monter les marches ?”
L’ex présentatrice de météo ou top model recyclée au cinéma: “Je suis très émue. J’en rêvais tellement…”
On sait qu’il vaut mieux montrer son cul sur l’écran que jouer Célimène à la Comédie Française.
Rien que des chercheuses de metteur en seins.
C’est l’intérieur de soi qu’il faut mettre sur le tapis et non pas les apparences, même en montant les marches.
J’ai aperçu sur scène Jean-Pierre Léaud, égaré dans une brochette de “guest” (sic). Il n’applaudissait pas. Il était livide. Comme absent. Pourtant, lui, c’est vraiment le Festival de Cannes: Cocteau, Truffaut, Les 400 coups.
Le cinéma doit nous sortir du quotidien et non pas nous y ramener.
On voit des mines patibulaires. Rien que des gens de pouvoir.
De l’argent partout. Malraux a dit qu’il s’agissait aussi, et maintenant surtout, d’une industrie.
Ces gens-là dorment dans des chambres d’hôtel dont chaque nuit correspond à un an de loyer pour le public de base que nous sommes.
Et vous allez voir qu’une fois de plus, ils vont primer des rôles misérabilistes pour se donner bonne connaissance.
Dans ce genre de kermesse, ils haïssent les comédies parce qu’ils la jouent tellement !
Tout ce qui est populaire est banni du Festival de Cannes.
A 19 h, ils priment des chômeurs ou des malades en phase terminale. A 23 h, ils se gavent de champagne avec des “canapés” plein de caviar (bien sûr c’est pour la bonne cause).
Cinéma, tout ça !

Palmarès officiel

Palme d’or: “The Square” de Ruben Östlund
Prix du 70ème anniversaire: Nicole Kidman
Grand prix: “120 battements par minute” de Robin Campillo
Prix de la mise en scène: Sofia Coppola pour “Les proies”
Prix du scénario: “Mise à Mort du Cerf Sacré” de Yórgos Lánthimos, et “You Were Never Really Here” de Lynne Ramsay
Prix d’interprétation féminine: Diane Kruger dans “In the fade” de Fatih Akýn
Prix du jury: “Nelyubov” (Faute d’amour) de Kornél Zvyagintsev
Prix d’interprétation masculine: Joaquin Phoenix pour “You Were Never Really Here” de Lynne Ramsay
Caméra d’or: “Jeune Femme” de Léonor Séraille
Palme d’or du court métrage: “Xiao Cheng Er Yue” (Une nuit douce) de Qiu Yang
Mention spécial du court métrage: “Le plafond” de Teppo Airaksinen

[Post dédié à Keaton, Renoir, Carné, Grémillon, Duvivier, Tati, Bresson, Verneuil, Welles, Hitchcock, Fellini, Pasolini, Kusosawa, Ozu, S. Ray, Bunuel, Resnais, Cassavetes … ]

23.05.17

Roger Moore (1927-2017), clap de fin

Encore un symbole.
Manchester attaqué. Mort de Roger Moore.
Je me revois regarder Ivanhoé.
Il y a 55 ans !
Roger Moore (doublé par Jacques Toja) était Ivanhoé
Robert Brown (doublé par André Valmy avec qui j’étais ami) joué Gurth.
Dans le feuilleton, on percevait bien l’amitié entre Ivanhoé et Gurth.
Le Saint je ne regardais pas trop.
Amicalement vôtre assez souvent. Là encore très bon duo avec Tony Curtis (1925-2010)
Il fut le meilleur James Bond après Sean Connery. A mon goût.
Moore avec une distinction pleine d’humour. L’œil toujours frétillant comme Tony Curtis.
Jadis seuls les acteurs étaient comédiens. Le feu sacré.

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