Catégorie: LITS ET RATURES

09.04.18

Permalien 08:33:45, Catégories: LITS ET RATURES  

Il était une fois Porfirio Rubirosa par Cédric Meletta (Séguier)

La couverture précise «Tombeau pour Rubirosa, un roman », en guise de titre. C’est mieux que «Tombeau pour Rubirosa. Roman » car Porfirio Rubirosa (1909-1965) a mis tout son talent dans sa vie et non pas le contraire. Au lieu d’être comédien, il jouait dans sa vie. Et il jouait donc sa vie comme on joue à la roulette russe. Tout ce qu’il faisait interroge : le faisait-il vraiment ou s’amusait-il à le faire ?
On ne sait jamais si c’est James Bond ou Monsieur Bean. Play boy, à coup sûr. Il tombait les filles sur un rythme frénétique, quand il leur disait asseyez-vous, elles se couchaient. La liste est longue, jusqu’à Danielle Darrieux, époque Vichy. Pas la nappe avec les carreaux dont on fait des robes mais Pétain ! On l’imagine dans cette époque taillée pour lui, sorte de réplique du père de Modiano.
Le livre de Cédric Meletta remonte le fleuve de cet agent secret d’opérette de Saint-Domingue qui n’est pas une publicité pour le féminisme. Il attirait les femmes comme une pin-up aspire le regard des machos.
Cédric Meletta fait une œuvre biographique sur des pestiférés qui en disent long sur le genre humain. Auparavant, il avait radioscopé Jean Luchaire, spécimen de collabo qui va bien sans le paysage de Porfirio Rubirosa. Quand on s’appelle Porfirio Rubirosa on ne peut pas être Monsieur tout le monde.
Pour tourner sa vie, il faudrait un nouveau Joseph Cotten, dans le rôle titre. Précision : Rubirosa a trouvé la mort en Ferrari, au bois de Boulogne contre un arbre. Sa sortie est à la hauteur de son berceau. Une existence à la légèreté d’une bulle de champagne. Cedric Meletta a su la voir du début à la fin. Son livre est une sorte de Paris Match sur presque 500 pages. Paris Match époque Noir et Blanc. Celle où il y avait de grandes plumes: Cau et Blondin. Pas des plumes de paon !
On attend ses prochaines biographies : Gunter Sachs, Bob Zagury, Théo Sharapo, Olivier Despax, Aimos, José Luis de la Vilallonga ou Curt Jurgens ? De lui, on aura plus Plastic Bertrand que Brel.

-Tombeau pour Rubirosa, Cédric Meletta. Avec de nombreuses illustrations. Séguier, 464 p. , 22 €

05.04.18

Permalien 08:33:48, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Charles Trenet illustré par Cabu. Le livre existe, il suffit de le trouver

Cette édition d’articles, chroniques de Charles Trenet, pleine d’humeur salutaire, devait être illustrée par Cabu mais il a été assassiné ! Tuer un pacifiste… Ecoeurant.
En 1993 chez Lieu Commun était sortie une biographie, Monsieur Trenet, signée Richard Cannavo et illustrée par Cabu.
Dans l’édition 2018, Cabu est quasi absent.
Dans celle de 1993, il est hyper présent.
Donc les dessins de Cabu sur Trenet existent. Ils sont magnifiques.
Si vous aimez Trenet et Cabu, il faut l’édition de 2018 et l’édition de 1993.

-La vie qui va, Trenet et Cabu. Edition par Vincent Lisita et Jean-Paul Liégeois. Robert Laffont, 450 p., 23 €

PS: 20 h Foot, CNews (5-4-2018): Neymar, Liverpool, City, Klopp, Iniesta, C. Ronaldo, Maradona, Pasolini, Camus, Marseille…
http://www.cnews.fr/magazines/20h-foot/20h-foot-du-05042018-187448

29.03.18

Permalien 07:06:06, Catégories: LITS ET RATURES  

Ceci n’est pas une critique: Forton, Alliot, Madami, Liberski, Blonde, Bott, Caron, Apathie, Dupond-Moretti, Le Pen...

On ne peut doit pas s’en dispenser :

Le grand mal, Jean Forton. L’Eveilleur, 270 p., 18 €.
Des adolescents des années 1950 se heurtent au monde des adultes par un écrivain effacé.

Madame Céline, David Alliot Tallandier, 336 p., 20,90 €.
Madame Destouches, 105 ans, habite toujours dans la maison où elle a passé plus du temps sans son mari qu’avec.

Animal Boy, Karim Madami, 225 p., 18 €.
Une plongée dans la violence contemporaine par un auteur qui sert de bande-son.

La cité des femmes, Stefan Liberski. Albin Michel, 297 p., 19 €.
Un hommage au cinéma italien au temps de Fellini, Pasolini, Visconti… avant que Berlusconi ne fasse basculer l’Italie dans la télé débile.

Le Figurant, Didier Blonde, 153 p., 15 €.
Vivre une vie quelconque avant d’être oublié ou être immortalisé dans un film de François Truffaut dans un rôle invisible où est la différence ?

Un hiver au Vésinet, François Bott. La table ronde, 166 p., 14 €.
Une suite de nouvelles avec la mort de partout sans être triste. On y croise une veuve qui erre pour ne pas retrouver la maison pleine de la présence de son mari qui vient de mourir.

La dernière lettre. Seuil, 177 p., 14, 90 €.
Cette anthologie sur la dernière lettre envoyée par Rimbaud, Woolf et Céline, plus beaucoup d’autres, n’a pas d’auteur. Le livre est-il sa dernière lettre ?

On peut s’en dispenser :

Utopia XXI, Aymeric Caron Flammarion 528 pp., 21 €.
La vision d’un membre du PAF qui voit le monde à la hauteur de son nombril. Un Thomas Moore discount.

La liberté de ma mère: Mai 68 au Pays Basque, Jean-Michel Aphatie.
Pas d’éditeur conventionnel pour cette prose naphtalinée.

Le Dictionnaire de ma vie, Eric Dupond-Moretti, Kéro, 17 €
Bouquin typique d’une vedette de la pipolisation de la justice.

Mémoires : Fils de la nation, Jean-Marie Le Pen. Editons Muller, 22,90 €
Lire ça au lieu de déguster les Maximes de Chamfort c’est vraiment aimer perdre son temps.

PS: 20 h Foot, Cnews (29-3-2017): Mr Turpin, les arbitres, l’entraîneur des Reds bien placé pour venir à Paris, Ben Arfa…
http://www.cnews.fr/magazines/20h-foot/20h-foot-du-29032018-187169

22.03.18

Permalien 06:05:46, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Chef d'oeuvre: "Mémoires au soleil", Azouz Begag (Seuil)

En 1986, Azouz Begag avait fait une entrée fracassante en littérature avec Le Gone du Chaâba (Seuil) récit autobiographique où il racontait qu’il était rejeté par ses copains de même origine parce qu’il travaillait bien à l’école afin de réussir comme un “bon français". Plus de trente ans après, il poursuit son œuvre autobiographique par un nouveau déchirant livre sur les siens, en particulier son père et sa mère.
Son œuvre ressemble à son visage: sympathique, amusante, avec l’enfance omniprésente.
Begag ? Be comme être et Gag comme gag.
Il réussit à être grave tout en restant léger, une légèreté aérienne. Il écrit en état de grâce, quasiment en apesanteur. On sent très bien qu’il tire l’essentiel de ce qu’il vit par une sorte de tri féérique qui lui fait retenir le plus important. La différence entre le témoignage et la littérature, c’est le talent.
On vit tout ce qu’il dit, tout ce qu’il écrit. Pas un mot de trop, cela n’a l’air de rien mais il s’agit d’une technique. Il écrit comme Roger Federer, joue. On ne sent pas la besogne, la rature. Tout est naturel. Un écrivain, pas un auteur.
Azouz Begag vient d’écrire un très grand livre, sans doute le plus beau de ce début d’année 2018.
Son père était atteint par “Ali Zaïmeur".
Ma chronique pourrait s’arrêter là. Tout est dit. Vous savez bien sûr que l’humour est la politesse du désespoir.
Azouz Begag ne nous fait pas perdre son temps avec des sonnets illisibles.
Il chante la vie sur les tombeaux.

-Mémoires au soleil, Azouz Begag. Seuil, 185 p., 17 €

PS: 20 h Foot, CNews (22 mars 2018): la préparation de France-Colombie en amical
http://www.cnews.fr/magazines/20h-foot/20h-foot-du-22032018-186898

21.03.18

Permalien 06:44:56, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Salinger intime, Denis Demonpion (Robert Laffont)

L’exergue en dit long :
«J’ai toujours essayé de vivre dans une tour d’ivoire mais un océan de merde clapotait contre les murs». Signé Flaubert.
C’est encore valable pour feu Salinger comme pour nous.
L’irremplaçable Flaubert ! Il confia cette fulgurance à Tourgueniev en 1871. Tourgueniev qui vivait à Bougival, là où le PSG a loué une maison de milliardaire pour Neymar… qui vit à Rio de Janeiro ! Ronaldo (Le Brésilien, lui s’était fait opérer à Paris) Fermons la parenthèse.
L’Américain J.D. Salinger (1919-2010) a peu publié et détestait se montrer et accorder des interviews. Il fut l’anti Jean d’Ormesson.
Pour Salinger commenter son livre tenait de la folie.
Il n’était pas un ours invisible. Il ne voyait que ses amis et parfois de nouveaux amis car il ne fermait pas la porte aux rencontres fortuites.
J.D. Salinger (1919-2010) a mis dix ans pour écrire L’attrape-cœurs (1951). Il vaut mieux donner un bon livre qu’en écrire trente médiocres.
La biographie tient du sacrilège puisqu’on se confronte à l’intimité d’un homme si pudique.
Une fois passé ce cap, on est bien sûr content d’en apprendre sur un écrivain si attachant.
Sa vie n’est pas avare d’aventures. Il eut une liaison avec Oona O’Neill, la fille du grand Eugène et la future Madame Chaplin.
Salinger fut soldat pendant la Seconde Guerre mondiale. L’Europe ne lui était donc pas inconnue. Son livre majeur (L’Attrape-cœurs) l’a immortalisé dans le rôle de l’adolescent qui a du mal à traverser le miroir pour devenir adulte ou jouer ce rôle-là.
Salinger aimait la littérature mais autant il ne craignait personne stylo à la main autant faire le tapin pour vendre sa salade le dégoûtait. Non pas par hostilité envers les lecteurs - bien au contraire. N’empêche, il trouvait malsain d’être le centre du monde alors qu’un écrivain doit s’en extirper pour mieux le décrire.
Denis Demonpion met au grand jour toutes les zones d’ombre d’une légende que Salinger a entretenu au point que d’aucuns prétendent que c’est peut-être une invention totale. On dit bien que Corneille a écrit les pièces de Molière !

-Salinger intime, Denis Demonpion. Robert Laffont, 395 p., 21 €
-L’attrape-cœurs, J.D. Salinger. Traduit de l’américain par Annie Saumont. Pavillons-Poche, Robert Laffont, 246 p., 60 €

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