Catégorie: LITS ET RATURES

02.11.18

Permalien 15:57:35, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Jacques Brel. J’attends la nuit, de P.-R. Thomas. (Cherche-Midi)

Le plus grand interprète de la chanson français. Acteur pas diseur.

«L’amitié est intemporelle. L’amour, une dictature ». Paroles de Brel. Bel aphorisme mais l’amitié n’a pas le temps de devenir une dictature car on peut couper les ponts avec un imposteur qui se faisait passer pour un autre. Nouveau livre sur Brel ? Non, grand livre sur Jacques. Jeune étudiant en médecine, Paul-Robert Thomas, admirateur du chanteur a réussi à devenir son intime, ce qui n’est pas donné au premier venu. Le très beau témoignage nous propulse dans les nuits du poète qui ne se couchait que quelques heures quand il était K.O debout d’émotions, de vibrations, d’amour ou de colère. C’est fatiguant de vivre de la sorte mais des artistes de haut parage il n’y en pas tant que ça.
Pas de blablas inutiles dans le livre, rien que ce qui résiste au temps. L’essentiel de Brel est là. L’auteur nous rappelle que le show man vomissait avant le lever de rideau vu que le perfectionniste voulait toujours très bien faire. Il s’est brûlé sur les planches. Chaque soir il laissait beaucoup de sa peau. Economie sur rien, chaque concert était comme le dernier. Il boxait contre lui-même. Comportement usant, fatiguant. Il s’est ruiné la santé. Suicide à petits feux ? Non rage. Il se croyait increvable avec ses 60 cigarettes par jour !
Il a eu la bonne idée de quitter le show biz pour ne pas se répéter. Il avait tout dit et bien dit. Quand il a tout plaqué pour les Marquises, il faisait du bateau ; pilotait des avions. Cela voulait dire larguer les amarres, quitter la terre et surtout ses habitants qui sont les plus lourds, très lourds avec un esprit de plomb.
Chez les chanteurs, il aimait Claude Nougaro qu’il plaçait très haut.
Parmi toutes ses facettes, il y avait le mari et ses trois filles. Loin de sa femme - leur mère- qu’il n’a jamais abandonnée. C’est elle qui a vu tout de suite qu’il avait un grand talent. Quand il revenait à la maison familiale, c’était le repos du guerrier. Prénoms de leurs enfants : Chantal, tiré de chanson ; France, qui signifie la langue franche et Isabelle, la princesse dont on rêve. Le casanier dans sa tête était un aventurier, assoiffé de vie. Trop certain que tout finit dans le bouche d’ombre.

-Jacques Brel. J’attends la nuit. Paul-Robert Thomas. Cherche-Midi, 155 p., 17 €

29.10.18

Permalien 17:14:29, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

A lire et relire: Les Dupes, Jean Dutourd (Le dilettante)

La postérité à tort de laisser au purgatoire Jean Dutourd. Il suffit de lire la réédition des Dupes pour se rendre compte qu’un livre de 1959 est beaucoup plus passionnant que la tonne de pages de bouquins actuels qui n’a qu’une ambition : faire tourner la machine à cash des éditeurs. Les Dupes, c’est intelligent, amusant et instructif. Les trois nouvelles de Jean Dutourd méritaient d’être de nouveau en librairie. Pour beaucoup de monde, l’écrivain n’est plus que ce correspondant appelé par Philippe Bouvard pendant les “Grosses têtes", à la radio. Dutourd était le wikipédia d’autrefois. Vous pouviez lui demander aussi bien le premier rôle de Pauline Carton que le PNB du Mexique en 1937. Il savait tout sur tout. Un grand esprit.
Les plumitifs de gauche ne pouvaient pas l’encaisser car il était de droite. Comme si la littérature avait un bord politique fréquentable ou pas. Je préfère un salaud de talent à un brave type insignifiant. Dutourd n’était ni l’un ni l’autre. Il a publié un livre de souvenirs où il raconte un voyage en URSS avec le couple Aragon-Triolet qui se comporta comme le pire duo de grands bourgeois. Les “gens de gauche” -comme moi je suis évêque- s’offusquèrent des queues devant les magasins, de la grisaille des rues, tout ça dans une limousine avec chauffeur du parti, pardi !
Dutourd n’était dupe de rien. Dans ses nouvelles, on fait la connaissance de trois dupes de haut parage: Baba, Schnorr et Tronche. Le premier, philosophe de bas étage comme ceux qui occupent les écrans TV, s’est mis en tête qu’un individu se résume à la somme de ce qu’il fait. Le hic c’est qu’il lui arrive l’inverse de ce qu’il souhaite ! Le deuxième, prénommé Ludwig, croit qu’il est déterminé par le monde qui l’entoure et donc il épouse les modes de pensée de son temps jusqu’à accumuler les pires inepties et autres prédictions risibles. Quant au troisième, Émile Tronche, le bien-nommé, s’emberlificote dans la religion. Etre athée, c’est déjà croire. « Les Dupes, a dit Jean Dutourd, est plutôt comique, mais le fond en est triste. Car rien n’est plus triste que de voir le monde tel qu’il n’est pas
Quand il a publié les trois nouvelles, Jean Dutourd, proche des 40 ans, était déjà apprécié pour Au bon beurre (1952) et Les Taxis de la Marne (1956). Les Dupes a surpris ses lecteurs qui ignoraient qu’il pouvait avoir la dent dure envers ses contemporains les plus caricaturaux. Il est évident que le nouvelliste s’est amusé à plaisanter sur Sartre et cie, tous ces auteurs qui passaient leur temps à activer leur marionnette médiatique. Les Dupes nous réserve une surprise : il se referme sur un article inspiré à André Breton par la seconde nouvelle où il s’est sans doute senti visé de manière détournée. Breton devenu pape du surréalisme avait perdu toute sa fraîcheur à l’inverse de Philippe Soupault. Friand des Dupes, Jean Giono s’est écrié: «C’est une jubilation ! Pourquoi faut-il que ce soit si court !» Terminer par du Giono, voilà qui dispense d’une chute.

-Les Dupes, Jean Dutourd. Préface : Max Bergez. Le dilettante, 160P, 17,00 €

26.10.18

Hommage à Harry Baur (Harry et Franz) par Alexandre Najjar (Plon)

Immense comédien et immense homme, Harry Baur est le grand oublié du cinéma français. On parle de Raimu et de Jouvet mais rarement de Baur qui crevait lui aussi l’écran. Et qui crève toujours l’écran dès qu’on le voir apparaître dans l’image. Quelle présence !
Il a été arrêté par la Gestapo puis emprisonné par les Nazis. Des gens avaient dit que le catholique était juif. D’autres part on l’accusait aussi d’être franc-maçon quand on ne disait pas qu’il était collabo !
Victime de la médisance tous azimuts, le comédien est mort quand il est sorti des griffes nazis, exténué, le moral à zéro, le corps en lambeaux.
Le livre d’Alexandre Najjar fait revivre la trajectoire de Baur qui a eu le réconfort d’être soutenu par l’aumonier Franz Stock. Tous les hommes n’étaient donc pas abjects.
L’auteur nous replonge dans l’époque sordide, avec tout le cortège des figures de l’époque.
Harry Baur a pu ressentir de la fraternité dans une époque où il subissait des coups de partout.
La postérité est ingrate avec Harry Baur. Alexandre Najjar sert au mieux la mémoire du grand artiste.

-Harry et Franz, Alexandre Najjar. Plon, 200 p., 17,90 €

18.10.18

Permalien 17:57:43, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

La dernière interview de Charles Aznavour en Belgique

A regarder plutôt deux fois qu’une.
Un accent testamentaire dans sa foi dans les enfants, grand signe encourageant pour l’avenir.
Cela nous change des médiocres, en première ligne les politiques.

11.10.18

Permalien 16:56:53, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Attention littérature fraîche ! "Mystica", Stéphane Barsacq (Corlevour),

Ne perdez pas votre temps à lire des âneries. Lisez peu et bien. Par exemple, le nouveau livre de Stéphane Barsacq. Avec un tel compagnon de chevet vous pouvez passer l’année, même plus. Cela peut servir de Missel. De mode d’emploi. Un ouvre-boîte pour le cœur, un décapsuleur d’esprit, un voyeur d’ombres. Il est vraiment incroyable que l’on vante des livres immondes au lieu de signaler des écrits essentiels. Des livres qui font du bien cela ne court pas les rues. Aussi rares que les gens fréquentables.
Cela s’appelle « Mystica» mais le bel ouvrage pourrait s’appeler «Rien que la terre», si le titre n’avait pas été déjà pris par Paul Morand. Pour la bonne raison que Stéphane Barsacq n’est pas du genre à penser dans le vide. «Certains sont à la mode, d’autres ont du style.» Ce qui l’intéresse c’est de vivre de la façon la plus intelligente possible. La métaphysique lui sert pour coller au réel. A force d’être naturel, on devient surnaturel, disait Jean Cocteau. Le petit-fils d’André Barsacq- grand homme de théâtre-part de l’abstrait pour parvenir au concret absolu. Pour y arriver, il cherche ce qu’il y a de plus sérieux en lui. Elever son âme ne veut pas dire être abscons. «Ce qu’on ne voit pas, il faut s’en aveugler.» Il nous fait profiter de ses fulgurances qui semblent extirpées d’un livre de Vauvenargues, Chamfort, Lichtenberg, Joubert, Schopenhauer, Cioran ou Perros. «L’existence est un deuil que renouvelle l’angoisse.»
En marge de fragments de haut parage, il excelle dans l’aphorisme qui nécessite une longue macération avant d’éclore au grand jour. L’apophtegme ne supporte pas la médiocrité. Comme tous les écrivains dignes ce nom, Stéphane Barsacq se bat avec le langage pour le rendre le plus clair possible. «La beauté est le sang blanc de l’âme.» On est très loin des niaiseries accumulées par les philosophes du bien-être, ces champions des portes ouvertures, capables de nous dire que la guerre est vilaine tandis que la paix est grandiose. «Le désert est le ciel terrestre». Stéphane Barsacq était ami avec le poète Edmond Jabès. C’est mieux que des diplômes. Était et reste l’ami. La mort n’efface rien tant qu’on lui survit.

-Mystica, Stéphane Barsacq. Corlevour, 156 p., 15 €

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