Catégorie: LITS ET RATURES

08.01.19

Permalien 17:50:14, Catégories: LITS ET RATURES  

Sur la mère d'Aragon..."Une femme invisible", Nathalie Piégay (Le Rocher)

On se demande pourquoi on a attendu si longtemps un livre consacré à la mystérieuse mère de Louis Aragon. De son vivant, c’était impossible tant il représentait une intouchable statue du commandeur. En ce temps-là, le PCF faisait la pluie et le beau dans le monde culturel. Il fallait être coco pour être tendance. Le PCF pouvait compter sur le soutien d’Aragon et de… Picasso ! Deux poids lourds, très lourds.
Le secret était bien gardé. Aragon n’en savait pas plus que ses lecteurs. Pendant toute son enfance – il était né à la fin du XIXe siècle- sa maman s’est faite passer pour la sœur de son fils. Et ce n’est pas tout : Aragon croyait que sa grand-mère maternelle était en fait sa mère. Pas facile à suivre. Et son père ? Louis Andrieux, ancien préfet de police, ne reconnut pas l’enfant car il était d’un milieu aisé.
Un soir de juin 1917, en pleine guerre, sa «sœur» Marguerite lui apprend la vérité parce qu’elle pense qu’il va mourir au front. Il lui dit qu’il n’est pas né de père inconnu et qu’elle est sa maman. A 20 ans, il semble renaître. Comble de tout, Louis Andrieux s’était fait passer pour son parrain. Un masque pour ne pas altérer sa vie professionnelle. Louis Andrieux avait trois fils dans son mariage officiel, et sa femme légitime savait que son mari avait un «bâtard».
La maman de Louis Aragon avait 33 ans de moins que le père de son fils.
Tout le livre nous plonge dans cet univers du mensonge. Pas étonnant que Louis ait inventé la formule «le mentir-vrai». Un jour, Jean d’Ormesson a parlé avec Aragon jusqu’à 3 h du matin. Jean d’O dit à Aragon : «Votre chauffeur vous attend… »
Aragon rétorqua : «Il est payé pour ça !» L’Académicien du quai Conti déclara : «Dans mon milieu favorisé on ne parle pas comme ça des domestiques». Le monde à l’envers.

-Une femme invisible, Nathalie Piégay. Le Rocher, 347 p., 19 , 90 €

07.01.19

Permalien 08:07:54, Catégories: LITS ET RATURES  

Vous êtes ici, John Freeman (Actes-Sud)

Dans une librairie, les poètes sont en rangs serrés dans une bibliothéque perdue au milieu d’une marée de romans. Ils font office de miel dans un supermarché.

Freeman, John. Il porte bien son nom : John Lhomme/Libre. Quand on lit ses poèmes, on se balade avec lui au gré des voyages et de ses humeurs. La poésie est trop absente des écrans et de la presse écrite. Les médias la tiennent à l’écart. Les politiciens aussi car un poète est incontrôlable. Les poètes ne sont pas invités ici et là alors qu’ils sont fondamentaux dans l’Histoire de la Littérature. De Ronsard à Apollinaire, de Villon à Baudelaire, de Rimbaud à Michaux, de Lautréamont à Prévert. John Freeman arrive en bout de lignée, comme les bourgeons sur un arbre.
Le titre français de son livre souligne un état présent, même si c’est un lieu désigné on ne sait où alors que l’auteur a titré : Maps, c’est-à-dire Cartes, donc presque le contraire puisqu’elles invitent aux voyages : Paris, Oslo, Richmond, Rio de Janeiro… A vrai dire, les deux sont bons car avant d’être ici il faut bouger vers là-bas.
En format court ou long, Freeman exprime à la fois ce qu’il voit et ce qu’il ressent. Au début, on a un peu de mal à le suivre parce que chaque poète à son propre langage. On doit s’habituer un peu avant de voyager dans sa planète sur le tapis volant de ses rêveries basées sur le quotidien, l’instant présent. Hugo a dit que les poètes ont un monde enfermé en eux-mêmes. C’est valable pour tout le monde d’ailleurs mais peu arrivent à le déchiffrer, sinon la planète se porterait mieux, il n’y aurait pas tant de pauvres ères qui errent sans gouvernail. Hommes avec des emplois mais sans métier. Freeman a ce que l’on peut nommer : fraîcheur d’âme, élans vers les autres, curiosité, appétit de vivre…
Quand on découvre un poète, pas question de le comparer aux phares du passé, tels Cendrars ou Reverdy, Soupault ou Aragon. On se laisse aller dans ses observations comme on regarde le paysage assis dans un train. Son recueil sent le macadam, le réverbère des photos de Brassaï, les fenêtres bouchées avec des parpaings. On est dans l’urbain. Un morceau de Miles Davis avec la sourdine. Des polaroïds qui s’effacent à force d’avoir été oubliés au soleil. Freeman est dans le rôle du fixateur pour aider ceux qui ne regardent plus que le bout de leurs pieds.

-Vous êtes ici, John Freeman. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Ducrozet. Actes-Sud, 100 p., 15 €

04.01.19

Permalien 21:59:07, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

4 janvier 1960. Mort d'Albert Camus, deux jours après la mort de Fausto Coppi


Il y a 59 ans, Albert Camus est mort sur le coup dans une voiture qu’il ne conduisait pas.
Fin absurde pour un écrivain qui ne cessait pas de dénoncer les incongruités de l’existence.
Il avait le pressentiment qu’il mourait d’une mort violente.
Sur lui, il avait le billet de train qu’il n’a pas pris pour faire plaisir à son ami Michel Gallimard qui conduisait la Facel Vega à tombeau ouvert, vu la violence du choc.
C’est la gentillesse qui a tué Camus. Il aurait dû dire non, et remonter à Paris par le chemin de fer.
Au lieu de ça, il est mort dans un tas de ferraille.
Albert Camus me console de tous les imposteurs.
Heureusement qu’il a existé !
Pour moi, il n’est pas mort. C’est un ami supplémentaire.
Quand je le lis, je sens sa présence. Ses phrases palpitent comme un cœur qui bat.

Maudit début d’année.
Fausto Coppi, né le 15 septembre 1919 à Castellania dans le Piémont et mort le 2 janvier 1960 à Tortone.
En deux jours, deux de mes icônes sont mortes.
Coppi,Cerdan sont inégalables.
Ils étaient lumineux. Cela se s’apprend pas.

01.01.19

Permalien 10:55:34, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Introduction à La Recherche du temps perdu, Bernard de Fallois. (Editions Bernard de Fallois)

Philippe Soupault, Paul Morand, François Mauriac, Roger Stéphane…

Mieux qu’une thèse rébarbative, voici une invitation à comprendre Proust par l’aspect jouissif de la lecture. Bernard de Fallois (1926-2018) comprend Marcel Proust comme s’il l’avait connu enfant. Rien n’est compliqué dans le livre de Bernard de Fallois, pas de vision alambiquée, tout coule comme de l’eau de roche. Beaucoup seront étonnés de lire que l’essayiste de très haute voltige insiste sur le rire, le comique dans l’œuvre de Proust. Et avec raison ! Oui, on rit chez Proust parce que Proust riait de la comédie humaine, dupe de rien ni personne. Le livre de Bernard de Fallois est un enchantement, un festin d’intelligence. Celui qui fut un grand éditeur met en évidence les lignes de force de l’œuvre de Marcel Proust qu’il connait à merveille. Quand il était jeune, il a édité Jean Santeuil, manuscrit qu’il a remis en ordre, présentable pour le lecteur, et plus tard il a aussi édité Contre Sainte-Beuve, un recueil de chroniques littéraires de Proust qu’il a réunies. De Fallois avait horreur de la bêtise. Il n’a jamais perdu une seule minute dans des âneries. Il avait un jardin secret : le cirque, une passion qui remontait à l’enfance. Je l’ai connu par l’intermédiaire d’Emmanuel Berl. Quand j’ai dit à Bernard de Fallois que j’avais récolté à la BN plus de 90 % des articles de Berl, des années 1920 aux années 1970, il m’a tout de suite dit : «J’édite le livre ! » Il a revu sa jeunesse à travers moi. Quand Essais est arrivé à son bureau, il m’a demandé de venir et a mis le gros livre sur la tranche. On l’a regardé tous les deux comme un couple regarde son bébé. Moment inoubliable. Rue Garancière, dans son bureau chez Julliard. Il fumait énormément des Marlboro. Paquet rouge. A l’époque les légères n’existaient pas.
Son livre sur La Recherche du temps perdu est bien sûr indispensable pour les lecteurs de Proust. De Fallois nous explique que Swann et Charles sont les deux facettes du romancier. A la fin du volume, il a sélectionné des phrases clefs. Ce lire est aussi A la recherche de Bernard de Fallois

-Introduction à La Recherche du temps perdu, Bernard de Fallois. Editions Bernard de Fallois, 319 p., 18 €

23.12.18

Permalien 09:58:50, Catégories: LITS ET RATURES, BLONDINEMENT A XV  

Vintage Rugby Club de Bernard Morlino. Préface Jo Maso (Ed.Tana)

Dans la vie, il n’y a pas que le football !
La preuve. Mon album sur le rugby.
Attention ! Pas le rugby qui tue à force d’oublier que ce sublime sport, quand il est bien pratiqué est une hymne à la possession et à l’évitement.
Le french flair vous connaissez ?
Mon rugby c’est celui de Jo Maso initié de mains de maestros par les frères Boniface que même la mort ne parvient pas à séparer.
J’ai remonté le temps non pas par goût de la nostalgie. Je ne suis pas nostalgique: on guérit plus du cancer en 2018 qu’en 1968. Ce qui m’anime c’est la mémoire.
Malheur au monde quand il n’y aura plus de survivants de 1939-1945.
Je ne suis pas un admirateur du rugby des joueurs YouTube qui amusent la galerie par des oppositions hyper violentes et mal maitrisées.
Ce qui est beau c’est la gestuelle, le ballet des cerveaux qui dansent dans un hymne à la joie de vivre qui s’exprime dans l’adversité.
Pierre Albaladejo ? Un torero de l’ovalie. Sa voix est aussi enchanteresse que son élégance. En short, il est plus beau que n’importe quel ministre déguisé en pingouin.
Tous les grands serviteurs du rugby sont dans l’album, à l’exclusion des Kournikova qui ne vivent que sur l’image, à l’inverse de Roger Couderc.
Les professionnels actuels gagnent beaucoup d’argent. Ils ont tort de penser qu’ils sont alors plus forts que leurs devanciers, à l’époque tous amateurs. Dans amateur, il y a le verbe aimer.
Ce n’était pas mieux avant. Toujours est-il qu’avant on jouait au rugby !

-Vintage Rugby Club , Bernard Morlino. Préface Jo Maso. Tana, 180 p., 24, 95 €

PS: par un heureux concours de circonstance, L’Equipe du 23 décembre 2018, page 37, m’a classé parmi les beaux livres de l’année, sous le titre: “Enfin du beau rugby". Merci, et merci aussi à Jo Maso, féérique préfacier.

[Post dédié à Jean Cormier]

<< Page Précédente :: Page suivante >>

Janvier 2019
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software