Catégorie: LITS ET RATURES

11.03.19

Permalien 10:07:39, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Scandales de la vérité. Essais, pamphlets, articles et témoignages, Georges Bernanos. (Bouquins/Robert Laffont)

Il y a peu, le gardien du temple de Céline (l’avocat François Gibault) m’a envoyé une saillie sur Bernanos qui est l’un des mes écrivains fétiches : «Quoi penser d’un homme qui a écrit : Hitler a déshonoré l’antisémitisme…» Cette phrase a fait tilt d’autant qu’elle fut rappelé par le défenseur de l’un des chantres de l’antisémitisme. J’ai demandé à Berl et Soupaut si Bernanos était antisémite. Ils m’ont répondu que ceux qui disent cela veulent nuire au pamphlétaire. Concernant François Gibault, il a voulu me dire que Bernanos n’était pas moins antisémite que Céline. Tel n’est pas le cas parce que Bernanos pouvait changer d’avis selon son cheminement intellectuel. Au fil des ans, il a quitté certaines opinions acquises dans sa formation. Antisémite, il ne l’était plus du tout.
Revenu chez moi, je me suis engouffré dans les livres et articles de Bernanos pour retrouver la phrase. Bingo ! Page 938 du gros volume Bernanos, dans la collection Bouquins, je tombe sur la phrase que je recherchais. Bernanos l’a écrite au Brésil le 24 mai 1944, dans «O journal». L’article est titré : «O esperito judaïco». En français, cela donne «Encore la question juive». Le titre brésilien est mieux car celui en français contient «question» au lieu en fait problème.
Voici le passage : «Il y a une question juive. Ce n’est pas moi qui le dis, les faits le prouvent. Qu’après deux millénaires le sentiment raciste et national juif soit si évident pour tout le monde que personne n’ait paru trouver extraordinaire qu’en 1918 les Alliés aient songé à leur restituer une patrie, cela ne démontre-t-il pas assez que la prise de Jérusalem par Titus et la dispersion des vaincus n’a pas résolu le problème ? Ceux qui parlent ainsi se font traiter d’antisémites. Ce mot me fait de plus en plus horreur, Hitler l’a déshonoré à jamais.» On voit bien que Bernanos condamne l’antisémitisme, qu’il y est même farouchement hostile. Quand on sort la phrase de son contexte, on peut penser que Bernanos était désolé que l’antisémite soit gâché par Hitler ! Il n’en est rien.
L’article de Bernanos a été republié dans Le chemin de la Croix-des-âmes. Le volume Bouquins reprend aussi Lettres aux Anglais (1942), Les Grands Cimetières sous la lune(1938), et Scandale de la vérité (1939), entre autres merveilles. Il y a aussi La France contre les robots (1947) où l’on peut lire : «Obéissance et irresponsabilité, voici les deux mots magiques qui ouvriront demain le Paradis de la Civilisation des Machines». Nous y sommes avec la crétinerie du net.
«La Civilisation des machines est un péril grave pour l’homme» souligne Bernanos qui insiste : «Un monde gagné pour la Technique est perdu pour la liberté». Le chrétien Bernanos, d’abord sympathisant avec les franquistes, a dénoncé les crimes commis par les hommes de Franco sans que cela ne dérange les religieux espagnol. Les Grands Cimetières sous la lune est un salutaire pamphlet anti-franquiste. L’honneur des lettres françaises. Pour se démarquer de ses confrères champions de la reptation, à droite comme à gauche, il a précisé : «Je ne suis pas écrivain». Il l’était pourtant jusqu’au bout des doigts.

-Scandales de la vérité. Essais, pamphlets, articles et témoignages, Georges Bernanos. Edition établie et présentée par Romain Debluë. Bouquins/Robert Laffont, 1330 p., 32 €

27.02.19

Permalien 09:27:32, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER  

Alberto Giacometti. Ascèse et passion, d'Anca Visdei (Odile Jacob)

Artiste elle-même, Anca Visdei a écrit une biographie d’Alberto Giacometti, sans aucune concession. Elle n’épargne rien de la vie d’un des plus grands sculpteurs de l’Histoire. Giacometti a apporté à son art autant que Rodin ou Brancusi. Les œuvres des grands sculpteurs sont immédiatement détectables. On les reconnaît même de loin. Fils et neveu de peintre, Alberto a dépassé ses aînés haut la main. Très proche de sa mère, le fils ne s’est jamais s’émancipé de la présence maternelle. Il dira même à sa femme, Annette, qu’il l’a épousée parce qu’elle se prénommait comme… sa maman (Annetta) ! On a connu plus grande délicatesse.
Sa vie privée n’est pas passionnante : grand consommateur de prostituées. Giacometti allait aux putes comme au dit, comme d’autres vont faire du billard ou joue à la belotte, voire joue au casino. Travailleur acharné, ne comptant pas ses heures à créer jusqu’au bout de lui-même, Giacometti avait besoin de décompresser le soir avec de l’alcool et des ébats tarifiés. Insomniaque, il écumait les bistrots de minuit à six heures du matin. Pourquoi pas ? Chacun ses plaisirs. Cependant, il n’a pas su rendre heureux sa femme. Son comportement était celui d’un célibataire endurci. Vivre seul eut mieux convenu. Il voulait le beurre et l’argent du beurre. J’aime quand l’artiste et l’homme sont sur la même longueur d’onde. Ils ne sont pas nombreux dans ce cas. Hyper doué pour le dessin, le petit Alberto se compare à Dürer. A 10 ans, il faut le faire. Et c’est si mieux que de vouloir être acteur de cinéma. Se comparer à Dürer c’est dire le niveau de Giacometti. Ce qui est admirable chez lui c’est sa simplicité. Il ne s’est jamais présenté comme une sommité. Il détestait le confort bourgeois dont il aurait pu bénéficier parce qu’il gagnait très bien sa vie. Rien à voir avec un artiste maudit. Son dégoût de l’opulence faisait qu’il vivait avec le minimum de confort. Son atelier n’avait rien à voir avec les immenses pièces des villas cossues de Picasso. Alberto Giacometti créait dans un dénuement volontaire, histoire de rester en prise directe avec la première nécessité de sa vie d’artiste : voir les gens pour ceux qu’ils sont. Quand il faisait poser ses proches, il ne les voyait plus que sous l’aspect d’un homme ou d’une femme. Et pas comme son frère, par exemple.
Sa peinture, ses sculpteurs ressemblent aux livres de Samuel Beckett. Rien de superflu. Ne figure que ce qui est sérieux. Une phrase de l’Irlandais est la définition des œuvres de Giacometti : «Etre artiste, c’est échouer comme nul autre n’ose échouer». Tout est dit. IL était l’un des maîtres de Bacon. Giacometti, Beckett, Bacon. Chez eux, pas d’esbroufe. Ils comptent en secondes, pas en années !
Le livre est irracontable tant il comprend toutes les lignes de force et de faiblesse d’Alberto Giacometti, le plus Italiens des Suisses. Son voix, son accent sont inoubliables. Une voix à la fois ensoleillée et d’outre-tombe : il fumait 80 cigarettes par jour ! On le retrouve tel qu’il était dans le documentaire du grand Jean-Marie Drot. La télévision ce n’est pas que l’abêtissement général pour faire du fric en se vautrant dans la médiocrité. Giacometti élève notre âme, lui. Il voyageait dans son imaginaire, se dispensant d’aller vérifier les cartes postales ici ou là. Seul, il était. Seul, il restait. Henri Cartier-Bresson n’a pas montré autre chose quand il a immortalisé son ami sous la pluie, rue d’Alesia. Dupe de rien, Giacometti a synthétisé Paris vue de loin. Juste un trait, une vaguelette dans l’espace. Voilà pourquoi il était si peu mondain. L’Homme qui marche. Arrêt sur image.

-Alberto Giacometti. Ascèse et passion. Anca Visdei. Odile Jacob, 300 p., 23, 90 €
A dénicher chez les bouquinistes : Alberto Giacometti par Henri Cartier-Bresson. Recueil de photographies. Franco Sciardelli (Milan). Novembre 1991.

PS : le livre comporte deux erreurs à corriger. L’expression «l’agité du bocal» pour définir Sartre est de Céline et pas de Boris Vian (p.262) Et comme la maman de Giacometti est morte le 25 janvier 1965, un an avant la disparition de son fils (11 janvier 1966), on ne peut pas écrire qu’il est parti «deux ans moins deux semaines après sa mère bien-aimée» (p. 278). Je précise cela pour aider le livre et non pas lui nuire.

18.02.19

Permalien 17:28:41, Catégories: LITS ET RATURES  

Le degré zéro des aphorismes

Georges Perros nous a donné des aphorismes avec un soin infini. Kraus lui a insisté dans ce domaine qu’il ne maîtrisait pas du tout. Un aphorisme doit parler à tous dans une pensée profonde ramassée en quelques mots. Rien à voir avec une logorrhée sans intérêt.

N’est pas Chamfort ou Cioran qui veut. Ce recueil d’aphorismes de Karl Kraus (1874-1936) mérite le trophée du pire livre de l’année. Pas besoin d’attendre les autres, même ceux qui font craindre une prochaine calamité. Autant un ouvrage peut déclencher un enthousiasme, autant d’autres font naître une colère. J’attendais beaucoup de ce livre et une fois dans les mains, il ne pèse pas plus lourd que les torchons des vedettes éphémères écrits par un écrivain-fantôme (ex nègre)qui a besoin de becter. Mieux encore lire les mémoires de telle ou telle cruche de téléréalité, comme ils disent.
La littérature doit être un lieu qui transcende la vie : pas la peine de publier des écrits prétentieux qui sont d’une insondable médiocrité.
Voici un extrait des inepties alignées sans retenue : «La littérature d’aujourd’hui est faite de recettes concoctées par des malades». Kraus parle-t-il de lui ?
«Il y a des hommes que n’importe quelle femme serait en mesure de tromper.» Il y a encore plus misogyne : «Il y a des femmes qui ne sont pas belles, mais qui le paraissent».
Chaque page contient des élucubrations bonnes pour la corbeille à papier. Ici : «Nous devons d’abord devenir ce que ne sommes pas». Là : «La nuit, toutes le vaches sont noires, y compris les blondes». Plus loin : «Le médicament prescrit par le médecin : par ici la monnaie, et bon vent !». Ailleurs : «J’ajuste mon arc en fonction de mon adversaire».
Si on insiste pour lui laisser une petite chance, on a droit à : «Pour certains, c’est un supplice d’avoir raté une bonne affaire».
Il y a encore plus insignifiant : «La véritable cruauté n’a pas de limites».
Le pompon c’est sans doute : «Parler de la vie de famille est une intrusion dans la vie privée».
Palme de la goujaterie ? «Chez les femmes, rien n’est impénétrable sauf sa superficialité.»
Pour avoir une idée du bâclage, il suffit de lire : «L’art sert à ouvrir les yeux » (page 43) et «L’art sert à nous ouvrir les yeux ». (page 63)
Un fait certain : avec les siens, Karl Kraus ne voyait que son nombril.

-Il ne suffit pas de lire, Karl Kraus. Traduit et préfacé par Alfred Eibel. Klincksieck, 77 p., 17 €.

07.02.19

Permalien 22:36:27, Catégories: LITS ET RATURES  

Livres : bons d’entrée (Rambaud, Kirby, Menant, Foucquet, Wallendorf, Cerquiglini, «Sido», Flynn, Cioran et Proust) et aussi les bons de sortie !

Les bons d’entrée :

-Emmanuel le Magnifique, Patrick Rambaud Grasset, 260 p., 16,50 €. Portrait au vitriol par un Daumier qui croque par écrit.

-Le Ha-Ha, David Kirby. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin. Actes Sud, 100 p., 15 €. Parabole de la tranchée qui divise le sol sans nuire au paysage. Le poète d’ouverture abolit les clôtures.

-L’homme qui croyait en sa chance, Marc Menant. Ramsay, 237 p., 19 €. Une ode à Jean Mermoz dans un style aérien.

-Lettres de Chine à sa famille (1698-1721), Jean-François Foucquet. Mercure de France, 215 p., 11 € 80. Un envoyé spécial haut de gamme dans la Chine du XVIIIe siècle.

-L’Appel, Fanny Wallendorf. Finitude, 346 p., 22 €. Une biographie romancée du champion Dick Fosbury. Un livre qui prend de la hauteur.

-Les mots disparus de Pierre Larousse, introduction de Bernard Cerquiglini. Présentation de P. Larousse par Jean Pruvost. Larousse, 192 p., 14, 95 €. Toujours instructif et plein d’esprit. Le vocabulaire s’appauvrit plus qu’il ne s’enrichit.

-Lettres à Colette 1903-1912, Sido. Présenté par Gérard Bonal. Libretto, 575 p., 12, 80 €. La correspondance d’une mère à sa fille, THE écrivain - surtout pas écrivaine- par excellence.

-Moi et Castro. Suivi de Ce qui m’est réellement arrivé en Espagne, Errol Flynn. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et préface de Thierry Beauchamp. Editions du Sonneur, 103 p., 7,50 €. OVNI littéraire signé par un «œil hollywoodien» qui parle d’une femme comme un maquignon.

-Pensées étranglées. Précédé du Mauvais démiurge. Cioran, Folio/ Sagesses, 87 p., 3, 50 €. Un écrivain qui donne des aphorismes comme les abeilles, du miel.

-Journées de lectures, Marcel Proust. Folio, 81 p., 2 €. Le romancier confie n’avoir jamais été déçu par un livre qu’il aime.

Les bons de sortie :

-Paul, Bruno Le Maire. Gallimard, 160 p., 15 €. Style d’une platitude abyssale. Gide a prévenu : pas de bonne littérature avec des bons sentiments.

-Visages cachés, Salvador Dali. Postface Haakon Chevalier. Libretto, 480 p., 11,30 €. N’a jamais été considéré comme un des leurs par les Surréalistes Ernst, Masson et Tanguy.

-Vivant, Aymeric Caron. Flammarion, 272 p. , 19, 90 € . «Chaque heure qui passe prolonge mon existence et la raccourcit en même temps». Tout est à l’aune de cette sornette.

-Que faire des cons ? Pour ne pas en rester un soi-même, Maxime Rovere. Flammarion, 204 p., 12 €. Ecrire sur un tel sujet sans un gramme d’humour, faut le faire !

-A nous la liberté !, Christophe André, Matthieu Ricard, Alexandre Jollien. L’Iconoclaste/ Allary Editions, 592 p., 22, 90 €. Habituel enfilage de perles.

-Vital ! Dr Frédéric Saldmann. Albin Michel, 290 p., 19,90 €. Baratin récurrent pour ceux qui fument en rêvant d’arrêter.

-Il faut du temps pour rester jeune, Michel Drucker. Robert Laffont, 286 p., 21, 50 €. Radotage par un baron du PAF qui bénéficie de la plume du méconnu Jean-François Kervéan.

- PS: L’Heure des Pros II, présentation Julien Pasquet. Vendredi 8 février 2019, CNews. : https://www.dailymotion.com/video/x72322w#tab_embed

03.02.19

Permalien 12:25:38, Catégories: LITS ET RATURES, BLONDINEMENT A XV, GRAND MONSIEUR  

Vintage Rugby Club (Morlino/ Maso) lu par Christian Laborde

André Boniface ou l’âme du rugby français que les dirigeants actuels sont incapables de transmettre aux joueurs français du 21e siècle.

Le poète Christian Laborde - l’unique fils spirituel de Claude Nougaro- a écrit dans sa chronique Percolateur, samedi 2 février 2019 (La Nouvelle République des Pyrénées) sur mon nouveau livre- et non pas dernier. Sa prose sent bon le choco-BM ! En rugby, nous sommes tous les deux aussi Maso l’un que l’autre. Le poète est l’un de mes amis de chevet. Son sens de l’amitié me convient à merveille. Nous habitons le même Royaume. Christian Laborde n’a jamais vendu son âme pour monter à Paris. Il vit dans son berceau des Pyrénées, n’appartenant pas à ces gens qui disent “comme se doit être merveilleux de vivre ici", avant de tourner les talons pour retourner dans leur enfer terrestre:

-"Bernard Morlino a une mémoire d’éléphant et autant de talent. De livre en livre, - Avez-vous lu «Manchester memories», avez-vous lu «Champion de sa rue» ? - , Bernard Morlino se souvient des champions, des héros qu’il a admirés, applaudis dans l’enceinte du stade de Nice ou sur le bord d’une route qu’empruntera toujours le peloton du Tour de France. Morlino se souvient et, à chaque page, retrouve l’enfant qu’il a été. Et cet enfant retrouvé le protège d’une époque où l’esprit de sérieux et la dérision disputent la vedette aux soupirs blasés. Dans «Vintage rugby Club», qui vient de paraître aux Editions Tana où il a ses habitudes, Bernard Morlino fait resurgir, dans une débauche de couleurs, de vignettes, de portraits savoureux et, sous l’œil de Roger Nimier ou de Julien Gracq, les gueules, tantôt en noir et blanc, tantôt en quadrichromie, d’Alfred Roques, de Jean Dauger, de Jean Prat, de Walter Spanghero and C°. Des gueules qui parlent. «Dans le rugby, il y a les déménageurs de piano, et ceux qui en jouent» rappelle ainsi Pierre Danos. Morlino nous apprend que François Mauriac surnommait Roger Couderc «le Marius du rugby». Pagnol était au micro et, sur le terrain, la poésie s’en donnait à cœur joie ! Jo Maso jouait col relevé. Comme Cantona. Les mots de Morlino sont beaux, son livre est beau. Faites comme moi : tournez, lisez ces belles pages en croquant du chocolat !”

-Vintage Rugby Club, Bernard Morlino. Préface de Jo Maso. Tana, 180 p., 24, 95 €

Le site de Christian Laborde: http://www.christianlaborde.com/

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